2.- Mon père, cet incompris

              LÊ-ĐÌNH LOAN ( 1895-1971 ) 

             Né le 7 juin 1895 à Phú-Xuân, le père de Nguyên semblait avoir une carrière bien tracée. Sorti de l’Ecole des Cadres de l’administration du Protectorat à l’âge de vingt ans, il fut nommé directement à la Résidence Supérieure de l’Annam ( Centre administratif et domicile du Résident ) au lieu de faire d’abord des stages dans des chef-lieu de province, comme les autres candidats. La première fonction de "Secrétaire des Résidences" ( 6è classe ) était suivi d’un premier grade mandarinal : "Hàn lâm viện đải chiếu" sixième grade académique des Lettrés de la Cour. Nguyên tenait ces renseignements de son grand-père.

            Ainsi, il y eut huit échelons, correspondant à huit grades mandarinaux. Le dernier grade "Hồng lô tự khanh", obtenu par le futur secrétaire principal hors classe, correspondrait au troisième grade mandarinal de la Cour (le premier grade étant celui d’un Ministre titulaire).

            A l’époque, il y avait deux gouvernements parallèles : le Protectorat français (Chính phủ Bảo-hộ) et la Cour impériale (Nam-triều). Le siège et les Services du premier se trouvaient à gauche, la Cité impériale et la Cour se situant à droite de la Rivière des Parfums, séparés par un pont à six intervalles (Pont Thành Thái) .

            Evidemment, ce fut le Protectorat qui donna des ordres et tint les cordons de la Bourse en faisant lever les impôts, avec les monopoles du sel, des allumettes et de l’opium … Il céda après une partie des recettes au Ministre des Finances de la Cour impériale.

            Il serait possible pour un fonctionnaire du Protectorat de passer au Gouvernement à côté, si ce dernier possédait un grade mandarinal correspondant, mais le cas inverse ne serait pas admis.

            Le rêve du père de Nguyên serait de rester à Huê auprès de son père, dans leur propriété au bord de la Rivière des Parfums, auprès de sa belle-famille, et surtout auprès des tombeaux ancestraux. Il fut le fils cadet, né après de trois sœurs toutes mariées. Donc seul descendant mâle de la famille, il voulait se donner l'image d’un Lettré confucéen, qui savait prendre ses responsabilités, remplir ses pieux devoirs.

            D’ailleurs, l’aïeul avait expliqué un jour à Nguyên qu’il vaudrait mieux être un fonctionnaire du Protectorat, car au-dessus de son fils, il n’y avait que deux supérieurs : un Chef de service et le Résident lui-même. Tandis que chez le gouvernement protégé, le fonctionnaire débutant aurait un tas de supérieurs : le sous-préfet ou le préfet, les deux auxiliaires du gouverneur, le gouverneur, les deux auxiliaires du ministre, le ministre, les proches de l’empereur et l’Empereur. Pour avancer, il faudrait gagner assez d’argent pour offrir des présents à son supérieur immédiat, qui offrirait au sien, ainsi de suite, s’il ne voulait pas être oublié dans son trou, sans espoir d’être muté à un poste prospère et lucratif. Ces coutumes "indigènes" étaient contraignantes et pénibles. Pourtant, il y avait toujours des ambitieux qui pouvaient faire fortune au dépend du peuple et de leurs "crédits de bonté". Grand-père insistait toujours sur ce point. Le "Đức" ( bonté ) va de pair avec le "Phúc" ( bonheur ). Une famille désignée par ce double "Bonheur + Bonté" était enviée et respectée même si elle vivait dans l'état de pauvreté ( thanh bần = pauvreté par éthique ). Chez les fonctionnaires du Protectorat, pour parcourir les huit grades, il y eut deux modes d’avancement : par choix à partir de deux ans, et d’office après quatre ans. Le premier serait réservé à celui qui avait rendu un service exceptionnel, dénonciation, ou espionnage de l’autre côté, ensuite à celui qui offrait de précieux présents ( antiquités
chinoises ou vietnamiennes ) et enfin, à la rigueur, à celui qui sait manier la brosse à reluire. Le deuxième choix serait attribué aux fonctionnaires non zélés, peu ambitieux.

            Le père de Nguyên obtenait toujours son avancement au second mode, après chaque quatre années. Nguyên l’avait entendu une fois confier à un collègue ami : « En tout cas, après 25 ans de service, j’arriverais quand même à la dernière échelle avant ma retraite à 55 ans. A quoi bon se démener ? C’est mauvais pour mon échine ! » Et ils éclatèrent de rire …  (Ci-contre photo de L.D. Loan vers 55 ans).

            Cependant, son désir de rendre service, de faire du bien comme son père, lui réservait quelques surprises. Un jour, deux villageois de Phú-Xuân, son village natal, étaient venu lui demander de l’aide. Des catholiques de Kim-Long, forts de l’appui de leur prêtre français, avaient essayé d’empiéter sur les propriétés des premiers en déplaçant les bornes limitant le terrain.

            Alors, autour de la grande table, devant les deux quémandeurs obséquieux, Nguyên, âgé de 12 ans, prit sa plume d’acier, la trempa dans un encrier, puis écrivit sous la dictée de son père : « A Monsieur le Résident Supérieur de l’Annam » …

            Et cette scène se répétait plus d’une fois. Nguyên devinait le succès des requêtes en voyant venir ces villageois apportant des présents à son père. Nguyên se rappela d’avoir une fois prélevé son dû, en buvant une demi-bouteille de champagne sans aucun plaisir escompté, sauf un léger étourdissement.

            Pendant ce temps, à la Résidence Supérieure, il y avait une enquête discrète. Un de ses collègues avait prévenu le père de Nguyên : « Ils ont dit : Ces requêtes ne pourraient venir que de Loan ! ».

            Enfin, le père de Nguyên fut transféré au Service de la Sûreté Natinale dont le siège se trouvait à deux pas de la Résidence Supérieure. Son nouveau Chef fut L. Sogny ( probablement celui qui avait secoué frénétiquement la main aux longs ongles de son grand-père ... ), qui le nomma responsable d'un Bureau de comptabilité.

            Ses anciens collègues lui avaient dit qu’il avait eu de la chance, car il pouvait être muté loin de Huê dans une quelconque "Résidence provinciale" !  Nguyên pensait que ces derniers plaisantaient, car le fait de rétablir une injustice ne devrait pas être puni. D’ailleurs son père fut content de pouvoir s’éloigner d’un Chef de service qu’il n’aimait pas.

            Nguyên n’avait jamais vu son père jouer au football. Un dimanche d’été, vers ses 6 ans, ce dernier l’emmena un jour sur un terrain de jeu, où il fut vite entouré par un tas de joueurs et de non joueurs qui l’accueillirent chaleureusement. Nguyên sut, tout étonné, que son père fût le Président du Club de la région de Vy-D. Ce dernier lui dit qu’il avait accepté ce rôle pour rendre service. Nguyên fut tout content d’avoir avec ses petits frères des meilleurs places assises pour assister, presque chaque dimanche, au spectacle du jeu.

            A la même époque, son sport préféré fut la chasse aux fauves. Parfois, au milieu de la nuit du samedi, un coup de klaxon prolongé réveilla Nguyên, suivi d’une voix de stentor : « Allô ! Loan, t'es prêt ? ». Ce fut le compagnon de chasse de son père, Georgin, inspecteur de la Sûreté Nationale, qui attendit avec sa Jeep dans la cour de la maison. Cependant, par charité bouddhique, son père et sa mère n’aimaient pas cette tuerie de bêtes innocentes. Le père de Nguyên dut renoncer sans regret à sa passion, en rangeant son fusil à deux coups acheté à Saint-Etienne, en France.

            Heureusement, il avait d’autres plaisirs : lire, créer des poèmes avec ses amis, écouter la musique et les chansons traditionnelles. Il avait essayé de jouer un instrument, vite abandonné, car il préférait la poésie et la lecture. Chaque été, il avait fait monter une petite cabane juste au bord de la Rivière des Parfums. Ce fut le lieu de rencontre de ses amis et de ses collègues, surtout les samedi soir. Nguyên, faisait semblant parfois de s’endormir à côté, écoutait avec intérêt leurs conversations, car à côté des banalités, il pouvait apprendre beaucoup de choses du monde des adultes et de la vie en général.

            Nguyên fut ainsi au courant de leurs opinions politiques. Nationalistes modérés, ils admiraient Phan Bội Châu, Phan Chu Trinh, Hùynh Thúc Kháng, … qui avaient tous passés par les geôles françaises. Parfois, il avait entendu des commentaires sur Hitler, et sur le Maréchal  Pétain.

            Ils plaignaient parfois les mandarins de la Cour qui enviaient leur sort. Une bavure du Service de censure de la Résidence Supérieure qui laissait passer un poème satirique enrageait ces derniers.

            A l’occasion du Nouvel An vietnamien ( le « Têt » ) les gens du pays fêtaient au dernier jour de l’An le « Ông Táo », ces trois pieds en terre cuite servant de support pour la cuisson d’une marmite de riz ou d'autres aliments. La coutume les considérait comme un objet culte, ce « Ông Tao » qui, le lendemain, alla rapporter annuellement à l’Empereur du Ciel les histoires passées dans la famille. Donc, il faut lui graisser les pattes pour qu’il parlât en leur faveur.

            Ainsi, un lecteur anonyme avait pu publier, dans le journal « Tiếng dân » (« La Voix du Peuple ») le grand quotidien de la Capitale et du pays, le poème suivant :

            « Chỉ là cục đất bắt nên Ông,
            Ngất ngưỡng làm chi cỏi Á Đông.
            Nồi gạo gập gình ngày sợ hỏng,
            Hơi đồng liếm láp bửa ngồi trông.
            Oai quyền trong xó vui chi đó,
            Đè nén trên đầu có biết không ! »

                    Traduction textuelle :

            « Ce ne sont que trois morceaux de terre transformés en un objet de culte,
            qui se dandine ostensiblement dans ce coin de l’Extrême-Orient.
            Sous une marmite instable qui risque de se renverser à tout moment,
            il attend, à chaque repas, de lécher l’odeur du cuivre ( l’argent sonnant ).
            Dans un coin isolé, peut-il se sentir être heureux avec son pouvoir et ses privilèges,
            quand un poids - le sait-il - pèse lourdement sur la tête ?".

            Nguyên avait une occasion de voir l’ancien copain de chasse de son père.  En 1941, lors d’une demande de passeport, il alla au Service d’identité de la Sûreté Nationale. Son père l’accompagna dans ce bureau quand survint Monsieur Georgin auquel son père le présenta : « Mon fils ! dit-il ». L’inspecteur lui serra la main : « Bonjour jeune homme ! Quelle est votre profession ? – Instituteur, répondit Nguyên  -  Vous ne suivez pas le chemin de votre père ? dit-il en riant. Les instituteurs sont des futurs révolutionnaires. - Pas moi, protesta-t-il, embarrassé ». ( Nguyên n'avait pas l'idée que ce dernier serait son sauveur six ans après, en 1947, quand il était prisonnier de guerre de l'armée de reconquête française ! ). 

            Nguyên attendait chaque été avec impatience. Trois mois de congé du 15 juillet au 15 septembre. De vrais vacances. Avec ses cousins et cousines, ils faisaient la fête dans la cabane d'été entourée de trois petites mares de nénuphars. Avec un petit bateau cédé par un ami de son père, ils sillonnèrent la Rivière des Parfums avec ses frères. Et encore un grand cousin éloigné qui apporta une périssoire, longue embarcation à deux places, et le laissait dans le petit port, sous les racines d'un arbre ombrageux. Travaillant dans le même service que le père de  Nguyên, il venait seulement vers la fin de la journée ou le dimanche et laissait la garde de l'embarcation à Nguyên qui en profitait pour emmener promener sa cousine et parfois les amies de cette dernière. Jeune Secrétaire des Résidences, Nguyên van An, âgé d'au moins six ans de plus que Nguyên fut plus qu'un ami. Il le considérait comme un grand frère, un maître, car non seulement il lui avait appris à améliorer son jeu des échecs, il l'aidait à acquérir des connaissances générales non enseignées au Lycée, une vision plus ouverte du monde, de la politique nationale et internationale. En outre, Nguyên dévorait les histoires d'Alexandre Dumas et d'autres romans policiers qu'il lui avait prêtés.

            Ce bonheur tranquille ne durerait pas éternellement. Le monde bougeait, la guerre en Europe gagnait l'Extrême-Orient. Le Japon menaçait l'Indochine. En 1940, il envoya d'abord des "contrôleurs". Puis, le 18.01.1942, les Japonais signaient avec Hitler et Mussolini un accord militaire qui prévoyait, entre autres dispositions, le partage de l'Asie entre l'empire du Soleil Levant et le Occidentaux (Rêve de la "Grande Asie").

            En juillet 1944, la Sûreté nationale qui surveillait les mouvements nationalistes avait l'intention d'arrêter Ngô Đình Diệm. Ce fut le père de Nguyên qui avait fait avorter l'opération. Lacombe, Directeur de la Sûreté nationale de Hanoi, était venu spécialement pour diriger l'affaire. Un jour, l'inspecteur Georgin, l'ancien compagnon de chasse de son père, lui dit : "Loan, il nous faut pour demain une feuille de route pour mon chauffeur et moi, pour Tchépone" (une localité du Laos à la limite de la frontière de la province de Quảng-Trị). Cela mit alors la puce à l'oreille de son père :"La dernière fois, c'était pour l'internement du nationaliste Phan-Thúc Ngô. Cette fois, ce serait le tour du dernier restant, Ngô-Đình Diệm", assigné à domicile à Kim-Long". Il dit alors à Nguyên van An son jeune collègue qui avait des relations avec ce dernier de l'avertir au plus vite. Cette nuit de juillet 1944, Ngô Đình Diệm, déguisé en nonne catholique, sortit de chez lui pour aller se réfugier, chez Ikéda, le consul du Japon à Huê, qui l'envoya secrètement à Saigon. Personne, pendant des années ne fut au courant de cet épisode. Quelques uns croyaient que si le futur président avait pu s'enfuir c'était grâce à Nguyên Van An ( le grand ami de Nguyên ). Son père ne démentit pas et garda le secret pour lui. ( Plus de trente cinq années après, vers 1980, Nguyên fut mis au courant par un ami de son père, Đinh-Hữu Uyên, réfugié à Paris. Lors d'une visite, ce dernier lui avait raconté toute l'histoire ).

            Enfin, le 09 mars 1945 ce fut le coup de force, les Japonais envahirent l'Indochine, les Français se rendirent.

            A Huê, l'Ambassadeur du Japon Yokoyama de l'Indochine vint se présenter à l'Empereur Bao-Dai en lui disant à peu près ceci : "Le Viêt-Nam fut délivré des Français grâce à l'Armée impériale. Le Japon serait prêt à reconnaître l'indépendance du Viêt-Nam. Si l'Empereur le souhaitait, il lui servirait de Grand Conseiller. Mais avant, il fallait une proclamation d'indépendance pour informer la population et les autres pays du mondes". La proclamation d'indépendance fut signée puis publiée le 14 mars 1945.

            Un gouvernement fut formé le 17 avril 1945, présidé par Trân-Trọng Kim, ancien enseignant et historien.

            Nguyên ne savait pas s'il y a une ironie du sort, mais ce fut son père que Trân Trọng Kim avait choisi comme son secrétaire particulier. Il fut bien étonné, car sa famille n'eut aucun lien avec celle du nouveau premier ministre. "Pourquoi mon père ?, se demanda Nguyên. C'est un poste de confiance qu'on ne confie normalement qu'à un proche". ( Il a renouvelé cette question à l'ami de son père 35 ans après, vers 1980. Ce dernier lui dit que : "Le nouveau premier ministre cherchait quelqu'un qui connait bien la situation et l'atmosphère de la Cour de cette époque, quelqu'un d'intelligent et surtout digne de confiance" ).

            Après 4 mois environ, en août 1945, le gouvernement tomba avec la capitulation du Japon. Bao-Đại abdiqua le 25.08.1945, en remettant les sceaux impériaux au "Comité de la Ligue pour l'Indépendance du Viêt-Nam" ( Viêt-Minh ).

Les alliés, Chinois au Nord et Anglais au Sud, arrivèrent en Indochine pour désarmer les Japonais. Les Français, grâce à la complicité des Anglais, reprirent pied à Saigon en septembre 1945. A Huê la défense s'organisa. Malgré un lap de temps de quatre mois d'entraînement dans l'Ecole de préparation militaire, camouflé sous le nom de "l'Ecole de Jeunesse d'avant-garde" ( Thanh-Niên Tin-Tuyến ), la plupart des scouts et chefs scouts de l'école s'engagèrent dans l'Armée de Libération ( Gii Phóng Quân ) en formant un noyau important.

            ( L'Ecole TNTT fut créée par le Ministre de la Jeunesse, Phan Anh, conseillé par Tạ Quang Bửu, Commissaire national scout, sous la direction de Phan Tữ Lăng, ancien officier français, choisi pour tromper les Japonais. Etant tous des patriotes, ils avaient formé rapidement des cadres d'officiers sous le nez et à la barbe des occupants. Les scouts, par leur devise, étaient "toujours prêts". En théorie, ils avaient une formation paramilitaire, il ne leur manquait que le maniement des armes. Les quatre mois passés leur étaient un minimum indispensable pour l'exercice, le reste serait appris sur le champ de bataille. Après une guerre de trente ans - 1945-1975 -, contre les Français et les Américains, certains avaient sacrifiés la vie pour leur pays, d'autres étaient devenus des officiers de haut rang et des généraux ).

            En 1945, le père de Nguyên vit quatre de ses cinq premiers enfants rejoindre l'Armée de libération. Le cinquième fils, LĐ Việt, à Huê, commença son baptême de feu sous le commandement de Hà Văn Lâu ( qui l'envoya après dans les écoles militaires en Chine et en URSS ) ; le quatrième, LĐ Quyền ancien scout, alla au Sud pour lutter contre l'envahisseur, fut tombé quelques mois après, sous les balles françaises à Nha-Trang ; le deuxième, LĐ Khôi, fut envoyé à l'Ecole militaire de Son Tây, au Nord ; l'aîné, LĐ Tuế, instituteur à Đồng-Hới ( Quãng-Binh ) et chef de scout, après un détour par Hanoi, Nam-Định et Hải-Phòng, rejoignit Tuy-Hoà ( Phú-Yên ) pour reprendre son service dans l'Armée de Libération.

            A l'approche des Français de Nha-Trang, Nguyên suivit son groupe à Củng-Sơn, à 11 km vers l'Est, où en août 1947, il alla en mission, à 400 km à travers la chaîne annamitique, sur les Hauts-Plateaux.

            En 1946, sous le Gouvernement provisoire de l'Annam (sous tutelle française), présidé par Trân Van Lý, le père de Nguyên fut choisi comme Trésorier Payeur, un poste de confiance (Il ne savait pas qu'il gérait une partie de l'argent américain du fond d'aide Marshall à la France !).

            Au début de l'année 1948, il avait reçu un appel au secours de son fils aîné, transmis par un officier-interprète du Corps expéditionnaire français, annonçant que Nguyên fut prisonnier à Ban-mê-thuôc ( Hauts plateaux au dessus de la province de Phu Yên ) depuis fin août 1947. Avec l'intervention du Gouverneur et l'ancien copain de chasse, Georgin, devenu le Chef de la Sûreté Nationale, Nguyên fut libéré en février 1948. Après une année et demie au Ministère de l'Education Nationale, il partit en France en août 1949.

            En 1950, à 55 ans, le père de Nguyên prit sa retraite.
            Il s'éloigna de la politique, mais s'engagea dans une campagne d'alphabétisation pour aider les adultes et même les âgés à lire et à écrire ( Bình Dân Học Vụ ). Quelque temps après, dans le but de rendre service aux jeunes mères, il fit appel aux dons privés pour créer des services de maternités dans les villages éloignés de la ville. Il quitta le monde, encore en guerre, au début de 1971, à l'âge de 75 ans. A son enterrement, à Huê, il y eut beaucoup de monde, surtout des bouddhistes et avec une délégation des catholiques.

            Des dizaines d'années plus tard, quand Nguyên s'entretenait avec un de ses frères sur la vie de leur père, ce dernier lui dit qu'il n'y avait rien d'intéressant : une existence pépère de mandarin sans péripéties marquées. Evidemment, son frère n'avait rien compris, et Nguyên fut un peu triste.
            Il pourrait dire la même chose de leur grand-père qui ne vit que pour rendre service aux autres, dans le but de créer un "crédit de bonté" pour la génération future.

            Leur père avait essayé de suivre son pas. Le fait de sauver Ngô-Đinh Diệm des mains des Français fut-il une bonne ou mauvaise action ? Le Viêt Nam du Sud existerait-il sans Ngô-Đình Diệm ? Les Américains chercheraient une autre carte ou un autre pion, comme les Français l'avait fait avec Bao-Dai. Le père de Nguyên ne pensait pas si loin, il faisait une bonne action, et rien d'autre !

            Il ne pensait pas non plus que cette bonne action rejaillirait plus tard sur les destinées de ses trois enfants.

            L.D.T.  Lausanne, Printemps 2005.

            Suite :  /3.-mon-p-c3-a8re-cet-incompris (3.-.Mon père, cet incompris)

           (Traduction en vietnamien : /1.-gia-t-c-l-c3-8a-c3-acnh) (1.- Gia tôc LE-DINH)

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                                         "D'une vie sans illusion et sans faux semblants
                                          Ils laissent le souvenir d'un coeur compatissant"