2.- Pensée chinoise et Civilisation vietnamienne

                                                      Le Bouddhisme                                             

              Bouddha ( 624-544 avant J. - C. ) de son vrai nom Siddhartha Gautama  

              Le Bouddhisme, venant de l’Inde, pénétra au Giao-Chi par le sud dès le Ier ou II ème siècle de l’ère chrétienne. Au carrefour de deux civilisations et de deux mondes ( indiens et chinois ), les moines de cette contrée lisaient aussi bien le chinois que le sanscrit, servant d’interprètes aux pèlerins chinois et indiens ou collaborant avec eux dans la traduction des textes sacrés.

              Jusqu’en 580, c’est l’influence du bouddhisme indien qui prédomina. Après cette date, le bouddhisme introduit par Bodhidharma en Chine vers 520 - 525,  appelé bouddhisme chinois  ( "chân",  "Zen" ou "thiên" ) prit la relève, sans pour autant que le premier courant disparaisse.
              Comme Confucius, Bouddha enseignait la bonté, l’égalité des hommes, l’amour universel, y compris pour le règne animal. Mais pour ce dernier, contrairement aux confucéens, la nature originelle est neutre ; c’est la succession des vies qui, à travers divers faits et actes, crée de "fausses constructions" et d’illusoires identifications qui, par  leur conditionnement  et la loi de causalité, engendrent  ce que les bouddhistes nomment le "karma". La libération de ce "karma" n’est autre chose que le dépassement du "Moi existentiel" pour retrouver le "Moi essentiel " qui est la nature originelle ou la  "nature-bouddha".

            La plupart des gens s’accrochent à leur "Moi existentiel " parce qu’ils  le confondent avec leur "Moi essentiel". Le principe de "non ego" (  anatta  )  démontre que le "Moi existentiel", découlant du "Karma", n’a pas d’existence propre. Il n’est qu’une "construction" composée d’éléments qui ne lui appartiennent pas, qui sont empruntés, qui sont sous la dépendance d’êtres ou d’objets extérieurs. Si on enlève au Moi chacun de ses éléments : forme matérielle, sensation, perception, représentation et état de conscience, que reste-t-il ?. Rien. Or aucun de ces  "agrégats" ( skandhas )  n’existe par lui-même. Ils sont étroitement tributaires des sens, c’est-à-dire du corps physique. Sensations et perceptions n’existent qu’en fonction des organes des sens et des objets perçus par eux. Les représentations mentales dépendent des perceptions et des sensations qui fournissent à l’esprit les matériaux sur lesquels il travaille.

            La "conscience-connaissance" résulte de l’action et de l’interaction des trois premiers. Les comparaisons imagées sont nombreuses pour aider à comprendre cette notion difficile : « De même que ce que nous désignons par le mot chariot  n’a pas une existence à part de son essieu,  ses roues, ses brancards, etc., ou que le mot  maison n’est qu’une désignation commode pour un assemblage de toits, murs, fenêtres, etc., et qu’il n’existe pas d’entité maison, de même ce que nous nommons être, individu ou  moi n’est rien qu’une combinaison changeante de phénomènes physiques et psychiques des cinq agrégats et n’a pas d’existence propre en soi ».

              Le Bouddhisme ne nie pas l’existence en chaque être humain d’un caractère, d’une personnalité définie ; ce qu’il nie c’est l’affirmation qu’il appartient à un "Moi  immuable et permanent". La personnalité de chaque être humain est faite d’un certain nombre de composants psychiques ayant des origines très variées ; ce qui la distingue des autres, c’est la proportion, le dosage entre les éléments constituants : dosage biologique et dosage mental combinés qui déterminent ce qu’on nomme "individualité", "caractère". Ce dosage n’est d’ailleurs jamais constant. Il peut y avoir à certains moments, dans le corps, excès d’acidité ou d’alcalinité, prédominance de telle ou telle sécrétion glandulaire ; ces facteurs et bien d’autres encore, tels les éléments inconscients provenant de notre hérédité, de notre culture, de notre éducation, de notre milieu social..., jouent sans cesse, et leur équilibre ou déséquilibre détermine les variations du caractère.

            Mais chez chaque personne, il existe une disposition dominante qui le différencie. La physiologie moderne a montré que le courant du psychisme a tendance à suivre le même chemin chez un individu déterminé. Dans son cerveau, les neurones s’associent selon une certaine ordonnance qui correspond au cheminement habituel de sa pensée.

            Les bouddhistes disent à peu près la même chose d’une façon moins scientifique : par la répétition continue des actes et des pensées, une certaine structure mentale s’organise. Ce qu’on appelle  normalement "Conscience" n’est en réalité que des "confections mentales", des "habitudes-énergie"  ( samskâras ) des cinq agrégats, qui constituent la somme des processus mentaux et psychiques développés tant au cours des vies successives que de la vie actuelle. C’est ce "karma" qui forme la base des dispositions "bonnes" ou "mauvaises" de l’individu, déterminant ce qu’on appelle son "caractère", et constituant son "Moi existentiel".
              Le "karma",  héritage des actes passés,  lié par la "loi de causalité",   représente une force d’inertie qui empêche l’être humain de vivre pleinement son existence, de cultiver son potentiel originel.
              Malgré l’évolution des civilisations, malgré le développement des cultures diverses, malgré les progrès scientifiques, techniques, sociaux, industriels, l’humanité souffre de plus en plus. La peur, l’angoisse, l’inquiétude, semble être le lot quotidien de chaque individu, de chaque société et de chaque nation.

              Depuis 25 siècles, la "suppression de la souffrance" reste le cœur de la doctrine bouddhique. Selon Bouddha, la souffrance vient de cette "ignorance", qui ne voit pas que l’être humain est né "conditionné", enchaîné par son "karma", dépendant d’un Moi illusoire, non permanent, qu’il tient cependant pour son Moi véritable, pour sa nature originelle. Reconnaître ce fait pour sortir  de ce conditionnement, de son ignorance, c’est parvenir à  "l’éveil" ( à l’état de Bouddha ), le but principal du bouddhisme.
              La disparition de la souffrance, la capacité de détachement des choses matérielles ( et spirituelles ! ), voire la sérénité suprême du Nirvana, ne sont que les conséquences de cet  "éveil", dans lequel il faut se garder de voir un synonyme d’Illumination. De même, qu’on ne peut traduire Nirvana par Paradis ! 


                    INFLUENCES DE LA CIVILISATION CHINOISE    

             Dans leur lutte pour l’existence et contre l’occupant chinois, les Vietnamiens se sont forgés une culture propre, et construit avec leur sueur et leur sang une nation à part entière et un pays influent  en l’Extrême-Orient. Ils n’ont pas pu cependant se soustraire tout à fait à  la civilisation plusieurs fois millénaires de leur grand voisin.

             Ainsi, il n’est rien, dans la vie quotidienne d’un Vietnamien, qui n’ait subi d’une manière ou d’une autre l’empreinte de ces  trois doctrines religieuses, de ces trois courants de pensée. Aucune action importante, aucun comportement familial, amoureux, amical,  aucune cérémonie, aucune action sociale, aucune démarche littéraire, philosophique  n’échappe à leur influence. ( Toutefois, certaines actions ou certaines rites chinoises, trop compliquées ou trop sophistiquées, sont souvent simplifiées ou modifiées pour l'adaptation  aux mœurs et aux traditions du pays ). Cependant, chaque Vietnamien est plus ou moins marqué par ces trois tendances, dont l'intérêt dominant de chacune varie selon l’évolution de l'âge ou suivant les aléas de l'existence.
              On peut dire que le peuple en est imprégné dans son mode de penser et dans sa manière de sentir qui sont bien différents de ceux de l’Occident.

              Pour comprendre les Vietnamiens, il est utile d’examiner d’abord ce qu’on  appelle Orient et Occident, deux contrées considérées par l'Occident notamment, comme deux opposés qui ne se rejoignent jamais. L’enseignement du Yi-King  nous a permis de comprendre qu’une civilisation peut être de dominance Yang ( civilisation occidentale ) ou de dominance Yin ( civilisation orientale ), comme un être humain peut être de dominance Yang ( masculin )  ou de dominance Yin ( féminin ). Un homme ayant trop de Yang devient trop brutal, trop agressif, trop agité,  poussé à l’action. Une femme avec trop de Yin se montre trop passionnée, trop sentimentale, trop soumise, trop passive, lente à réagir. Un être "équilibré" ou plutôt "harmonieux" est celui qui sait doser la part de Yin et de Yang en lui,  en sachant se montrer Yin ou Yang suivant les circonstances et suivant la personne qu’il  fréquente ou avec laquelle il vit. Ce qui est possible chez l’individu s’avère difficile à appliquer dans une collectivité, une société ou une nation, où domine le grand nombre. La culture, issue d’une civilisation, a pour but non seulement d’accumuler des acquis dans divers domaines, mais de chercher à harmoniser les forces Yang ( esprit de compétition, de concurrence, besoin de croissance, de domination, d’affirmation, techniques agressives dans les domaines scientifique, médical, social, économique... ) avec les forces Yin ( esprit de coopération, besoin d’intégration, de conciliation, techniques alternatives, technologie douce - en médecine notamment - , engagement écologique... ).

              Une civilisation Yang, qui comporte déjà le germe Yin, arrivant à son apogée qui est en même temps une impasse, peut basculer vers une civilisation Yin tout en gardant ses acquis qui lui confèrent une certaine flexibilité et une capacité d’adaptation accrue. C’est le cas actuel de la civilisation occidentale. Il en est de même avec la civilisation orientale qui évolue en sens inverse, passant progressivement de l’époque Yin à l’époque Yang.


            QUELQUES  TRADITIONS  ET  CARACTERES NATIONAUX  VIETNAMIENS

                           Le culte des ancêtres 

              Les  Viêtnamiens, de culture Yin, entretiennent des traditions anciennes dont la plus caractéristique est le culte des ancêtres. Les Occidentaux n’y voient qu’une forme de superstition, mais cette vieille coutume contient en réalité un sens humain profond :
              C’est le respect des origines, de la Nature ( « Lorsque tu bois de l’eau, souviens-toi de la source », dicton populaire ), qui entraîne la reconnaissance, le respect des Anciens, le respect des ancêtres, le respect des parents, le respect du Maître, le respect des personnes âgées, le respect de son pays et le respect de la nature environnante. La notion de reconnaissance, qu’englobe le concept confucéen "Hiao", est l’apanage de l’homme  supérieur, le "kiun-tseu" ou gentilhomme confucéen, auquel tout un chacun aspire à s’identifier.

                           La convenance 

              C’est le principe confucéen "Li" qui règle le comportement individuel et social des Viêtnamiens. Les Occidentaux tendent à voir dans ce qu’ils considèrent, selon leurs critères, comme des salamalecs, un signe de soumission ou de manque d’affirmation, alors qu’il ne s’agit qu'une marque conventionnelle de respect envers autrui, à l'égard de son interlocuteur, un signe de non-agressivité intentionnelle. En effet, leur "ego-yang", foncièrement différent de l' "ego-yin" oriental, ne saisit pas facilement cette attitude confucéenne, selon laquelle « L’humilité est le commencement de la sagesse ». Ce précepte recommande l'effacement, si possible, de l’ego ( du Moi ) dans les relations sociales. Les "kiun-tseu" en sont parfaitement conscients ; les autres le font par politesse traditionelle.
              Le  "Yi" est un autre principe confucéen qui complète le précédent. C'est une forme de rectitude  ( du corps, des sentiments et de l'esprit ) que chacun vise à atteindre, dans la  conduite vis-à-vis de soi-même et à l’égard d’autrui. 
             « Que votre comportement s’accorde à votre nom »,  « Que le souverain se conduise en souverain, que le père se conduise en père ». Cette éthique sociale est régie par la notion de "Tchoung-young" que les Occidentaux traduisent par les expressions "Invariable milieu", "Juste milieu", ou encore "Milieu juste".  Cette dernière, qu’on doit au sinologue français Etiemble, est celle qui se rapproche le plus du sens original. L’"invariable milieu" présume une certaine rigidité, impliquant un manque de souplesse. Le "juste milieu" évoque une "moyenne" normale, imposant une limite conventionnelle.  Le "Milieu juste", lui, dicte un choix, suggérant une conduite individuelle, mais nuancée, mesurée, adéquate, adaptée aux circonstances, aux êtres, aux choses, et à l’environnement, harmonisant si possible "Yin" et "Yang".

                               La réceptivité 

              C’est un trait typiquement "Yin" qui, sous la forme d’une curiosité incessante, un besoin insatiable de savoir, de connaître, confère aux Viêtnamiens une grande facilité d’adaptation et d’intégration. Ce qui fait que, contrairement aux Occidentaux, ils acceptent - et assimilent - plus facilement les cultures étrangères.

                              La résignation

              La doctrine de lutte contre la souffrance du Bouddhisme, si elle n’amène pas tous les  Viêtnamiens au Nirvana, leur confère paradoxalement des  traits de caractère bien "Yin" : la patience, la résignation et la résistance à la souffrance. Toutefois, il ne faut pas confondre résignation avec acceptation passive ou soumission sans réserve.

                              L’optimisme 

              L’influence du Taoïsme, conjuguée avec celle du Bouddhisme, crée chez les Viêtnamiens - à l’inverse de nombreux Occidentaux - une vision assez  optimiste du monde qui les éloigne plus ou moins des peurs et des angoisses existentielles, et qui leur permet aisément de faire face aux difficultés de la vie quotidienne.

                             La tolérance 

              L’acceptation par les Viêtnamiens des trois doctrines dans leur pensée et dans leur mode de vie témoigne déjà en soi d’un esprit  de tolérance. Et il n’y a  pas de tolérance sans un besoin naturel d’unifier les contraires et de concilier les opposés ( c'est-à-dire accepter la dualité et les différences ). Cette pensée dialectique "non consciente" est commune aux trois courants philosophico-religieux  qui prennent tous plus ou moins leur source dans le Yi-king  ( pensée sous-jacente chez Confucius, manifeste chez Lao-tseu, immanente chez Bouddha. )

                             La philosophie existentielle 

              Cette pensée typique de  la philosophie orientale s'impose dans la vie quotidienne de chaque individu. Voici une anecdote populaire qu'on entend raconter dans toutes les classes sociales. C'est l'histoire de Tai Ong qui a perdu un cheval :

              Tai Ong était le propriétaire d'un précieux cheval qui s'est égaré dans la nature. Les voisins vinrent le consoler. Il leur répondit : "Perdre un cheval, ce n'est pas un malheur." Quelques jours après, le cheval égaré rentra, emmenant un autre cheval. Les voisins vinrent le féliciter. Il leur déclara : "Avoir un cheval de plus n'est ni un bonheur ni un malheur." Son fils, en essayant de dompter le cheval sauvage, se cassa une jambe en tombant. Les voisins vinrent encore le consoler en disant : "C'est un malheur". Tai Ong leur dit calmement : "Avoir un fils handicapé n'est pas vraiment un malheur". Quelques mois après, le Roi décréta la mobilisation générale. Les jeunes gens du village, partis en guerre, furent tous tués, excepté le fils de Tai Ong qui eut la vie sauve grâce à sa jambe cassée.          

              Cette pensée dialectique est aussi présente chez NGUYEN DU ( 1765 - 1820 ). Surnommé "le grand poète national" vietnamien,  il est un modèle de lettré, dont la vie intègre les trois courants de pensée : confucéen dès l'enfance et l'adolescence, confucéen et taoïste à l'âge adulte avec dominance taoïste à l'âge mûr, confucéen, taoïste et bouddhiste avec dominance bouddhiste vers la vieillesse.

              Témoin, ce poème qui conclut son roman en vers Kim Vân Kiêu :

              D'habitude, nous pensons que tous les événements sur cette Terre dépendent de la volonté céleste.
              Nous croyons que Ciel a le pouvoir d'influencer le destin des humains,
              en obligeant les uns d'affronter maintes adversités, les forçant à endurer une existence tumultueuse,
              ou en octroyant aux autres un élan de pureté, leur ouvrant l'accès à une vie digne et  sereine.
              Or, en réalité, le Ciel ne privilégie personne.
              Talent et Destin suivent le même mouvement inexorable.
              Toutefois, celui qui est doué de talent mais qui se fie trop à son talent,
              le mot tài ( talent ) rime alors avec le mot tai ( malheur ).
              Ayant engendré un Karma défavorable,
               il est vain de reprocher au Ciel son sens d'équité.
              La racine de la bonté réside au plus profond de notre être.
              Le cœur a trois fois plus de valeur que le talent.

            Commentaires :

              Dans ce poème, nous discernons les influences des trois courants de pensées :  
              - confucéenne ( les quatre premiers vers ) : Soumission au Ciel et au Roi ; ce dernier est considéré comme le fils du Ciel, celui qui reçoit le mandat du Ciel pour gouverner le pays.
              -  taoïste ( les quatre vers suivants ) : Liberté humaine, responsabilité vis-à-vis de soi-même, indépendance face au Ciel ( et partant à l'égard du Roi ), mépris de la gloire, des honneurs et des plaisirs mondains.
              -  bouddhiste, taoïste et confucéen ( les quatre derniers vers ) : La grande charité ; le Karma bouddhiste ( somme des actions passées, bonnes ou mauvaises ) suivant les lois de la causalité. La neutralité du Ciel d'après Lao-tseu. L'éveil du cœur, la bonté foncière selon Mencius, disciple de Confucius. 


L.D.T.
Mont-sur Lausanne
Printemps 1969.



            Le bouddhisme disparaissant de l'Inde dès le VIlè siècle, et plus totalement encore après la conquête arabe, l'influence indienne cessa de s'exercer et le bouddhisme devint spécifiquement chinois en fusionnant avec les deux grandes doctrines chinoises du taoïsme et du confucianisme.

            La synthèse fut réalisée par Tchou Hi (1130-1200), le plus grand philosophe de l'histoire chinoise. Approfondissant la recherche de la « réalité ultime », atteinte grâce au « vide» réalisé en nous par le « non attachement» ( tout comme, cinq siècles plus tard, saint Jean de la Croix dira magnifiquement qu'il faut faire en nous le vide absolu pour que Dieu y occupe toute la place ), il identifie cette réalité ultime avec le Tao de Lao-tseu et de Tchouang-tseu. A l'origine des êtres, il y a le non-être (c'est-à-dire la totalité des possibles) et le réel est donc création permanente. Tchou Hi retrouve ainsi les plus hautes visions de la métaphysique hindoue, du brahmanisme comme du bouddhisme.

            Ce qui est spécifiquement chinois, chez Tchou Hi, c'est l'importance qu'il attache aux lois de la nature, au grand rythme de l'expansion et de la différenciation, de l'évolution et de la régression par retour à l'indéterminé (que nous appellerions aujourd'hui : « l'entropie »).

            Enfin, dans l'unité profonde de l'homme et de la nature, de la matière et de l'esprit, les lois morales peuvent se déduire des lois cosmiques. Cette synthèse, c'est le néo-confucianisme qui, à la différence de l'empirisme (nous dirions du positivisme) de Confucius, donne à la morale un fondement philosophique.

            La science chinoise, depuis ses origines ( depuis le Yi-King, ou « Livre des changements»), comporte trois caractères principaux :

            Tout d’abord, son approche dialeclique, et non pas logico-mécanique, l’action réciproque des principes du « yin » et du « yang » implique une conception du flux et du reflux, de l'action et de la réaction à l’intérieur d'une totalité unique des phénomènes.

            Ensuite, sa vision organique du monde (aux antipodes du mécanicisme occidental de Démocrite, de Décartes, de Laplace). Chaque phénomène est lié à tous les autres. Ce modèle organique s'est révélé d’une grande fécondité : en privilégiant les théories du champ continu (et non pas les théories mécanistes de l’atome et du vide), les savants chinois ont découvert les premiers la boussole et la théorie des marées. Le faux problème de « l'action à distance » n'existait pas pour eux : qu'une aiguille aimantée désigne le pôle et que la lune exerce son attraction sur les océans, ce sont des cas particuliers d'un monde où tous les êtres appartiennent à un champ unique.


            Enfin, les mathématiques chinoises sont d’esprit algébrique et géométrique. Du XIIe au XIVe siècle, les mathématiciens chinois apprirent au monde à résoudre des équations. En 1300, le triangle (appelé en Occident « triangle de Pascal» ) était déjà connu en Chine ( quatre siècles avant Pascal ).
            Les Chinois découvrirent les premiers les fractions décimales et surent eprimer les nombres avec neuf chiffres, un espace blanc représentant zéro.