2.- Foi et Ethique

            Ce lundi de Pâques, c’était l’oncle Martin qui nous invitait.
            - Je n’aime pas entendre parler de « résurrection », commença-il. C’est le printemps, je préfère le mot « renaissance ». Car pour évoluer, il nous faut renaître, sinon nous faisons du surplace, sans vivre vraiment, comme disait Pascal : « Nous ne vivons pas, nous attendons de vivre. »
            - Carl Gustav Jung, psychologue suisse, avait essayé de nous faire comprendre le sens du mot « résurrection », dis-je. Voici ce qu’il avait dit, en 1955 : « J’ai surtout essayé de faire voir aux chrétiens ce qu’est le Sauveur en réalité et ce que signifie la résurrection, dit-il. Personne de nos jours, ne semble plus le savoir ni s’en souvenir ; mais l’idée continue à vivre dans les rêves... ».     ( Cf. : 3.- Le Conformisme, le Sacré, et l'Eveil ).

            - Je m’en souviens, dit Thérèse. Pour pouvoir évoluer, le processus de l’individuation nécessite une renaissance. Sinon, même ayant une foi, on vit toujours dans le doute. C’est une banalité de dire comme Pascal : « Le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas » !

            - Le doute vient de l’esprit, dit Jacques, la foi vient du cœur. Chez l’individu mature, la raison de l’esprit correspond avec la raison du cœur, il n’y a pas d’ambivalence. Le doute de l’esprit s’estompe, il n’y a plus de contradiction quand l’esprit s’accorde avec le cœur.

            - C’est le cœur conscient, ou l’éthique, conclut oncle Martin. Je connais quelqu’un qui incarne cette éthique dont on avait fêté le Centenaire de sa naissance en février dernier et le dixième anniversaire de sa mort dans quatre mois environ, le 27 août prochain.

            - C’était l’évêque rouge Dom Helder Camara, s’écria Thérèse. Puis se tournant vers moi : « As-tu entendu parler de ce prélat ? ».
            - Bien sûr, dis-je. C’était un archevêque à la fois poète et homme d’action. J’admire sa lutte contre la pauvreté au Brésil et j’aime surtout ses poèmes pleins de vie et d’espoir. C’est tout ce que je sais.

            - Je vais vous lire son biographie, dit oncle Martin.
Né le 7 février 1909 à Fortaleza, Dom Helder fut ordonné prêtre le 15 août 1931, à Fortaleza. Il fut nommé évêque auxiliaire de Rio de Janeiro le 3 mars 1952 et consacré évêque le 20 avril 1952 par Mgr Jaime de Barros Câmara. Le 12 mars 1964, il fut promu archevêque d'Olinda et de Recife, dans le Nordeste, une des régions les plus pauvres du Brésil. Il y resta jusqu'au 2 avril 1985 où il donna sa démission à l’âge de 75 ans.

            Défenseur des droits de l'homme au Brésil, et une des figures de la Théologie de la libération en Amérique latine, il s'engageait aux côtés des plus pauvres. En 1955, il participa à la création du Conseil épiscopal d'Amérique latine (CELAM). Proche du cardinal Montini, futur Paul VI, il participait activement au Concile Vatican II, s'opposant fermement à la tendance conservatrice. Au sein du CELAM, il contribua à la définition de "l'option préférentielle pour les pauvres".

            Marginalisé dans l'épiscopat brésilien (CNB) et opposant à la dictature des généraux (1964-1985), il donna des séries de conférences en Europe et spécialement en France (1970, Palais des Sports, 1983 avec La Vie), pendant lesquelles il dénonça la situation de pauvreté du tiers-monde, les ventes d'armes à son pays, la guerre du Vietnam et la violence de la dictature brésilienne.

            Proche des mouvements non-violents et se référant à Gandhi et Martin Luther King, il avait mis en place une pastorale dirigée vers le service des pauvres, qui s'appuyait sur le mouvement Action Justice et Paix ( cf. Spirale de la violence, Paris, 1970 ) et sur un séminaire populaire dans lequel il souhaitait que les futurs prêtres soient aussi bien formés à l'action sociale qu'à la théologie. En 1977, il participa à la Conférence des évêques d'Amérique latine sur la non-violence.

            Jean-Paul II lui rendit hommage lors de son voyage au Brésil en 1979 mais nomma, en 1985, un successeur, José Cardoso Sobrinho, qui se chargeait de faire table rase de toute son action pastorale libérationniste. Par contre, Dom Helder, avait toujours démontré sa fidélité au Saint Siège. Il est décédé le 27 avril 1999 à Recif.
            - En effet c’était un vrai chrétien, observais-je.
            - Il était considéré au Brésil comme un prophète, continua oncle Martin. Il prêchait en faveur d'une plus juste répartition des richesses, où il pourrait construire des maisons, fonder un service d'information pour les pauvres... Mais surpris de la réserve de Rome, il exprimait son désir de voir l'ensemble du corps ecclésial évoluer et s'engager. « C'en est assez d'une Eglise qui veut être servie, qui exige d'être toujours la première… qui crie qu'elle a le monopole de la vérité ».

            - Je comprends l’opposition du Vatican à ces idées sociales anticonformistes, dis-je. Pourtant avocat des pauvres, apôtre de la non-violence, Dom Camara incarnait bien l'image du Sauveur.
            - Pas seulement des réticences du côté du Vatican, ajouta-Thérèse. Les USA n’aimait pas à cette époque ces revendications sociales suspectes d’être communisantes et ne voulait pas un second Cuba en Amérique latine. Noam Chomsky, d’après un entretien réalisé le 19 septembre 2001 avec le journal Il Manifesto en Italie sur les fondamentalistes en 1980, avait déclaré : « Dans ces années-là, l’ennemi principal des Etats-Unis était l’Eglise catholique qui a commis, en Amérique latine, le grave péché de prendre « le parti des pauvres » et qui a cruellement souffert de ce crime ... » ( Cf. Noam Chomsky 11/09 Autopsie des terroristes, Ed. Le serpent à plumes, Paris 2001, p. 25 ). Il parla de Dom Helder Camara et de la Théologie de la libération, sans les nommer.

            - Evidemment, Dom Helder Camara en avait souffert, indirectement, continua oncle Martin. Spécialement durant cette période, à plusieurs reprises, ses sermons, souvent considérés comme des véritables discours, ont été interprétés par les forces politiques comme subversifs, incitant à la rébellion, parce qu’il mettait en relief la conscience du peuple, la liberté d’expression et des thèmes toujours d’actualité et objets de polémique comme la réforme agraire. ( Source : www.heldercamara-actualites.or ). Il a été l’objet d’accusations graves, surnommé « l’Evêque rouge » par allusion au communisme. Sa maison, en réalité la sacristie de l’Eglise des Frontières à Recife, a été mitraillée. Il était interdit à tout organe de presse, de mentionner son nom. Mais tandis qu’il était réduit au silence au Brésil, de 1970 à 1978, sa parole parcourait librement par le monde. C’est alors qu’il fut projeté sur la scène internationale et il était toujours invité à parler des droits humains en divers pays. Dom Helder était passé par tous les continents mais toujours il avait voulu qu’il fût clair qu’il n’était pas communiste. Mais, audacieux et courageux, il citait Fidel Castro comme un exemple pour le peuple. ( Son confrère, Mgr Gérald Sigaud avait écrit dans une lettre d’accusation, le 11 août 1970, « qu’il est un communiste et un traître qu’il faut bannir du pays » ). Un prêtre qui comptait parmi ses plus proches collaborateurs a été traîné par un cheval jusqu'à ce que mort s'ensuive. L'assassinat de ce prêtre, ainsi que les emprisonnements continuels de plusieurs de ses collaborateurs étaient en fait dirigés contre lui pour tenter de l'intimider.

            - Pourtant, il n’avait jamais eu peur, dit Jacques. Le cardinal Lercaro de Bologne, venu  à Recife pour une visite de solidarité, avait appris que Dom Helder continuait à sortir à pied dans la rue et qu’il acceptait d’entrer dans la première voiture qui s’arrêtait pour le conduire. Le cardinal lui avait demandé si ce n’était pas imprudent, s’il n’avait pas eu peur. Dom Helder avait répondu : « Si je commençais à avoir peur et si je prenais des précautions, je ne pourrais plus rien faire. Ma seule protection est de ne pas avoir peur. »   

        - D'autre part, il aimait la franchise, la justice et assumait ses idées, ajouta Thérèse. Soupçonné, attaqué, dénoncé, Dom Helder, avait plusieurs fois formulé par écrit ses justifications. Voici ses « Vingt affirmations » ( Source : www.heldercamara-actualites.org  -  avec les commentaires ) :

            1. - « Les sociétés multinationales sont les véritables ennemies de la justice ... »
            2. - « C'est une illusion de croire que nous nous débarrasserons de notre sous-développement grâce à l'aide extérieure, qui a prouvé qu'elle était biaisée et inefficace»
            3. - « ... Ne pas être d'accord avec les thèses capitalistes implique de quelque façon une adhésion au communisme» (Ce propos n'est pas une affirmation de Dom Helder, mais un postulat qui lui est opposé par le régime militaire, au nom de la doctrine de la "sécurité nationale").
            4. - « Au Brésil, aujourd'hui, un évêque peut se permettre des déclarations qu'un étudiant, un ouvrier, un professeur ou un intellectuel ne peuvent pas faire.»
            5. - « Ce qui se fait sans travail éducatif, sans préparer les mentalités, n'arrive pas à prendre racine.»
            6. - « Les Gouvernements d'Amérique latine qui veulent réprimer par la force les mouvements de protestation de la jeunesse, des ouvriers et même de l’Eglise - dans la mesure où cette dernière éprouve l'obligation humaine et chrétienne de parler pour ceux qui ne peuvent le faire - sont en train de préparer, sans le savoir ni le vouloir, la pire des bombes nucléaires, la bombe M (M comme misère)
            7. - « J'aime Don Quichotte : il est plus réaliste qu'on ne le croit... »
            8. - « Les Etats-Unis ne peuvent pas accepter un deuxième Cuba en Amérique Latine, qui est leur terre d'influence »
            9. - « Il y a des puissances qui n'ont pas le moindre intérêt à accepter que le géant fragile qu'est le Brésil actuel puisse devenir un véritable géant, demain.»
            10. - « En Amérique latine, les masses populaires n'ont pas de vraies raisons de vivre.»
            11. - « ... Le sous-développement physique et matériel entraîne le sous-développement spirituel»
            12. - « Cela ne sert à rien de se faire des illusions : il n'existe pas et il ne peut pas exister un véritable dialogue entre super fort et super faible ... »
            13. - « L'indépendance politique sans l'indépendance économique ne vaut quasiment rien.»
            14. - « Un désir de Rome est pour moi un ordre»
            15. - « Si demain les masses de l'Amérique latine ouvrent les yeux ... elles s'éloigneront du christianisme, car il leur apparaîtra que la religion est l'alliée des exploiteurs»
            16. - « La meilleure façon de vaincre le communisme c'est d'arracher les masses populaires à la condition inhumaine dans laquelle elles végètent»
            17. - « La meilleure façon de combattre le marxisme est de prôner une religion qui ne soit pas l'opium du peuple ... » 
            18. - « Il ne devrait pas exister d'évêques-séminaristes»
            19. - « Les audaces d'aujourd'hui préparent les attitudes normales de demain.»
            20. - « Que devant le juge suprême, les riches ne nous accusent pas d'avoir capitulé et d'avoir été complaisants et faibles face à leurs écoles ».

            - L’affirmation No 6 selon laquelle la bombe M ( comme Misère ) est la pire des bombes nucléaires est très convaincante, dit Jacques. Toutefois, dès qu’il y avait une occasion, Dom Halder Camara fustigeait la vente des armes en général. Voici ce qu’il avait déploré dans une interview en 1980 : « Je rentre d'Europe où j'ai rencontré beaucoup de personnalités intelligentes, responsables, compétentes par les livres et par la vie. J'ai été frappé et attristé par le fait que pour eux, l'armement constitue l'inéluctable moteur du développement.

            - Vous savez, poursuit-il, les dépenses militaires s'accroissent, le commerce des armes a plus que quintuplé depuis 1963 et les pays du tiers monde sont d'excellents clients. Il y a quinze ans, une poignée de pays industrialisés étaient producteurs d'armes. Aujourd'hui, quelque 50 pays, dont près de la moitié sont des pays du tiers monde, produisent des armes lourdes et 30 d'entre eux ont un programme nucléaire. Où mènera cette folie de la course aux armements ?

            - Les marchands d'armes sont de véritables voyageurs de commerce, reprend Dom Helder Camara. Ils présentent leur sinistre marchandise aux responsables d'un pays et les incitent à se protéger des menaçants Etats proches. Ils se rendent ensuite chez les voisins et leur tiennent le même langage, générateur de peurs. Au bout de quelque temps, les modèles d'armements sont périmés ; d'autres, récents et sophistiqués, s'imposent pour parer à toute éventualité. Ainsi, subrepticement, les marchands d'armes préparent les conflits, et parfois les suscitent, même s'ils se défendent de les avoir provoqués. Ils se conduisent comme des vendeurs de voitures : ils donnent l'irrésistible envie d'acquérir le dernier modèle. Et en Europe, vous êtes de bons marchands d'automobiles. » ( Paul Jubin dans « Dom Halder Camara, un cri d’espérance » Ed. Corbaz SA, Montreux, 1980, page 67 ).

            - Ces arguments sont incontournables, dit Thérèse. Aucun dirigeant politique ne peut ignorer cette réalité flagrante.
            - En effet, ajoutais-je, ces affirmations sont bien justifiées et révolutionnaires. Je préfère cette affirmation No 7 « J'aime Don Quichotte : il est plus réaliste qu'on ne le croit ... ». Je me sens être dans la même classe des rêveurs.
            - Détrompe-toi, prétentieux, dit Thérèse en riant. Ecoute ce que dit Mgr : « Si je rêve tout seul, c'est seulement un rêve. Mais si nous rêvons ensemble, c'est le commencement de la réalité. » Dom Helder aimait répéter cela …
            - Mais il y a toute sorte de rêveurs, dis-je. Je ne suis qu’un tout petit.
            - Avec un grand ego ? dit Thérèse.
            - Touché ! dis-je. Tu es impitoyable ! Je plaisante, je n’arrive jamais à ses chevilles. Pour moi, Dom Helder fut à la fois un sage ( Yin ) et un héros ( yang ), dont l’harmonisation mena à l’Ethique. Il personnifiait l’Ethique.

            - En effet, dit oncle Martin. Il sut garder son indépendance et ne chercha pas le pouvoir temporel, je veux dire politique. Ami du Président de la République, Juscelino Kubitschek, celui-ci lui demanda d'être le maire de la nouvelle capitale, Brasilia. La réponse ne se fit pas attendre : « Aujourd'hui, Monsieur le Président, je suis ici, en face de vous, débattant de points de vue en toute liberté et sans aucun engagement. Le jour où je vais me lier à votre groupe de commandement, vu les impositions de la pratique politique, je vais être enchaîné, acceptant tout ce que vous me demanderez, ne vous apportant plus la collaboration originale et indépendante de l’Eglise. »

            - Un prophète ne peut être l'homme d'une institution. Il doit être libre pour agir indépendamment, dit Jacques. Mais Dom Helder Camara ne refusa pas les honneurs qui lui arrivèrent des quatre coins de la planète. Il avait fait 70 voyages hors Brésil, sans compter Rome, à travers les cinq continents. La « voix des sans voix » avait reçu 24 prix internationaux, 40 doctorats honoris causa ( Cf. Liste détaillée en Annexe ).

            - C’était beaucoup plus que les 30 d.h.c. de Piaget, ton Maître, dit Thérèse en me regardant.
            - Evidemment, répondis-je sans broncher. La pauvreté touche plus que l’intelligence. Il y a beaucoup plus de personnes démunies que des gens d’esprit. D’ailleurs, je suis sûr que plus tard, Vatican va le béatifier, tandis que Piaget ne deviendrait jamais un Saint, ce qu’il ne voulait jamais être.

            - Dom Halder Camara avait été en Suisse, dit Jacques. Il avait reçu un Docteur Honoris Causa de l’Université de Fribourg le 16 août 1971. Quelques années après, à Zürich Dom Helder Câmara avait déclaré le 9 février 1974 : «La Suisse aurait de meilleures marchandises à offrir que des armes, notamment toutes les choses qui permettent de construire ! » A chaque occasion, il le rappelle : « Etes-vous bien avertis que les dépenses militaires mondiales atteignent environ 400 milliards de dollars par an ? ». En écho, Alfred Kastler, Prix Nobel de physique, semble lui répondre : « Si ces dépenses étaient seulement diminuées de 10 o/o, tous les problèmes qui se posent au monde dans le domaine du sous-développement et de la faim seraient d'une manière certaine, c'est-à-dire scientifique, résolus.» Oui, la misère, mère de toutes les violences, tue plus que les guerres. Quand les opprimés, accablés de mépris et de faim réagissent, alors s'abat la lourde réponse des gouvernements et commence la spirale de la violence. La violence attire la violence. L'analyse de l'évêque des pauvres se révèle impérieuse.( Paul Jubin « Un cri d’espérance » ouv. cité, p.68 ).

            - L’« évêque rouge » n’aimait pas qu’on le tenait à l’écart de la politique, ajouta-Thérèse. « Croyez -vous vraiment que l’Eglise soit en dehors et au-dessus des systèmes politiques et économiques ? Il est cependant clair que nous sommes tombés dans les rouages du capitalisme. Nous commettons un péché quand nous défendons les formes de sociétés qui pratiquement maintiennent les structures d’esclavage. » ( Munich, 1972 ).

            - Je pense qu’il avait mérité son surnom d’« évêque rouge » dit Jacques. Pour le monde politique en général et pour la doctrine « sécurité nationale », appliquée à cette époque en Amérique latine, celui qui ose attaquer le capitalisme est un communiste sans autre. Pourtant, l’archevêque Montini ( le futur Paul VI ) avait été le premier surnommé l’« évêque rouge » lorsqu’il était à la tête du diocèse de Milan. Dom Halder Camara soulignait que « le scandale ne provient pas de l’infiltration du communisme, mais de l’insuffisance de l’infiltration chrétienne.» ( « Dom Halder Camara, un cri d’espérance », ouv. cité, p. 8 ) Dom Halder Camara avait encore visité la Suisse au mois de février 1980.

            - Je me rappelle maintenant cette visite, dis-je. Un abbé de Fribourg, le R.P. Pierre Kaelin avait demandé à Dom Helder Camara sa collaboration pour créer une œuvre musicale en 1978. Comme poète, Dom Helder Camara avait proposé un titre : « Symphonie d’espérance contre toute espérance ».  Enfin, les auteurs avaient choisi un titre plus court, plus choc, plus interrogatif : « Symphonie des deux mondes » ( il s’agit ici du monde riche et du monde pauvres qu’il faut harmoniser, mettre en symphonie ). Photo : R.P. P. Kaelin et  Mgr Dom Helder Camara. 

            En voici un extrait : ( « Dom Helder Camara, un cri d’espérance » ouv. cité, page 73 ) 

   «Homme, mon frère,
   le bilan Face à l'an 2000
   De la naissance du Christ
   Il est terrible.

   Qu'as-tu fait de l'Afrique,
   De l'Europe, de l'Asie
   Champs de feu et de larmes ?
   Que fais-tu des deux tiers
   De l'Amérique latine,
   Opprimés et traqués ? »
 
   «L'Esprit souffle !
   Qui a des yeux pour voir
   Et des oreilles pour entendre
   Découvre cependant
   Des signes d'espérance.»

     « Les Faibles découvrent
     Qu'ils se rendent Forts
     Et invincibles dans la mesure
     Où ils se rassemblent,
     Où ils s'unissent,
     Pas pour piétiner les droits
     Des autres, mais pour empêcher
     Qu'on piétine leurs droits
     Fondamentaux, qui ne sont pas
     Un cadeau des Gouvernements
     Ou des Puissants. Ils sont un
     Cadeau du Créateur le Père ! ».

«Aujourd'hui, Misère
Remplit nos cimetières
Bien plus que vos
Deux dernières guerres.
Attention,
Mes frères les hommes
La violence numéro 1
C'est la misère
Misère qui englobe
Sous-logement
Sous-travail
Sous-diversion
Sous-santé
Sous-vie
Oppression
Domination.
La violence c'est la guerre
La violence c'est la misère
La vraie guerre 
C'est la misère.

 «Et nous les enfants ?
   Pensez-vous à vos enfants ?
   Car demain nous
   Serons les grands
   L'An 2000 ce sera notre temps
   Aurore ! Après la nuit
   Verras-tu deux mondes réunis ?
   Un chant
   Une symphonie ? 
   Deux mondes réunis ! Un chant !
   Qui va gagner,
   Homme mon frère ?
   L' Esprit souffle 
     Au milieu de la nuit 
    Au milieu de la nuit. » 
 
                                                  Recife - Fribourg 1978-1979.

            - Depuis 1979 jusqu’à maintenant, c’est bientôt trente ans passés, observa-Thérèse. Si Dom Helder Camara se réveillait aujourd’hui, en 2009, pour voir le monde dans une nuit encore plus noire, je ne sais pas s’il pouvait garder encore son optimisme ?

            - Je suis sûr que si, répondis-je pensif. Malgré tout, l’Amérique latine avait beaucoup évolué. Quand mon Maître Jean Piaget disait avec confiance : « J’attends ! », Mgr Dom Halder Camara déclarait sereinement : « J’espère … » 
            Je me souviens alors d’un des poèmes qu’il avait écrit en 1970 dans « Mille raisons de vivre » ( Ed. Seuil, Paris, 1980 ) :

         La nuit était si noire, 
         sans le moindre point lumineux,
         tellement nuit 
         que j'ai été saisi par l'angoisse
         malgré l'amour profond
         que j'ai toujours porté à la nuit … 
         C'est alors qu'elle m'a confié son secret :
          plus la nuit est nuit
          plus belle sera l'aurore 
          qu'elle porte en son sein ! 


                 Recif, 14 juin 1970

            Tout silencieux, mais plein d’espoir, nous regardions par la grande baie du salon les pétales roses des cerisiers voleter ça et là sous l’effet d’une légère brise pendant que les corbeaux noirs se pourchassaient sur le gazon vert parsemé des pissenlits jaunes du printemps ...
            Lausanne,
            Pâques 2009
            L.D.T.

                 CITATIONS

Les citations ci-dessous sont tirées du flot de paroles et d’écrits suscités au Brésil par le centenaire de la naissance de Dom Helder :


            « La plus grande figure politique de l’histoire de l’Église du Brésil » (Elio Gaspari, auteur d’une histoire de la dictature des généraux).

            « Figure discutée par les uns, persécutée par d’autres, extrêmement aimée par les pauvres et les marginalisés de Recife et du monde, avec une projection internationale, dans et au-delà des milieux chrétiens, comme aucune autre personnalité de l’Église du Brésil n’en a jamais connue dans toute notre histoire » (Dom Edvaldo G. Amaral, salésien, évêque émérite de Maceió, Alagoas).

              « Dans le bon sens du terme, il était un homme religieux populaire latino-américain qui captivait les cœurs des gens par son charisme et sa foi. Sa lutte pour le développement latino-américain et les droits humains ont défini de manière significative le catholicisme de libération au Brésil et dans toute l’Amérique latine. Ses actes et ses paroles ont eu un impact parmi les catholiques et autres personnes de foi en Amérique du Nord, en Europe et bien au-delà.

             Dom Helder a fait le passage du défenseur de la violence au promoteur de la paix. Il a alors renoncé aux tentations toujours plus séductrices du pouvoir et des honneurs ecclésiastiques. S’il avait accepté d’ « entrer dans le schéma », Dom Helder aurait pu se retrouver cardinal et, s’il s’était articulé avec les militaires, peut-être même archevêque de Rio de Janeiro ou de Sao Paulo. Il rejeta toutes ces possibilités afin de pouvoir se positionner au côté des pauvres » (Kenneth P. Serbin, historien américain, professeur à l’Université de San Diego).

             « Une personne hors du commun, a témoigné le cardinal Marty ( archevêque de Paris de 1968 à 1981 )  Impossible de le caractériser d’un trait, tant il était surprenant, paradoxal à bien des égards. Dom Helder, non seulement par ce qu’il fait, mais par ce qu’il est, est un personnage un peu extraordinaire, toujours en mouvement, toujours en recherche, toujours en découverte, une intelligence très vive »…


            De l’Abbé Pierre, fondateur des Communautés d’Emmaüs : Souvenir.

            La première fois où j’ai rencontré Dom Helder… Je n’allais pas le voir. J’allais au Brésil lorsque Emmaüs commençait. Un conseiller de l’ambassade de France m’a dit : « Il faut absolument rencontrer Helder Camara ». Je vais, accompagné par le conseiller d’ambassade. Nous avons eu une demie heure de conversation et à la sortie, je m’en souviens très précisément, j’ai dit : ‘J’ai l’impression d’avoir rencontré un Curé d’Ars devenu archevêque et capable de l’être’... (Souvenir recueilli, parmi d’autres, lors d’un entretien à Paris le 17 décembre 2002).
 

                        DISTINCTIONS

           Doctorats

            Dom Helder a reçu, de 1969 à 1991, le titre de Docteur honoris causa de :

            14 universités brésiliennes de 8 États, dont São Paolo (1982, 1984, 1987), Pernambouc (1983, 1984, 1985), Rio de Janeiro (1982, 1991), Ceará (1987, 1990)

            10 universités américaines, dont Saint-Louis (lettres, 1969), Harvard (droit, 1974), Notre-Dame (droit, 1976), Loyola (lettres, 1981)

            6 universités européennes : Louvain (docteur en théologie, Belgique, 26 mai 1970) Fribourg (docteur en théologie, Suisse, 16 août 1971 Münster (docteur en théologie, Allemagne, 22 juin 1972) ; Paris (docteur en droit, Sorbonne, France, 7 mars 1975) ; Amsterdam (docteur en sociologie, Pays-Bas, 20 octobre 1975) Florence (docteur en économie et commerce, Italie, 1977)

            2 universités canadiennes, à Halifax (1984) et Ottawa (1986).

            Prix

            De 1962 (Prix de la Conférence internationale de Service social) à 1992 (Prix « Paul VI, teacher of peace » décerné par Pax Christi-USA), Dom Helder a reçu 24 Prix.
            Le plus emblématique est le Prix populaire de la paix, substitutif au Prix Nobel de la paix (Oslo, Francfort, 1974).

            Notables également, 

            Le Prix Jean XXIII pour le septième anniversaire de l’encyclique Pacem in terris (Genève, 1969) 
            Les Prix Martin Luther King (Atlanta, 1970), Mahatma Gandhi (Sao Paolo, 1982), Niwano pour la paix (Tokyo, 1983).

            Sans oublier 

            Le Prix Saint François (Cincinnati, 1975) 
            Le Calumet de la paix offert par les Indiens américains (Davenport, 1975) 
            Le Prix Thomas Merton (Pittsburg, 1976) 
            Le Prix Raoul Follereau (Rome, 1986)

             Sources : "Dom Helder Camara, un cri d'espérance" Ed. Corbaz SA.Montreux. 1980.

                        Images :   www.images.google.com/images?=dom+helder+camara

                        A voir : Teilhart de Chardin  /7.-religions-et-evolution