2.- Le Bouddhisme en Occident

                Ainsi, cette pensée, considérée comme paradoxale et hérétique, tirée d’un sermon de Maître Eckhart ( XIIIe siècle ), devient limpide, voire lumineuse : « Celui qui blasphème Dieu, loue Dieu », dit Jacques.  Nous pouvons le plagier en annonçant : « Nier Dieu, c’est reconnaître Dieu », mais cette formule n’est pas aussi puissante, aussi dynamique que celle du mystique rhénan.  Concernant la notion de péché, les théologiens dramatisent et maximisent le péché de la chair, tout en minimisant le péché d’orgueil qui est le péché  capital, le grand péché du Moi.

              -   C’est le Moi qui empêche le Dieu intérieur de se manifester, dis-je. Il ignore que seul le divin en lui peut efficacement tenir tête au Démon intérieur, dis-je. C’est comme si à l’extérieur Dieu perdait sa force de dissuasion et si, paradoxalement, le Diable projeté au dehors devenait plus  puissant  et  plus terrifiant ; c’est comme si, à l’extérieur, ces deux éléments présentaient plus d’attraits qu’à l’intérieur. En outre, au paradoxe s’ajoute l’ambivalence. La crainte d’une perte d’identité suscite l’angoisse existentielle, entraînant d’autres problèmes psychologiques.
              -   Donc, il faut que le Moi s’efface pour faire entrer le Divin, dit Jacques. Au IVe siècle, saint Augustin, auteur préféré de Maître Eckhart,  a dit : « Fais le vide en toi, afin que tu puisses être comblé ; sors afin de pouvoir entrer », et encore : « Si tu sors complètement, Dieu entrera complètement, sans aucun doute, ni plus ni moins, car autant tu sors, autant il rentre ».

              -   Lao-tseu se serait montré plus laconique, en  exprimant la même notion de « viduité », continuai-je.  Sortir complètement de soi est un acte absolu, impossible pour le commun des mortel. D’ailleurs, le Moi égocentrique, avec sa devise : « Tout ou rien », ne veut à aucun prix faire des concessions, car il croit perdre une identité qu’il n’a pas, tout en courant  éperdument à sa recherche. Un Moi plus ou moins conscient, tend  à se décentrer,  à sortir  progressivement, mais il est freiné dans son élan  par des pulsions irrésistibles qu’il n’arrive pas toujours à contrôler. D’où un conflit incessant entre ces deux forces qu’il nomme le Bien et le Mal, termes alibis qui ne sont que des conséquences et non pas des causes véritables  Ainsi,  l’issue de la lutte est prévisible. Dans l’incertitude et l’angoisse, il ressent le besoin de chercher aide et  protection dans une secte, une croyance, un Dieu extérieur, ignorant qu’il possède déjà un trésor réel, inexploité : le Divin intérieur.

              -   Pendant des siècles, les mystiques occidentaux et orientaux, ont abondamment abordé ce sujet, continua mon ami, mais  c’était comme s’ils parlaient dans le désert.  Citons ce sermon de Maître Eckhart : « L’homme ne doit pas se contenter d’un Dieu qu’il pense, car lorsque la pensée s’évanouit, Dieu s’évanouit aussi. Bien plutôt, il doit posséder un Dieu dans son essence, loin au-dessus des pensées de l’homme et de toute créature. Ce Dieu ne s’évanouit pas, à moins que l’homme ne se détourne volontairement de lui ».
              -   C’est parfaitement clair, dis-je. Je ne vois pas ce qu’il y a de mystique là dedans, comparé au langage cartésien.

              -   Tu me distrais, dit mon ami. Ecoute encore saint Augustin : « O âme noble, ô noble créature, pourquoi pars-tu chercher hors de toi, celui qui est toujours si véritablement et totalement en toi, et puisque tu participes à la nature divine, qu’as-tu à faire avec les créatures ( les dieux extérieurs ),  et pourquoi t’inquiéter d’elles ?. Il n’y a rien de paradoxal dans ces paroles, pourtant cet enseignement est resté lettre morte.

              -    Tu l’as dit, ces paroles sont des lettres mortes, comme le Cogito : « Je pense, donc je suis », dis-je. Le Cogito est la prise de conscience du sujet pensant. Pour le comprendre, il faut suivre le cheminement de la pensée intuitive et déductive de Descartes - je ne répète que ce que tu m’as dit tout à l’heure -  Et ce n’est pas facile à faire ...

              -   Les paroles de saint Augustin et de Maître Eckhart, proviennent d’une expérience mystique qui nécessite une étude théorique laborieuse, un exercice de prêtrise, une  pratique d’enseignement théologique et des contemplations interminables, dit mon ami, sans broncher. Il faut être prêt pour pouvoir déguster ce nectar du christianisme. Cette réceptivité n’est pas donnée à tout le monde.

              -   La grâce divine survient quand on est capable de se décentrer, de sortir  de son Moi, de son égocentrisme, dis-je.  Pour cela, il faut parfois secouer les gens, ce que faisaient Maître Eckhart avec ses sermons paradoxaux, et les Maître Zen avec leurs dialogues « kô-an », utilisant un langage d’apparence non seulement paradoxale, mais encore illogique et insolite pour les non initiés.

              -   Nietzsche avait aussi essayé de réveiller les gens, dit mon ami. Mais non seulement il a blessé les chrétiens occidentaux, encore son message avait  été hermétique : « Deviens ce que tu es »  ( «  Le Gai Savoir » ).  Freud, fondateur de la psychanalyse, l’a suivi avec sa formule : « Là où était le ça, le Moi doit advenir ». De même, avant lui, le poète Goethe avait  écrit un poème dans lequel était inscrite cette phrase : « Meurs et deviens !  tu n’est qu’un morne passager sur cette terre ténébreuse ».

              -   Qu’est-ce qui doit mourir ? c’est le Moi le coupable, dis-je.  Mais peut-on vivre sans le Moi ?  Donc, symboliquement, le Moi doit  « mourir pour renaître ». Cependant certaines jeunes personnes désespérées ont pris cette formule à la lettre au point de s’enlever la vie, ignorant que le Moi qu’elles avaient détesté, jusqu’à vouloir le faire mourir, n’était qu’un Moi existentiel, une partie de leur Etre. Le Moi ne doit pas mourir, mais il peut s’effacer. Les gens ne savent pas non plus où ils vont, où leur destin les mène.

              -   Ecoute cette traduction de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, d’un poème des Upanishads, dit mon ami :

           « Tout ce que vous avez été, et vu, et fait, et pensé,
              Ce n’est pas vous, mais Moi qui le vis, qui le fus, qui le façonnai,
              Pèlerin, Pèlerinage et Voie,
              C’était uniquement Moi vers moi-même :
              Et votre Arrivée, c’était moi-même à ma propre Porte.
              Venez, Atomes perdus, attirés par votre Centre,
              Rayons errants dans la vaste Obscurité,
              Revenez et intégrez votre Soleil »                  ( Mantiqu’t-Tair )

              -   Toujours le retour à la source, vers son origine divine, dis-je. « Deviens qui tu es » dit aussi Nietzsche dans Zarathoustra. Cette aspiration est la même, que ce soit en Occident ou en Orient.

              -   C’est la convergence selon Teilhard de Chardin, dit mon ami. La nature recèle un mystère qui m’intriguera toujours. C’est la remontée des saumons qui nagent à contre courant, pour arriver à l’endroit où ils sont nés, y pondre leurs œufs et y mourir. Ce destin qui est celui d’une espèce animale révèle une dimension  symbolique pour l’espèce humaine.
              -   C’est instinctif chez les animaux, mais chez les êtres humains, le parcours de l’intuition à la prise de conscience divine est surtout réalisé à l’aide de la religion, dont la définition est de relier l’homme au divin, dis-je.

              -   L’intuition divine est commune à toute les créatures humaines, des tribus qu’on nomme primitives aux peuples dits civilisés, dit mon ami. Seuls les chemins pour y parvenir sont différents. Les humains donnent alors un nom à chaque chemin : Ciel, Soleil, Dieu. Neutres au début, ces noms sont personnifiés en : Jupiter, Jéhovah, Jésus, Mahomet, Bouddha, ou autres…
              -  Comme un fleuve a  ses rivières, ses cours d’eau, chaque chemin  a ses sentiers, ses pistes, dis-je. Chacun suit sa voie, selon sa force, sa capacité, son niveau d’évolution et ce qui est le plus important, d’après ses motivations conscientes comme la foi dans son désir de s’améliorer.
              -   Les gens ont besoin de ces moyens pour continuer leurs routes qui ont plusieurs débouchés, dit mon ami.

              -   En n’oubliant pas que tous les chemins conduisent à Rome, continuai-je en riant. Ces moyens sont innombrables. Cakyamouni, le fondateur du Bouddhisme, avait dit à ses disciples  « qu’il y a plus de quatre-vingt mille » techniques. J’ignore l’origine de ce chiffre.

              -   Je crois que Bouddha a voulu dire que les voies sont illimitées, dit mon ami. C’est un signe de tolérance. Chacun peut choisir le moyen ou la technique qui lui convient. Le dalaï-lama ne pense pas autrement. Avec sa grande ouverture d’esprit, sachant que les Occidentaux ont un trésor divin caché dans leur civilisation, n’ont pas besoin d’un autre nom de Dieu, mais peuvent utiliser une ou plusieurs autres techniques qui leur conviennent.
              -   Je pense aussi qu’ils n’ont pas besoins de livres sacrés orientaux, si ce n’est que pour les comparer avec les leurs, s’ils en ont  le temps bien sûr, ajoutai-je.
              -   Leur foi serait renforcée en voyant les convergences, continua mon ami. C’est ce que le dalaï-lama a aussi dit. Pourtant, il y a toujours des gens trop zélés, qui renient facilement leur religion native, croyant qu’ils peuvent choisir un meilleur chemin. Ils confondent  une réaction affective avec une vraie foi.
              -   Ou plutôt  le fait de « prendre le doigt qui montre la lune pour la lune » comme disent les bouddhistes  éclairés,  observai-je.

              -   Chez nous il y a aussi cette expression : « prendre la carte pour le territoire », mais l’image est moins suggestive, dit mon ami. Il faut admettre que chez vous,  en Extrême-Orient,  les méthodes sont plus nombreuses que chez nous. Ces techniques importées et adaptées en Occident imitent surtout la lettre mais  respectent moins l’esprit. Cependant, il y a des succès  inattendus, probablement à cause de la prise de conscience de certains occidentaux qui, las d’une vie extérieure bruyante et trop mouvementée, veulent désormais se tourner vers un monde intérieur plus tranquille et moins stressé.

              -   Dans ce cas, n’importe quelle technique de relaxation peut faire l’affaire, dis-je. Si chacun peut chaque jour mettre un peu de temps pour  réfléchir à ce qu’il a dit ou à ce qu’il a fait, il peut éviter certaines erreurs, ajuster sa pensée et ses actes et avoir ainsi moins de problèmes à l’égard de lui-même et vis-à-vis de  ses proches. Confucius a  dit : « L’homme supérieur se consulte quatre fois par jour ».  Ces nouveaux adeptes, qui se sentent mieux dans leur peau, même s’ils ne la pratiquent qu’une fois par jour, doivent  beaucoup plus à cette introspection qui est une technique de méditation qu’à l’organisation qui détient cette méthode.

              -   Ce n’est pas si simple que cela, dit mon ami. Tes vues théoriques ne correspondent pas à l’époque présente, marquée par progrès technique, et où les gens vivent à plus de deux cents à l’heure, n’ayant même pas le temps de vivre avec leur famille et d’avoir de vrais amis. D’instinct grégaire, ils ont besoin de s’intégrer à un groupe ayant des idées semblables, avec qui ils peuvent  communiquer, loin du train-train quotidien, dans un cadre exotique si possible, où ils peuvent se sentir à l’aise, fusionner si possible, pour oublier, dans un court laps de temps, qu’ils savent bien éphémère, leur  moi aussi encombrant que tyrannique. 

              -   C’est bien vrai, dis-je, ils ont besoin de rites, de cérémonies, d’une atmosphère spéciale, d’une convivialité chaleureuse, d’une communion empathique ( cœur à cœur et non pas seulement sympathique, venant d’un seul côté ). Quand  le chemin est ardu et nécessite de l’aide, la bonne compagnie rend la route moins longue, le voyageur se sent  moins fatigué et plus en sécurité. 

                                                 Le grand Bouddha au Népal


              -   Mais la vie est courte, le pèlerin ne doit pas perdre son temps à traîner par monts et par vaux, dit mon ami. Le seul moyen pour raccourcir la route reste la méditation, la prise de conscience du sujet pensant.
              -   Ou bien la prise de conscience du Non Moi, ce qui revient au même, remarquai-je.
              -   Nous avons déjà dit que cette prise de conscience du divin en soi n’est que le premier pas, continua mon ami. La difficulté c’est le moyen pour y arriver. Pour Descartes, c’est détacher l’esprit des sens, la méditation métaphysique.

              -   J’avais fait remarquer qu’elle correspondait à la viduité de Lao-tseu, continuai-je. Vider  son esprit ( son Soi ), de tous savoir, préjugés, opinions, convictions, souvenirs, même de ses notions de foi, de patriotisme, de tout ce qui est issu de son vécu, de son Moi construit, est une chose que personne n’ose imaginer. Cette forme de méditation vise ultérieurement à cette vraie Liberté  que préconisait Krishnamurti, qui avait parcouru le monde pour propager son enseignement. 

              -   Je me rappelle que Krishnamurti s’était arrêté à Paris  en 1952 pour donner quelques conférences à la Sorbonne, dit mon ami. Son discours demande un niveau  de compréhension presque ésotérique, exigeant une certaine  préparation mentale. Peu de gens comprennent cette expression : « Il faut mourir sans cesse à vous-même », dans laquelle on peut  reconnaître la pensée de saint Jean de la Croix.

              -   Le Bouddhisme s'adresse en général à une large audience, dis-je. Avant de parvenir à une  méditation efficace menant à sa libération, le novice est astreint à suivre ce  « noble sentier aux huit embranchements » qui s’appelle : vues justes,  volonté parfaite, parole correcte, action correcte,  moyens d’existence corrects, effort juste,  attention juste et concentration juste. Cette exigence n’est pas trop pénible pour les orientaux qui sont culturellement imprégnés par le Confucianisme et le Taoïsme. Pourtant, ce chemin long et escarpé peut durer toute une vie, voire au-delà d’une existence.

              -   De même chez nous, en Occident, la morale chrétienne et les nouvelles méthodes de relaxation, de sophrologie, de training autogène, etc., nous ont habitué à ces longs exercices préparatoires, dit mon ami. Ce qui importe, ce qui est difficile, c’est l’application de ces moyens à la méditation. Evidemment, pour mieux se recueillir, nous avons besoin d’une atmosphère adéquate avec des effluves d’encens, des sons de cloches, des coups de tocsins ponctuant des psalmodies lancinantes, qui nous bercent sous le regard bienveillant d’un Bouddha  tout serein. Toutefois, cette ambiance propice ne nous aiderait pas beaucoup, si nous méditions  avec un esprit en ébullition, un cœur en ballade et un corps en émoi. Dans ce contexte, toute pensée tournerait en rond. On peut certes en retirer une tranquillité relative qui ne dure que le temps d’un engouement capricieux.

              -   Tes critiques sont injustes, dis-je. Il n’y a  pas mal de gens qui se sentent mieux après s’être « convertis », qui  voient nettement augmenter leurs capacités de travail. D’ailleurs, si on voit plus loin et en grand, je pense que cette propagation du Bouddhisme en Europe consiste, en premier lieu, un événement culturel mondial : un rapprochement  plus étroit entre l’Occident et l’Orient.  Ensuite, c’est un sain avertissement,  non seulement pour le christianisme français, mais  aussi pour le christianisme mondial. Nietzsche, dans ses moments de lucidité, n’avait-il pas  dit : « Seule la tragédie peut nous sauver du Bouddhisme » !   ( Fragments posthumes, 1887 ).

              -   C’était comme De Gaulle qui lançait en 1968: « Seule une tragédie peut sauver la France !», dit mon ami. Seulement, De Gaule se référait à lui, en sauveur présumé, tandis que Nietzsche, ce médecin de l’Histoire, parlait pour la postérité.

              -   Le but visé était pourtant le même : forcer les Français à une prise de conscience devant une situation considérée comme alarmante, dis-je. A mon avis, cette vague bouddhiste est positive, elle représente une richesse culturelle ; ce qui est catastrophique, c’est la rigidité et l’esprit borné des théologiens de l’Eglise chrétienne qui vont à l’encontre de l’esprit de Jésus : ils ne pensent qu’à l’ordre,  à leur tranquillité, et  à bien d’autres soucis temporels.

              -   C’est dommage, dit mon ami. Nombre d’autorités religieuses de bien des pays de ce monde, ne sont toujours pas immunisées contre l’attrait du pouvoir, de l’argent et  même du sexe. Quand on voit  au Tibet que deux petits bouddhas de 10 et 13 ans se disputent un trône, avec en arrière-fond des milliards de dollars gérés et manipulés par quelques disciples européens et américains...  Sans oublier les quelques scandales  qui  s’étaient passés dernièrement dans certains milieux bouddhistes européens.

              -   Ah ! quel talent tu  mets à peindre le Diable sur la muraille, s’exclamai-je. Là où il y a de la lumière, il y a de l’ombre.
              -   Ce n’est qu’un lieu commun, dit mon ami. Je préfère citer saint Jean de la Croix : « Là où il n’y a pas d’amour, mettez de l’amour et vous récolterez de l’amour… ». Ces mots figuraient dans une lettre qu’il avait écrite à la prieure de Ségovie, en 1591.

              -   A ton tour, écoute Maître Eckhart, dis-je. ( Fragments, 43, transposé par Eric Fromm dans « You shall be as gods », USA, 1966,  Holt, Rinehart and Winston ) :

              « Que je suis un homme,
              Cela je l’ai en commun avec tous les hommes ;
              Que je vois et entends
              Et que je mange et je bois.
              Cela je le partage avec tous les animaux.
              Mais que je suis je, cela m’appartient exclusivement,
              Cela m’appartient à moi
              Et à personne d’autre,
              A aucun autre homme
              Ni à un ange ni à Dieu,
              Excepté dans la mesure où je suis un avec lui ».

              Et là où est le divin, là est l’Amour.  On n’a pas besoin de le solliciter, on ne sent pas la présence divine, on ne sent pas l’amour en soi, mais tout son être rayonne d’amour ( ce sont les autres qui le sentent, qui perçoivent ce rayonnement d’amour ). La  formule de Sartre « L’enfer c’est les autres » (  « Huis-clos » ),  se transformerait alors naturellement en « L’amour c’est les autres ». 

              -   C’est une bonne définition du Satori  ou l’Eveil zen, conclut mon ami en me donnant une tape sur l’épaule.
         . . . . . . . .                                
             « - Réveillez-vous ! On va arriver à Lausanne ! ».Je me sentis violemment secoué par un voisin de fauteuil qui interrompit mon rêve à ce moment précis.

              Je sortis lentement de mon sommeil dans lequel m’avait plongé le doux roulement du TGV Paris-Lausanne, après une nuit  presque blanche passée à discuter avec mon ami Jacques L.

              De retour chez moi, épuisé, je me suis rapidement mis au lit. Au lever, devant une théière, je retranscrivis mon rêve d’un trait jusqu’à l’aube du jour suivant. Oui, je dis rêve. Car il y a eu la  discussion réelle avec mon ami, puis la remémoration de cette discussion dans le train. Je revoyais avec une grande intensité cet échange de vues qui me parut court et condensé et en même temps long à n’en plus finir... Le rêve et la réalité s’entremêlaient, le présent, le passé, le futur se confondaient, j’étais dans un état presque second, entre le sommeil et le réveil !.

              J’ai cru relater cette discussion telle qu’elle se présentait ; cependant, en me relisant, j’y ai reconnu mon ami mais je ne m’y suis pas retrouvé. Est-ce mon  Moi qui parlait ou un Autre qui profitait de mon état hypnotique ou plutôt hypnagogique pour me jouer un vilain tour ?  

             LDT
            Lausanne
            Automne 1998.

            Je révérais notre théologie, et prétendais, autant qu'aucun autre, à gagner le ciel ; mais ayant appris, comme chose très assurée, que le chemin n'en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu'aux plus doctes, et que les vérités révélées, qui y conduisent, sont au-dessus de notre intelligence, je n'eusse osé soumettre à la faiblesse de mes raisonnements, et je pensais que pour entreprendre de les examiner et y réussir, il était besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du ciel, et d’être plus qu'homme. 
              Descartes ( Discours de la méthode )

              A voir : Les dialogues Zen