Au fil des jours

       2010 - 2015

20 décembre 2015 - Jean d'Ormesson et l'existence de Dieu
            L'article "Peut-être croire en Dieu se résume à espérer qu’il existe" sur "Le Matin Dimanche" du 13 décembre 2015, par Christophe Passer attire mon attention. Il s'agit d'une rencontre à Paris du journaliste avec Jean d'Ormesson, l’un des très rares écrivains à être entrés vivants dans la bibliothèque de la Pléiade.
            Voici quelques extraits des propos recueillis :
            " - Jean d'Ormesson : … Il existe pourtant quelque chose de stupéfiant qui est l'espérance. On peut toujours espérer et il faut espérer que ce sera mieux demain qu'aujourd'hui.               
            - Christophe Passer : L’espérance, pour vous, c'est l'autre nom de Dieu ?
            - J. d'O : Oui, je passe souvent pour un écrivain catholique. Je suis un drôle de catholique : je n'ai pas la foi. Pas de chance. Si Dieu existe, il ne m'a pas donné la foi. Mais j'ai l'espérance. J'espère qu'il y a un Dieu. Parce que s'il n'y a pas de Dieu, ce serait catastrophique qu'il ne se passe rien. Parce qu'alors, sur cette Terre, ce serait toujours les mêmes qui gagneraient : des gens exploiteraient les autres, la justice ne serait jamais là, la vérité n'aurait aucun sens, on se demande d'où viendrait la beauté. Miguel de Unamuno résumait cela : peut-être que croire en Dieu se résume à espérer qu'il existe.
            - C. P. C'est un peu votre pari de Pascal ?
            - J. d'O : Pascal avait la foi. Or les gens que j'admire le plus, ce sont les athées. Qu'un catholique, protestant, juif ou musulman s'occupe des autres, fasse du bien, je ne dis pas qu'il le fait pour avoir une récompense, mais il se dit que ce serait mieux pour son avenir de bien se conduire. Lors de séjours dans les hôpitaux, j'ai vu des médecins ne croyant ni à dieu ni à diable, se dévouant entièrement aux autres. Pour rien. Par amour de l'humanité. Les vrais saints, ce sont les athées. Je disais à l'un d'eux : vous serez assis à la droite de ce dieu auquel vous ne croyez pas."
            Ces propos paraissent déconcertantes, voire contradictoires : "Je suis un drôle de catholique : je n'ai pas la foi. Pas de chance. Si Dieu existe, il ne m'a pas donné la foi." Et . . . Pascal avait la foi. Or les gens que j'admire le plus, ce sont les athées . . . Les vrais saints, ce sont les athées . . ."
            Faut-il comprendre que l'académicien écrivain est un athée sans foi ?
            Ou bien Jean d'Ormesson veut-il se mettre au niveau du public en adoptant cette notion de laïcité républicaine ?
            En tout cas, est-il vraiment "athée" celui qui a écrit : "… Un roman de l'univers : "Il y a au-dessus de nous quelque chose de sacré." ("Un jour je m'en irai sans avoir tout dit", Edit. Robert Laffont, 2013), et : ". . . Ce qui compte pour moi, c'est l'écriture, ce sentiment d'être traversé par quelque chose de plus puissant que soi, cette idée de quelque chose au-dessus de la littérature : une présence sacrée." (Jean d’Ormesson : "J’ai le culte des morts", propos recueillis par Marie Chaudey sur "La Vie fr" du 29/10/2013).
            C'est bien "un athée" hors du commun, comme Spinoza, Tolstoï, Goethe ou Einstein, qui vénéraient le sacré, ayant chacun leur notion de Dieu.
            Régulièrement, à chaque entretien, ou dans chacun de ses livres, Jean d'Ormesson donne une citation différente de la notion de Dieu en distinguant foi et croyance :
            - "Ceux qui ne croient pas en Dieu font preuve d'une crédulité qui n'a rien à envier à celle qu'ils reprochent aux croyants."
            - "Si nous sommes livrés à nos propres forces, il y a toutes les raisons d’être pessimiste. Mais si on croit à des forces supérieures à l’homme, alors on peut être optimiste."
            - "Peut être peut-on être optimiste parce qu’on a le droit d’espérer que Dieu existe." ("Le Figaro Magazine", 2 janvier 2015)
            - "C'est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie devient belle."
            - "Je trouve que si Dieu n’existe pas, la vie est une farce tellement tragique qu’il faut espérer à tout prix qu’Il existe."
            - "La science, la morale, l'histoire se passent très bien de Dieu. Ce sont les hommes qui ne s'en passent pas." ("Dieu, sa vie, son œuvre" Gallimard, 1981).
            - "Dans une éternité et un infini qui sont fermés à jamais aux êtres dans le temps, Dieu est le nom le plus commode pour le néant et pour le tout." ("Presque rien sur presque tout", Edit. Gallimard, 1995).
            - "La seule façon pour Dieu de s'exonérer d'une responsabilité écrasante, c'est de ne pas exister. On peut pardonner à Dieu s'il n'existe pas. S'il existe, je crains qu'il ne faille trop souvent le maudire." (Op. cit.)
            "N'existent que les êtres dans l'espace et le temps. Dieu n'existe pas puisqu'il est éternel." (Op. cit).
            - "Il y a de l'esprit ailleurs que dans la pensée des hommes." ("Voyez comme on danse", Edit. Robert Laffont 2001).
            - "La science présente beaucoup de danger, mais il faut lutter contre ces dangers non pas par moins de science mais par davantage de science, une science qui puisse aussi créer sa propre éthique."(Op. cit.)
            - "Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins". ("Comme un chant d'espérance", Edit. Héloïse d'Ormesson 2014).   
            Il y a donc deux personnages chez Jean d'Ormesson.
            D'après Marcel Proust : "Il y a toujours deux personnes dans un écrivain : l'homme public et celui qui écrit" ("Contre Sainte-Beuve", recueil de critique littéraire de Marcel Proust, publié à titre posthume en 1954).
            Le noble écrivain se cache derrière l'homme public qu'il s'est crée. ". . . Son ambition ou son rêve est de bâtir sa légende de son vivant" ("La Conversation", Edit. Héloïse d'Ormesson 2011).
            ". . . C'était génial. Jean est vraiment tel qu'on l'imagine : tendre, joyeux, émerveillé, joueur, coquin . . .  Ceux qui l'ont approché s'accordent tous à reconnaître ses nombreuses qualités : érudit, brillant, élégant, charmant, gai, drôle, modeste, bien élevé... De rares sceptiques osent à peine murmurer "trop poli pour être honnête". Selon le biographe Arnaud Ramsay, auteur du récent "Jean d'Ormesson ou l'élégance du bonheur", sa vie recèle "des tonnes de secrets". Il a l'art de brouiller les pistes, de charmer ses interlocuteurs, y compris ses rares détracteurs. Sur un forum en ligne, un commentaire résume tout : "Qui n'aime pas Jean d'Ormesson ? " ("L'Express" du 01/10/2009 "La nouvelle idole des jeunes" par Savin Tristan.)
            "Pour comprendre ses secrets, il faut chercher autour des femmes, de l'argent", remarque Arnaud Ramsay. En gros, les principaux tabous de son éducation catholique. En octobre 2008, il publie "Qu'ai-je donc fait ?" (Edit. Robert Laffont). Avec le mélange de vraie-fausse modestie et d'ingénuité qui le caractérise, il y confesse avoir volé une femme à un cousin puis avoir été, finalement, "lâche et médiocre" avec ladite femme. Carcassonne décrypte : "Il n'aime pas parler de lui. Ou alors il raconte ce qui l'arrange."
            C'est plutôt "il n'aime pas que les autres parlent de lui". Jean d'Ormesson semble réserver ce droit à lui-même, en se dévalorisant comme pour couper l'herbe sous les pieds de ses détracteurs :
           "J'ai longtemps été un jeune con vagabond. J'ai changé : je suis un vieux con vagabond !" (Propos recueillis par Isabelle Mermin "Je me sens plus proche de Dieu que des affaires", Le Figaro du 19/09/2015).
            Ses amis peinent à lui trouver des défauts. Après une longue hésitation, Jean-Marie Rouart n'en trouve qu'un : "Sa résistance à la psychanalyse. L'irrationnel l'inquiète. Il aime la lumière, pas les ombres. Il accepte l'ordre des choses." (Art. cit.).
            En réalité, Jean d'Ormesson n'en a pas besoin car il se connaît bien lui-même.
            L'action d'écrire est déjà une forme d'auto-analyse. Il l'exerce avec humour et désinvolture en se moquant de son ego et parfois en le noircissant : 
            "Qui peut se permettre d'appeler Jean d'Ormesson "ambitieux au rabais", "gandin doré sur tranche", "vermisseau des marais", "torrent de suffisance", "outrecuidant matamore", "Talleyrand du café du Commerce", etc.? Jean d'Ormesson lui-même, bien sûr ! Dans son nouveau livre, "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle" (Gallimard, ‎ 2016), il s'imagine devant un tribunal dont l'insolent procureur n'est autre que lui, son surmoi moral, testimonial, inquisitorial. Dieu, en quelque sorte, à l'heure du bilan. (Art. cit.)
            Toutefois, il reconnaît que la tâche (l'auto-analyse) est ardue : "Rien n'est plus difficile pour chacun d'entre nous que de situer ce qu'il a fait et de se situer soi-même à sa juste mesure." ("C’était bien", Edit. Gallimard, coll. "Folio", 2003).
            Celui que son frère aîné surnommait le "moustique" a défié son destin en se construisant une destinée. Il s'est doté une identité hors norme : "Je suis un grand privilégié, je suis un vrai miracle . . . " se répète souvent celui qui a réalisé son rêve de devenir une légende. Il est devenu un icône des jeunes comme des plus âgés.
           "Marguerite Duras disait de lui : "Voilà le seul homme de droite que j'aime bien." Et Thierry Ardisson d'ajouter : "Si tous les aristocrates étaient comme lui, il n'y aurait pas eu la Révolution ! " (L'Express du 01/10/2009 "La nouvelle idole des jeunes" par Savin Tristan.).
            En 2013, Jean d'Ormesson évoqua son cancer de la vessie qui lui a valu huit mois d'hospitalisation :
            " . . . Éternel optimiste, ses premières paroles furent : "Je n'ai jamais pensé à la mort. Je pensais simplement à guérir. J'ai mis toutes mes forces à guérir." ("Le Figaro" du 24/09/2013, par Mohammed Aissaoui).
            Avec "Toutes mes forces", pas seulement physique mais psychique, l'énergie vitale. Malgré un fond de mélancolie chez lui, il garde ses pensées positives en faisant confiance aux capacités d'auto-guérison et de régénération du corps. Il n'a pas évoqué l'aide de Dieu, mais l'amour des autres autour de lui. Laisse-t-il deviner que "Dieu est Amour" comme l'a dit souvent le Dalaï-lama ?. Il a sorti après un autre livre : "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle", Gallimard, ‎ 2016).
            En général, Jean d'Ormesson semble écrire pour s'amuser, pour plaire aux lecteurs de tous les âges. Il en est conscient :
            "Être bon dans les médias n’est pas le signe qu’on est un bon écrivain." et
            "Un livre qui passe à la télévision est un livre menacé, parce que la télévision transforme le livre en spectacle." (Evene.fr - Mai 2007).
            Intérieurement, il se réjouit de ce qui est bénéfique pour son ego ! Il aime aussi être acteur dans les films de cinéma : "Éloge de l'amour" de Jean-Luc Godard en 2001 et "Les Saveurs du palais" de Christian Vincent ("Le président de la République") en 2012, dans lequel il interprète François Mitterand.
            "Lui qui est considéré comme un écrivain du bonheur, se félicite de cet excellent camouflage pour le mélancolique qu'il a toujours été".
            "À mes yeux, l'amour de la vie et le culte des morts vont de pair. En réalité, je suis un mélancolique. Le paradoxe, c'est que la gaieté est la forme de ma mélancolie, . . . j'ai toujours eu cette bipolarité. ("J’ai le culte des morts", propos recueillis par Marie Chaudey sur "La Vie fr" du 29/10/2013.)  Il rejoint ainsi, le savait-il, la tradition du "culte des ancêtres" des confucianistes de l'Orient, qui fêtent l'anniversaire de la mort de leurs parents !
            Mais d'où vient ce fond de mélancolie ? Il est intéressant de consulter sa biographie pour en comprendre la cause. En psychanalyse, il s'agit souvent d'un traumatisme subi dans l'enfance, un problème œdipien.
            "Né d'un père diplomate, la famille déménage au gré des affectations du père. Le fils cadet n'a que 8 mois lorsque celui-ci est envoyé à Munich. Après huit ans passés en Allemagne, le petit garçon découvre la Roumanie et le Brésil. Elevé par des nourrices, il parle l'allemand avant le français et maîtrise le roumain. Il l'écrira dans "Qu'ai-je donc fait ?" (Robert Laffont, 2008) : "Je suis d'abord bavarois, moldo-valaque et brésilien."
            "Il ne fréquente pas la communale. Une nounou lui sert de maîtresse d'école jusqu'à l'âge du collège. Il suit des cours par correspondance. Durant la seconde guerre mondiale, de retour à Paris, il effectue une scolarité brillante : Hypokhâgne au Lycée Henri-IV avant d'intégrer l'Ecole Normale Supérieure. En 1949, il décroche l'agrégation de philosophie." .           
            "Il vit dans l'appartement de ses parents rue du Bac jusqu’à son mariage tardif à l’âge de 37 ans ("Jean qui grogne et Jean qui rit", Edit. JC Lattès, 2000)".
              Jean d'Ormesson était très proche de sa mère, avec laquelle s'est noué un lien d'indéfectible gratitude. "Quand j'étais directeur du Figaro, je lui rendais visite au moins trois fois par semaine."(Jean d’Ormesson : "J’ai le culte des morts", propos recueillis par Marie Chaudey sur "La Vie fr" du 29/10/2013).
             La relation était plus complexe avec son père :
            "Mon père est mort, persuadé que j'étais un voyou (en raison de mes frasques sentimentales et d'un scandale qui leur était lié) ainsi qu'un bon à rien (il nourrissait l'ambition que je sois un grand serviteur de l'Etat) . . . J'ai passé ma vie à penser à lui. Parce qu'il est mort désespéré par moi. Sa forte présence est liée au remords. L'idée que nous avons un devoir envers les disparus m'a toujours énormément travaillé. On peut résumer mes livres en disant que j'y parle toujours de la fuite du temps et de mon père. Et, plus généralement, j’ai le culte des morts, car je dois énormément à beaucoup de gens" (Art. cit).
            La psychanalyse voit dans ces souvenirs d'enfance un traumatisme qui empêche les gens de s'épanouir, de vivre pleinement leur existence.
            Le fait de vouloir endosser les "erreurs" d'éducation du père, en ruminant là-dessus, paraît être plus grave pathologiquement que le fait de rejeter ses difficultés existentielles sur lui et simplement de le haïr.
            Avec son air malicieux, ses yeux bleus pétillants, espiègles, son humour moqueur, son optimiste ineffable, son état d'esprit éternellement jeune, Jean d'Ormesson semble cacher une vive émotivité, un ego susceptible, qu'il a su bien maîtriser.
            Enfin, grâce à sa force de caractère et de son intelligence aigüe, Jean d'Ormesson, a pu surmonter le "trauma" en le "sublimant", selon le langage freudien.
            Ne pouvant "lâcher prise" en tournant la page, il écrit des pages en répandant la joie et l'amour autour de lui.
            "Ecrire est difficile, parce qu'on est toujours dépassé par son livre."(Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994).
            "Il faut toujours penser comme si Dieu existait et toujours agir comme s'il n'existait pas." (Jean d'Ormessons - Citations).  
            En jonglant avec les mots, l'écrivain Jean d'Ormesson peut se remettre en question, effectuer un recul introspectif, dépasser la dualité - les paradoxes de l'esprit et les ambivalences de ses affects - et arriver à "harmoniser" son intelligence (esprit) avec son émotivité (cœur), en créant sa propre éthique, ce que les poètes nomment une "élévation".
            "L'un des drames contemporains vient du fait que la communication, si envahissante pourtant, n'est plus du tout verticale. Elle a abandonné le passé et la transcendance. Facebook est une communion horizontale et sans Dieu." (Jean d'Ormesson : "J’ai le culte des morts", propos recueillis par Marie Chaudey sur "La Vie fr" du 29/10/2013).
            Ainsi, pour l'écrivain qui est entré vivant dans la bibliothèque de la Pléiade "Tout le problème est de s'élever, de se distinguer, sans se séparer des autres hommes." (De Jean d'Ormesson / Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994).          
                       Signature du Maître
            Sources : Biographie détaillée et bibliographie sur Wikipedia et autres sites.
            À voir : PAGE D'ACCUEIL (But principal).
         
10 novembre 2015 - Parents et Enfants - Souffrances et Aides
             Vu dans MIGROS MAGAZINE du 2 novembre 2015 sous la rubrique "Psychologie" cet article : "Les ados souffrent, les parents trinquent".

              "L'auteur, Tania Araman, cite l’ouvrage du psychiatre français Xavier Pommereau, spécialiste de l’adolescence en difficulté ("Ados en vrille, mères en vrac" Albin Michel, janvier 2010.). "Selon lui, ce sont avant tout les mamans qui souffrent d’assister à la déchéance (aux troubles de comportement, note du lecteur) de leur adolescent. En cause, le fait qu’elles les aient portés neuf mois durant, ce qui a pour effet chez elles de ressentir le mal-être de leur enfant jusque dans leurs propres tripes, dans leur chair.
            Les mamans sont donc plus touchées. La solution préconisée par Xavier Pommereau : impliquer davantage les pères, certains pouvant adopter un comportement fuyant face aux affres de l’adolescence, mais aussi encourager les femmes à sortir de leur silence, ces dernières ayant tendance à privilégier une relation fusionnelle, voire exclusive, avec leur enfant.
            Entre drogue, anorexie et scarification, difficile pour un père ou une mère de voir son enfant vivre douloureusement son adolescence. Le sentiment de culpabilité s’avère parfois puissant.
            Incompréhension. Impuissance. Culpabilité. Tels sont les sentiments qui peuvent envahir les parents d’un adolescent à la dérive. Quand ce dernier manifeste son mal-être par un désintérêt profond pour sa scolarité, par un refus de manger, par une consommation excessive d’alcool ou de stupéfiants, ou par des actes d’automutilation (voire des tendances suicidaires), la souffrance s’installe également chez ceux qui l’ont mis au monde" (extraits).
               
            Cette souffrance peut entraîner une dépression réactionnelle ou larvée. Une maman hospitalisée à la Clinique psychiatrique universitaire de Lausanne (Cery) en a donné le motif : "Je suis dans cet état à cause de mes enfants", alors qu'une autre a soupiré : "Je ne serais pas ici si j'avais des enfants !"). Une autre mère a lancé cette remarque : "Quoique vous fassiez pour eux, ils vous critiquent ou n'en tiennent pas compte !". 
   
             "Même si elle se déroule sans trop d’encombres, cette période est toujours vécue par les parents comme une remise en question, relève le psychologue genevois Nino Rizzo, auteur de l’ouvrage intitulé "Parents d’adolescents : une crise peut en cacher une autre" (Edit. Médecine & Hygiène Genève 2014). Ils ont beau s’attendre à cette étape marquée par le changement, elle survient toujours trop tôt chez leurs enfants. Un effet de surprise généralement lié à la difficulté de se séparer de leur progéniture qui devient adulte.
            Car aux affres de leur bambin devenu grand s’ajoutent celles auxquelles ils sont eux-mêmes confrontés. Alors que leur petit s’éloigne peu à peu, rechigne à partir en vacances avec eux, ils doivent redéfinir leur rôle, réinventer leur couple, redécouvrir leurs raisons d’être ensemble.
            On l’aura compris - et l’on s’en doutait un peu - l’adolescence est rarement considérée comme une partie de plaisir pour les parents. Que penser alors de ceux qui voient la prunelle de leurs yeux se droguer ou se scarifier ? "Ils se retrouvent confrontés à des comportements auxquels ils ne parviennent pas à donner un sens, souligne Nino Rizzo, Et la douleur de constater que leur enfant s’engage ainsi dans des actes autodestructeurs est décuplée par un sentiment de culpabilité qui devient rapidement insupportable.
            Difficile en effet de ne pas s’accuser de tous les maux devant le désespoir de son ado. N’est-ce pas le travail d’un père ou d’une mère, de transmettre le goût de vivre à son enfant ? N’ont-ils pas failli à leur devoir si ce dernier souffre à ce point ? D’autant que la société a souvent tendance, lorsqu’un jeune va mal, à pointer les parents du doigt. "Ils sont fréquemment pris pour cible, confirme Nathalie Schmid Nichols, psychologue responsable du pôle prévention de la structure Malatavie Unité de crise (SPEA/HUG - Children Action). Alors que les situations sont beaucoup plus complexes que l’on ne le croit." (extraits).

            Si les parents trinquent à cause des souffrances de leurs enfants, ces derniers trinquent aussi de leur côté en se confrontant aux souffrances de leurs géniteurs :
            "Comment parler de son alcoolisme à ses enfants" c'est le titre de l'article du journal de "24 Heures" du 23 octobre 2015, écrit par Lucie Monnat Berne :
           "Addiction Suisse lance un outil Web destiné aux familles touchées par une dépendance. La fondation espère briser un tabou.
            En Suisse, près de l00’000 enfants vivent avec un parent qui boit. Or, selon Addiction suisse, ils restent les grands oubliés de la lutte contre les addictions. Hier à Berne, la fondation a présenté sa nouvelle plateforme Web, entièrement dédiée aux parents dépendants et à leur famille. Le site Internet offre des échanges sur des forums de discussion, de la documentation ou encore un espace pour poser leurs questions.
            L'outil cherche avant tout à combattre un tabou installé à tous les niveaux. Chez les professionnels déjà, qui abordent encore trop rarement la question des enfants avec leurs patients.  "La dépendance est une maladie tellement compliquée à traiter, entre le déni et les rechutes, que les spécialistes se concentrent presque uniquement sur la personne à soigner", explique Marion Forel, responsable du projet Addiction et Famille.
            Addiction Suisse a créé pour les enfants des petites histoires mettant en scène Boby, un chien dont le maître est alcoolique. Dans un épisode, il va chercher du réconfort chez une voisine après s'être retrouvé livré à lui-même à la maison. "Cela permet d'aborder la problématique avec simplicité, explique Louisa Sang, responsable du projet. Le but est de permettre aux enfants de mieux comprendre ce qu'ils vivent et ressentent."
            Les parents discutent rarement de leur addiction avec leurs petits.  Et ils sont souvent persuadés d'être les champions de la dissimulation.
            Mais c'est faux. Un enfant est très sensible aux changements d'humeur et de comportement, souligne Marion Forel. Une mère m’a raconté qu’elle buvait son vin dans des verres à eau, cachée derrière la porte du frigo. Un jour, son fils de 3 ans lui a dit à table : "Maman, tu as l'air triste, tu veux un verre de vin ?" (extraits).

            Ainsi, dans cette situation, l'enfant ne souffre pas vraiment, comme le cas d'une petite-fille de 4 ans et demi qui dit à son grand-père : "Quand je serais grande, je fume avec mon père". (Cf. : "Ma petite-fille et la cigarette" page 1.- L'art d'être grand-père /1.-l-art-d-c3-aare-grand-p-c3-a8re).
            En général, l'excès de boire et de fumer sont les deux addictions les plus nocives pour la santé. L'abus d'alcool du père fait souffrir l'enfant surtout à cause du comportement parfois violent dans le milieu familial. L'éducation des enfants y devient difficile, voire impossible.
            Les enfants sont réduits à l'obéissance aux ordres ou aux principes moraux assimilés aux valeurs traditionnelles. Or l'exemple donné par les parents est plus efficace que tout autre conseil. "Des dizaines de milliers de conseils ne valent pas une demi-journée d'exemple donnée par un parent", cet adage oriental est symbolique, car l'exemple doit être toujours présent.

            Pourquoi cet adage "la vérité sort de la bouche de l'enfant" ? C'est qu'il y a chez l'enfant une intuition du bien et du mal (Cf. : "Ma petite fille et la violence" page 2.- L'art d'être grand-père /2.-l-art-d-c3-aatre-grand-p-c3-a8re). Le sens d'observation chez l'enfant se révèle parfois aussi aigu que son sens critique. Un garçon de six ans, a dit à son grand-père lors d'une visite : "Tu ne dois pas boire, car ce n'est pas bon pour ta santé".
  
            Ce qui importe dans l'éducation des enfants c'est "comment réagir pour résister aux pulsions de toutes sortes". Il en est de même pour les adolescents (et aussi pour les adultes !). C'est une tâche ardue qui demande une certaine expérience du vécu.

            Il s'avère difficile de vouloir aider les adolescents qui souffrent d'autres addictions de leurs parents, comme celles des drogues, du jeu, des intérêts, du sexe et du pouvoir ou simplement des comportements inadéquats voire indélicats.

            "Le psychologue genevois Nino Rizzo a admis que l'adolescent est le fruit de son propre histoire : "La manière de vivre l’adolescence est le fruit d’un long processus. Si des éléments tels que la société dans laquelle on évolue, de même que l’hérédité, entrent en ligne de compte, il est évident que le parcours familial pèse également dans la balance…"
            Selon les statistiques établies par la fondation d’Addiction Suisse (Dir. Irene Abderhalden), un tiers seulement des enfants de parents dépendants ne souffrent d'aucune séquelle pendant leur vie adulte. Un autre tiers rencontre aussi des problèmes de dépendance, tandis que la dernière part présente des troubles psychiques comme la dépression ou des angoisses (extrait).

            En effet, chaque enfant ou adulte réagit différemment selon leur vécu et leurs caractéristiques personnelles. Ceux qui ont une psyché solide résistent mieux aux aléas de l'existence que ceux qui ont un faible caractère, dépendant affectivement, perméable aux mauvaises influences. 
            Entre les deux, il y a ceux qui sont conscients de leur faiblesse psychique mais se sentant impuissants de surmonter les difficultés, de pouvoir rebondir (résilience), de lâcher prise, de tourner la page, de pardonner. D'où l'angoisse, dépression, allant jusqu'aux tentatives de suicide.
            Paradoxalement, certains enfants maltraités s'en sortent mieux que ceux qui n'ont subi que quelques maladresses, mais qui en gardent une rancune tenace contre leurs parents (Cf.- note précédente).

            C'est à la deuxième catégorie (des soi-disant névrosés) qui a le plus besoin d'aide.   
            Parler de "péchés" et de "tentations du diable", c'est du passé. Il est préférable de leur démontrer que l'être humain, né démuni, fragile, mais possède en même temps une grandeur intrinsèque.
            "Dire que l’homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d’aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n’est pas lui faire son procès, c’est le définir.", a déclaré Denis Diderot.
            De même, Blaise Pascal a reconnu à l'homme une véritable grandeur qui fait sa supériorité sur l'animal et la matière. Cette grandeur se révèle par la conscience de sa misère :
            "La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable … C'est le point essentiel, mais cette conscience n'est permise qu'aux "habiles" qui ont compris leur faiblesse. C'est pourquoi la grandeur de l'homme est inséparable de sa misère : "À mesure que les hommes ont de lumière, ils trouvent et grandeur et misère en l'homme", et reconnaître leur ignorance, "l'ignorance naturelle qui est le vrai siège de l'homme". Il s'agit d'une "ignorance savante qui se connaît " et qui distingue les "habiles", seuls capables d'une "pensée de derrière", c'est-à-dire d'une réflexion avec du recul (PASCAL, Pensées, Edit. de Brunschvicg).
            Remplacer les "habiles" par les "éveillés" et l'"ignorance savante" par la "nature du bouddha", on aurait la pensée d'un Pascal zen, un bouddhiste sans confession.

            La "misère" humaine, composée de désirs instinctuels divers, vient non seulement des sens (corps physique), mais des affects (émotivité, le sentir) et de l'esprit (le penser) sans cesse en interaction. En outre, le principe du plaisir est bien loin du principe de la réalité, car chaque individu est un psychanalyste malgré lui. Il vit dans les fantasmes multiples, interprète et juge sans se rendre compte. Pascal pense que "l'homme ne vit pas, il attend de vivre" (Pensées, opt. cit.). C'est qu'il n'existe authentiquement que quand il découvre qui est son vrai moi *.
            Pouvoir - Intérêts - Sexe ou Ambition - Cupidité - Concupiscence, entraînant Intolérance, Violence, Haine, subsistent dans toutes les époques et sous divers cieux.
            Seule, la "grandeur" peut combattre la "misère", et il n'y a que le "divin" intérieur qui puisse dompter efficacement le "démon" coexistant (Cf. : la page 2.- A propos de la logique de l'interprétation - vers la fin /2.-a-propos-de-la-logique-de-l-interpr-c3-a9tation).

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            * Les tentations de suicide chez les adolescents, et même chez les adultes, s'éloignent quand ils se rendent compte qu'en voulant ôter leur vie, ils voulaient "tuer leur moi", et que ce "moi" n'est qu'une construction et non une entité essentielle.
           
                       31 septembre 2015 - Le poids du passé
        Dans la rubrique "Sagesse" tenue par Rosette Poletti ("Le Matin Dimanche " du 27 septembre 2015), je fus attiré par ces lignes de grande taille :
      «Ma mère très âgée et en fin de vie ne peut plus parler. Je sens qu’elle voudrait un contact physique avec moi, mais je ne peux pas !»  
                                                           
                                                     
                                          Au-dessous  de ces lignes, ce titre :
                                         Le poids de l'enfance
            Extrait : "Notre correspondant, que nous appellerons Rémy, se désole de cette situation. Il explique les difficultés de grandir avec cette mère dépressive, incapable de manifester de l’amour à ses enfants et qui lui préférait son frère, puis les années qui ont suivi où ils n’ont plus eu aucune relation jusqu’à ce que, poussé par son épouse, il renoue contact. Dans son e-mail très émouvant, Rémy relate son mal être mais dit être incapable de tenir la main de sa mère ou de l’embrasser. « Peut-être penserez-vous que je suis un monstre, écrit-il. Avez-vous rencontré d’autres hommes comme moi ? Que puis-je faire ?».  
            Toute vie comporte des épreuves, des difficultés. Si les parents n’ont pas tissé de lien d’amour et de confiance avec leurs enfants, il manquera à ceux-ci devenus adultes quelque chose d’essentiel. Mais la manière dont ils réagissent est propre à chacun. Certains coupent les ponts définitivement. D’autres tentent de maintenir cette relation et de la modifier ; ils ne peuvent renoncer à ce qu’ils auraient tant souhaité et restent en contact au prix, souvent, d’innombrables frustrations. Il arrive aussi que des réconciliations aient lieu, surtout à la naissance des petits-enfants … "  
             Rosette Poletti propose une aide qu'elle nomme "L'ouverture du cœur" :
             "Parmi les pratiques qui émanent de la tradition bouddhiste et qui sont enseignées plus largement, il en est une qui se nomme «tonglen» ou «donner et recevoir». Contrairement à certaines méthodes plus connues, celle-ci ne consiste pas à inspirer de l'énergie positive, de l'amour et à expirer de la souffrance. Il s'agit d'inspirer, dans notre cœur symbolique, la souffrance des autres avec le souhait de la diminuer ainsi que l'ignorance qui la cause, puis d'expirer de la compassion et de la paix à l'attention d'individus ou de groupes d'individus. On petit aussi recourir à cette pratique lorsqu'on ne ressent pas de compassion pour quelqu'un. Dans ce cas, on inspire le sentiment de fermeture à l'autre, puis on expire de l'espace, de la détente, du lâcher-prise. Se sentir bloqué ou fermé ne fait pas obstacle au tonglen. On continue à inspirer et à expirer sur ce qui est ressenti comme un blocage et qui devient, petit à petit, un germe d'éveil du cœur, comme l'a défini la moniale bouddhiste Pema Chödrön. Surtout, quoi qu'il arrive, il s'agit de ne pas se juger. Chacun fait du mieux qu'il peut et une évolution positive est toujours possible."
           "A vous, cher Rémy, nous envoyons nos vœux de sérénité et de lâcher-prise dans votre situation difficile, et à chacun de vous, amis lecteurs, nous souhaitons une belle semaine.
            Avec la collaboration de Barbara Dobbs."
            Evidemment, la réponse - le conseil prodigué - ne semble pas assez satisfaisante pour Rémy, et pour les amis lecteurs.
            Le cas de Rémy est cliniquement une névrose avec une dépression larvée.
            La sérénité et le lâcher-prise et de même la résilience, ne sont que des conséquences (le résultat) et non une action pouvant être accomplie quand le sujet est bloqué par le "trauma" (du grec blessure) non guéri, ou pas encore surmonté de l'enfance.
            La plupart de ces individus sont intelligents, d'un niveau parfois au-dessus de la moyenne, mais d'une émotivité au-dessous. Ce décalage intelligence-affectivité s'avère une faille dans la construction de la personnalité, entraînant des problèmes de communication avec les proches et le monde environnant.
            En général, l'être humain est né démuni et imparfait selon des degrés ou niveaux différents. Certains sont plus favorisés que d'autres. Le normal se situe entre les génies et les cancres. Parfois, les extrêmes s'entremêlent.
            En Occident, les sciences humaines du domaine de la thérapie font souvent table rase de ces différences à la naissance concernant notamment la psyché. Leurs recherches visent spécialement le "cerveau" qui n'est qu'un moyen et non la cause principale, l'énergie (la force intérieure dictant le comportement des individus).
            En Orient l'explication se trouve dans le concept central des religions indiennes, telles que l'hindouisme, le sikhisme, le bouddhisme ou le jaïnisme. Chaque être y est responsable de son karma (de ses actes passés et présents qui induisent des effets censés se répercuter sur ses vies futures).
            Ainsi chaque être à la naissance est doté d'un karma (programmé) qu'il doit subir en tant que "destin" s'il reste passif et ignorant. Mais il peut se réveiller et construire lui-même sa "destinée" en reconnaissant cette loi et réagit en conséquence.
            Pour un oriental le péché originel est surmontable par l'éveil intérieur et non par le salut venant de l'extérieur.
            D'ailleurs, le concept de karma est également présent dans les doctrines de différents mouvements ésotériques occidentaux.
            La Société théosophique a répandu l'usage de ce concept en Occident à la fin du XIXe siècle notamment sous la forme d'une loi de rétribution ou loi de cause et d'effet.
            " … Il n'y a que cette doctrine qui puisse nous expliquer le problème mystérieux du bien et du mal, et réconcilier l'homme avec la terrible injustice apparente de la vie." (Helena Blavatsky, "La clef de la Théosophie", Editions Textes théosophiques, 1993, p. 219-224).
            Rudolf Steiner, fondateur de la Société anthroposophique, a étudié ce concept dans plusieurs de ses ouvrages dont "Le Karma - Considérations ésotériques" en 6 tomes, Éditions Anthroposophiques Romandes (source Wikipedia).
            En Occident ou en Orient, ce concept du "karma" peut être vérifié dans les familles nombreuses. Chacun des membres, ayant les mêmes parents, semble avoir un caractère particulier dès la naissance, puis une vie familiale, scolaire, professionnelle, différentes.
            Souvent, les enfants ne se ressemblent pas entre eux. Quelques uns ont les traits de leur père, d'autres de leur mère, ou bien les yeux du père et la moue de la mère. Parfois, les uns héritent le physique de leur père avec le caractère de leur mère et inversement.
            Dès leur petite enfance, quelques bébés restent tranquilles dans un coin, tandis que certains autres courent en tous sens, les uns se montrent timorés, les autres volubiles.
            En outre, ils n'ont pas le même niveau de développement intellectuel.
            Les jeunes parents ont des difficultés pour l'éducation de leurs enfants. Ils exigent surtout l'obéissance comme règle de conduite et pratiquent parfois la fessée ou les gifles comme punition.
            Selon l'adage célèbre de Sigmund FREUD : il y a trois choses au monde qui se révèlent "impossibles" : gouverner, éduquer et psychanalyser.
            Au XVIII è siècle l'éducation se révéla relativement moins ardue grâce aux valeurs traditionnelles et religieuses sur lesquelles s'appuyait l'autorité parentale. Puis lentement, avec les progrès techniques, les humains se croyant assez forts pour s'émanciper de la Nature et du Sacré. L'école française, après mai 68, et avec son crédo de laïcité républicaine fabrique une majorité d'individus qui se croient "libres", mais surtout réfractaires à toute idée de responsabilité, de respect pour autrui et de réciprocité. Leur concept d'une spiritualité laïque s'avère vide de sens.
            Les parents, issues souvent du même moule, ont évidemment des problèmes avec leurs progénitures. Dépassés par les évènements, ils rejettent facilement la faute sur les enseignants … D'une part, les "psy" (psychologues, psychanalystes notamment) vont à leur secours en invoquant le mythe d'Œdipe. D'autres, mettent la "faille" sur le dos des progéniteurs en parlant du manque d'amour dans la première enfance.
            Ce point d'interprétation contitue la cause de nombreux malentendus dans nombre de cas de névrosés face aux aléas de l'existence. Chaque fois que ces derniers rencontrent des difficultés, il se voient comme étant victimes des injustices ou sévices subis dans le passé. Cela diminue plus ou moins l'angoisse, mais prolonge la cure. En outre, le rappel des souvenirs d'enfant ne font qu'ouvrir "les blessures" réelles ou imaginaires, entraînant parfois une haine tenace.
            Le "traumatisme freudien" reste pourtant une réalité. Les gens actifs peuvent le surmonter mais certains d'autres, passifs et surtout émotifs en ressentent presque durant leur existence (même sans analyse). C'est exactement le cas de Rémy cité ci-dessus, au début de cet article.
            Les blessures de l'enfance ne sont pas ressenties par les individus d'après leur degré de gravité. La jalousie entre fratrie ou les punitions corporelles sont parfois invoquées pour justifier les griefs contre leurs parents. Or les enfants d'une même famille n'ont pas la même réaction à l'égard du même comportement paternel ou maternel. Les uns arrivent facilement à pardonner et les autres en gardent longtemps rancune.
            Le pardon à ses géniteurs demande un recul introspectif, une mise en question de soi-même, sinon cette "blessure narcissique" - mortelle selon Freud - empêche tout amour authentique et partant tout accès au vrai bonheur. La vie n'est alors que souffrance et absurdité.        
           "Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir "(Cioran, "De l'inconvénient d'être né" 1973).     Photo à droite :
            Faut-il vivre en "écorché vif " comme l'auteur de cette citation, pour comprendre le besoin du "sacré" sans pouvoir saisir le vrai sens de la vie ? L'inconvénient n'est pas dans la première naissance, mais dans l'incapacité d'accéder à une seconde naissance où l'apaisante sérénité prend la place d'un nihilisme latent.
             NOTE :
            A l'encontre du philosophe roumain Emil Cioran, l'académicien français Jean d'Ormesson donne l'exemple d'un être intégré au monde, doté d'un grand optimisme qui rayonne dans sa vie et dans tous ses livres. C'est l'écrivain le plus populaire de France dont les écrits enchantent ses lecteurs avec grâce et légèreté, tout en abordant des sujets graves (Photo à gauche)
                  25 août 2015 - Les deux faces de l'être humain
             "Oussama aime Enrico. C'est grave, docteur ?", se demande Isabelle Falconnier dans sa rubrique MEAPASCULPA de l'Hebdo n° 34 du 20 août 2015.
            " … Dans l'une des maisons d'Oussama Ben Laden à Kanda­har, Afghanistan, on a retrouvé 1500 cassettes abandonnées lors de l'intervention améri­caine. Dans le tas, une cassette d'Enrico Macias.  Et sur une autre cassette, en fond d'un discours de l'ex numéro un d'al-Qaida, un extrait de la chanson "Les gens du Nord".
            Macias, mis au courant, se dit inter­loqué, agacé, incrédule.
            Les médias relaient l'info en boucle, incrédules, interloqués, ravis de l'au­baine : l'ennemi public numéro un, prin­cipal instigateur des attentats du 11 sep­tembre 2001, incarnation absolue du Mal aux yeux de l'Occident, écoutait l'auteur d'Enfants de tous pays, Aimez-vous les uns les autres, Ouvre-moi la porte ou Malheur à celui qui blesse un enfant. On peut chanter toute sa vie des chansons qui parlent de paix, d'amour, de récon­ciliation entre les peuples et se retrou­ver dans les affaires personnelles d'un guerrier aux mains rougies de sang.
            C'est ennuyeux, ces despotes, ces assassins, ces dictateurs qui écoutent de la musique, habitent des maisons, regardent la télé, dorment dans des lits. Soudain, ces monstres sont affreuse­ment normaux. Où va-t-on s'ils vivent comme nous ? S'ils sont comme nous, sommes-nous comme eux ?
            Staline était un père attentionné. Pol Pot avait Rousseau comme lecture de chevet.  Hitler avait tant aimé Wagner que Wagner en était devenu infréquen­table, inécoutable, injouable. Pestiféré. Et si l'on avait trouvé un cahier de recettes de la femme de Ben Laden, et qu'au chapitre "Recettes préférées de mon époux" figurait en tête celle du couscous boulettes ? Les 500 millions d'êtres humains dans le monde qui mangent du couscous boulettes devraient se sentir coupables ? …."
            Pourquoi se culpabiliser ? Pourquoi ce besoin de recourir à un médecin pour comprendre la réaction des gens ? Poser une question c'est avoir déjà la réponse toute faite. Mais pourquoi nier ce que tout le monde ressent comme un tabou, cette vérité inavouable, que chaque être humain est un double personnage, à la fois ange et démon.
            Ainsi, les deux faces de JANUS - un dieu de premier rang dans la hiérarchie religieuse romaine - sont interprétées comme l'une tournée vers le passé, l'autre sur l'avenir, ce qui est loin de la vraie signification.  
            Le dictionnaire le Grand Robert de la langue française définit comme suit le nom masculin "Janus", provenant du nom latin du dieu Janus : "Personnalité qui présente deux aspects très différents, parfois opposés, comme le dieu romain Janus, bifrons, c'est-à-dire représenté avec deux visages."
            Et dans le Dictionnaire Français (Littré), le nom masculin "Janus" est défini comme personnalité à double visage ou à double vie (Dr Jekyll et M. Hyde).
            Cette référence évoque "L'Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde" (Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde), une courte nouvelle écrite par Robert Louis Stevenson, écrivain britannique, publiée en janvier 1886.
            L'auteur a affirmé qu'un de ses cauchemars l'avait inspiré pour trouver le sujet de cette histoire appartenant au genre fantastique.
            Le récit se déroule à Londres dans les années 18..  Une nuit, Mr Utterson, notaire, et son ami Mr Enfield se promènent dans les rues de la ville. Ils passent devant une porte qui rappelle à Mr Enfield un étrange fait dont il a été témoin : l'agression d'une jeune fille par un dénommé Mr Hyde, homme à l'apparence repoussante et effrayante.
            Un peu plus tard, Mr Utterson apprend que Mr Hyde est lié à un de ses proches amis, le docteur Jekyll. Ce dernier lui par ailleurs envoyé un étrange testament dans lequel il déclare léguer l'ensemble de sa fortune à son ami Mr Hyde après sa mort.
            Le docteur Jekyll est un personnage aimé et apprécié de tous. Il a l'habitude de recevoir ses amis. Mais au fil du récit, son caractère change et il devient de plus en plus renfermé et solitaire. Utterson tente de se rapprocher de lui pour comprendre ce changement de comportement. D'autant qu'un crime vient d'être commis (il s'agit du meurtre d'une personne politiquement influente) et que la canne de Jekyll a été retrouvée sur les lieux de l'agression. Utterson est de plus en plus inquiet.
 Un jour, un de leurs amis communs, le docteur Lanyon, est victime d'un mal étrange. Il meurt rapidement sans que personne ne sache ce qui l'a bouleversé à ce point. Le soir de ses funérailles, Utterson découvre une lettre écrite par Lanyon qu'il ne peut cependant pas décacheter avant la mort de Jekyll, selon les dernières volontés de son ami. Il la conserve précieusement.
            Plus tard, Poole, le fidèle maître de maison de Jekyll, vient chercher le notaire car tous les domestiques sont terrifiés par le comportement du docteur : il reste cloîtré dans son cabinet et exige d'eux qu'ils aillent chercher un ingrédient qui lui est indispensable. Le notaire se rend chez le docteur, enfonce la porte du cabinet et découvre le corps de Hyde, mort dans des vêtements trop grands pour lui. Utterson fouille le bureau de son ami et découvre une lettre que Jekyll lui a adressé dans laquelle il lui demande de lire la lettre écrite par Lanyon.
            Tout le travail du docteur Jekill y est détaillé : en avalant un breuvage, il a réussi à séparer son âme en deux parties, l'une est bonne, l'autre mauvaise. Mais le mauvais côté, celui du méchant Hyde, a pris peu à peu le dessus sur le gentil Jekyll à tel point qu'il ne peut redevenir ce qu'il était. Ainsi, le médecin déclare préférer la mort plutôt que d'être l'incarnation du mal pur. Utterson garde secrètes toutes ces informations pour ne pas salir la mémoire de son ami.
            (Source : www.lectureslaucadet.over-blog.com).
            Cette histoire a été adaptée à de nombreuses reprises et a fait l'objet d'un nombre très important de pièces de théâtre et de films. Voulant avant tout attirer le public, les producteurs en font une œuvre d'épouvante aux fortes connotations érotiques en ajoutant des personnages féminins et en exagérant le comportement des personnages principaux, laissant au second plan l'idée essentielle du romancier Stevenson.
            Dans cette nouvelle, le Dr. Jekyll faisait des expériences pour tenter de diviser le bien du mal chez une même personne, car il croyait intimement que ces deux entités cohabitent chez l’individu. Le résultat fut un échec, car il n'arrivait pas à se débarrasser de son double car les deux ne sont jamais séparés et encore ce dernier a réussi de prendre le dessus.
             La plupart des Occidentaux, dualistes et manichéens sans l'avouer, n'admettent pas facilement que le bien et le mal coexistent dans la même personne. De même, ils n'acceptent pas que le divin et le démon cohabitent dans le même individu.
            Pourtant dans l'antiquité, le philosophe grec Platon (427 - 348 av. J.-C.) avait parlé de deux âmes dans l'être humain, l'une essentielle et l'autre existentielle.
            Vingt deux siècles après, Johann Wolfgang von Goethe (1749 - 1832) avait aussi distingué deux âmes dans la première partie de son Faust : " … deux âmes, hélas, habitent en mon sein, dit Faust. L’une veut se séparer de l’autre. L’une dans un âpre désir d’amour, s’agrippe au monde par ses organes ; l’autre s’élève violemment, loin de la poussière, vers le royaume des grands précurseurs …".
            De même, Carl Gustav Jung (1875-1961), pionnier de la psychologie des profondeurs, en analysant la psyché (c'est-à-dire l'" âme", dans le vocabulaire jungien), déclarait : "La libido est Dieu et le Diable... Ce serait méconnaître un élément essentiel de la divinité elle même... L’ignorer, ce serait une amputation au corps de la divinité" ("Métamorphose de l’âme et ses symboles" 1952, Traduction Y. Le Lay Genève 1953, page 123).
            Son aîné, Sigmund Freud (1856-1939) fondateur de la psychanalyse, a découvert que "Le moi n'est plus maître en sa propre maison", rappela l'historienne de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco qui a écrit sa dernière biographie ("Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre" Ed.  Seuil, Paris 2014).
            Le "moi" que l’on croit uni, uniforme, uniformisé, est en réalité un territoire de forces contradictoires, le lieu d’une lutte entre les instincts d’un côté c’est-à-dire le "ça" (les pulsions diverses), et le "surmoi" de l’autre (la conscience morale ou l'inconscient).
            D'ailleurs, cette découverte du "Moi délogé chez lui", digne de Darwin et Copernic selon Roudinesco, est déjà révélée par Bouddha il y a plus de 2'000 siècles, et précisée par Tchuang Tseu, disciple de Lao Tseu de la même époque (L'homme parfait est sans le Moi).
            Il s'avère nécessaire et indispensable de reconnaître cette réalité, de ces liens inextricables entre le Bien et le Mal ainsi que la coexistence du divin et du démon dans chaque être humain. Car personne n'est pas tout à fait bon ni tout à fait mauvais.
            D'où la difficulté de juger son prochain, ce qui revient à s'accuser soi-même, comme le fait de vouloir punir un pays pour ses méfaits et de commettre après les mêmes forfaits.
             Le destin du psychiatre du procès de Nuremberg éclaire la première observation.
             "Le 1er janvier 1958, après une dispute avec son épouse, le psychiatre de l'US Army Douglas Kelley attrape une pilule de cyanure, la glisse dans sa bouche et l’avale. Douze ans seulement après la fin du procès de Nuremberg, il se donne la mort avec le même poison que l’un de ses patients, Hermann Goering. Voilà comment commence l’enquête du journaliste Jack El-Hai, qui a voulu découvrir, dans son livre "Le Nazi et le psychiatre", ce qu’il se passait dans la tête de l’homme qui fut le psychiatre des dirigeants nazis.
            A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Kelley, alors chef du service de psychiatrie d’un hôpital militaire, fut chargé d’une mission qui allait bouleverser sa vie : évaluer la santé mentale des dirigeants nazis détenus à la prison de Nuremberg dans l’attente de leur procès. Kelley espérait identifier les traits de personnalité ou les troubles mentaux qu’ils avaient en commun définir une "personnalité nazie" qui permettrait de comprendre ces criminels
             Pendant plusieurs mois, le médecin a passé des dizaines d’heures à échanger avec l’un des plus intrigants de ses patients, Hermann Goering, le plus haut gradé nazi aux mains des Alliés. Leurs sujets de conversation : la Seconde Guerre mondiale, les politiques mises en place par le régime nazi et les perspectives de cet homme désormais capturé. En plus d’entretiens approfondis, le psychiatre a fait un usage intensif de différents outils de diagnostic, dont le test de Rorschach.
            Ce qu’il a découvert l’a violemment perturbé. Le bras droit d’Hitler n’était ni fou, ni anormal. Les dignitaires nazis n’étaient atteints d’aucune pathologie psychiatrique. Kelley a identifié deux traits de personnalité qu’ils partageaient c'étaient des ambitieux rigides et des workaholics infatigables (des bourreaux de travail).
            Science News cite ses conclusions manuscrites, retrouvées par El-Hai : "Des personnalités semblables se trouvent très facilement en Amérique."
            Dans son livre, El-Hai, qui a eu un accès complet aux notes de Kelley, suggère que c’est cette découverte qui a conduit au suicide l'ambitieux psychiatre, aspiré dans une relation malade et dangereuse avec le bras droit d’Hitler. Ses travaux l’ont convaincu que des personnalités banales avec des traits similaires, combinés à une ambition excessive et un patriotisme exacerbé, pourraient basculer de la même façon.
            Hanté, le psychiatre a commencé à méditer sur sa propre capacité à faire le mal. Petit à petit, il est devenu dépendant au travail et à l’alcool, incapable de gérer la colère qui le rongeait. Conclusion du Scientific American : "Les examens psychologiques que Kelley a mené sur les nazis ont fait éclater au grand jour les propres failles de sa personnalité." ("Dans la tête du psychiatre qui a confessé Hermann Goering" - Life Culture 23.09.2013 par Caroline Piquet).
            "L'auteur de l'enquête, El-Hai s'interroge ainsi sur la provenance et la contamination du mal, tout au long de l'enquête sur la relation des deux hommes, et bute encore et encore sur la résolution de l'énigme. Beaucoup de zones d'ombre demeurent. Le psychiatre n'a cependant jamais eu aucun doute, et c'est capital, sur l'horreur et l'ampleur des crimes nazis".
            "… Ils sont des hommes normaux ; les circonstances en ont fait des monstres. Le profil de leur personnalité, marqué par un égocentrisme forcené, se trouve répandu dans diverses couches de la population. "De très nombreux individus sont capables de se transformer eux aussi en criminels de guerre."
           Ces thèses développées dans son ouvrage, "22 Cellules à Nuremberg" (1947), vont à l'encontre des idées dominantes à l'époque. (Wikipedia).
            Dix ans après le procès de Nuremberg (du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946), les Etats-Unis s'engageaient dans la guerre d'Indochine en commençant par envoyer des conseillers militaires au Viêt Nam le 1er novembre 1955 - pour finalement retirer leurs armées le 30 avril 1975.
            Pendant cette durée du conflit de 19 ans 5 mois et 29 jours, les États-Unis ont largué 7,08 millions de tonnes de bombes (par comparaison, 3,4 millions de tonnes ont été larguées par l'ensemble des alliés sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale) sans compter des milliers de tonnes de napalm et de défoliant toxique (agent Orange). Epandu par avion au-dessus des forêts vietnamiennes, ce défoliant chimique est responsable de plusieurs maladies chez les personnes exposées. La stabilité de la dioxine lui confère un effet durable sur les habitants des régions touchées, occasionnant ainsi des cas de cancers ou de malformations à la naissance, des années après la fin des combats (Wikipedia).
            Rappelons que le procès de Nuremberg fut intenté par les puissances alliées contre 24 des principaux responsables du Troisième Reich, accusés de complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
            Cependant cette première mise en œuvre d'une juridiction pénale internationale ne semble être utilisée par les grands pays que pour condamner les petits pays traités de voyous et de terroristes, comme l'on voit actuellement sur la scène politique mondiale.
            Les petits démons soumis aux lois des grands démons se révoltent dans un combat sans fin, ignorant tous deux leur grandeur intrinsèque (Chaque nation comme chaque citoyen qui le compose a de même deux faces, l'une sauvage, l'autre civilisée).
            Après les deux guerres mondiales, les grands pays semblent oublier les leçons du passé, excepté le fougeux Japon qui se tient tranquille en retrouvant son calme.
            La notion de démocratie évoquée n'est qu'une arme de domination, défiant les mœurs et les religions adaptés à chacun des pays. Aucune croyance n'est supérieure à l'autre, même les soi-disant superstitions. Ce qui importe c'est la force de croire dans chaque être humain.
            En réalité, le concept de choc des civilisations cache une réalité non avouée, c'est tout simplement le choc des démons des petites et des grandes nations !
            À voir : Les Nations et l'Ethique/1.-les-nations-et-l-ethique.

          En France voisine, les sujets de dissertation du baccalauréat 2015 débuté ce mercredi 17 juin  sont connus sur la plupart des journaux de l'Hexagone.

          Le Monde du 17.06.2015 : … Cette année, la série S avait à plancher sur trois domaines très distincts, celui de la culture avec un sujet sur l’art ("Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ?"), celui de la politique ("La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? "), enfin celui de la science en général avec une explication d’un texte de Cicéron donnant les critères d’une prédiction juste et valide des choses.
            Le commentaire du texte de Spinoza porte sur le thème de la politique, et notamment sur l’essence de la démocratie. Si cette dernière se définit comme un régime rationnel, cela implique-t-il de la part de ses sujets qu’ils s’y soumettent ? La démocratie a-t-elle le pouvoir de nous libérer de notre asservissement à nos désirs ?

            Le Point, publié le 17.06.2015 : "Bac : le cru 2015 des sujets de philo" :
            … Depuis 8 heures, et jusqu'à midi, les élèves de terminale générale se collettent à "l'épreuve reine" (et très redoutée) de philosophie. Les sujets proposés aux candidats sont déjà connus … Au menu des scientifiques : "La politique échappe-t-elle à l'exigence de vérité ?" ... Les candidats pouvaient également choisir de travailler sur un texte de Spinoza.

            Sur tous ces sujets, celui concernant la Politique et la Vérité mérite le plus l'attention.
            Ainsi, dans l'après-midi, Le Point du 17.06.2015 - a publié ce titre : "Bac philo : la politique n'échappe pas à l'exigence de vérité, pour les élus"
            Pour Bayrou, "la vérité est la clé du redressement". Pour Fillon, "tout ne doit pas être dit". Pour Christian Paul, 2017 doit être "un exercice de lucidité".
            "La politique échappe-t-elle à l'exigence de vérité ?" Bien sûr que non, ont répondu, la main sur le cœur, des élus conviés à plancher sur ce sujet du bac philo 2015, prédisant même que l'exigence va se faire de plus en plus impérieuse. Certains responsables interrogés admettent que vérité et politique ont pu faire chambre à part. Mais c'était hier ! Désormais, la solidité de ce couple conditionne l'action.
            Le président du Modem, François Bayrou, avait déjà rendu sa copie, puisqu'il a publié "De la vérité en politique". Pour le centriste : "La vérité est la clé du redressement." 
            "Pendant longtemps, on a pu soutenir que la politique et la vérité appartenaient à deux domaines, efficacité d'un côté, approche morale de l'autre", résume François Bayrou mercredi. Mais "aujourd'hui, si elle s'éloigne du souci de vérité, la politique devient impuissante ... L'univers Internet permet des vérifications permanentes", "ce dévoilement prive le politique cynique d'un soutien populaire". "Le respect de la vérité devient donc la condition même de l'exercice politique dans sa plénitude", selon le maire de Pau. Un vœu pieu certes !
               Sur Twister, François Fillon a fait cet aveu : "Vrai que la politique est souvent l'art de dissimuler la vérité ou de la travestir mais la vérité finit toujours par s'imposer !#Bac2015 (17 juin 2015).

                Quelle vérité ? Quelle politique ? Les élus continuent à l'exercer avec des promesses mensongères, des manœuvres suspectes. La globalisation médiatique dévoile tout le temps son lot de scandales : corruption, emplois fictifs, abus des biens sociaux, esclandres sexuels … Le peuple votant se méfie de ces "tous pourris" !

            Que reste-t-il aux politiques pour prouver qu’ils sont dignes de confiance ? La vérité. Assurer qu’ils ne mentent pas. Impossible, la transparence - degré supérieur de la probité en politique - n'existe pas dans ce monde privilégié.
            Paul Valéry, écrivain poète et philosophe français (1871-1945) a déjà ironisé : "Le pouvoir sans abus perd le charme" (Cahier B 1910).

            Au début du XVIe siècle, le penseur humaniste italien Nicolas Machiavel (1469-1527) a déjà dévoilé la vérité sur la pensée politique de tous les temps. (Nicolas Machiavel (en italien : Niccolò di Bernardo de' Machiavegli ; Niccolò Machiavelli).

            Né à Florence, dans une famille noble, Nicolas Machiavel est le fils de Bernard Machiavel, trésorier pontifical à Rome et docteur en droit, et de Bartolomea de' Nelli.
            Ses études terminées, il est une première fois candidat à un poste de l'administration florentine en février 1498 mais n'est pas retenu. Après la condamnation au bûcher de Jérôme Savonarole, il est nommé secrétaire de la deuxième chancellerie et prend officiellement son poste en juin 1498. Il mène à ce titre des missions diplomatiques, en Italie comme à l’étranger, se forgeant ainsi déjà une opinion sur les mœurs politiques de son temps. Il rédige à ces occasions des dépêches diplomatiques, réunies sous le titre Les Relations diplomatiques, ainsi que des rapports (Rapports sur les choses de l’Allemagne, Rapport sur les choses de la France). En 1512, les troubles à Florence le condamnent à l'exil. C'est à ce moment-là qu'il écrit Le Prince dans lequel on trouve les prémices de sa conception de la politique (Source Wikipedia).

            On associe souvent son nom à l’action de gouvernants cyniques et manipulateurs. Forgée par ses détracteurs, cette " mauvaise réputation" cache en fait un authentique théoricien de la liberté et du pouvoir populaire.

            … Le nom de Machiavel fixe les haines : le machiavélisme est, au choix, l'anglicanisme, le calvinisme, l'athéisme, le jésuitisme, le gallicanisme, l'averroïsme ; il est toujours l'autre dans ce qu'on imagine de pire. De son côté, l'intolérance de la Contre-réforme se convainc que le Prince a été écrit de la main même de Satan, conduisant le concile de Trente à le mettre à l'Index ; il en suivra des autodafés un peu partout en Europe jusqu'au milieu du XVIIe siècle. En 1615, à Ingolstadt (Bavière), on élève un bûcher pour y brûler en place publique l'effigie de Machiavel. Des nuées de théologiens, catholiques et réformés, parcourent le Vieux Continent clamant urbi et orbi que Machiavel est une incarnation du diable, qu'il s'est échappé de l'enfer pour perdre l'humanité, errant à cette sinistre fin de pays en pays (Wikipedia).

            Or Machiavel n'est pas un théoricien - un philosophe au sens de l'Antiquité classique ou de l'intellectuel médiéval - ni un héros ou un prince ; mais un fin observateur et un diplomate qui a bien rempli son rôle.

            "Le Prince" écrit en 1513, publié à titre posthume en 1532, est consacré à l’art de gouverner. Nicolas Machiavel y a exposé sans détour "ce qu’est la souveraineté, combien d’espèces il y en a, comment on l’acquiert, comment on la perd". Il dévoile ainsi les rouages du pouvoir et les fondements de l’autorité.
            A la fois un manuel d’action et une réflexion sur la nature du pouvoir qui rompt avec les idéaux classiques, il édicte les préceptes et méthodes que doit suivre le (re)fondateur d’un Etat, en inversant le rapport traditionnel de subordination de la politique à la morale au nom de la "vérité effective des choses" : l’art de gouverner obéit à des règles spécifiques liées à l’instabilité des relations humaines (les hommes suivent leurs intérêts et leurs passions, dont l’ambition) ainsi qu’à l’irrationalité de l’histoire.

            Un gouvernant, affirme-t-il, ne doit pas craindre de se salir les mains, il peut même se montrer rusé et cynique, apparemment amoral (selon nos canons contemporains et politiquement corrects), si cela est nécessaire au bien commun. Oui, "la fin justifie les moyens" à condition que l’objectif soit louable (C'est cette condition que les politiciens actuels ont perdu de vue.)

            … Pour le florentin, le politique doit se conduire selon une exacte observation des hommes. Qu'est-ce que l'homme ? Regardez-le en situation, observez-le dans les intrigues de cabinet, les empoisonnements de banquet ou dans l'assaut d'une cité... Vous en apprendrez plus sur lui que dans les traités des philosophes et des théologiens ! Mais, justement, regarder et observer sont des activités difficiles - il faut, pour, y voir, s'être guéri de la métaphysique et de la morale, avoir jeté tous ces filtres empêchant d'apercevoir la logique des choses. Le premier grand scandale que causa le Prince, qu'il continue de causer, réside dans cette posture : écrire une histoire naturelle des activités humaines tenues pour les plus élevées, une histoire naturelle de la politique.

            Les "hommes changent volontiers de maître, pensant rencontrer mieux". Cette propension à la versatilité explique l'instabilité des régimes tout en procurant une leçon de politique : il faut toujours être sur ses gardes, nul pouvoir ne se possédant définitivement. Des traits constants dessinent l'humanité : "Les hommes se doivent ou se caresser ou s'occire ; car ils se vengent des légères injures, et des grandes ils ne peuvent; de sorte que le tort qui se fait à l'homme doit être tel qu'on n'en craigne point la peuvent; de sorte que le tort qui se fait à l'homme doit être tel qu'on n'en craigne point la vengeance … Ou bien : "C'est certes chose fort ordinaire, et selon nature, que le désir de conquérir."  Et ceci : "Les hommes hésitent moins à nuire à un homme qui se fait aimer qu'à un autre qui se fait redouter."

           Selon Machiavel, les événements surviennent non en fonction d'une finalité ou de la volonté de Dieu, mais d'une logique aussi observable que celle guidant les comportements humains. Sur cette logique des événements, il est disert : "Une guerre ne se peut éviter, mais seulement se diffère à l'avantage d'autrui." Ou encore : "Celui qui est cause qu'un autre devient puissant se ruine lui-même"; ainsi, "causant en Italie la grandeur du pape et de l'Espagne, les Français y ont causé leur propre ruine". La logique des armes mercenaires : "Si on perd on reste battu, et si on gagne on demeure leur prisonnier." Logique aussi : "La haine s'acquiert autant par les bonnes œuvres que par les mauvaises", par suite le Prince, pour conserver ses Etats, "est souvent contraint de n'être pas bon."

            Et le Prince, figure passagère de l'éternel politique, comment l'envisager ? On peut se faire prince par talent (tel François Sforza), on le peut par fortune (tel César Borgia). Le fondement de la politique repose dans la guerre : "Un prince ne doit avoir ni autre objet, ni autre pensée, ni prendre autre matière à cœur que le fait de la guerre et l'organisation militaire." Le Prince doit savoir imiter le lion et le renard : "Etre renard pour connaître les filets, et lion pour connaître les loups." Toute l'attention du Prince doit se porter sur les sentiments du peuple à son endroit. L'énoncé "qui devient prince par l'aide du peuple, il le doit toujours maintenir en amitié" en appelle un autre, encore plus important : tout Prince "doit sur toutes choses chercher à gagner à soi le peuple". Ne voyons pas ici le concept moderne de peuple, un sujet politique ; le peuple s'identifie à la plèbe, une force passionnelle. Un conseil en découle : "Les princes doivent faire tenir par d'autres les rôles qui attirent rancune, mais ceux qui apportent reconnaissance les prendre pour eux-mêmes." La politique est la guerre entre les loups, pas la guerre contre la plèbe. Ainsi la pensée de Machiavel se situe-t-elle à mille lieues de la tyrannie antipopulaire, de la dictature et du totalitarisme. Elle n'est pas non plus une utopie, forme pensée pour la première fois par un contemporain de Machiavel, Thomas More. L'utopie est totalitaire, tandis que la principauté machiavélienne est un lieu de violence parce que la liberté du désir de conquête ne peut jamais être contenue définitivement.

            Alors, pourquoi tant de haine contre Machiavel ? Son livre convoque à paraître une vérité dont l'humanité veut ignorer l'existence sans pouvoir l'éloigner de ses yeux. Quelque chose dont le germe, ou le grain, sommeille en chacun de nous, hommes et femmes ordinaires. Quelle chose ? Ni héros grec, ni monarque médiéval oint de Dieu, le prince machiavélien n'est pas d'une autre nature ; il est chacun d'entre nous, il fait ce que nous ferions tous dans des circonstances analogues, et il est aussi ce que nous faisons en petit, chacun d'entre nous, en dehors de la politique, chaque jour. Le Prince, c'est l'homme ordinaire en grand, l'homme ordinaire libéré. Le second scandale de l'œuvre de Machiavel se dévoile : le Prince n'est personne d'autre que chacun d'entre nous. La révélation de notre parenté secrète avec le Prince rend Machiavel insupportable. En décrivant la politique, Machiavel nous tend un miroir, renvoyant une image si vraie et si difforme de nous-mêmes que nous ne la supportons pas.

            Mais peut-être la haine se justifie-t-elle de la définitive déception que la vérité machiavélienne adresse à toutes les illusions humaines ? La Bible et le Capital dessinent conjointement un horizon de salut, livres prophétiques promettant à l'humanité la fin de la vallée des larmes, un avenir radieux. Le Prince, au contraire, ne promet rien. Si gît une prophétie en lui, elle s'appelle répétition : dans le futur se répétera ce que nous avons sous les yeux, qui s'est déjà produit. Ecoutons-le : "Les hommes marchent toujours par les chemins frayés par d'autres, [...] ils se gouvernent en leurs faits par imitation." Les cités changent, les techniques progressent, les hommes se répètent. Cette répétition ne repose nullement sur l'affirmation d'une nature humaine - ce qui serait de la métaphysique, tour d'esprit éloigné de Machiavel -, mais sur la considération de la logique des situations humaines et des passions qui les investissent- ce qui est une mécanique des forces et des passions. Ce point de vue sur l'homme est beaucoup plus subtil qu'un banal pessimisme. L'homme est toujours en situation, donc il est toujours méchant. Il est méchant, et non mauvais - "mauvais" est un terme de morale, renvoyant à une essence, un jugement n'entrant pas dans la perspective machiavélienne, tandis que "méchant" demeure un terme descriptif, suggérant qu'il ne peut en aller autrement. Se montre alors le troisième scandale de Machiavel : le mal n'est pas condamnable, puisque, loin de résulter d'une mauvaise nature des hommes (écho du péché originel), il suit de la logique situationnelle s'imposant à eux. L'homme n'est pas mauvais, il est méchant : la méchanceté est constante sans pour autant être de nature. (Entre parenthèses, le terme "méchant" est synonyme du terme "agressif" qui est un acte défensif."

            Machiavel prend place dans la galerie des auteurs tenus à jamais pour ennemis de l'humanité. Et cela, du fait que sa pensée n'est en aucune façon sauvable par la morale ou l'optimisme. Il est désespérant, et cette méchanceté spontanée forme chez Machiavel la matière sur laquelle travaille le politique. Elle est la toile dans laquelle la politique taille son habit (la cité, l'Etat). Chez Machiavel, le politique se sert de cette méchanceté (ou agressivité) comme le sculpteur se sert du marbre pour sa statue. Ici se présente le quatrième scandale de Machiavel : la politique ne promet aucune rédemption de la méchanceté, mais sa reconduction à l'infini.

           Machiavel est un penseur politique sans philosophie politique. Construit sur ce vide philosophique, son ouvrage est une éclaircie, un dévoilement de la clairière de la politique. Qui livre à la visibilité la pure politique. Avant Machiavel, la politique était recouverte par des philosophies, des mythes, des religions, des considérations morales ; elle demeurait invisible. La pensée politique - sous la forme des philosophies politiques - empêchait de voir et regarder la politique dans son effectivité - "Il m'a semblé plus convenable de suivre la vérité effective de la chose que son imagination". Après lui, après l'émergence de l'Etat moderne comme solution aux déchirements de l'Europe, se développeront les idéologies politiques, le progressisme, le marxisme, l'anarchisme, tout un ensemble de dispositifs théoriques qui, du point de vue de la connaissance de la politique, reviendront au même que ceux qui précédèrent Machiavel : empêcher de voir. L'œuvre de Machiavel, c'est l'éclaircie entre deux nuits politiques, deux périodes où la politique, tout en continuant de se pratiquer, est occultée par les philosophies politiques. L'absence de philosophie politique conditionne l'accès à la vérité.

            Les quatre scandales du Prince de Machiavel (la politique traitée comme une histoire naturelle ; l'identité entre le Prince et chacun de nous ; l'homme étant méchant sans être mauvais ; aucun horizon de rédemption ne se dégageant de la politique) se ramènent à un seul : Machiavel rend visible par l'écriture ce qui est fait pour ne pas être regardé, pour demeurer caché. Comme la nature, la politique, en son essence, aime à se cacher, à se rendre invisible derrière ces voiles que sont les doctrines, les idéologies, les philosophies. L'écriture de Machiavel est analogue à la peinture, occupée à rendre visible l'invisible. Mais le Prince peint ce qu'il ne faut pas peindre, "visibilise" ce qui, par nature, répugne à la visibilité : la politique. D'où son éternel scandale, demain comme hier. (Extraits du magazine Marianne du 17 au 23 juillet 2004).

            */1.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil (Le Conformisme, le Sacré et l'Eveil et Suites)

             **/logique-de-l-interpr-c3-a9tation (Logique de l'interprétation, À propos de la logique de l'interprétation et Suites)

            Au sujet de la dernière note, certains lecteurs nous ont fait savoir que la proposition nostalgique n'est qu'un vœu pieux, voire un défi idéologique.

            En effet, il est difficile, voire impossible de demander aux théologiens chrétiens de rectifier leurs dogmes et faire un virage de 180 degrés.

            Pourtant, au fil des siècles, la recherche de Dieu se manifeste sous divers aspects. Pour les uns le divin est immanent et la croyance ne pose pas de problème. Les autres qui cherchent une protection divine, mais qui ne trouvent pas leur salut sur cette planète en pleine ébullition, ou plutôt en pleine évolution, essaient d'en connaître le mystère.

            Cette connaissance, la Gnose (du grec gnôsis : connaissance) émerge déjà en Grèce avec les grands précurseurs que furent Platon ou Pythagore, et a perduré jusqu'à nos jours en passant par Hegel. C'est un concept philosophico-religieux selon lequel le salut de l'âme passe par une connaissance (expérience ou révélation) directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi.

            En Islam, où ce terme est quasiment équivalent à mystique, les soufis se désignent souvent par le terme "gnostique" au sens de "possesseur de la connaissance de Dieu", cette connaissance étant conforme aux dogmes musulmans mais dans un état plus "avancé". Ainsi, stricto sensu, le gnostique musulman est un musulman et non un hérétique.

            Dans le christianisme antique, le mot a été employé pour la première fois par Paul de Tarse (Saint Paul, statue à droite, cité Vatican, Rome).
            Bien qu'il soit inexact de le qualifier de gnostique, l'Évangile selon Jean contient pour certains quelques éléments suggérant une influence ou des croisements possibles avec le gnosticisme.

            Les évangiles selon Matthieu, Marc et Luc suivent peu ou prou le même canevas événementiel et ne se divergent que pour ce qui concerne le début et la fin de la vie de Jésus de Nazareth. D'une manière générale, l’Évangile selon Jean se distingue par son charisme et son emphase spiritualisante. Il insiste sur la mission de rédempteur de l'humanité plutôt que sur le ministère terrestre de Jésus orienté vers l'enseignement, la chasse des démons et le réconfort des pauvres.

            Il existe des parallèles stylistiques occasionnels et des ressemblances entre Jean et le gnosticisme mais la plupart des spécialistes actuels doutent que le quatrième évangile ait emprunté à ce dernier ; en effet, comme le souligne Raymond E. Brown, "tous les indices d'un gnosticisme développé datent d'après la composition de Jean". D'un autre côté, il est presque certain que les gnostiques ont lu l'évangile de Jean, puisqu'on en retrouve des passages dans leurs textes. Le principe du gnosticisme est que le salut vient de la gnose, un savoir secret.

            Force est de constater que l'on retrouve des éléments gnostiques en marge des grandes religions, voire souvent en leur sein et il en fut de même dans le christianisme naissant. Elaine Pagels a remarqué que les similitudes entre le gnosticisme et le bouddhisme ont incité certains universitaires à s'interroger sur leurs relations mutuelles et à se demander "si le "bouddha vivant" pourrait justement dire ce que l'Évangile de Thomas* attribue au Jésus vivant, pour peu que les noms soient changés".
            Au XVIIe siècle, le principe est ré-exploité en France par Bossuet et Fénelon.

            Le mot gnose désigne pour la période antique deux concepts théologiques opposés : une gnose chrétienne qui considère que tout homme est capable de percevoir Dieu, en lui, de devenir lumière et donc d'obtenir la vie éternelle ; et une gnose dualiste (gnosticisme) qui considère le corps et la vie terrestre comme une prison dont l'homme doit se libérer pour être sauvé.

            À partir du XIXe siècle, le mot Gnose et les concepts qu'il recouvre ont été utilisés dans des contextes beaucoup plus larges, en histoire des religions (y compris non chrétienne), en philosophie, mais aussi en littérature ou en politique, ainsi que par les "nouveaux mouvements religieux", ésotériques et New Age.

          Le New Age met en avant la notion de guidance intérieure en mettant l'accent sur l'intuition, et parfois en l'accentuant avec des concepts comme celui de pouvoir personnel : "chacun crée sa propre réalité". Le développement personnel renvoie à toutes les activités proposant de développer une connaissance de soi, de valoriser ses talents et potentiels, de travailler à une meilleure qualité de vie, et à la réalisation de ses aspirations et de ses rêves.

            Les travaux du psychiatre suisse Carl Gustav Jung en psychologie ont été récupérés par les divers courants New Age. L'intérêt de Jung pour le yoga notamment, et globalement pour les croyances orientales, va permettre tout le syncrétisme que l'on retrouve dans le New Age.

            Rudolf Steiner (1861-1925) autrichien, est un philosophe, occultiste et penseur social. Il est le fondateur de l'anthroposophie, qu'il qualifie de "chemin de connaissance", visant à "restaurer le lien entre l'Homme et les mondes spirituels". Ses adeptes le considèrent généralement à la fois comme un homme de connaissance et un guide spirituel.
            Membre de la Société théosophique puis secrétaire général de la section allemande en 1902, il s'en sépare dix ans plus tard pour fonder la Société anthroposophique.

            Dans "Le Royaume de Dieu est en vous", paru en 1893, le célèbre romancier russe Léon Tolstoï (1828-1910) dénonce la violence des institutions et la trahison par les Eglises de la parole du Christ.
            Il est sans doute inspiré du sermon sur la montagne, dans les Béatitude de St Matthieu, Voici ce que Luc relate dans le nouveau Testament au sujet du royaume de Dieu :
            "Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : "Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : "Il est ici", ou : "Il est là. " Car voici, le royaume de Dieu est en vous." (Luc 17:20-12).

            Les survivances de la gnose la plus philosophique se décèlent dans la littérature alchimique.  Peut-on dire que la gnose, avec le mythe d'Hiram, sa résurrection et sa mort, fait partie des racines de la franc-maçonnerie ?

            *L'Évangile de Thomas fut découvert en 1945, en Égypte près de NAG HAMMADI. On le trouva dans une jarre contenant 12 manuscrits écrits dans la langue copte et qui remonteraient au 4ème siècle de notre ère. Le Jésus qui y est décrit ne ressemble pas vraiment à celui dépeint dans les évangiles canoniques et l'enseignement dans le texte ressemble fortement au savoir spirituel des gnostiques de l'époque, sévèrement pourchassés par l'Eglise orthodoxe pour leur liberté de pensée et leur compréhension profonde, au delà des dogmes du christianisme. On y rencontre un Jésus plus proche d'un Socrate ou d'un Bouddha, enseignant une voie de connaissance et d'amour, un salut en forme de quête intérieure, ouverte et libre, un amour du divin en l'homme :
            Le Royaume de Dieu est en toi (Genèse 19,12-26 / Luc 17,20-37).
            "Le royaume de Dieu est en toi et tout autour de toi, pas dans les palais de bois et de pierre ..." Le message spirituel propose au pratiquant de devenir son propre flambeau, de développer son état créateur. (Source Wikipedia).

            Au USA, l'anthropologue Joseph Campbell (1904-1987) qui travaillait dans les domaines de la mythologie comparée et de la religion comparée, a eu pour mentors intellectuels le spécialiste de mythologie orientale Heinrich Zimmer et le psychiatre Carl Gustav Jung.

            Heinrich Zimmer (1890-1943), fut un indianiste et historien allemand. Il a commencé sa carrière par l'étude du sanskrit et de la linguistique à l'université Humboldt de Berlin. Professeur de philologie indienne à l'université de Heidelberg, il démissionna en 1938 suite à des pressions par les nazis, puis émigra en Angleterre où il donna des séminaires, au Balliol College, à Oxford, enfin s'installa en 1940 à New York. A l'université Columbia, il a alors pour étudiant Joseph Campbell.

            Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung a développé une correspondance amicale avec Zimmer, après avoir fait sa connaissance, par l'intermédiaire du sinologue Richard Wilhelm en 1932, et a écrit avec lui un volume intitulé Der Weg zum Selbst (La Voie vers le Soi).

            Les diverses religions sembleraient procéder, d'après Joseph Campbell, d'une même "anatomie", c'est-à-dire de quelque chose d'inhérent à la nature humaine. Campbell croyait que toutes les religions du monde, que tous les rituels et les déités, n'étaient que les "masques" d'une seule et même vérité transcendante qui serait "insaisissable" (inconnaissable). Il décrivait le christianisme et le bouddhisme, que l’objet en soit "la conscience de Bouddha" ou "la conscience du Christ", comme étant un niveau de perception au-dessus des "oppositions binaires" telles que le bien et le mal. Inutile de dire que beaucoup de religieux intégristes considèrent ses idées comme hérétiques.

            Il croyait que toutes les formes de spiritualité ne sont que la recherche d'une même force inconnue (qu'il qualifiait d'immanente plutôt que de transcendante, ou qui serait en même temps intérieure et extérieure, par opposition à seulement extérieure) et de laquelle tout proviendrait, dans laquelle tout existe, et dans laquelle tout retournera. Il se réfère à cette force comme étant la connotation de ce qu’il appelait “métaphore”, les métaphores étant la manière dont il nommait les différentes divinités et objets de spiritualité (Source Wikipedia).

            Ainsi, au fil ses siècles, les croyances diverses ne cessent de progresser.

            Or le fait de croire, la croyance, est plus important que les croyances religieuses.
            Si le plus souvent la croyance est associée au mysticisme et à la religion, elle fait constamment partie de la réalité quotidienne, dans chaque acte et geste de la vie, dans ce qui semble le plus banal ou anodin. Elle répond à un besoin qui semble s'ancrer profondément dans l'individu, et ne peut être gérée aussi librement qu'on imagine, étant soumise au fonctionnement d'un ensemble de schèmes qui se sont fixés à un niveau de fonctionnement automatisé de l'esprit (conditionnements) et à la pression d'un conformisme collectif (traditions et valeurs).

            D'autre part, la croyance est assujettie, par celui qui y adhère, à "sa" propre réalité. Chaque individu construit et conçoit sa propre réalité, et partant "sa" vérité. Le doute est le mécanisme qui, en chaque individu, remet en cause l'image qu'il se fait de la réalité.

            David Hume (1711-1776) philosophe, économiste et historien britannique, considéré comme un des plus importants penseurs des Lumières, a écrit dans son "Traité de la nature humaine" : "Cette opération de l’esprit qui produit la croyance à un fait a été jusqu’ici, semble-t-il, l’un des plus grands mystères de la philosophie (…). Pour ma part, je dois l’avouer, j’y trouve une difficulté considérable ».
            "La croyance touche à tous les domaines. Elle est présente d’abord dans toute pratique humaine, elle a un lien direct avec toutes nos actions. Le rôle de nos croyances est de produire des actions. Ainsi la croyance religieuse s’exprime à travers un culte, des pratiques. C’est pourquoi Hume définira la croyance comme propension à l’action, en ce sens qu’elle est ce qui dispose un sujet à se conduire selon ce qu’il escompte ou prévoit. Elle est selon lui une idée plus vive que les autres qui décide de l’orientation générale d’une conduite." (Source Wikipedia).

            Si les religions sont statiques, le choix a un caractère dynamique et peut varier selon l'intensité de la croyance : du niveau faible sans assez de foi au niveau fort, élevé comme le feu sacré. Ce fait vient de la personne qui croit et non d'une idée vive ou superficielle. A moins de croire que c'est l'idée qui induit la croyance au lieu de l'individu qui émet l'idée. Ce qui revient à dire qu'il y a des gens faibles et des gens forts, des êtres influençables et des êtres indépendants.

            La cause est que dès leur naissance les humains ne sont pas tous "égaux" (n'ayant pas les mêmes caractéristiques). C'est un phénomène observable que la plupart des philosophes, des scientifiques, notamment des psychologues, des thérapeutes surtout, semblent ignorer dans leurs théories ou dans la pratique de leurs professions. Pourtant dans le langage commun et celui des poètes ces termes sont fort courants : âme bien née, âme en peine et âme damnée qui a pactisé avec le diable.

            Ainsi, le vrai mystère de la croyance réside dans l'origine de la naissance d'un enfant. Avoir un bébé c'est comme jouer à la loterie. Les parents peuvent s'attendre au point de vue physique, à avoir un être nain, handicapé, petit ou grand, fort ou faible, laid ou beau …,  au point de vue intellectuel, à une créature débile (qu'on nomme "autiste"), normalement doué, ou surdoué …, au point de vue affectif à des timides, des émotifs, des introvertis, ou des expansifs, vifs, pleins de vie, … et enfin au point de vue psychique à une psyché déficiente, normale ou solide.

            D'autre part, une distribution hasardeuse des éléments peut compliquer le tableau. Un corps handicapé peut abriter un philosophe ou un scientifique célèbre, comme un physique avantageux peut cacher un criminel ou une âme perfide.

            Dans ce contexte, c'est souvent la constitution de la personnalité entière de l'individu qui dicte le choix de la croyance et le chemin à suivre dans la vie. La plupart des gens ne font qu'obéir à leur destin, tandis qu'une minorité construit sa destinée par la force de sa volonté.

             L'action de croire est primordiale pour la survie humaine.
            Croire en soi, c'est la confiance en soi indispensable pour pour surmonter ses difficultés et vivre avec son entourage. Car pour croire en soi, il faut d’abord croire en autrui  ("On ne peut croire en soi que si on croit en l’homme" écrit Alain ). Alors seulement il est possible d'aimer la vie et parler de bonheur.
            Enfin, croire en un dieu intérieur est la condition sine qua non pour pouvoir lutter contre son démon intérieur.

              Crois, ou je te tue éternellement *

             Cette citation énigmatique de Paul Valéry (1871-1945), poète et philosophe français, s'adresse-t-elle à ces gens, se prétendant être des "laïcs" qui ne croient en rien, sauf en leur ego démensuré ?

             * Œuvres II (1941), Paul Valéry, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1960, chap. Cahier B, p. 577.


            ESSAI D' ANALYSE PSYCHOLOGIQUE                                        

            Après plus de trois mois passés, certains médias cherchent encore à interpréter l'"esprit Charlie" et la "manifestation du 11 janvier".
            Il est temps de se calmer pour y voir plus clair et en tirer la leçon, mettre de côté les polémiques pour toucher si possible à l'essentiel.

             Le Journal du Dimanche (JDDfr) du10 mai 2015 affiche son titre sous la section CULTURE (par Patrice Trapier) : 
            "Todd et Charlie : sous la provocation, la réflexion"
            LE LIVRE DE LA SEMAINE - L'intellectuel de gauche Emmanuel Todd analyse dans son dernier essai polémique le mouvement du 11 janvier né en réaction aux attentats de Paris.

             Cette semaine, de nombreux lecteurs, par l'odeur du scandale alléchés, ont fait le siège des librairies, réclamant le nouveau livre d'Emmanuel Todd avant même sa sortie. Il faut dire que Todd avait allumé une grosse mèche : le 11-Janvier, "imposture, accès d'hystérie, flash totalitaire, fausse conscience, lâcheté et cynisme, islamophobie…" Scandale donc, mais pas seulement : de nombreux lecteurs citoyens sont à l'affût d'idées nouvelles sur les sujets qui fâchent…

            Provocation et réflexion… Emmanuel Todd mélange savamment les deux dans ce livre fiévreusement écrit en trente jours : l'anthropologue cartographie les marches de janvier, concluant qu'elles ont rassemblé la France périphérique-catholique "zombie"-inégalitaire plutôt que la France centrale-républicaine-égalitaire. Il n'avait certes échappé à (presque) personne, pas même aux affreux médias toujours "unanimes", que les 3 ou 4 millions de marcheurs n'étaient pas toute la France, que les cités et les zones péri-urbaines étaient majoritairement restées à la maison … (Extrait).

             Dans le magazine "Marianne" N°942 du 8 au 14 mai 2015, Joseph Macé-Scaron, essayiste et romancier français réfuta les essais d'Emmanuel Tood sous la rubrique "NOTRE OPINION" : EMMANUEL TOOD, INTELLECTUEL ZOMBIE.

            Le journaliste de droite voulait-il régler ses comptes avec son collègue de gauche ?
            D'abord, parce que Tood a parlé de catholicisme zombie, Joseph M.C. le nomma en retour l'intellectuel zombie
            Ensuite, le second traita le premier de savant marxiste, de précieux ridicule, de naïveté, qui raisonne avec les catégories d'un déterminisme fou, d'un identitarisme déchaîné. "L'essentiel, sous le paravent fallacieux de la critique du néorépublicanisme et ce qu'il nomme le laïcisme radical, c'est la tentative assez inédite de délégitimer, de flétrir et de diffamer ce sursaut citoyen et populaire …" dit-il.

            Enfin, poursuivit Joseph M.C., "le plus déconcertant, dans le livre déroutant et brouillon de Tood, c'est bien sûr sa façon de plaider pour un accommodement de la France avec l'islam sur une base totalement déréalisée … ".

           Faut-il donc vivre continuellement dans la peur et la haine de l'islam, sans chercher un moyen d'en sortir ? Il y a d'autres pays au monde qui ont des problèmes avec l'islam. Tood a le droit de proposer une hypothèse aussi farfelue soit elle !

            D'ailleurs, Tood n'est pas un politicien.
            … "Tout à sa fureur contre les triomphantes "MAZ" (classes moyennes - personnes âgées - cathos zombies) dont le PS serait le guide suprême, Emmanuel Todd a clos la semaine par sa diatribe contre Manuel Valls assimilé "au maréchal Pétain". Dès qu'il s'approche de la politique, Todd perd toute mesure ; c'est le cas de certains passages de son essai … (art. de Patrice Trapier JDDfr) cité plus haut.

            Il est plus instructif d'aborder le côté positif de l'essai de Tood.

            L'Express Fr du 10/05/2015 s'interrogea : "Qu'est-il arrivé à Emmanuel Todd ?" par Christian Makarian.
            Extrait de la fin de l'article :
            "Il reste le meilleur du livre, pour conclure. C'est l'accent qu'Emmanuel Todd met sur la question centrale de la sortie de la religion, parmi tant d'excès et de maladresses. "Nous devons prendre la religion au sérieux, particulièrement lorsqu'elle disparaît". C'est particulièrement vrai, et la dernière partie du livre esquisse des propositions concrètes. Todd ajoute, avec intelligence : "Par son volume et ses exigences métaphysiques, la manifestation du 11 janvier nous a clairement indiqué que la France vivait une crise religieuse". C'est juste, et cela mérite une réflexion - que l'on ne voit poindre ni à gauche ni à droite.

            Ainsi, Tood a bien touché la cause essentielle de l'évènement passé. Il s'agit bien d'une crise religieuse, notamment dans les pays industrialisés, mais plus vive dans l'Hexagone.

            La foi du sacré y semble être en régression par rapport aux pays en voie de développement pour céder à une notion de laïcité que la République érige en une nouvelle religion et que les adeptes considèrent comme une valeur à défendre. Inutile soucis, car dans le camp d'un grand nombre de ceux qui ont la "foi sans croire", ceux que Tood nomme les catho-zombies, laissent progressivement les églises presque vides.

           Pourtant la religion, indispensable aux humains, ne disparaît pas de si tôt tant que les êtres vivants, tout en croyant libres, se trouvent sous l'emprise de leurs pulsions (pouvoir - sexe - intérêts) de l'Orient à l'Occident. Ces trois motivations, stimulants ou fléaux de l'individu, n'épargnent personne, de haut en bas de l'échelle sociale et même de la hiérarchie religieuse.

            Pourquoi les lieux de culte se désertent-ils ? Parce qu'actuellement leurs dogmes théologiques ne répondent plus aux besoins de leurs fidèles. Ces derniers n'aiment plus entendre les sermons et les menaces de l'enfer. D'abord, cela heurte leur bonne conscience en se voyant dénoncer leur culpabilité. Deuxièmement, ils savent parfaitement discerner le bien et le mal mais ignorent pourquoi ils ont "péché" et comment ils peuvent en sortir. Certains se tournent alors vers les cabinets de psychanalystes et de psychologues, qui se multiplient et remplissent des pages des annuaires téléphoniques.

            Cependant, lutter contre les pulsions s'avère extrêmement difficile. Le père de la psychanalyse, Sigmund Freud l'a avoué : "Il y a trois choses au monde qui se révèlent impossibles : gouverner, éduquer et psychanalyser."

            La vie du fondateur de la psychanalyse à travers diverses biographies et surtout la dernière "Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre" (Ed.  Seuil, Paris 2014, écrite par l'historienne de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco) démontre une lutte incessante contre ses difficultés intérieures, avec ses ambigüités, ses contradictions et ses fantasmes. D'un autre aspect, se révèle (dans les correspondances intimes notamment) un être lucide, capable de se mettre en cause, qui connaît sa faiblesse psychique et les limites de sa méthode, tout en sachant qu'il joue un rôle pour conserver son prestige.

            Ses contradicteurs ne voient que se ses défauts, ses échecs, sans reconnaître sa personnalité entière. Même Elisabeth Roudinesco cherche à défendre son "maître" en atténuant les faits et en romançant plus ou moins la vie de ce dernier.

            Le mérite ou le génie de Freud n'est pas l'invention de l'inconscient comme elle a écrit (… "Freud, en inventant l'inconscient, a infligé à l'homme une blessure narcissique, digne de Darwin et Copernic : il a délogé le sujet de lui-même, le moi n'étant plus maître en sa propre maison"… ouvrage cité), mais bien "la découverte des mécanismes de défense du moi", en reconnaissant que "le moi en lui n'est pas le vrai moi".

            En effet, le moi connu est tout simplement l'ego, le "moi existentiel" tandis que l'Inconscient (avec un I majuscule) est le vrai moi, le "moi essentiel" (Gustave Carl Jung l'a ainsi précisé).
            Selon Bouddha (Siddhārtha Gautama (623-543 av. J.-C), le moi ou l'ego n'est qu'une simple agrégation de phénomènes corporels et mentaux conditionnés. L'être éveillé est celui qui a pu accéder à cette notion d'anatta (non-moi).

           Trois siècles après, le sage oriental Tchuang-Tseu (370-287 av. J.-C) a déclaré : "Le Moi parfait est sans Ego" (A voir sa biographie : "Le Maître", par Patrick Rambaud Paris, Grasset, 2014).

            Ainsi, Freud, comme Goethe, comme Einstein, et comme tous les êtres humains sur cette planète, passent leur existence à lutter contre leur démon (leur égo).

            Que peut faire la religion dans ce contexte complexé et irrationnel ? Quand les dogmes théologiques continuent de faire croire aux fidèles que le démon existe en dehors de l'être, que le péché originel ne peut être extirpé que par l'exorcisme du démon qui l'a possédé … De même, Dieu est aussi en dehors de l'être … La crise religieuse vient de cette croyance érigée en foi et que la raison met en doute.

            La religion est censée être le lien conduisant à Dieu, mais quel Dieu, celui en dehors ou celui en dedans de l'être ? La guerre de religion n'est pas une guerre entre les dieux, mais une lutte entre les prophètes, autrefois entre catholiques et protestants, aujourd'hui entre chiites et sunnites. Toujours démons contre démons entraînant une crise religieuse qui s'étendant sur presque tous les pays de la planète.

            En état d'impuissance, la religion doit se réveiller et cesse d'ignorer la voix des sages qui ne manquent pas dans son sein, à commencer par celle de saint Augustin (354-430 après J.-C.) : S'adressant à Dieu dans ses Soliloques saint Augustin, lui dit : "Seigneur, je ne vous ai point trouvé en dehors de moi ; c'est que je vous cherchais mal au-dehors, puisque vous êtes en moi." (Les Confessions).

            Maître Eckhart (v. 1200-1327) dans ses Sermons : "Quand l'homme se déprend de lui-même (de son ego), il accueille intérieurement le Christ, Dieu, la béatitude et la sainteté"…  "La semence de Dieu est en nous ..." Et ... Nous prions Dieu d’être libérés de Dieu". Car "celui qui est libéré de toute altérité et de toute créature, en cet homme Dieu n'a aucunement besoin d'entrer, car il est déjà en lui par son essence (Sermon 10). Il exerça par là son influence sur saint Jean de la Croix (1542 -1591) : "Rien de que l'on peut penser de Dieu n’est Dieu." (Cf.- page précédente du 20 mars 2015 - Laïcité et Hérésie).

            D'autre part, la religion doit réagir rapidement. Les "psys" ont déjà séduit une partie de ses fidèles, c'est l'Etat actuellement qui a l'intention d'accaparer le reste en brandissant sa notion de laïcité comme une valeur de la République.

           Le magazine "Le Point" du jeudi 7 mai 2015 est apparu avec ce gros titre : "Les nouveaux puritains", Ces bien-pensants qui veulent nous rééduquer.
            En réalité, c'est plutôt l'Etat même qui prétend jouer le rôle des Eglises !

            A la page 64, le journaliste Sébastien le Fol a recueilli les propos de l'écrivain Pascal Bruckner sous le titre : "Un totalitarisme mou", sous-titre : Nurserie. Selon le philosophe, un Etat moralisateur se développe en France. Son but : nous protéger de nous-mêmes.

            … A l'Etat régulateur s'ajoute l'Etat prêcheur, l'Etat moralisateur. Il nous sermonne pour nous maintenir dans le droit chemin, s'adresse à chacun d'entre nous dans son for intérieur …

            … Ne sachant que faire d'une liberté nouvellement acquise (ou plutôt s'auto accordée ?), nous cherchons un nouveau tuteur moral, de nouveaux dogmes pour y accorder nos vies. L'Etat bienveillant s'engouffre dans cette brèche. Il a remplacé le curé et les autorités morales des Eglises et des partis … (Extraits).

           Cependant, ce n'est pas crédible pour l'Etat cette prétention de s'ériger en donneur de leçons, car les politiciens français qui en font partie sont considérés déjà comme "Tous pourris" par les électeurs, et leurs partis traînent aussi des casseroles, comme certains de leurs présidents élus.

             Il ne reste qu'aux autorités religieuses de reprendre leur rôle d'antan.

             Un puritain nostalgique. 

             PS.- Pour avoir plus de détails sur la question essentielle de dieu et du diable, veuillez consulter les trois pages suivantes :  /logique-de-l-interpr-c3-a9tation (Logique de l'interprétation) et /1.-a-propos-de-la-logique-de-l-interpr-c3-a9tation (À propos de la logique de l'interprétation  et suite).

             "Le Matin Dimanche", journal de la Romandie suisse, du 3 mai 2015, a publié un article de Michel Audétat sur son entretien avec l'essayiste française Caroline Fourest au sujet de son livre "Eloge du blasphème".

            "J'ai écrit ce livre, parce qu'il nous protège, dit elle, du totalitarisme et permet la laïcité, donc à toute les religions, d'exister"… On n'est pas obligé d'aimer le blasphème pour autant. Moi-même, je le pratique très peu. Sans doute jamais". Mais la liberté d'expression doit aller jusqu'au droit de se moquer du sacré …".  Evidemment, chacun a le droit de s'exprimer ...

             Toutefois, ce titre à la page 15 : "Le droit au blasphème constitue notre bien le plus sacré" déconcerte encore le lecteur qui se demande si l'essayiste française a bien compris le sens de ce mot. En consultant le dictionnaire "Robert" sur le mot blasphémer : "injurier, insulter, maudire, se moquer de, outrager … Sur le mot sacré : il se dit des choses qui méritent d'être vénérées inviolablement. En matière de religion : caractère de ce qui transcende l'humain (par opposition à profane). Donc, indubitablement, entre humains, la foi est sacrée.

            Pour vivre en paix, il est nécessaire de respecter la foi des autres. Autrement, c'est de l'indélicatesse, de la malveillance, de la provocation, cachant la haine d'autrui et partant une haine de soi. Et le fait de vouloir les justifier par des arguments fallacieux ne facilite pas la vie en commun sur cette planète.

            Heureusement, il y a d'autres points de vue permettant d'y voir plus clair.

            Le Journal du Dimanche Français (JDDfr) du 04 mai 2015 lança ce titre "11 Janvier : Pourquoi Emmanuel Todd dénonce une imposture" :
            "Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu - et même un devoir ! -, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. (…) Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture".

            De son côté, LePoint.fr du 4 mai 2015 émit autre son : Emmanuel Todd : "Le 11 janvier ? Un moment d'hystérie collective !"
            Sous le titre Qui est Charlie ? (Seuil), l'historien et démographe Emmanuel Todd publie un essai qui ne manque pas de faire réagir. Pour l'essayiste de gauche, le 11 Janvier, après les attentats contre Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, ne constitue pas une promotion de la laïcité et de la liberté d'expression, au contraire …

           Pour le démographe, le monde populaire n'était pas, ce jour-là. "La mobilisation a été du simple au double entre la France de tradition athée et révolutionnaire et cette France périphérique, historiquement antirépublicaine, détaille-t-il. Tout est religieux désormais, analyse-t-il. Mais tout est religieux parce que la religion s'éclipse et parce que rien ne l'a supplantée. Lorsque la religion disparaît, il y a des phénomènes de vide, des problèmes de substitution, des phénomènes de violence " …

           Pour l'historien, "on est obsédé par l'islam". "Je ne peux pas accepter l'idée qui est en train de s'installer selon laquelle l'islam, par nature, serait particulièrement dangereux pour les juifs. Qu'on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans, dénonce-t-il. Qu'on en finisse avec cette nouvelle religion démente que (...)

          Le même jour, le site Yahoo du 4 mai 2015, sortit autre titre : "L'actrice Charlotte de Turckheim ne se sent pas Charlie"
           Invitée dans "Sept à Huit" dimanche pour présenter son nouveau film, Charlotte de Turckheim s’est également exprimée sur les attentats qui ont eu lieu contre Charlie Hebdo. L’actrice s’est attiré les foudres des internautes après ses propos sur l’esprit Charlie qui règne en France : "Je suis Charlie parce que évidemment il faut qu’on soit le plus libre possible mais je ne suis pas pour la provoc, je ne suis pas forcément pour la provoc. Je crois qu’il ne faut pas allumer le feu, il y a des moments il faut pas allumer le feu".  
            Si Charlotte de Turckheim condamne bien évidemment les attentats contre le journal Charlie Hebdo, elle comprend toutefois que certaines paroles ou même des dessins puissent choquer : "Je trouve que cette société quand même occidentale, de consommation, qui impose aussi mondialement ses clips super à poil… Je comprends qu’on puisse se sentir quand même un peu agressé. Et c’est un moment qui est difficile parce qu’il faut être délicat les uns vis-à-vis des autres".  

            Sur le site Atlantico.fr (via Yahoo) du 6 mai 2015 : "Enquête sur les attentats Charlie Hebdo : la manipulation du siècle" par Serge Federbusch :
            "Ce mercredi sort "La marche des lemmings", le livre choc de Serge Federbusch qui explique comment le pouvoir socialiste a manipulé l’opinion au moment des attentats de janvier pour escamoter ses faillites et sa responsabilité. Et comment la manifestation monstre du 11 janvier résulte elle aussi d’un conditionnement pour dévier l’émotion populaire vers le "pas d’amalgame" en niant l’évidence des progrès du fondamentalisme musulman en France …"
            Voilà encore une autre interprétation à analyser.

            Toutefois, ce titre franglais semble être intéressant. Mais pourquoi ne parle-t-il pas littéralement de "La marche des moutons de Panurge" ? (Cette expression trouve son origine dans l'œuvre de Rabelais. En effet, l'un des personnages, Panurge, veut se venger du propriétaire d'un troupeau de moutons. Pour ce faire, il lui en achète un et le jette à l'eau. Tous les autres moutons en firent autant sans se poser de questions et se noyèrent. Actuellement, "agir comme un mouton de Panurge" signifie "suivre bêtement".)

            Après le choc ressenti, la manifestation est un bel élan de solidarité contre l'attaque des terroristes, rien à dire. Mais le slogan est mal choisi. Au lieu de clamer : "A bas la terreur ! À bas la haine !" les organisations ont préféré le cri : "Je suis Charlie", tout en sachant les caractéristiques de cet hebdo de quelques milliers de lecteurs.

            Laquelle des organisations (le Front national exclu) qui a choisi ces 3 mots fatidiques ? Les manifestants se sont-ils rendu compte qu'en les acceptant ils sont complices de Charlie, qui se déclare être intolérant, irrespectueux, irresponsable ?  Cette riposte est ressentie du côté adverse une comme une autre provocation !

            Les dirigeants des pays invités à cette manifestation ont-ils manqué de bon sens ? Sauf Barack Obama qui a trouvé un prétexte pour ne pas assister à cette galerie.
            Dans une vidéo vue à la TV relatant cette manifestation, un journaliste a tendu un micro à Jean d'Ormesson "Etes-vous Charlie ?" - "Je suis Charlie et je suis aussi musulman ...", répondit l'académicien.
            Après la manifestation, certains proclament qu'ils ne sont pas Charlie ! 
            
            Le JDDfr du mercredi 06 mai 2015 étala un gros titre : Le "courage exceptionnel" de Charlie Hebdo récompensé à New York par Emilie Cabot (avec AFP) :         

            "Deux journalistes de Charlie Hebdo ont reçu mardi soir à New York le prix de la société littéraire américaine PEN, qui a vocation à défendre les écrivains à travers le monde. Six écrivains avaient boycotté la soirée, voyant en Charlie Hebdo un journal islamophobe et intolérant.
            La cérémonie était sous haute sécurité. Quatre mois après l'attentat à Charlie Hebdo qui a décimé sa rédaction, l'hebdomadaire a été récompensé mardi soir à New York par un prix célébrant la liberté d'expression. Gérard Biard, rédacteur en chef, et Jean-Baptiste Thoret, critique de cinéma, ont reçu le prix de la société littéraire américaine PEN, qui a vocation à défendre les écrivains à travers le monde.
            Dans son discours, Gérard Biard, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, s'est dit "très fier", de la récompense du PEN, à un "petit journal satirique, qui jusqu'au 7 janvier était inconnu dans la plus grande partie du monde", et luttait pour sa survie. "En une demi-heure de violence sanglante, nous sommes devenus un symbole international. L'incarnation de la liberté d'expression et de conscience. Nous sommes devenus des héros (...). Mais nous ne pouvons pas être les seuls à symboliser des valeurs qui appartiennent à tous" a-t-il déclaré, estimant que "tous les citoyens du monde devaient les défendre pour lutter contre l'obscurantisme politique et religieux" ...
            "Nous sommes obligés d'être là, c'est une question de courage"

            Pourquoi les gens aiment-ils provoquer, sous prétexte de liberté d'expression et de conscience, de défense pour lutter contre "l'obscurantisme politique et religieux" ?  Les religions sont ainsi prises en otage et deviennent des boucs émissaires.

            En psychologie, la provocation est une forme d'auto-défense contre une agressivité tournée vers le monde extérieur, un déplacement parmi les mécanismes de défense selon Sigmund Freud. La cause déclenchante, c'est une lutte intérieure contre l'angoisse de la peur et de la haine (de soi).

            Ce qu'on appelle ci-dessus "courage" est synonyme d'entêtement, ou d'ignorance. Le vrai courage c'est la capacité de se maîtriser, de s'adapter aux nouvelles situations, pour construire une attitude adéquate à l'égard d'autrui et vis-à-vis du monde environnant.
            C'est l'art et la manière de vivre ! 

            Il n'y a pas, selon l'avis du lecteur, de choc de civilisation, mais le plus souvent de choc des comportements humains. (En outre, dans le processus du progrès de l'être, c'est le niveau de culture acquis individuellement qui déforme souvent l'esprit des religions).
            Les conflits entre nations viennent de leur manière de coopérer.
            Les dissensions politiques dans un pays viennent de la manière de gouverner.
            Les problèmes parents-enfants viennent de la manière d'éduquer.
            Les déboires sentimentaux viennent de la manière d'aimer.
            La santé mentale d'une personne tient de sa manière de "se connaître"
            La santé physique d'une personne dépend de sa manière de concevoir la Vie.

            Au début d'avril, un neveu du Viêt Nam a envoyé au lecteur un courriel avec cet article datant du 25 Sept. 2012 :

           The Onion  NEWS - Foreign Policy  

            JACKSONVILLE, Floride 25 sept 2012 -


Bush de retour aux USA.

            Vêtu d'une robe d'apparence sale et portant une longue barbe grise vaporeux, l'ancien président George W. Bush est retourné aux États-Unis ce matin après avoir passé quatre ans dans un voyage spirituel dans l'Himalaya.

            Le 43è président des USA, qui n'a pas été vu depuis qu'il quitta son ranch de  Crawford, Texas, est apparu sur la rive à Jacksonville, Floride, émergea de ce qui semblait être un bateau en bois brut rudimetaire. Il présenta un visage joyeux, calme, en abordant une foule de curieux qui le regardait avec étonnement. 

            "Près de quatre ans se sont écoulés depuis que je me suis embarqué dans ma recherche de réponses aux mystères de la vie, et maintenant le temps me renvoie ici, dans mon pays natal", a déclaré l'ancien président débraillé au sourire serein. Debout à côté de lui était un jeune moine nommé Dawa qu'il a rencontré au cours de ses deux ans d'étude dans un monastère tibétain, et un chamois qu' il aurait adopté comme un compagnon spirituel.

            "Je reviens chez moi, éclairée par la sagesse de 10.000 vies, afin que je puisse guider tous les désoeuvrés sur le chemin souvent isolé de la générosité, de la vérité et de la justice."

             "Je ne suis qu'une feuille qui tombe doucement, soutenue par des vents de montagne", l'ancien gouverneur du Texas (66 ans) a continué : "Pour voir la voie à suivre est d'être connecté à votre propre réalité et de ne faire qu'un avec votre conscience complète et pure, détachée et sans faute."

             De son propre aveu, Bush a parcouru la campagne tibétaine pendant plusieurs mois avant de décider de consacrer sa vie à l'étude et à l'enseignement de la méditation transcendantale. Puis il a passé un an plus tard, dans la solitude au cours de laquelle il escalada les sommets de l'Himalaya,  n'étant "guidé que par le murmure du vent fort et dure, la neige impitoyable". Il a subi trois engelures d'orteils lors de ses voyages, avant de maîtriser la capacité de soulever et d'abaisser la température de son corps à volonté.


Bush au Tibet.

            Tout au long de la conférence de presse improvisée, l'ancien président a refusé de répondre au nom de George Bush, rappelant à plusieurs reprises les spectateurs qu'il préférait désormais être appelé Gomtesh, un surnom qui lui aurait attribué par les membres du monastère après avoir "passé à l'autre domaine de l'être".

            "Ma présidence, ma femme, mes filles, et mon nom, sont tous les éléments d'un niveau d'existence que mon âme actuellement réalisé ignore, a déclaré Bush, décrivant les vœux de renoncement qu' il a pris à l'entrée du monastère, qui l'obligeait à se détacher de tous les vestiges de son ancienne vie. "Maintenant, Gomtesh, je suis un être authentique, délivré des péchés de mon existence passée et voué à une vie au-delà du monde matériel."

            Puis Bush ferma les yeux et prit une profonde inspiration, comme pour inviter les gens qui l'entouraient à rester calme dans l'"expérience de l'immensité de l'univers."  

            Bien que l'ancien président est resté relativement évasif en commentant ses huit années de mandat et de discuter de son héritage politique, ou lorsqu'on l'interrogeait sur les milliers de victimes de la guerre en Irak, il a rappelé à ceux qui se sont réunis que "mourir n'était pas la fin du voyage de la vie, mais simplement un nouvel état de l'existence".                         

            "Nous sommes tous des êtres continuellement en attente d'accepter la vraie nature de la mort, qui, à bien des égards, est simplement un nouveau départ pour l'âme humaine", a déclaré Bush. "Et, vous savez, juste pour préciser, nous savons que ces soldats ne sont pas morts en vain parce que ce serait dire que l'invasion de l'Irak était la mauvaise décision, et je ne crois pas que ce soit."

            Il a poursuivi : "Lorsque vous êtes le commandant d'une superpuissance, vous êtes confronté parfois à des décisions difficiles. Maintenant n'importe qui peut facilement critiquer des actions passées, mais le sol de notre pays a été attaqué, personne d'autre ne peut le faire. Je vais le faire à nouveau si je devais ".

            Bush après une pause. "Eh bien, les gens, il semble que mon voyage n'est pas encore terminée."
            L'ancien président et ses compagnons remontèrent ensuite dans leur navire et rejoignèrent la mer ...

             Explication :

             Flairant un canular, le lecteur a fouillé en vain sur Google dans diverses biographies de George Bush sans trouver cet évènement important dans la vie du 43è Président des USA.

            Enfin, en tapant "george bush, gomtesh" sur la case de recherche, il a découvert la mystification. Aucun journal dans le monde, autre que le Viêt Nam, n'a propagé ce vieil article. Les médias de ce pays d'Asie l'ont utilisé probablement comme un "poisson d'avril".

            En effet, “The Onion” peut être comparé grossièrement, avec “Le Canard Enchaîné” ou “Charlie Hebdo” (attaqué en janvier). Son but est de plaisanter, greffant la fiction avec l'histoire vraie pour divertir ses lecteurs, leur donner des leçons, en les provoquant pour attirer leurs critiques, mais en gardant une certaine éthique.                                                                                                                              

          (Essai d'interprétation psychologique de la personnalité du copilote Andreas Lubitz )

           Le quotidien vaudois "24 Heures" du samedi 28 mars 2015 étala à la première page : "Suicide ou folie meurtrière ? Le cas Lubitz divise les pys", avec ce sous-titre :
"Le copilote de Germanwings avait caché sa maladie à son employeur et à ses proches"

            Le copilote de l'A320 de Germanwings, soupçonné d'avoir délibérément entraîné avec lui dans la mort 149 passagers et membres d'équipage, n'aurait pas dû travailler le jour du crash, étant bien malade (Christophe Bourdoiseau. Berlin). Des documents médicaux ainsi qu'un arrêt de travail déchirés ont été retrouvés lors des perquisitions menées jeudi aux deux domiciles d'Andreas Lubitz. "Selon une première analyse des éléments saisis, le défunt suivait un traitement. Il avait caché sa maladie à son employeur et à son entourage proche", a assuré hier après-midi le procureur de Düsseldorf. Tandis que le Parquet se refusa à révéler le nom de cette "maladie", le magazine Spigel affirmait que les enquêteurs avaient trouvé des preuves attestant un problème "psychique". Andreas Lubitz était patient à la Clinique universitaire de Düsseldorf. La porte-parole a confirmé les deux dernières visites en février et le 10 mars. Mais elle a démenti un traitement pour dépression. De son côté, la Direction générale de l'avion civile (Luftfarht-Bundesant), chargé de la sécurité aérienne en Allemagne, a confirmé que le dossier du copilote comportait la mention "SIC" qui indique qu'Andreas Lubitz devait se soumettre à des contrôles médicaux réguliers. L'enquête se concentre par ailleurs sur une autre zone d'ombre : la formation du copilote interrompue pendant une période de six mois. Le patron de Lufthansa a refusé de dire pourquoi il l'avait suspendue il y avait six ans. "Il était apte à 100%" a déclaré Carsten Spohr. Mais l'aptitude du copilote est déjà mise en cause par les médias allemands. Selon le journal Bild, Andreas Lubitz avait été déclaré "provisoirement" inapte au vol, à plusieurs reprises, au centre de la formation de la Lufthansa aux Etats-Unis à Phenix dans l'Arizona.

            Le 27.03.2015, la Tribune de Genève mena aussi l'enquête sur le copilote avec ce titre : «Je pense qu’il couvait quelque chose depuis des années» (Par Bernard Bridel)
            Au vu des derniers éléments rendus publics vendredi, le professeur Philippe Jaffé évoque le profil psychologique du copilote de la Germanwings. Le spécialiste en psychologie légale et en psychothérapie, tente de donner quelques clés pour comprendre le geste du copilote Andreas Lubitz.
            Lorsqu’on est dans un état suicidaire, il n’est pas certain que la présence de 150 personnes derrière vous puisse changer quelque chose. Le suicidaire est dans une espère de tunnel, en absence émotionnelle, ce qui fait que même si sa copine lui téléphonait, il n’est pas sûr qu’il changerait d’attitude. Cela dit, c’est possible que Lubitz ait été conscient de ce qui allait arriver à ses passagers, il y a tout un spectre de possibilités.
            L’enfermement suicidaire, c’est cette vision « tunnel » dans laquelle vous n’avez qu’un seul objectif. L’individu est d’ailleurs assez calme, pas résigné, mais en attente. Presque soulagé d’avoir pris sa décision.
            On a appris vendredi que ce dernier avait été soigné pour une dépression en 2009 et qu’il devait être en arrêt maladie le jour du crash. Ce qui a pu pousser Lubitz à passer à l’acte, en l’occurrence, pourrait être un moment de vulnérabilité accrue en raison de son arrêt maladie, qu’il se refusait à accepter. Il y a un élément déclencheur, mais on ne sait pas encore lequel.
            Il peut cacher son état à son employeur, à son entourage, a fortiori quand il est pilote.  
D’ailleurs les pilotes sont des gens qui, par leur métier, cachent bien leurs émotions.
            Ce n'est pas un comportement meurtrier (amok), mais qu’il avait quelque chose qui couvait depuis des années, qu’il avait un dysfonctionnement psychologique assez important, avec des affleurements qui l’ont poussé à reconsulter récemment. Ce qui est surprenant, c’est que ses proches disaient de lui qu’il était un jeune homme parfait. Au point que l’on peut presque dire qu’il avait une double vie.

            De même, samedi dans le quotidien allemand Bild, son ancienne petite amie témoignait en évoquant un jeune homme "gentil et ouvert" qui avait "un problème".
            Maria W., une hôtesse de l'air de 26 ans présentée par Bild comme une ancienne petite amie d'Andreas Lubitz, indique que lorsqu'elle a entendu parler du crash, une phrase du copilote lui est revenue en mémoire : "Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s'en souviendra". Selon Bild, la jeune femme, qui se dit "très choquée", a volé cinq mois l'an passé avec Andreas Lubitz sur des vols européens, mais leur relation, qui semble avoir duré le temps de leur travail en commun, n'a jamais été officielle.
            "Si Andreas Lubitz a fait ça, c'est parce qu'il a compris qu'à cause de ses problèmes de santé, son grand rêve d'un emploi à la Lufthansa, comme capitaine et comme pilote de long courrier était pratiquement impossible", affirme la jeune femme. Elle explique s'être séparée d'Andreas Lubitz "parce qu'il devenait de plus en plus clair qu'il avait un problème. Pendant les discussions, il craquait et me criait dessus (...) La nuit, il se réveillait et criait "Nous tombons", en proie à des cauchemars. "Nous avons toujours beaucoup parlé du travail, et là, il devenait quelqu'un d'autre, il s'énervait à propos des conditions de travail. Pas assez d'argent, peur pour le contrat (de travail), trop de pression", affirme-t-elle. "Il était capable de cacher aux autres ce qui se passait vraiment en lui", estime-t-elle, expliquant qu'il "ne parlait pas beaucoup de sa maladie, seulement qu'il suivait un traitement psychiatrique à cause de cela".

            Le Figaro du 27/03/2015 au sujet du Crash de l'A320 : Andreas Lubitz aurait souffert d'une grave dépression (Par Roland Gauron).
            En 2009, le jeune homme aurait interrompu sa formation de pilote car il souffrait de "dépressions et de crises d'angoisse", selon le journal allemand Bild. Il aurait été depuis sous traitement "médical et régulier".

             Les motivations d'Andreas Lubitz restent un mystère. Mais la thèse folle du suicide du copilote de l'Airbus A320 de Germanwings se renforce un peu plus. Selon le tabloïd allemand Bild, le jeune homme âgé de 27 ans aurait souffert d'une "épisode dépressif lourd" en 2009. (Photo à gauche, de la même année, avec son air anxieux). Il aurait alors fait l'objet d'un suivi psychiatrique sur une durée totale de dix-huit mois. Depuis, le jeune homme aurait été sous traitement "médical particulier et régulier". Le journal a pu consulter des documents de l'autorité allemande de supervision du transport aérien, la Luftfahrtbundesamt. Ces éléments lui avaient été transmis par Lufthansa, la maison mère de Germanwings. Un psychologue doit consulter ce vendredi les documents de la Luftfahrtbundesamt, avant de les transmettre aux enquêteurs français. Ces derniers estiment que le copilote a délibérément provoqué le crash de l'Airbus A320.

           Selon des Informations de M6 du samedi 28 mars 2015, l'arrêt de travail "pour dépression" irait du 16 au 29 mars. Des antidépresseurs auraient même été retrouvés dans un de ses domiciles, ajoute la chaîne qui ne cite pas ses sources. Et d'après le quotidien Süddeutsche Zeitung, qui ne cite pas non plus sa source, les arrêts seraient "apparemment" signés d'un "neurologue et psychiatre".
            Andreas Lubitz comportait de nombreuses zones d'ombre pour son employeur. Au-delà de son arrêt de travail dissimulé, le copilote souffrait d'une dégradation de ses capacités visuelles. Il en avait déjà perdu 30%, et son employeur n'était pas au courant. 
                         

            Essai d'interprétation :

            D'après un psychiatre ou un psychologue clinicien, cette dégradation des capacités visuelles du copilote serait due aux effets secondaires des neuroleptiques.
            Ces médicaments calment et engourdissent en même temps les pouvoirs intellectuels (les mécanismes de défense) entraînant une désinhibition émotive (risque de passage à l'acte).
            Chez le copilote, la dépression n'est pas une maladie mais un symptôme. Elle va et vient selon ses humeurs, le degré d'anxiété, de l'angoisse, et les circonstances du moment.

            En réalité, Andreas Lubitz est un individu au niveau intellectuel au-dessus de la moyenne mais avec un niveau émotif plus ou moins déficient. Ce décalage provient d'un psychique fragile dont le comportement mental oscille entre la névrose et les tendances psychotiques. D'où cette appellation "borderline" (entre les limites). Ambitieux, entêté, susceptique, son ego serait surdimensionné, ne supportant ni critiques, ni défaites.
            Or, "L'atteinte narcissique est mortelle, dit Sigmund Freud".

            Dans le cas d'Andreas Lubitz,
            - l'arrêt de travail qu’il se refusait à accepter (les formulaires déchirés à son domicile),
            - les déclarations provisoirement "inapte au vol" à plusieurs reprises au centre de la formation de la Lufthansa aux Etats-Unis à Phenix dans l'Arizona,
            - la mention "SIC" (obligation de se soumettre à des contrôles médicaux réguliers) dans son dossier à la Direction générale de l'avion civile chargé de la sécurité aérienne en Allemagne,
            Tous ces faits semblent contribuer à saboter son rêve d'être "commandant de bord" sur une grande ligne.
            En outre, s'y ajoute une rupture sentimentale avec sa petite amie.
            C'en est trop ! L'atteinte narcissique, passant à un si haut degré, déclenche par conséquent  une poussée psychotique dans ce cas.

            Le passage à l'acte, que le Parquet a décrété "homicide involontaire", vise d'abord l'appareil A320 ("Je vais tout casser", comme un enfant avec son jouet).
            Dans sa fouge, le copilote ne pensa probablement ni à lui, ni aux autres passagers à bord. Il fut même soulagé par son forfait, comme s'il sagit d'une délivrance !

            Dernières informations

            1.- Le copilote a bel et bien voulu faire s'écraser l'avion. 03.04.2015 (Tribune de Genève) :
            L'analyse de la deuxième boîte noire de l'A320 de la Germanwings, retrouvée jeudi 2 avril par les gendarmes, révèle qu'Andreas Lubitz a utilisé le pilote automatique pour engager l'avion en descente ; elle confirme l'action volontaire du copilote et appuie la thèse selon laquelle il a précipité l'appareil à sa perte, selon les derniers éléments de l'enquête.
            2.- Andreas Lubitz s'est "informé sur les manières de se suicider" (le JDD.fr jeudi 02 avril 2015) : Sur une tablette saisie lors d'une perquisition dans l'un de ses domiciles, les enquêteurs ont pu accéder aux recherches qu'Andreas Lubitz avait effectuées sur Internet jusqu'au 23 mars : elles montrent qu'il s'est "informé sur les manières de se suicider", ainsi que sur "les portes de cockpit et leurs mesures de sécurité", a indiqué jeudi le parquet de Düsseldorf, en charge de la partie allemande de l'enquête. " (AFP).


            "Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de vivre mal, en croyant Dieu" (Pascal "Pensées" *495). 
             "Toute destinée, si longue et si compliquée soit elle, compte en réalité un seul moment, celui où l'homme sait une fois pour toute qui il est." Jorge Luis Borges  "Extrait de Suere".
            "L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation."  (Averroès).

            Hérésie provient du grec haíresis : choix, préférence pour une idée ou pensée.
            Dans l'Antiquité, le mot hérésie désignait simplement une école de pensée, comme le "Jardin d’Épicure" une école philosophique ouverte aux hommes et aux femmes, créée par Épicure en 306 avant Jésus-Christ et installée à Athènes.
            Au fil des conciles qui définirent progressivement les dogmes chrétiens durant le premier millénaire de notre ère, la notion d' hérésie désigne toutes doctrines, opinions qui diffèrent des croyances établies, condamnée par l'Église catholique comme contraires aux dogmes. L'hérésie devient alors une doctrine qui nie la divinité de Christ ou son pouvoir à accorder le salut. 

             Dans ce contexte d'idées, les croyances orientales sur un Dieu immanent, non créateur, sont jugées hérétiques par les Occidentaux. Par conséquent, certains philosophes occidentaux considèrent comme des athées les Orientaux qui pratiquent le Taoïsme ou le Bouddhisme et qu'il n'existe pas de vraies religions au Sud Est asiatique.

            Lao tseu (604 - 531 av. J.-C.) un sage chinois selon la tradition, contemporain de Confucius (551 - 479 av. J.-C.), n’a pas crée de philosophie ni de religion. Pour le fondateur du Taoïsme l'équivalent du mot "Dieu" en Occident est le "Tao", le chemin, la voie, et il a juste déclaré que le Tao qui peut être dit n’est pas le vrai Tao.

            D'après sa biographie légendaire, Lao Tseu vécut dans la province actuelle du Honan où il occupait la charge d'archiviste à la Cour impériale. Lorsque la situation politique s'aggrava, Lao Tseu dut se retirer. Lorsqu'il fut parvenu à la frontière, à la passe de Han Kou, monté sur un bœuf noir, le garde-frontière Yin Hi lui aurait demandé quelque chose d'écrit. Sur ce, il aurait couché par écrit le "Tao Te King", qui comporte 5000 caractères chinois et le lui aurait laissé.
            Le "Tao Te King" - habituellement traduit par "Livre de la voie et de la vertu" - ne se raconte pas, ne s'explique pas, ne se disserte pas, chacun y puisera à volonté tout ce dont il a besoin, chacun l'interprétera selon son état d'esprit du moment.
            Il s’est crée ensuite une longue tradition de maîtres Taoïstes, les deux plus connus sont Lie-Tseu et Tchouang Tseu (Chuang Tzu).

           Siddhārtha Gautama (623-543 av. J.-C. selon la tradition theravada ; 563-483 av. J.-C. selon la majorité des spécialistes du début du XXe siècle, beaucoup au début du XXIe siècle envisageant la mort du Bouddha entre 420 et 380 av. J.-C.) est plus connu sous le nom de Bouddha qui signifie en sanskrit buddha, "éveillé".  
            Bouddha a proclamé qu'il n'était ni un dieu, ni le messager d'un dieu et que l'éveil n'était pas le résultat d'un processus ou d'un agent surnaturel, mais plutôt le résultat d'une reconnaissance de la "nature bouddha" existant dans chaque être humain.
            Ce qui empêche la redécouverte, c'est l'ignorance du principe de "non ego" (anatta). Le "moi" existant et construit n'est pas le vrai Moi.

            Cettte méconnaissance du moi a aussi inquiété les sages de la Grèce antique surtout le philosophe Socrate (né vers 470/469, mort en 399 avant J.-C.)
            La phrase "Connais-toi toi-même" n’est pas exactement de lui, c’est une devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend à son compte.
            La sagesse consiste en la connaissance de soi-même.
            Chacun, dit Socrate, dispose du savoir en lui-même, il suffit de se les rappeler. La connaissance est immanente à l’homme, et non extérieure. La sagesse consiste à apprendre à le découvrir.
            Cette connaissance de soi-même ne peut se faire que grâce à un dialogue entre l’âme et elle-même, ou bien entre un élève et son maître. Socrate se présente ainsi souvent, dans son rôle de questionneur, comme un accoucheur d’âme. Socrate questionne parce qu’il ne sait rien, sait qu’il ne sait rien, il n’a rien à apprendre, mais il peut aider ses disciples à découvrir les vérités qu’ils ont en eux.

            Ce procédé semble analogue aux "dialogues zen" conduisant à l'éveil bouddhique de l'école Chan en Chine, devenue au Japon l’école Zen, connue en Occident
            L'éveil est exprimé dans une stance célèbre attribuée à Bodhidharma :
            "Le zen va droit au cœur.
            Vois ta véritable nature
            et deviens Bouddha."

            Comme Bouddha, Socrate ne se soucie pas de l'existence d'un Dieu créateur.
            "Connais-toi toi même et tu connaitras les dieux et l'univers", telle est la citation complète que propose Socrate à ses étudiants. Il demande de réfléchir en soi au sens de la vie d'abord et la réponse à la question d'un principe infiniment supérieur viendra après.
            Bien entendu, cela débouche ensuite sur une aspiration métaphysique, produisant des inspirations diverses chez Aristote, Eckhart, Spinoza, Pascal, Descartes etc.

            Aristote (384 - 322 av. J.-C.), est un philosophe grec de l'Antiquité. Chez Aristote, dieu ou le premier moteur est absolument transcendant, de sorte qu'il est difficile de le décrire autrement que de façon négative, c'est-à-dire par rapport à ce que les hommes n'ont pas. Il le définit comme la pensée de la pensée, c'est-à-dire comme un Être qui pense sa propre pensée, l'intelligence et l'acte d'intelligence étant une seule et même chose en dieu : "L'Intelligence suprême se pense donc elle-même… et sa Pensée est pensée de pensée".  Il est en ce sens une forme ou un acte sans matière qui lance l'ensemble des mouvements et qui, par la suite, actualise l'ensemble de ce qui est.

            Presque 16 siècles après, Averroès joue un grand rôle dans la redécouverte d'Aristote par l'Occident.
            Philosophe, théologien rationaliste islamique, juriste, mathématicien et médecin musulman andalou de langue arabe né en 1126 à Cordoue, en Andalousie, et mort en 1198 à Marrakech, au Maroc. Son vrai nom est Ibn Rochd mais il est plus connu en Occident sous son nom latinisé d'Averroès.
            Son œuvre est reconnue en Europe occidentale, dont il est "un des pères spirituels" pour ses commentaires d'Aristote. Certains vont jusqu'à le décrire comme l'un des pères fondateurs de la pensée laïque en Europe de l'Ouest.

            Averroès rejette l'idée de la création du monde dans le temps ; le monde, affirme-t-il, n'a pas de commencement. A la manière d'Aristote, il conçoit Dieu comme le "premier moteur", la force autonome qui stimule tout mouvement, transformant le potentiel en actuel. L'âme humaine singulière émane de l'âme universelle unifiée.
            Selon Averroès, Aristote prétend que rien ne vient du néant et que ni la forme ni la matière ne sont créées. Le mouvement serait éternel et continu : c'est la doctrine de l'éternité de la matière. Il fut aussi taoïste sans le savoir.
            Son ouverture d'esprit et sa modernité déplaisaient aux autorités musulmanes de l'époque, qui l'exilèrent comme hérétique, et ordonnèrent que ses livres soient brûlés.
            Averroès était admiré par les Juifs d'Espagne qui ont répandu sa philosophie en Europe, en particulier en Italie et en France après qu'ils aient été obligés de quitter l'Espagne. La Renaissance fut arable avant que d'être européenne.

            Au XIII siècle, juste au milieu du Moyen âge, un autre "hérétique" fut condamné à titre posthume juste après sa mort. Ce fut Eckhart von Hochheim, dit Maître Eckhart (1260-1328), spirituel, théologien et philosophe dominicain, le premier des mystiques rhénans. Il étudia la théologie à Erfurt, puis Cologne et Paris.
            La voie qu'il choisit est exprimée dans un extrait de l’unique poème sans doute qu’il ait écrit, Granum Sinapis (Grain de Sénevé) :

          "Ce point est la montagne
            qu'il faut gravir sans agir.
            Comprenne qui le peut !
            Ainsi la voie te conduit-elle
            à l'admirable Désert
            qui se déploie sans limite

            au large comme au loin,
            hors de l'espace et du temps.
            Il se génère en Lui-même
            dans la perfection de Son seul Être."


           Ainsi, un des points principaux d'accusation de la bulle de condamnation concerne le dogme de la création. Selon Eckhart, le monde existe de toute éternité. Transcendant au monde, Dieu lui aussi est immanent. Comme Lao Tseu, il dit que "Dieu est sans nom, car personne ne peut dire ou comprendre rien de lui, Il est inexprimable … Il n'agit pas ".  "… si tu veux parler, il lui faudra garder le silence". Dieu est sans qualifications : "Dieu n'est ni bon, ni sage, ni meilleur, ni le meilleur" (Sermons).

            Eckhart distingue ainsi la déité, l'essence divine (gotheit) et le dieu nommé (got). Le dieu divin est donc l'être, l'être en soi, la plénitude de l'être, affirme à cent reprises Maître Eckhart. 
            Le Dieu nommé ("Dieu devient Dieu lorsque les créatures disent Dieu") c'est le dieu temporel, existant en dehors. "Tout ce qui n'est pas dans l'être, mais à côté ou en dehors de l'être n'est pas"(Sermon IV, I). Comme conséquence logique de cette affirmation, ce dieu et ses créatures - y compris le diable - sont "pur néant".

            Ce point de vue le rapproche celui de Bouddha selon lequel "le Moi" n'existe pas, n'étant qu'une création. Ce n'est pas le vrai Moi.
            Le créé comporte l'ensemble de nos sensations physiques, nos émotions vécues, notre esprit rempli de connaissances acquises, d'opinions, de jugements et de phantasmes divers (le karma bouddhique).
            "Tiens-le-toi pour dit : être vide de tout le créé, cela veut dire être plein de Dieu, et être rempli du créé, cela veut dire être vide de Dieu." (Maître Eckhart), le vide de Lao Tseu.
            "… Aussi longtemps, il est vrai, que tu refuses à renoncer complètement à ton moi et à le noyer dans cet océan sans fond de la Déité, tu ne peux connaître cette mort divine." (Maître Eckhart).  
            Donc, l'individu doit se construire lui-même en s'affranchissant de Dieu même. "Lorsque je sortis de Dieu, toute les choses dirent Dieu est".
            Par conséquent, "Nous prions Dieu d’être libérés de Dieu".
            Car "celui qui est libéré de toute altérité et de toute créature, en cet homme Dieu n'a aucunement besoin d'entrer, car il est déjà en lui par son essence (Sermon 10).
            Et cette citation énigmatique :
            "Christ serait-il né mille fois à Bethléem, 
            S’il n’est pas né en toi, c’est ta perte à jamais." (Maître Eckhart).

            Le mysticisme rhénan rejoint ainsi le mysticisme oriental. Car en Orient, les peuples ont aussi l'habitude de déifier les sages par des légendes. Lao tseu et Bouddha sont devenus des dieux vénérés dans les temples et les pagodes. En outre, ils ont aussi leur paradi et leur enfer.

            Condamné en 1329 par le pape Jean XXII, Maître Eckhart réfuta les accusations portées contre lui et mourut dans l’isolement le plus complet, au point que l’on ignore le lieu et la date précise de son décès. Comme Lao tseu, il disparaît tout simplement.
           En 1992 ans, ce fut au cardinal Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, que Maître Eckhart a obtenu sa réhabilitation, discrète mais officielle.

            Au XVe siècle, se dresse la grande figure du Cardinal Nicolas de Cues (1401-1464) qui éclaire la fin du Moyen-âge. Le vrai nom du philosophe et savant est Nicolaus Krebs.

            Fils d'un batelier mosellan, étudiant à Denvers, puis à l'Université de Cologne, il est plus tard un des théologiens très écoutés du concile de Bâle.
            Il fut évêque, puis cardinal et ami du pape Pie II. Il a écrit une cosmologie dont l'impact, quoique tardif, sera d'une grande importance, puisque Descartes le cite deux siècles plus tard comme un des précurseurs de la pensée scientifique moderne par son originalité.
            Il lit le grec, l'hébreu, l'arabe, possède toute la science philosophique et théologique de son temps, l'histoire naturelle et les mathématiques.
            Il écrit de nombreux traités en latin pour exposer sa philosophie et sa mystique, et s'intéressait tout spécialement à Eckhart. Ce fut en grande partie au soin qu'il a pris à recueillir les écrits du Maître, plus spécialement ses œuvres latines, que les érudits on pu entreprendre de nos jours leur difficile éditions critiques.

            La formule de la philosophie cusaine, la coincidenta oppositorum, dérive directement de la coïncidence des attributs en Dieu chez Maître Eckhart. Nicolas de Cues la développe dans les plus célèbres de ses ouvrages : De la docte ignorance (1440) et Apologie de la docte ignorance (1449).
           "… Dieu est l’infini. Or, entre l’infinité de Dieu et la finitude de l’homme, il ne saurait y avoir de proportion. L’homme peut bien s’avancer indéfiniment par étapes successives de connaissances vers la vérité, ces étapes seront en elles-mêmes toujours finies et la vérité est l’être à son niveau infini. De sorte que la vérité échappera toujours nécessairement à l’effort humain de la comprendre.
           "… Toute science humaine est conjecturale et s'accompagne de non savoir. La démarche de l''esprit humain à la recherche de la connaissance n'est justifiée que si, conscient de ses limites, il reconnaît l'infinie grandeur divine. L'essence des choses demeure donc inconnue, mais l'intuition, où amour et connaissance ne font qu'un, dépasse toute les contradictions qui se résolvent en Dieu …"

            On retrouve chez Nicolas de Cues, pour désigner Dieu, les expressions familières à Maître Eckhart "désert" et "silence", "abîme insondable", "néant" …
            Accusé par le recteur de Heidelberg, Jean Wenck, de soutenir les thèses condamnées d'Eckhart, Nicolas de Cues ne chercha pas à séparer sa cause de celle du suspect. Il a lu les accusations de Cologne et la défense d'Eckhart. Il loua le génie et le zèle du Maître, convaincu que sa pensée n'a pas été comprise.

            L'influence de la pensée d'Eckhart est cependant considérable par la vigueur de sa pensée et la profondeur du cheminement spirituel qu’il propose.
            La liste de ceux qui en ont subi plus ou moins est longue. De sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix, jusqu'aux philosophes Cues, Böhme, Angelus Silesius,  Kant, Goethe, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Nietzche, Bergson, René Guénon, Wittgenstein, Heidegger, …
            Le psychologue suisse Carl Gustave Jung y a trouvé son inspiration.
            Michel Serres, Philippe Sollers, Michel Henry, … 
            Revenons au Moi et à sa méconnaissance, ou à ce "Nuage d’Inconnaissance" avec ce début de poème de Saint Jean de la Croix : 
                 "Je vis sans vivre en moi
                 et telle est mon attente,
                 que je meure de ne pas mourir …"

            C’est bien le Moi qui ne veut ou ne peut pas mourir.
            Le mystique chrétien du XVIème siècle avait réalisé que "seule, la mort du Moi, c’est-à-dire la reconnaissance de l’illusion du Moi, cette conscience de soi qui permet l’éveil."
            Après l'éveil, le détachement du moi, ou le passage à l'autre bord de la rivière, c'est la renaissance du moi qui permet sa délivrance.
            C'est le mystère de la Résurrection. 

            Source :  - Wikipedia.
            -  "Maître Eckhart" Traités et Sermons (AUBIER, Ed. Montaigne, Paris)
            - "Maître Eckhart et la mystique rhénane" (Edition du Seuil, Paris).

            À lire : /1.-dieu-ne-joue-pas-c3-a0-cache-cache (Dieu ne joue pas à cache-cache) /3.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil (Le Conformisme, le Sacré et l'Eveil)

            Depuis le choc de l'attentat du 7 janvier 2015, le mot laïcité revient à la mode.       

            "Pour moi, la laïcité n'est pas négociable. Le drame de nos sociétés actuelles, c'est qu'on n'est pas assez offensif sur ce principe", a déclaré Jean-Louis Debré lors de l'émission Questions d'infos LCP-France Info-Le Monde-AFP. (Le Figaro du 04/02/2015) ...        

           La laïcité c'est essentiel, parce que c'est la liberté d'opinion [...] de conscience …
Cela ne veut pas dire qu'on ignore les religions [...] Ça veut dire que l'État ne privilégie, n'aide ou n'encourage aucune religion. Dans ce monde de tensions, c'est essentiel ...
           "La laïcité a mis fin, et doit mettre fin, aux guerres de religion", a-t-il souligné. Contre le développement de l'antisémitisme et de l'intolérance, "la laïcité n'est pas une solution, c'est la solution !" a affirmé le président du Conseil constitutionnel.

            En effet, la laïcité est spécifiquement française (étant fille des Lumières et de la Révolution). Le but initial est la séparation de l'Eglise et de l'Etat, une défense de l'Etat contre l'abus de l'Eglise ou des Eglises. Ensuite, la laïcité s'oppose à la reconnaissance d'une religion d'État, donc l'impartialité ou la neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses.

            Comme vertu, valeur ou concept philosophique, l'amalgame risque de brouiller la réalité. Car la plupart des gens d'aujourd'hui confondent encore laïcité et laïcisme, c'est-à-dire une philosophie anti religieuse. 
            Un usage courant et erroné de l'adjectif laïc lui donne, appliqué à un individu, le sens de "non-croyant", "athée" ou "neutre idéologiquement", alors que le mot désigne l'homme commun par opposition à celui qui est entré dans les ordres. Cet usage erroné provoque souvent une confusion sur le principe de laïcité.

             L'enseignement de la laïcité à l'école devient ainsi difficile et délicate, car certains auteurs ont des difficultés à définir de la meilleure façon possible l'athéisme et à le classer, puisqu'il peut à la fois signifier une simple absence de croyances et un rejet réel et conscient des religions.

            Il y a donc différentes formes d'athéisme, conçues selon le niveau de développement intellectuel et spirituel de chaque individu. Entre parenthèse, parler de spiritualité laïque est un non-sens.

            En outre, peut-on opposer "athéisme" et "agnosticisme" ? Le terme "agnosticisme" vient du grec a (privatif) et gnosis ("connaissance"). Selon cette conception philosophique, tout ce qui dépasse le domaine de l’expérience est inconnaissable. Il est donc impossible à l’homme de se prononcer sur l’existence de Dieu. Mais la question de Dieu reste présente.

            Le non-croyant, enfin, désigne une personne qui n'appartient pas à une confession religieuse et n'a pas la foi. Mais non croyant à quoi ?, à quel principe ? et à quelle foi ?

            Au Moyen Âge c'étaient des "hérétiques" condamnés au bûcher, comme Giordano Bruno un ancien frère dominicain et philosophe. Né en janvier 1548 à Nola (Italie) et mort (brûlé vif) le 17 février 1600 à Rome.

             Sur la base des travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cues, il développe la théorie de l'héliocentrisme et montre, de manière philosophique, la pertinence d'un univers infini, qui n'a pas de centre, peuplé d'une quantité innombrable d'astres et de mondes identiques au nôtre. Accusé formellement d'athéisme et d'hérésie par l'Inquisition, en particulier pour ses écrits jugés blasphématoires (notamment sa proclamation que Jésus-Christ n'est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l'âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé (apocatastase), et son intérêt pour la magie, il est condamné à être brûlé vif au terme de huit années de procès ponctuées de nombreuses propositions de rétractation qu'il paraissait d'abord accepter puis qu'il rejetait (Wikipedia).

            Citons d'autres hérétiques célèbres :

            Galilée (en italien : Galileo Galilei), né à Pise le 15 février 1564 et mort à Arcetri, près de Florence, le 8 janvier 1642 (à 77 ans), est un mathématicien, géomètre, physicien et astronome italien du XVIIe siècle. Son tort fut de découvrir que la Terre tourne.

             Le 22 juin 1633, au couvent dominicain de Santa-Maria, la sentence fut rendue.
            "Par sentence, nous déclarons que toi, Galilée, t'es rendu fort suspect d'hérésie, pour avoir tenu cette fausse doctrine du mouvement de la Terre et repos du Soleil. Conséquemment, avec un cœur sincère, il faut que tu abjures et maudisses devant nous ces erreurs et ces hérésies contraires à l’Église. Et afin que ta grande faute ne demeure impunie, nous ordonnons que ce Dialogue soit interdit par édit public, et que tu sois emprisonné dans les prisons du Saint-Office. »
           La condamnation de Galilée est immédiatement commuée par le Pape en résidence surveillée.

             Baruch Spinoza, également connu sous les noms de Bento de Espinosa ou Benedictus de Spinoza, né le 24 novembre 1632 à Amsterdam, mort le 21 février 1677 à La Haye, fut un philosophe hollandais.

            En écrivant "Dieu c'est-à-dire la nature" Spinoza identifie la divinité au tout du monde réel, contrairement à l'anthropomorphisme religieux classique qui fait de Dieu un créateur, distinct du monde, agissant selon un objectif. Le "Dieu" de Spinoza est impersonnel, ni créateur, ni bienveillant, ni malveillant, sans dessein particulier pour l'homme, sans morale (la morale est faite par les hommes pour les hommes). Cette vision de la divinité l'a fait accuser d'athéisme. Les autorités religieuses juives l’excommunièrent par la sentence prononcée le 27 juillet 1656. 

            Goethe (1749-1832) romancier, dramaturge, poète, théoricien de l'art et homme d'État allemand fut aussi influencé dès l'adolescence par Spinoza.

            Selon le commentaire qu’il a donné en 1816 d’un poème écrit vers 1784, il dit que les hommes les meilleurs peuvent de toutes les extrémités de la terre se rassembler ici où chacun d’eux révère Dieu secrètement selon son propre mode. Toutes les religions sont valables pourvu qu’elles reconnaissent le caractère sacré de l’existence.

             Albert Einstein (1879-1955) le célèbre physicien et Jean Piaget (1896-1980) le psychologue suisse, qui se réclamèrent de Spinoza, étaient-ils des athées ou des hérétiques ? Peut-on les accuser d'impiété parce que leur doctrine est à l'opposé de ce qui est communément admis, contraire aux idées émises par une religion existante ?

            Leurs contemporains leur collaient l'étiquette de panthéiste, terme plus clément apparu au début du XVIIIe siècle. Le panthéisme est une philosophie d'après laquelle ce qui existe est identifié à Dieu. Le panthéiste est celui qui voit Dieu manifesté dans toute la nature.

            Le fait d'évoquer la laïcité ramène automatiquement aux problèmes religieux, aux religions diverses, à la question fondamentale et essentielle : l'existence de Dieu, et la place de Dieu et du Diable dans l'être humain.

             Carl Gustav Jung (1875-1961) psychiatre et psychologue suisse, célèbre disciple dissident du non moins célèbre Freud ( Sigmund,  1856-1939 ), fondateur de la psychanalyse.

          Comme pour Goethe, la religion, pour lui, c’est le sacré, dont les phénomènes ont eu leur source dans le psychisme. Or « la  psyché occidentale est vide : on ne met rien dans l’âme, et on a tout Dieu à l’extérieur » dit-il. Il utilisait le concept de Dieu intérieur pour évoquer la relation cachée de Dieu et de l’âme. Comme Goethe, il était croyant, sans être attaché à une confession, parce qu’il refusait la terminologie et le rituel de l’Eglise.

            Enseigner la laïcité devient une tâche ardue, car les enseignants sont démunis de critères et de données indispensables. En outre, ce sujet délicat peut alimenter les dissensions entre parents et enfants, un alibi pour opposer les uns aux autres, quand une morale plus ou moins abusive et dominatrice affronte une prétendue liberté sans limite et manquant d'auto censure.

             François Hollande, l'a-t-il compris en parlant d'"autorité" à la Sorbonne, lors de ses vœux aux enseignants ? (en reprenant le mot qu'a prononcé Najat Vallaud-Belkacem au lendemain de la semaine sanglante). Le Président français a associé "autorité" à la "laïcité", à "politesse". Cela revient à l'enseignement de l'esprit civique ou éducation civique, destinée à donner aux élèves la formation qui les prépare à leur rôle de citoyen (Dictionnaire Larousse).

            Or certains courants politiques voulaient utiliser le mot "laïcité" comme "vertu" ou "valeur  républicaine" pour exclure une religion qu'ils n'acceptent pas. Le concept d'intégration ou de  l'assimilation ne sont que des leurres. Cette arrière-pensée s'avère fort blâmable car il n'y a pas de religion meilleure que d'autres.

            La vraie religion est universelle comme l'indique ce bref dialogue entre Leonardo Boff et le Dalai Lama (Leonardo Boff est l’un des rénovateurs de la Théologie de la Libération au Brésil).
           "Il n’y a pas de religion plus grande que la vérité." (lundi 21 février 2011, par Buddhachannel Fr) :

            "Dans une discussion à propos de la religion et de la liberté dans laquelle le Dalai Lama et moi-même participions, je lui ai demandé, un peu malicieusement, lors d’un temps libre, une question qui me semblait très importante :
           « Sa Sainteté, selon vous, quelle est la meilleure religion ?  »  
            Je pensais qu’il dirait : « Le bouddhisme tibétain » ou « Les religions orientales beaucoup plus vieilles que le christianisme. » Dalai Lama s’est arrêté, m’a souri et, en me regardant droit dans les yeux. Ce qui m’a surpris, parce que je sentais la malice dans ma question. Il me répondit :
            « La meilleure religion est celle qui te rapproche de Dieu. C’est celle qui fait de toi, une meilleure personne. »
            Pour me sortir d’embarras, avec une réponse si remplie de sagesse, j’ai alors demandé
            « Qu’est-ce qui nous rend meilleur ? »
            Il a répondu : « Tout ce qui te remplit de compassion, te rend plus sensible, plus détaché, plus aimable, plus humain, plus responsable, plus respectueux de l’éthique. La religion qui fera tout ça pour toi, c’est la meilleure religion. » 
            J’ai gardé le silence pour un instant. J’étais émerveillé, et je le suis encore aujourd’hui, en pensant à sa réponse pleine de sagesse et si irréfutable :
            « Mon ami, je ne suis pas intéressé dans ta religion ou si tu es religieux ou pas… Pour moi, ce qui est important c’est la façon dont tu agis avec les autres, ta famille, tes collègues de travail, ta communauté, et devant tout le monde. Rappelle-toi que l’univers est l’écho de nos actions et de nos pensées. »
            Finalement, il a dit :
            Prends soin de tes pensées parce qu’elles deviendront des Mots.
            Prends soin de tes mots parce qu’ils deviendront Actions.
            Prends soin de tes actions parce qu’elles deviendront Habitudes.
            Prends soin de tes habitudes parce qu’elles formeront ton Caractère.
            Prends soin de ton caractère parce qu’il formera ton Destin,
            Et ton destin sera ta Vie…
            …et…
            « Il n’y a pas de religion plus grande que la Vérité. »

            Ce dialogue ressemble à une leçon d'instruction civique plus élaborée : Former l'être humain pour la vie, pour vivre son existence sur cette planète, en l'aidant à "se construire" lui-même et non par la grâce d'une entité extérieure.

           Mais quelle est cette Vérité suprême ? C'est Tchuang-Tseu, le disciple de Lao tseu qui nous apporte la réponse : C'est le Principe ultime en Orient.
            L'Orient n'a pas de Dieu conceptuel, mais un principe immanent, l'unité cosmique, "le Tao qu'on ne peut nommer" (Lao-tseu 579-490 avant J.- C.).
            Témoin, ce parabole de Tchouang-tseu (389-319 av. J.-C., disciple de Lao-tseu) :
            Tong Kouo-tseu demanda à Tchouang-tseu (Photo à droite et Lao-tseu en bas à gauche) :

            - Où est ce qu'on appelle le Principe ?
            - Partout, dit Tchouang-tseu.
            - Par exemple ? demanda Tong Kouo-tseu.
            - Dans cette fourmi, dit Tchouang-tseu.
            - Et plus bas ? demanda Tong Kouo-tseu.
            - Dans ce brin d'herbe.
            - Et plus bas ?
            - Dans ce fragment de tuile. 
            - Et plus bas ? 
            - Dans ce fumier, dans ce purin, dit Tchouang-tseu.
           "Ne demandez pas si le Principe est dans ceci ou dans cela. Il est dans tous les êtres. C'est pour cela qu'on lui donne les épithètes de grand, de suprême, d'entier, d'universel, de total. Tous ces termes différents s'appliquent à une seule et même réalité, à l'unité cosmique." 

À lire : "/3.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil (Le Conformisme, le Sacré et l'Eveil)

            Neuf jours après l'attentat, visant la Rédaction de Charlie Hebdo, qui a ôté la vie à 17 personnes, le monde médiatique commence à se calmer.

            Le journal "Libération"du 16.01.2015 remarqua que "Ces dirigeants qui étaient «Charlie» dimanche, qui ne le sont plus aujourd'hui" car plusieurs chefs d'Etat ou de gouvernement qui ont participé dimanche 11 janvier au rassemblement parisien ont changé d'avis. De retour dans leur pays, ils ont critiqué l'hebdomadaire, voire l'ont fait interdire.

           De même, le quotidien "Le Monde" - qui a dramatisé l'évènement en le comparant à un "11 septembre français"- publia ce vendredi 16 janvier 2015 un simple titre : "Cette France qui n'est pas Charlie". Sous ce titre ces quelques lignes : Après les attentats et la marche républicaine du 11 janvier, de nombreux Français ne se reconnaissent pas dans le mouvement "Je suis Charlie" et dans les établissements scolaires, les enseignants sont parfois désemparés face aux réactions hostiles de certains élèves qui refusent l'unanime.

            Probablement, dans la peur, les réactions émotives mènent vite aux contradictions et à la perte du simple bon sens. Cependant, certains adolescents ne sont pas dupes. Comment pourraient-ils s'identifier à ce "Charlie" en étant choqués par ces dessins.

            En outre, ce "slogan" inadapté s'avère dangereux, car il constitue une nouvelle provocation au lieu d'une recherche d'apaisement.  Pourtant, l'équipe survivante de Charlie Hebdo récidiva en le mettant cette fois dans la bouche du Prophète. Provocation encore  renouvelée ! (Figure ci-dessous) :

          Tout en réclamant la défense de la liberté d'expression, la lutte contre l'obscurantisme, le droit à la laïcité, sous le couvert de la démocratie (occidentale), l'appel à l'Union nationale cachait des arrière-pensées : manipulation de la foule, récupération politique, exploitation de l'indignation et de la colère du moment pour faire du fric.

            "Sur le site eBay, un particulier met à prix une planche de Cabu à 19'000 euros, deux jours après sa mort. Un autre propose un bouquin avec dédicace pour 900 euros … Les rapaces s'en sont donné à cœur joie, surtout sur le Net. Acheté d'une dizaine d'euros le 7 janvier, l'adresse "JesuisCharlie2015.com", censée "récolter les dons à destination des familles" a été remise en vente pour la modique somme de 100'000 euros … Encore mieux, dimanche dernier, une boîte privée du Lot, CoActive Team, a tenté de déposer la marque "jesuischarlie" à l'INPI. Institut de la propriété industrielle. Pas moins de 50 autres gros malins ont fait de même. Vive les vautours ! Mais l'INPI se refusa net : "Charlie est désormais "un symbole national, au même titre que le Tour Eiffel", explique-t-on au cabinet de Macron" (tiré de l'encadré "Casibuness" du "Canard Enchaîné" daté du mercredi 14 janvier 2015).

            Le JDD (Journal du dimanche) du 17 janv. 2015 publia deux titres : 
            1.- "Charlie Hebdo vise les 7 millions d'exemplaires".  Après l'attentat, Charlie Hebdo et sa nouvelle couverture avec le dessin de Mahomet tenant un panneau «Je suis Charlie» va être réimprimé pour atteindre 7 millions d'exemplaires d'ici vendredi. Et aussi :
            2.- "Toute la presse profite d'un effet Charlie Hebdo". Jeudi 8 janvier, au lendemain de l'attaque contre Charlie Hebdo qui a fait 12 morts, la presse quotidienne nationale a vu ses ventes globales en kiosques bondir de 600.000 exemplaires pour un jour normal à 1 million, selon le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN). Libération a quintuplé ses ventes ce jour-là, tandis que Les Échos et Le Figaro ont vendu deux fois plus que d'habitude.

            De son côté, les éditeurs de la presse quotidienne nationale ont eux observé une progression de 40 à 50% de leurs ventes le week-end dernier.

            Dans ce contexte, proposer un "Patriot Acte à la française", déclarer la guerre aux terroristes islamiques, ne font qu'envenimer la situation. Les Français aimeraient-ils vivre constamment dans la peur et l'insécurité ? 
            "Fais-moi peur !" ou "Fais-moi mal !"...  En plus du sensationnel, grand nombre des humains ont-ils besoin du négatif et jouer des Cassandres pour "exister" vraiment ?

            L'écrivain DURRENMATT a montré dans un roman satirique "Grecque cherche Grec" que l'être humain vit plus authentiquement dans le malheur que dans le bonheur ! Cela veut-il dire qu'il est plus à l'aise, qu'il se plaît dans le malheur que dans un bonheur (qu'il n'atteint pas encore !).

            "Un site internet ne diffuse que des bonnes nouvelles... et perd ses lecteurs" (JDD - Journal Du Dimanche le 08/12/2014) :

            "C’est un reproche régulièrement adressé à la presse : ils ne relaient que des mauvaises nouvelles. Qu’à cela ne tienne, le site russe City Reporter a arrêté pendant un jour le traitement des informations déprimantes, rapporte la BBC dans une information repérée par Francetv info. Résultat : deux tiers de ses lecteurs ont préféré aller voir ailleurs."

            En France, au mois de janvier, La Croix diffusait un sondage indiquant que 71% des personnes interrogées voulaient voir plus de bonnes nouvelles dans les médias. Mais régulièrement, des sites d’informations suivant cette ligne éditoriale se sont cassé les dents sur le projet. Newzitiv, par exemple, lancé en mars 2011, n’a tenu qu’un an avant de fermer boutique."

            De droite à gauche, les médias cherchent à justifier leurs écrits en recourant aux opinions du monde des politiciens, des écrivains, des philosophes, des artistes, des psychiatres et des psychanalystes. Ils récoltent évidemment des avis contradictoires.

            Dans le processus d'évolution du monde humain, toutes les valeurs sont relatives et ont leurs significations propres. Les excès dépassant les limites qui s'imposent et le manque d'un vrai consensus - de collaboration sincère - ne peuvent que mener au chaos. A moins que la paix n'est pas rentable et que le bonheur se fait attendre ... Ou bien, il ne se trouve que dans le malheur des autres !

            En réalité, le fond du problème - l'essentiel - réside dans l'ignorance du sens du sacré, et partant du sens de l'éthique, qui exige respect, responsabilité et réciprocité.

            Or, Charlie Hebdo agit dans une direction contraire avec ses trois critères : irresponsabilité, irrévérence et intolérance.

            Face au danger commun, au lieu de suivre la masse en s'identifiant aveuglement à Charlie Hebdo, un gouvernement lucide devrait condamner en même temps la barbarie des terroristes et l'égarement de Charlie Hebdo.

            Sinon, la France va tomber dans un piège sans pouvoir en sortir indemne, étant à la fois incitatrice et victime.

           "L'Express" par Arthur Berdah publié le 07/01/2015 mis à jour le 08/01/2015.

            L'hebdomadaire satirique n'a eu de cesse de surenchérir dans la provocation des extrémistes religieux. Des menaces à l'attentat, retour sur une confrontation qui dure depuis plusieurs années.

            8 février 2006 : Charlie Hebdo caricature Mahomet et reçoit ses premières menaces.
Charlie Hebdo s'est toujours moqué avec gourmandise de la religion. Mais le ton n'a cessé de monter depuis février 2006. C'est là que tout a commencé. Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet du journal danois Jyllands-Posten, qui avaient provoqué de vives protestations dans les pays à majorité musulmane.  

            Et si, un an plus tard, l'hebdomadaire gagne son procès contre les trois organisations musulmanes qui lui reprochent la publication de ces caricatures, la rédaction devient la cible de menaces récurrentes et toujours plus virulentes. 

            21 octobre 2009 : Avec un clin d'œil à sa Une de 2006 s'en prend à l'Opus Dei

           Huit mois après la fin du procès de l'affaire des caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo fait un clin d'œil à sa fameuse couverture de février 2006 pour parler du financement de l'Opus dei, une organisation de l'Église catholique. Le dessin de couverture y représente un homme crucifié, porteur de valises, d'où s'échappent des billets de banques. Là encore, Charlie Hebdo reçoit de nombreuses menace de croyants, persuadés de reconnaître Jésus Christ dans cette caricature. 

            2 novembre 2011 : Le siège de Charlie Hebdo attaqué, son site internet piraté.
  
            Le premier passage à l'acte.

Dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, les locaux du journal sont la cible d'un incendie criminel au cocktail molotov. Cet incendie, qui ravage ses locaux du XVIIIe arrondissement de Paris mais ne fait aucun blessé, fait suite à l'annonce de la sortie du numéro spécial Charia Hebdo, avec Mahomet comme rédacteur en chef. Ce numéro spécial est une réaction à l'élection du parti islamiste Enhada en Tunisie.

            19 septembre 2012 : Nouvelle provocation et nouvelles menaces

            Charlie Hebdo récidive en publiant des caricatures du prophète Mahomet dans son numéro du mercredi 19 septembre. La Une représente un rabbin poussant un mollah sur un fauteuil roulant avec ce titre : "Intouchables 2". Une page intérieure est consacrée au film jugé islamophobe "Innocence of muslims", avec des caricatures de musulmans salafistes.

            7 janvier 2015 : un attentat fait 12 morts

            Mercredi matin, vers 11h30, à Paris, trois hommes cagoulés ont fait irruption dans les locaux de Charlie Hebdo alors en pleine conférence de rédaction. Ils ont ouvert le feu sur les journalistes, tuant au moins 12 personnes : Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet, tous les deux officiers de police, Frédéric Boisseau, agent d’entretien, Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse, Mustapha Ourrad, correcteur, Michel Renaud, fondateur du Rendez-vous du Carnet de voyage de Clermont-Ferrand, Bernard Maris, économiste et chroniqueur, et les caricaturistes Honoré, Tignous, Wolinski, Cabu qui travaillait pour l’hebdomadaire depuis sa création ainsi que leur directeur de la publication Charb (Stéphane Charbonnier de son vrai nom). Ces trois individus ont fait feu sur la rédaction, aux cris de "Allah Akba"  et évoquant la "vengeance du prophète" selon plusieurs sources … Se revendiquaient d’Al Qaïda, explique la dessinatrice survivante Coco à L’Humanité, ces hommes étaient armés d’une kalachnikov et d’une lance-roquette.

            Par Alain Destexhe Le Figaro Publié le 08/01/2015 à 18:19
            Alain Destexhe est sénateur belge :
            "Je me méfie de ces grands élans de compassion lors des grandes tragédies. Aptes à canaliser la tristesse et l'émotion générale, ils risquent aussi de masquer l'essentiel. Ce n'est pas à «la liberté d'expression», que se sont attaqués les assassins mais à la liberté de blasphémer l'islam et de critiquer et caricaturer le prophète.

            Le Point - Publié le 15/01/2015 
            Le journaliste Delfeil de Ton accuse Charb, tué dans l'attaque contre "Charlie Hebdo", d'avoir "entraîné l'équipe dans la surenchère".

            "Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C'est tout. On se croit invulnérables", écrit Delfeil de Ton, citant Wolinski, tué lui aussi dans l'attaque. "Pendant des années, des dizaines d'années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire", aurait dit Wolinski, toujours cité par DDT. "Il ne fallait pas le faire et Charb l'a refait", dit Delfeil de Ton en évoquant un dessin publié dans Charlie Hebdo, en 2012, sous le titre "Mahomet : une étoile est née".

            (Figure à droite : CHALIE HEBDO - JOURNAL IRRESPONSABLE - comme son nom l'indique .) "L'invention de l'humour pour lui c'est de mettre de l'huile sur le feu".  Il arrive ce qui arrivera ...  C'est comme si la catastrophe était programmée d'avance ... (Cf. l'article précédent de l"Express" par Arthur Berdah).

            Le Figaro Publié le 15/01/201 Par Jean-Marie Guénois.

            Entre le Sri Lanka et les Philippines, le pape François a répondu dans l'avion aux questions des journalistes dont une portait sur Charlie Hebdo.
            Voici  un extrait de la réponse du Pape, dans sa forme orale, telle que l'agence romaine I.Media la recueillie :

            «Je crois que ces deux droits humains sont fondamentaux : la liberté religieuse et la liberté d'expression. On ne peut pas cacher une vérité aujourd'hui: chacun a le droit de pratiquer sa religion, sans offenser, librement, et nous voulons tous faire ainsi.

            Deuxièmement, on ne peut pas offenser, faire la guerre, tuer au nom de sa religion, c'est-à-dire au nom de Dieu.
            Ce qui se passe maintenant nous surprend, mais pensons toujours à notre histoire: combien de guerres de religion avons-nous connues! Pensez seulement à la nuit de la saint Barthélemy! Comment comprendre cela ? Nous aussi nous avons été pécheurs sur cela, mais on ne peut pas tuer au nom de Dieu, c'est une aberration. Je crois que c'est le principal, sur la liberté religieuse : on doit le faire avec la liberté, sans offenser, mais sans imposer ni tuer.

         La liberté d'expression à présent. Non seulement chacun a la liberté, le droit et aussi l'obligation de dire ce qu'il pense pour aider le bien commun: l'obligation! Si nous pensons que ce que dit un député ou un sénateur - et pas seulement eux mais tant d'autres - n'est pas la bonne voie, qu'il ne collabore pas au bien commun, nous avons l'obligation de le dire ouvertement.  
            Il faut avoir cette liberté, mais sans offenser. On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de la foi !  Il y a une limite! Chaque religion a de la dignité, chaque religion qui respecte la vie humaine, je ne peux pas me moquer d'elle… c'est une limite, répète le Pape.


            Le quotidien "20 minutes" - daté du 10 novembre 2014 - étala à la première page un gros titre : "L’«évêque» des protestants rend grâce aux prostituées" :
 (Photo : Keystone/Gaetan Bally)

            "Des hommes satisfaits sont des hommes plus pacifiques, estime Gottfried Locher, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). Voilà pourquoi nous devons être reconnaissants envers les prostituées, qui contribuent à leur manière à la paix.»

            Ces propos, tirés de l’ouvrage du livre d’entretiens «Gottfried Locher: "l’évêque réformé sur le gril», ont suscité de vives critiques.
            Rebecca Angelini, porte-parole du Bureau zurichois contre l’exploitation des femmes, est indignée. «M. Locher maintient dans ce livre une vue sexiste selon laquelle la femme est une soupape pour le désir masculin», a-t-elle déclaré dans la «NZZ am Sonntag». Selon elle, l’homme d’Eglise présente les prostituées comme de «pauvres créatures». «Un tel cliché renforce les préjugés contre les professionnelles du sexe», poursuit Rebecca Angelini.

            Marianne Streiff, conseillère nationale du Parti évangélique, est également critique face aux propos de Gottfried Locher: «C’est comme si l’homme était un animal incapable de contrôler ses pulsions.» Selon elle, les hommes doivent aujourd’hui être en mesure de résoudre leurs problèmes autrement qu’en recourant au sexe tarifé.

            Kathrin Hilber, ancienne conseillère d’Etat saint-galloise et présidente d’un groupe d’experts sur les travailleurs du sexe, est plus modérée. «La reconnaissance claire de l’importance du travail des prostituées de la part d’un homme d’Eglise m’a impressionnée», avoue-t-elle.

            Un jour avant, dans "Le Matin Dimanche" du 9 novembre 2014, le dessinateur Mix et Remix a carcaturé le Président français au sujet de sa récente apparition au journal télévisé TF1  le 6 novembre 2014 en faisant allusion aux rumeurs de ses fréquentes rencontres avec sa dernière maîtresse.

            De nouveau, le journal "20 minutes" du mardi 11 novembre 2014 a révélé dans un article : "La galanterie de Poutine censurée par la TV chinoise".  
            Le président russe a offert son manteau à la Première dame chinoise au sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec), lundi à Pékin. Un geste qui n'a pas plu à tout le monde. (Photo "FranceTVinfo" 10.11.2014).

Vladimir Poutine est un gentleman et l'a fait savoir lundi soir en offrant sa parka à Peng Liyuan, pour la protéger du froid, alors que son mari était accaparé par le président Barack Obama. Pourtant, la vidéo de ce geste apparemment anodin, mais largement commentée sur les réseaux sociaux chinois, a rapidement été effacée par le régime, rapporte lundi "Francetv.info", qui relayait une information de Foreign Policy.

             Le site américain explique que le président chinois a lancé une importante campagne contre la corruption et l’adultère. Et ce serait en partie pour cette dernière raison que le «flirt présidentiel» aurait été aussi vite censuré par les autorités. Pour sa part, la Première dame chinoise s’est rapidement débarrassée du manteau de Vladimir Poutine après l’avoir accepté par politesse. (Poutine galant avec la Première dame chinoise. La censure pète les plombs, par L' Obs Publié le 11-11-2014). 
 

            Le jounal "Le Matin Dimanche" du 16 novembre 2014 a publié les photos de la rencontre hier entre les deux Prix Nobel de la paix à Rangoon en Birmanie sur le chemin de Brisbane :"Une tendre complicité  entre Obama et Aung San Suu Kyi (photo en bas à gauche).  A voir encore la photo sur la page "Les attitudes et l'Ethique". sur le même sujet.

            De l'Orient en Occident, le trio "Sexe - Argent - Pouvoir" constitue de puissantes motivations et en même temps une source d'errements dans divers comportements humains.
            Dans l'ancien temps, tout se passait plus ou moins discrètement, mais en cette ère moderne, tout tombe dans l'exhibitionnisme (manifestations de l'ego). En outre, les médias avec les outils numériques, guettent chacun des mimiques et gestes des gens et les interprètent suivant leurs humeurs et leur posìtion politique.         

            Demander aux humains de maîtriser leurs pulsions - sexuelles surtout - est une tâche ardue, comme le désir d'interdire la prostitution ou les maisons closes (vite remplacées par des salons de massage).

            Les féministes engagées ignorent-elles que le "niqab" est censé protégé les femmes arabes contre la concupiscence ou la tentation des mâles ? De même, l'ancienne coutume chinoise des "pieds bandés" aurait pour but d'empêcher l'adultère, car pour pouvoir circuler  avec les petits pieds, les épouses handicapées devaient être soutenues par deux servantes.

            Nous avons pu constater que le problème sexuel n'épargne personne, du bas en haut de l'échelle humaine, du petit au grand de ce monde. Un jeu d'ego en quelque sorte.

         Le mensonge sous serment de Clinton à propos de la  relation avec Monica Lewinsky au célèbre "selfie" de Barack Obama avec Helle Thorning-Schmidt (Premier ministre du Danemark), de l'innocent flirt de Poutin à Pékin avec la première dame chinoise Peng Liyuan, en passant par les escapades nocturnes en moto de Hollande, ces petits événements étaient montés en scandales par les médias comme pour égayer la galerie en période de crise économique.

            D'autre part, le geste galant de Poutine fut un impair impardonnable selon les coutumes asiatiques. Car dans ces pays d'Orient (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam, ….) le fait d'offrir un vêtemment - objet intime - est considéré comme une déclaration d'amour sans autre. Cela explique l'indignation des médias et le gouvernement chinois qui avaient censuré ce scandale national.

            Au Viêt Nam, il existe cette chanson populaire :
            "Thương nhau cổi áo cho nhau,
            Về nhà mẹ hỏi qua cầu gió bay"
            Traduction libre :
            "En s'aimant, ils échangent leurs vêtements,
            Rentrant chez eux, elle (ou il) dit à sa maman que c'est la faute du vent,
            (en passant sur le pont)".

            L'Orient et l'Occident pourront-ils se rencontrer un jour ? (malgré l'assertion de Rudyard Kipling !).


                Le projet cerveau humain "Human Brain Projet" (HBP) risque de tomber à l’eau.
                "Le HBP suscite un grand malaise en Suisse et en Europe", a indiqué lundi 7 juillet 2014 Richard Hahnloser, professeur de neurosciences à l'EPFZ et à l'Uni de Zurich, sur les ondes de la RTS (Radio-Télévision Suisse), qui a révélé l'information. Il parle d'un "bâtiment plein de promesses mais sans contenu réel".
                "Quel avantage y a-t-il à faire une simulation pareille alors qu'on arrive même pas à simuler un ver de terre qui a seulement 300 neurones", s'est-il interrogé. Le chercheur craint que le projet n'accapare tout l'argent dévolu aux neurosciences en Europe.

                 Les scientifiques ont des mots très durs pour ce projet qui, selon eux, "divise la communauté scientifique depuis ses débuts". Des laboratoires ont refusé de s'y associer en raison de son approche trop étroite, qui risque de rater son but, écrivent-ils.

                Voici quelques critiques extraites de la presse :

                LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 08.07.2014 "Mauvaises ondes pour le cerveau virtuel"  par Florence Rosier :
                « Censé fédérer 256 laboratoires de 24 pays européens, c’est un pari à un milliard d’euros sur dix ans. Il mise sur le succès de la modélisation du cerveau humain : un défi visionnaire pour les uns, voué à l’échec pour d’autres. 

                Dans une pétition mise en ligne le 7 juillet (Neurofuture.eu), plus de 260 scientifiques alertent la Commission européenne sur les risques "d’échec majeur" de ce projet : un gaspillage potentiel énorme, au vu des sommes investies. D’Allemagne, du Royaume-Uni, de Suisse, du Portugal ou de France, les signataires comptent de nombreux leaders reconnus des neurosciences. Ils appellent la Commission européenne à évaluer de façon « transparente » la qualité scientifique et le mode de gouvernance du projet, dont ils pointent le « manque d’ouverture ». Surtout, ils dénoncent une approche scientifique jugée trop « étroite » ...

                "Nouvel Obs" Real Humans 08/07/2014  "Bataille autour du cerveau virtuel à 1 milliard d’euros" par  Pascal Riché :

                « Le projet HBP – pour "Human Brain Project " – est le plus ambitieux des travaux de reconstitution du cerveau humain. Financé par l’Europe, il inspire pourtant la colère de nombreux neuroscientifiques.

                Créer un cerveau synthétique : c’est la promesse vertigineuse du "HBP" Human Brain Project. Il s’agit rien de moins que de reconstituer, sur des circuits de silicone, l’intégralité du fonctionnement d’un cerveau humain.
                Lancé l’an dernier, HBP, qui fait l’objet d’un financement européen de 1,2 milliard d’euros sur dix ans, est l’initiative la plus ambitieuse au monde en vue de percer les mystères cachés sous nos crânes. 
               Ses concepteurs en attendent des retombées énormes pour la médecine ou l’intelligence artificielle.

                Un projet phare, donc. Et pourtant, plus de 300 neuroscientifiques européens de haut niveau disent « stop ! ». Ils ont la conviction qu’il est mal emmanché, et que tout cet argent pourrait être bien mieux utilisé. Ils viennent de lancer un appel au boycott, espérant pousser la Commission européenne à une révision radicale.

                Selon eux, le patron du HBP, Henry Markram, se conduit comme un autocrate, après avoir vendu un rêve impossible aux médias et aux politiques. Un des signataires, Jean-René Duhamel (CNRS) explique : 
                « Reproduire le "fonctionnement" du cerveau humain dans les dix ans est complètement utopique, le cerveau est bien trop complexe. Le précédent projet, Blue Brain Project, financé par IBM, n’a permis de reconstituer qu’une colonne corticale. »
                Tout ce que peut faire le HBP, c’est esquisser une architecture du cerveau à partir des données déjà connues.

                Un autre chercheur en neurosciences, qui ne veut pas être cité, est plus sévère encore : 
                « Il y a entre 10 et 100 milliards de neurones dans notre cerveau, et entre 10’ 000 et 100’ 000 milliards de connexions. Faire croire qu’on va reproduire un cerveau, puis qu’on va l’allumer comme un ordinateur, est malhonnête. Même si on y arrivait un jour, une telle modélisation n’aiderait pas forcément à comprendre comment fonctionne le cerveau. 
                Si des physiciens qui cherchaient à comprendre les lois de la thermodynamique avaient modélisé un gaz, avec chacun de ses atomes, ils auraient certes obtenu l’image d’un gaz sur leur ordinateur, mais ils n’auraient toujours rien compris à ces lois. » ....

                "Le Temps" NEUROsciences mardi 08 juillet 2014 « Le cerveau virtuel qui échauffe les esprits » Olivier Dessibourg (de Berne - Suisse).  Extraits :
                « Pour comprendre le cerveau, «les approches traditionnelles basées sur l’étude de sa physiologie ou l’imagerie ne suffiront jamais, estime l’âme du projet, Henry Markram, neurobiologiste à l’EPF de Lausanne. Ce qu’il nous faut, c’est une nouvelle stratégie.» Laquelle? "Soixante mille articles sont publiés chaque année en neuro­sciences. Diverses techniques ont permis de détailler le fonctionnement des gènes, des canaux de communication entre neurones, des neurotransmetteurs que libèrent ces cellules, etc. L’objectif est d’abord d’organiser cette masse d’informations. Une vaste base de données idoine, unifiée et largement consultable, devra être érigée."

                L’étape suivante consistera en une vaste reconstruction informatique d’un réseau de neurones, ce justement en prenant en compte, sous forme d’équations ou de paramètres de calcul, toutes ces règles et informations contenues dans la littérature scientifique. Par exemple la manière dont croissent les axones, ces "bras" des neurones, ou leur mode de communication à travers leurs synapses. En commençant par une architecture grossière, mais en augmentant petit à petit le niveau de détails, jusqu’à reproduire dans le code du programme les échanges moléculaires. "La recherche basée sur la simulation – pas forcément selon notre méthode – est inévitable" , résume Henry Markram.

                Ajoutant la démonstration à la parole, le charismatique chercheur évoque alors les résultats du Blue Brain Project, prélude au HBP lancé en 2005 à l’EPF Lausanne. En 2008, son équipe annonçait être parvenue à recréer virtuellement une colonne corticale de rat, soit l’entrelacement des 10’000 neurones constituant cette structure de 1 mm3 qui se répète à l’envi dans le cortex. Mieux, les scientifiques ont réussi à faire "s’allumer" ce réseau, autrement dit à lui insuffler ce qui correspondrait à une activité électro-physiologique. "On peut alors, sur cette base, faire moult hypothèses sur le fonctionnement de cette colonne, dit le chercheur, à l’aide de simulations animées. Ce que l’on vise au final, c’est développer des théories de fonctionnement générales, que l’on pourrait appliquer à d’autres zones du cerveau. Pour simuler celui de l’homme, qui contient 100 milliards de neurones, la tâche s’avère toutefois d’un autre ordre. « Nous y parviendrons d’ici à dix ans », assure Henry Markram.

                En y mettant à chaque présentation plus ou moins de gants, le neurobiologiste explique à quoi serviront ces travaux: « Il existe 560 maladies du cerveau; aucune n’est comprise dans ses détails. L’industrie pharma tente de développer des médicaments, mais de manière empirique.» Deux milliards de personnes étant concernées, l’enjeu est énorme. « Nous allons développer des solutions concrètes pour traiter ces affections », disait Henry Markram en 2009 sur le site TED.com . Plusieurs journalistes assurent l’avoir entendu déclarer en mai 2011, lors de la présentation des six projets FET, qu’il serait possible de venir à bout de la maladie d’Alzheimer "d’ici à dix ans".  Nous développons les outils qui permettront d’avancer vers une meilleure connaissance de ces pathologie s», tempère-t-il aujourd’hui.

                C’est là que le bât a commencé à blesser ses homologues neuroscientifiques. Dénonçant des promesses sans fondement, ils s’en prennent maintenant à la méthode. « Ce que nous montre votre modèle, c’est de la foutaise ! Rien ne dit que l’activité que vous observez dans votre colonne veut dire quelque chose », s’est emporté Larry Abbot, de l’Université Columbia à New York, spécialiste mondial de ce domaine, qui n’a pas voulu détailler ses propos à la presse.

                Rodney Douglas, lui, s’est montré moins timide : "Le problème, c’est qu’avec une telle simulation vous pouvez représenter aussi bien la vérité que la fantaisie. Car la méthode est agnostique de ce qu’elle fait. Il y a une différence entre une activité observée dans un réseau de neurones sur ordinateur  -  ce que tout le monde peut faire  -  et une activité qui a du sens", en produisant des outputs sur la base d’inputs. Le professeur à l’Institut de neuro-informatique de l’EPF de Zurich est un critique de la première heure du HBP. Il poursuit : « C’est comme si vous observez l’activité électrique d’un ordinateur. Si vous ne savez pas d’emblée qu’il effectue des opérations selon des codes précis, vous ne pourriez pas immédiatement interpréter ce qu’il fait. Bien sûr, on sait ce qu’il fait, vu qu’on l’a construit. Or, concernant le cerveau, on voit bel et bien une activité entre les neurones, mais pour l’heure on reste "incapable de comprendre" les principes de base qui conduisent tel patron d’activité neuronale à générer telle action…»

               Pour Alexandre Pouget, professeur de neurosciences à l’Université de Genève (Unige), le problème se situe dans la démarche. « Le seul cortex contient 1 million à 1 milliard de neurones, chacun ayant 10’000 points de contact (synapses). Il existe 4 à 10 neurotransmetteurs, et 10 à 100 types de canaux ioniques à travers lesquels ils s’activent, etc. Au final, il y a au moins 10’000 milliards de variables.» En résumé : « Il y a bien plus de paramètres à inclure dans le modèle que de données provenant de mesures biologiques. On peut donc "faire dire quasi n’importe quoi" au modèle…» Ce que montre la simulation du HBP serait une activité anarchique : "Comme de l’épilepsie" ...

              C’est une vraie descente en flamme ! Jusqu’aujourd’hui, le chiffre de la récolte des signataires chercheurs contre ce projet a presque doublé (200 au début jusqu’à 400 hier, le 8 juillet, selon le journal "24 Heures").  Tout cela à cause de cette attaque féroce, dans laquelle chacun des  médias y trouve le ou les motifs correspondant à son point de vue : polémique, prestige, argent, jalousie, voire règlement de compte (entre Universités, ou entre Nations ?) …

                Nous ne pensons pas à crier avec cette cohorte enragé, à participer au lynchage d'une aventure scientifique qui a commis l'erreur d'avoir pour but de perfectionner l’outil au lieu de la personne qui le manipule, de se préoccuper du  doigt montrant la lune plutôt que l’objectif  Lune. 
                Nous avons déjà émis quelques réserves concernant ce projet HPB en octobre  2010*.  Même, sous prétexte que la Science n'avance pas sans recherches, la prudence et la lucidité sont  des critères primordiaux pour tout entrepreneur ...

                Toutefois, "Tout est permis quand on rêve" ! Dans le contexte actuel de la découverte du deuxième cerveau (ventre) jugé encore plus intéressant voire plus important que le premier cerveau (tête), il y a probablement des "téméraires" qui voulaient animer un "projet ventre"  (Human Belly Project – HBP), ou (Human Stomach Project – HSP) pour éviter la confusion avec le projet initial. Dans cette course au virtuel, l’Europe devrait-elle se dépêcher d'agir avant les Etats-Unis et la Chine ?

                 *Voir plus en avant dans cette page la note du 14 octobre 2010 : "Lausanne rêve d’être la capitale du cerveau". Et surtout, relire la récente note du 10 juin 2014 : "Le Cerveau et le Ventre" ci- dessous :

 

            Quand j'étais encore à l'école primaire, à l'âge sept ans (en 1929), mon grand-père me disait souvent : "Si tu peux te lever plus tôt, à 6 heures du matin quand le ventre est vide, les mots étudiés y entrent plus facilement". Ce conseil me rendit perplexe. Je croyais que le siège des connaissances résidait dans le cerveau. Cependant, pourquoi dit-on de quelqu'un qu'il n'a "rien dans le ventre" quand ce dernier est ignare, sans aucun savoir livresque ?

            En outre, dans le langage populaire vietnamien, il y a de nombreuses expressions où le ventre (bụng) va de pair avec l'estomac (dạ) : un être généreux, celui ayant le ventre-estomac large (bụng dạ rộng rãi) ou un quidam mesquin avec le ventre-estomac étroit (bụng dạ nhỏ nhen), et d'autres adages ou locutions :
            - Le ventre agit, l'estomac subit (bụng làm dạ chịu), montrant l'influence du ventre sur l'estomac.
            - La colère peut rendre le foie foncé et les intestins violets, ou elle peut gonfler la hanche (traduit textuellement de "giận thâm gan tím ruột" ou "giận cành hông")
            - Ne pas "garder dans le ventre" (không để bụng) est équivalent de "sans rancune".
            - Un foie en or et un estomac en fer (gan vàng dạ sắt), ce sont les caractéristiques d'un être exceptionnel.

            Le langage français recèle de nombreux exemples presque similaires : 
            - Avoir des tripes, avoir du coeur au ventre, avoir la peur au ventre, avoir une boule au ventre, garder sur l'estomac, avoir l'estomac noué, … 
            Ou encore :
             - Je ne l'ai pas digéré, ça me gonfle, ça me gave, c'est merdeux, ça m'emmerde, ça me fait chier …

             Les expressions populaires ne sont jamais le fruit du hasard. Par l'instinct, ou par le ressenti, le commun des mortels sait que le ventre-estomac digère les aliments et aussi les émotions en guidant le comportement humain. C'est comme une évidence, l'idée d'un "deuxième cerveau" ne l'effleure même pas.

            En Occident, les médecins spécialistes ont pour objectif de "guérir" en s'occupant séparément de chaque organe malade (il y a au moins une cinquantaine de spécialités). Puis arrivent les chercheurs neurosciences qui s'intéressent les uns au cerveau et les autres au ventre, avec des interprétations diverses, sans les mettre encore en relation.

            En Orient (Chine, Japon, Corée, Viêt Nam), la médecine traditionnelle chinoise vise à "soigner" l'être humain dans son ensemble, aussi bien sain que malade, tant du point de vue des symptômes visibles qu'invisibles, par une gestion de l'équilibre de l'énergie interne appelée T'chi ou Qi. C'est une médecine d'essence psychosomatique depuis 5'000 ans.

            Les neurosciences modernes ont découvert cette caractéristique dans les années 50 (1950) mais continuent à considérer le cerveau comme l'unique centre de l'émotion et de l'intelligence. La conception d'un "deuxième cerveau" est bien récente.

            Le mois dernier, dans l'ARTE Magazine du 23 mai 2014, la journaliste Oriane Raffin a posé la question :
            "Que savons-nous de notre ventre, cet organe bourré de neurones que les chercheurs commencent à peine à explorer ? Il semblerait que notre cerveau ne soit pas le seul maître à bord. Y a-t-il vraiment une relation entre les organes digestifs et l'humeur ?
            Notre ventre, abri du système nerveux entérique, contient 200 millions de neurones, qui, selon des recherches récentes, joueraient un rôle sur l'ensemble de notre corps, en interaction avec le cerveau. Mais nos intestins abritent une autre richesse souvent sous-estimée : le microbiote intestinal, soit environ 100.000 milliards de bactéries. Ces dernières auraient un impact sur notre santé et pourraient devenir vecteur de soins.

            Pesant entre 1,5 et 2kg, le microbiote intestinal - auparavant appelé flore intestinale - regroupe 100.000 milliards de bactéries, au cœur de notre organisme. Concrètement, cela correspond de dix à cent fois plus de bactéries que l'ensemble des cellules que contient notre organisme.
            Notre cerveau serait sous l'influence des centaines d'espèces de bactéries qui peuplent notre tube digestif.
            Joël Doré, directeur de recherches à l'INRA explique : "On distingue différents grands groupes de bactéries avec des fonctions différentes. Leurs rôles s'exercent au niveau des interfaces avec l'aliment, les bactéries de l'environnement ou les cellules humaines, notamment en terme de contribution à la dégradation des composés alimentaires. Certaines bactéries vont par exemple dégrader les fibres ou participer à la fermentation, contribuant ainsi aux sources d'énergie pour l'hôte. D'autres jouent un rôle de protection contre les bactéries pathogènes, d'autres encore stimulent le renouvellement de la paroi intestinale et du mucus ou nos systèmes de défenses naturelles. Elles ont donc un effet bénéfique sur la flore, l'intestin et l'organisme tout entier."

            Une étude du microbiote intestinal des individus permet par ailleurs de relever certaines anomalies ou maladies. Dans le cas, notamment, de certaines maladies immunes, métaboliques ou auto-immunes, on a suspecté un lien avec le microbiote", rapporte Joël Doré. "Depuis les années 1990, à l'INRA, on étudie les maladies inflammatoires de l'intestin. Dans le cas de plusieurs maladies immunes, on a noté un lien entre la détérioration de la composition du microbiote et l'installation des maladies chroniques."

            Dans le même ordre d'idée, des liens ont été mis en évidence entre les bactéries intestinales et le système nerveux central. Notamment sur la régulation du taux de sérotonine, elle-même, jouant sur notre humeur.  "On a constaté, par exemple, chez les souris, que le niveau d'anxiété pouvait être impacté par le microbiote.", explique Joël Doré. En les privant de certaines bactéries, ces souris avaient de gros troubles de la production de sérotonine, et étaient plus anxieuses que leurs congénères. A l'inverse, l'injection de microbiote améliorait la situation. 

            Ainsi, "les conséquences vont donc au-delà du système digestif », note Joël Doré. « Il y a presque dix ans, les équipes de Jeff Gordon avaient mis en évidence un lien avec l'obésité. Mais des études s'intéressent également aux conséquences du microbiote sur des maladies inflammatoires, le diabète ou encore les allergies. Donc des pathologies pas forcément centrées sur l'intestin. On explore aujourd'hui des maladies psychiatriques." …  (Extraits).

            Au début de l'année, dans LE MONDE TELEVISION du 31.01.2014 ayant pour titre "Le ventre, notre deuxième cerveau" le journaliste Alain Constant commente la diffusion du vendredi 31 janvier 2014 sur Arte de la documentation de Cécile Denjean :
            "C’est un étrange voyage au cœur de nos entrailles que propose Cécile Denjean dans ce documentaire parfois complexe mais passionnant. Notre ventre abrite plus de 200 millions de neurones connectés qui transmettent des ordres. Ce "cerveau du bas", qui règne sur une impressionnante colonie de bactéries, décide-t-il de nos humeurs ?" :

            "Les scientifiques se sont aperçus qu’il existait quantité de neurones dans notre ventre, à peu près autant que dans le cortex d’un chat ou d’un chien. Ils s’occupent, entre autres, de notre digestion. S’il n’avait disposé que d’un seul cerveau, celui “du haut”, l’être humain aurait été absorbé en permanence par ce processus très complexe et n’aurait pas pu développer d’autres activités intellectuelles. Le fait d’avoir deux cerveaux a joué un rôle majeur dans notre évolution", souligne Cécile Denjean, l’auteur du documentaire.

           Outre des images de synthèse impressionnantes et des animations réussies, les explications délivrées par une quinzaine d’intervenants de haut niveau, travaillant souvent dans des universités ou des services hospitaliers de pointe en France, au Etats-Unis, en Allemagne, en Chine, en Belgique, ou au Canada, permettent de mieux comprendre l'influence de notre ventre sur nos comportements.
           Des chercheurs ont, par exemple, découvert que notre cerveau entérique - celui du ventre - produisait 95 % de la sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions.

            De l’université Columbia de New York au CHU de Grenoble en passant par le Collège de France, l’université Mac Master d’Hamilton au Canada, l’Inserm de Nantes ou l’université technique de Munich, les propos tenus par les intervenants permettent de mieux saisir l’incroyable complexité de ce qui se passe dans nos ventres. On sait désormais qu’une conversation secrète existe entre les deux cerveaux.

            Elle ouvre d’immenses espoirs thérapeutiques.  C'est un continent inconnu qui émerge : celui des liens réciproques entre intestin et cerveau - entre digestion et fonctions cognitives ou états mentaux. "Notre intestin et notre cerveau dialoguent en permanence, par voie sanguine ou nerveuse. Nos bactéries intestinales interfèrent avec les cellules de notre intestin, donc avec ces échanges. Elles peuvent ainsi, selon leur composition, agir sur les fonctions cérébrales", résume Serge Luquet, du CNRS, Université Paris-VII-Diderot … (Extraits.) 

            LE MONDE SCIENCE ET TECHNO du 02.09.2013, mis à jour le 31.01.2014, a publié cet article :"Ces microbes qui nous gouvernent" (par Florence Rosier) :
            Nous sommes, à notre insu, le terreau fertile d'une bien étrange "forêt tropicale" : les cent mille milliards de bactéries qui prospèrent en silence dans nos entrailles. Cette jungle intestine, les scientifiques la nomment "flore microbienne" ou "microbiote intestinal". "Comme pour la forêt tropicale naturelle, la perte de la diversité biologique de notre flore microbienne pose problème, souligne le professeur Oluf Pederson, de l'université de Copenhague (Danemark). Plus nos bactéries intestinales sont nombreuses et diversifiées, meilleure est notre santé. Pesant en moyenne 1,5 kilogramme chez un adulte, notre microbiote intestinal abrite une population de bactéries dont le nombre est dix fois plus élevé que celui de nos propres cellules. On ne cesse de lui découvrir de nouvelles fonctions, au point qu'on le considère comme un organe à part entière. Longtemps ignoré, cet insaisissable organe veille sur notre santé physique. Il améliore la nutrition et le métabolisme de notre organisme et dialogue sans cesse avec nos tissus - même à distance du tube digestif. Plus surprenant, il jouerait un rôle sur nos fonctions cognitives et mentales ! En cas de dérèglement, il participe au développement de maladies aussi variées que le diabète et l'obésité, des allergies et désordres auto-immuns, des troubles cognitifs et de l'humeur … (Extrait)

            "LIBERATION" - Sciences du 9 janvier 2014, mis à jour le 12 janvier 2014, sous le titre : "L’intestin, notre muraille de Chine", Eliane PATRIARCA décrit le travail de l'équipe de Toulouse :
           Les chercheurs en toxicologie alimentaire de l’Inra étudient les effets sur la barrière intestinale des nanoparticules, perturbateurs endocriniens ou pesticides incorporés dans notre alimentation, et les liens avec des pathologies chroniques.

           "La durée de vie des cellules du tube digestif, c’est quatre jours. Tous les quatre jours vous avez un intestin neuf !", s’enthousiasme Jean Fioramonti. A ses côtés, avec la même conviction, son collègue Eric Houdeau, responsable de l’équipe "développement intestinal, xénobiotiques et immunotoxicologie", renchérit : "L’intestin, ce n’est pas qu’un tube avec une entrée et une sortie !" Il se plaît au contraire à réhabiliter l’intestin, à le décrire comme "une muraille de Chine, avec une armée sur les créneaux, et une autre derrière les murs pour défendre notre organisme. Des armées qui laissent passer les amis et bloquent les ennemis. Avec de bons soldats : les bactéries qui vivent dans l’intestin, notre microbiote (qu’on appelait autrefois la flore intestinale), mais il peut y avoir un problème de vigilance des autres armées !" Un filtre sélectif donc, composé de milliers de cavités microscopiques, les villosités, et de millions de cellules épithéliales. Mission : acheminer le bol alimentaire en analysant les aliments, en les triant, pour laisser passer dans le sang les nutriments et les sels minéraux dont l’organisme a besoin, mais rejeter les bactéries pathogènes ou les aliments non assimilables qui seront éliminés par le côlon … (Extrait).

             COMMENTAIRES

            Ainsi, d'après certains chercheurs des neurosciences modernes, le deuxième cerveau serait plus important que le premier cerveau. La découverte de nouvelles fonctions leur a permis même de considérer le cerveau du bas comme un organe à part entière, tout en admettant le dialogue permanent des deux cerveaux (par voie sanguine ou nerveuse), et l'influence réciproque entre l''état mental et l'état émotionnel (entre la tête et le ventre) !  
            En effet, les scientifiques ont pu mettre en évidence des liens entre la flore microbienne et le système nerveux central : les bactéries intestinales peuvent, selon leur composition, agir sur les fonctions cérébrales (cognitives et mentales) et vice-versa. Sans trouver aucune explication !

            En outre, les entéorologues ont découvert que la durée de vie des cellules du tube digestif : Tous les quatre jours un intestin se retrouve neuf. De sorte que la flore intestinale décrite comme "une muraille de Chine" semble à la fois jouer un rôle d'auto-défense et celui d'auto-régénération. Dans ce cas, ce ne sont pas "ces microbes qui nous gouvernent" ou "qui peuvent influencer notre cerveau et notre comportement", à notre insu.

            Pour trouver l'explication il s'avère indispensable de chercher le facteur principal, le dynamisme interne du corps humain, ce qui fait agir et réagir, influencer positivement ou négativement, bloquer ou débloquer le fonctionnement de l'organisme.

            Les neurosciences modernes ont le mérite de démontrer les faits par des preuves expérimentales concrètes. Cependant, par méfiance à l'égard des faits "invisibles" - qualifiés de "spirituels" - ils ont négligé le moteur, cet énergie vitale, le T'chi (prononcé en Chine Ki ou Qi, Hara au Japon et Prâna en Inde), ce flux invisible qui traverse et anime les êtres humains, circulant à l'intérieur du corps par des méridiens (Figure à droite : Idéogramme du T'chi).

            C'est par l'approche de la spiritualité que l'on pourrait comprendre "le pourquoi" et trouver la cause (l'étiologie). Pour faire un diagnostic, ce n'est pas suffisant de recourir au seul tableau clinique (liste des caractéristiques, symptômes et signes d'états pathologiques cliniquement observables).

            En Chine, où le Qi est à l'origine de l'univers et relie les êtres et les choses entre eux, la respiration abdominale est plus importante que la respiration pulmonaire. Elle permet de mieux gérer le stress quotidien et de retrouver son calme intérieur.

            Pour les Japonais, le ventre (réservoir de l'énergie hara) est synonyme de hara. Encore appelé "océan de l’énergie", il est considéré comme le centre de la vie instinctive et intuitive, dont dépendent non seulement toutes nos fonctions physiologiques mais aussi psychologiques. Faire hara-kiri, c'est se donner la mort en s'ouvrant le ventre (En Occident, l'équivalent du rituel japonais, c'est se tirer une balle dans la tête, "se brûler la cervelle").

            En Inde, le yoga considère depuis toujours le ventre, et plus particulièrement l’estomac et les intestins, comme le lieu de traitement et de stockage des émotions positives ou négatives. Parfois nommé cerveau des émotions, le plexus solaire, situé au niveau de l'abdomen entre le sternum et le nombril, constitue le centre vital tandis que le cerveau n’est qu’un outil à sa disposition. (Fig. Plexus solaire à gauche - zone bleue).

            L’expérience vécue de chacun nous l'a bien démontré : les fortes impressions éprouvées par notre corps : joie - peur, colère - rancune, amour - haine, nous ne les ressentons pas au niveau de la tête - dans notre cerveau - mais bien au creux de l’estomac, au niveau du plexus solaire, d'où ces expressions et locutions populaires citées ci-dessus en Occident comme en Orient.

            En français, nous avons remarqué la curieuse coïncidence de prononciation de ces deux couples de mots :
            1.- Pense (cerveau) et Panse (estomac). La pensée vient donc à la fois du cerveau et du ventre ? Alors, il existe un dialogue permanent entre les deux organes pour une décision juste (impartial) ?. Cependant, quand surgissent des convictions ancrées, des opinions diverses ou des arrières-pensées, les résultats concernant la communication avec autrui seront programmés d'avance.
            2.- Foi (tête) et Foie (ventre). La foi réside-il dans la tête ou dans le ventre ? Probablement dans le ventre. Car la croyance passe par le ventre (émotions) plutôt que par la tête (raison). La foi venant de la tête sème le doute. Toutefois, venant seulement du ventre, la foi entraîne des passions allant aux extrêmes fanatisations. Les actualités concernant les rivalités religieuses et les anciennes guerres de religions nous le démontrent d'une manière infaillible. Avoir la vraie foi ou une foi solide, c'est être capable d'hamoniser la raison et les émotions. Mais ceci relève d'une autre histoire !

            Pour conclure, je me permets de citer un de nos souvenirs de vacance en Italie avec notre fille Diana.
            En été 1966, nous partîmes en famille à Rimini, au bord de la mer. Le premier jour, le soleil se leva devant notre chambre à coucher. Je me levai, ouvrai toute grande les fenêtres en appelant ma fille de trois ans : "Diana ! Va voir le beau soleil sur la mer !". Elle me répliqua sans même ouvrir les yeux "Caca la mer !". Je fus stupéfait car je voulais lui montrer pour la première fois ce qu'elle n'avait pas vu en Suisse. "Elle n'a pas assez dormi. Sa contrariété s'exprima par le langage anal selon la théorie psychanalytique", me dis-je en souriant. 

            Aujourd'hui, en me remémorant cet anecdote, je pensais d'abord que mon ancienne interprétation n'est pas valable, ces mots sortaient naturellement du deuxième cerveau de ma fille.

            Puis en se ravisant je me suis dit : "Probablement Sigmund Freud avait raison, vu la cupidité du monde économique actuel où c'est l'argent qui règne en maître, qui décide du sort de la guerre ou de la paix d'une nation, sous le couvert du droit de l'homme et du respect de la démocratie !"

            Dans ce contexte, pour conserver quand même la joie de vivre, puis-je me consoler, par justification, en arguant que dans le processus de l'évolution humaine, notre époque actuelle ne dépasse pas encore le stade anal ? (correspondant au stade pré-opératoire de Jean Piager) Cf. la page : Intelligence et Ethique .

           Pendant ce temps, la planète Terre tourne, et la moitié du temps, nous vivons la tête en bas (et le ventre en haut) sans nous en rendre compte ! 

Lausanne, été 2014.

A voir : /la-spiritualit-c3-a9-en-orient (La spiritualité en Orient)

            Ces derniers temps, quelques journaux et hebdomadaires se préoccupent du cerveau en relation avec des troubles cognitifs de la vieillesse.

            "Cerveau : après 24 ans, tout fout le camp" c'est le titre d'un article publié dans Le Figaro du 17/04/2014 par Soline Roy. "24 ans, c'est l'âge à partir duquel notre cerveau entame sa lente chute vers le néant", affirment des chercheurs canadiens dans PlosOne, une revue scientifique américaine (éditée quotidiennement par la Public Library of Science et diffusée exclusivement en ligne, couvrant tous les domaines de la biologie et de la médecine sans distinction). Pour ce faire, ils ont analysé la façon dont 3305 personnes âgées de 16 à 44 ans jouaient au StarCraft 2, un jeu vidéo de guerre qui exige concentration, habileté, stratégie et vitesse.

            L'Hebdomadaire "Le Point" a repris ce thème dans un article publié le 20/04/2014 sous le titre : "Le cerveau vieillit à partir de 24 ans" en citant la même étude. "Selon des chercheurs canadiens, c'est l'âge à partir duquel le cerveau réagit moins vite."

            "Le Point" a publié le 06/05/2014 un autre article "Une transfusion de sang jeune pour ralentir le vieillissement du cerveau ?" Une cure de transfusions à base de sang de jeunes souris a eu un effet revigorant sur le cerveau de souris plus âgées, selon une étude de chercheurs américains diffusée dimanche dans la revue Nature Medicine. "Il y a sûrement quelque chose de spécial dans le sang jeune qui permet d'améliorer de nombreux aspects du vieillissement", a commenté pour l'AFP le principal signataire de l'article.

            Dans leurs recherches concernant le vieillissement dû à l'âge, la neuroscience moderne ne pense qu'au cerveau, qui n'est qu'un outil, rien de plus. Le fait de donner un nouveau cerveau à un malade peut-il le rendre plus jeune ? D'autre part, il n'existe pas actuellement de médicaments pouvant guérir la démence sénile (qu'on nomme souvent maladie d'Alzheimer).
            Pourtant le rêve de "modéliser" le cerveau ne fait que commencer.

            L'année passée, Le MONDE Science et Techno du 24.01.2013 a publié ce titre : "Cerveau virtuel : un pari à un milliard ?" par Florence Rosier.
            "Le 28 janvier, la Communauté européenne a rendu son verdict : les deux programmes phares de recherche, ou flagships ("vaisseaux amiraux"), qu'elle financera dans le domaine des "technologies futures émergentes", porteront sur le graphène et la modélisation du cerveau. C'est un pari à un milliard d'euros, sur dix ans, pour chacun des deux sujets choisis."

            En Occident, depuis des années la médecine cherche généralement à guérir les maladies en se centrant sur des symptômes. Mais on a réalisé par la suite que bon nombre de maladies avaient des origines psychiques. 
            L'influence de l'esprit sur le corps n'est pas niée en médecine, mais elle faisait simplement l'objet d'une constatation. Après être longtemps restées le domaine réservé des médecines parallèles, les maladies psychosomatiques intéressent aujourd'hui le monde scientifique. Maladies de la peau, mal de dos, hypertension, diabète, cancer, … les preuves s'accumulent au sujet des relations entre le corps et l'esprit. La médecine moderne ne s'occupe pas seulement du rapport "esprit-corps" mais aussi, et surtout, des liaisons de la personnalité avec son milieu d'existence.  

                   A l’époque où la médecine psychosomatique en est à ses balbutiements, un médecin suisse, le Dr Paul Tournier (1898 -1986) avait publié en 1940 : "La médecine de la personne"  (Editions Delachaux et Niestlé, Paris). Ses idées eurent un impact sur les aspects spirituels et psychosociaux du processus de guérison en mettant l’accent sur la prise de conscience de la personne dans son intégralité et sa dimension communautaire et sociale. (Photo à gauche).           

            En France, le Dr Roger Godel (1898 -1961), un médecin cardiologue, philosophe et spiritualiste, poursuivit le même travail. Exerçant sa profession en Égypte dans les années 1950 et au Liban, son intérêt pour les philosophies orientale et grecque l'a incité à tenter une réconciliation originale entre la pensée indienne et celles de Socrate et Platon. En Inde, il a suivi l'enseignement et la sagesse millénaire indienne auprès de Ramana Maharshi et de Krishna Menon.

            Dans son ouvrage "Vie et Rénovation : De la biologie à la médecine vers la connaissance de soi" (Collection "Aux Frontières de la Science", Gallimard, 1957), l'auteur rejoint ces idées et en illustre certains aspects avec une grande puissance d'évocation : "Aucune guérison ne survient sans que le porteur du mal n'ait suscité l'émergence d'un dynamisme biologique implicite en lui." De même : "Nos contemporains ignorent encore quelle immense capacité de guérison se cache à leurs yeux dans la nature humaine." (Photo à droite).

             Mais qu'est ce qui peut susciter l'émergence de ce dynamisme biologique en lui ? Est-ce le "pouvoir de la pensée" qui émane de l'esprit avec son outil : le cerveau ? Dans ce cas, le fait de prévenir ou guérir les troubles ou déficiences organiques en étudiant séparément le cerveau de l'esprit, même avec un "cerveau virtuel" de haute technicité, revient à vouloir guérir une maladie en centrant sur l'outil, au lieu de chercher à en trouver la cause.

            D'autre part, il y a des méprises ou confusions dans la compréhension du mot "esprit" dont le sens varie selon les domaines concernés.
            Généralement, il désigne les facultés intellectuelles, esprit spirituel ou esprit borné. Dans le langage commun, l'esprit est une entité bénéfique ou maléfique, désignant aussi une âme bien née ou une âme maudite. En philosophie "esprit" est nommé "conscience". En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l'ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes. Pour les chercheurs, leur champ d'investigation est semblable à une auberge espagnole, où chacun va trouver ce qui l'intéressera en fonction de ses goûts, de sa culture ou de ses convictions.

             En Orient (Chine, Japon, Corée, Viêt-Nam …), depuis des millénaires, la médecine chinoise est une médecine psychosomatique. Elle s'intéresse à la communication "corps-esprit" entre les différentes fonctions organiques, étroitement liées les unes aux autres par un courant d'énergie, appelé "chi" ou "Qi". Selon ce principe, la maladie résulte des blocages ou des déséquilibres énergétiques, quand la santé du corps est menacée par une mauvaise circulation de l'énergie dans le trajet des canaux invisibles à l’œil nu : les méridiens. Tout l'art médical chinois consiste alors à rétablir l'harmonie au sein de ces flux d'énergie (Cf. Figure tout en bas). 

            Le "chi" correspond à l'élément psychique en Occident, approximativement à l'"élan vital" du philosophe français Henri Bergson (1859 -1941). L’élan vital est un concept émis par l'auteur dans "L'Évolution créatrice" rédigé en 1907 (Ed. PUF, Presses Universitaires de France). Ce livre, qui explique l'évolution et le développement des organismes dans l'idée d'une "création permanente de nouveauté" par la nature, marque le début de sa gloire internationale. Vingt ans après, il a obtenu le Prix Nobel de littérature (1927). Photo à droite.

            D'après l'Indouisme et le Bouddhisme, le mot "esprit" correspond au terme "corps mental" avec plusieurs niveaux, dont le corps mental (mental inférieur) et le corps causal (mental supérieur).
           Le corps mental est un des corps subtils, au-dessus du corps physique, du corps éthérique, du corps astral, mais au-dessous du corps causal (karmique).
            Alors que le corps mental inférieur repose entièrement sur des images mentales construites par les cinq sens, qu'il raisonne autour d'objets uniquement concrets et qu'il traite d'attributs différenciant un objet d'un autre, l'Ego (le corps mental supérieur) en revanche, utilisant la conscience causale et ayant appris à distinguer clairement les différents objets et leurs différences, commence à les regrouper selon quelques attributs communs qui apparaissent en un certain nombre d'objets divers, et forme un lien entre eux … (Cf. Figure des 7 niveaux vers la fin).

           Pour le bouddhisme, le cerveau n'est qu'une sorte de "terminal" qui opère l'interface entre l'esprit (immatériel) et le monde des cinq sens (matériel). Les expériences d'états modifiés de conscience, communes chez les méditants avancés, semblent confirmer cette conception.

            Le sixième sens (manas), indépendant des cinq autres sens, indépendant du cerveau, est le "lieu" d'éveil de la Prajñā (sortie de l'ignorance), permettant la libération du citta : l'ensemble des fonctions mentales, rationnelles, émotionnelles, conscientes ou inconscientes.
            La pleine conscience de la prajñā est un mouvement mental subtil éclairant les erreurs de l’esprit propre. Il s’agit d’un processus naturel correspondant à la force intérieure de l’individu, qui doit se produire spontanément (l'éveil du zen).

            Dans le bouddhisme traditionnel, "bodhi" désigne la délivrance, l'illumination, ou l'état d'éveil d'une personne libérée du saṃsāra, le cycle des renaissances et le tourbillon des passions.
            Le bodhi ou  l'éveil du zen  n'est qu'une étape, le passage à l'autre bord de la rivière, pour atteindre le divin, cette énergie "essentielle" existant en chaque être humain, noyé sans se rendre compte dans l'univers des forces cosmiques relevant du domaine quantique (cf. "Le pouvoir de la pensée").

            L'idée d'une pensée vivante et de la conscience éveillée est d'un niveau qui échappe encore à l'entendement du commun des mortels. Pour bon nombre de médecins, l'esprit ne serait qu'une fiction, médicalement parlant (certains le traitent de folklore). Quand ils pensent que l'esprit est malade, c'est en fait le cerveau qui est atteint. Suivant cette logique, les dérèglements mentaux les plus connues comme la dépression, les psychoses, la schizophrénie et même les troubles de la démence sénile seraient dus à des désordres cérébraux. Car le cerveau, organe physique que l'on peut peser, disséquer, ou observer dans l'imagerie par résonance magnétique (IRM), rassure le corps médical contrairement à l'esprit qui reste indéfinissable malgré plusieurs siècles d'analyse et d'introspection. Les médecins se satisfont bien de ne pas avoir pas à faire avec les philosophes qui barbotent dans l'abstrait et le doute.

            Ils ont peut-être raison de se cantonner dans le domaine concret, mais sauraient-ils que leur logique revient à imputer aux véhicules la responsabilité des accidents de la route, au lieu d'incriminer le comportement des conducteurs ?
            En outre, divers neuroleptiques prescrits, ne font que soulager les symptômes avec des effets secondaires connus. Pourtant, certains patients doivent les prendre à vie, … pour exister !
            En effet, il parait difficile de vouloir modifier cette optique médicale basée sur des préjugés et des connaissances acquises. Le Saut quantique comme la Quête du divin est une question tout à fait personnelle (Cf. "Le pouvoir de la pensée").

            La question "Cerveau et Conscience" a été traitée par un neurophysiologiste australien, John Eccles (1903-1997), auteur du fameux énoncé : "Le cerveau est une machine qu’un fantôme peut faire marcher" ("Brain is a machine that ghost can operate" dans The Wonder of Being Human : Our Brain and Our Mind, par John Eccles et Daniel N. Robinson, 1984. Free Press, p. 54).
            Puis en 1989, dans l'ouvrage "Evolution Of The Brain : Creation Of The Self " traduit en français : "Evolution du cerveau et création de la conscience : à la recherche de la vraie nature de l'homme" (Flammarion, collection "Champs", Paris, 1994). Photo en bas à gauche.

            L'auteur, qui a reçu en 1963 le Prix Nobel de médecine, a déclaré : "Ce qui dans la nature, différencie l'être humain, c'est la part de divin qu'il a en lui."... et "La conscience n'a rien à voir avec le cerveau", autrement dit : La conscience est tout à fait indépendante du cerveau.
            "Je peux pratiquement dire que j'ai travaillé toute ma vie pour écrire ce livre, dit-il dans un entretien accordé à la revue Psychologies     (N°100 Juillet-Août 1992). Déjà, pendant ses études en médecine, il a beaucoup lu et étudié la philosophie en essayant de comprendre cette "conscience de soi" indépendante du corps physique. "La majorité des scientifiques sont sceptiques devant cette réalité parce qu'ils ont été formés à l'école du matérialisme, dit-il, un moule extrêmement rigide composé d'un ensemble de dogmes qui ne sont pas forcément expliqués scientifiquement. La science est pleine de superstitions, de croyances de toutes sortes …" 
            De même, dans son dernier livre : "Comment la conscience contrôle le cerveau" (Le temps des sciences, Fayard - Paris 1997 - "How the self controls its brain", 1994),  il réaffirma que l'âme humaine est d'origine divine" (p. 215) et il insista : "Ce livre est un défi à tous les matérialistes",  ces matérialistes qui vivent dans la terreur de la conscience, comme dit John Rogers Searle, un philosophe américain !

            * Il est devenu membre de la Royal Society le 20 mars 1941 et a été fait chevalier  le 12 juin 1958.
            Sir John Carew Eccles meurt en 1997 dans la ville de Locarno (Suisse).

Sources : Wikipedia

A voir : La spiritualité en Orient


Les trajets des méridiens  dans le corps selon la médecine traditionelle chinoise. 
 
                                            

                                                    CONSTITUTION SEPTENAIRE DE L'HOMME 
                                                              HBP - Doctrine secrète - Section XI A

En Inde, selon la tradition hindoue, l'esprit humain évolue de bas en haut (7 niveaaux)

         CHAKRA INDIEN Terme  aujourd'hui plus connu pour désigner des « centres spirituels » ou « points de jonction de canaux d'énergie  issus d'une conception du Kundalini yoga et qui pourraient être localisés dans le corps humain. L'évolution de l'"esprit" commemce de bas en haut.


            Le syndic de Lausanne Daniel Brélaz, né le 4 janvier1950 à Lausanne est une personnalité politique suisse.
            Diplômé en mathématiques de l'EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) en 1975, il enseignait les mathématiques tout en s'engageant dans le Groupement pour la protection de l'environnement à Lausanne. Il fut l'un des premiers écologistes élus dans un parlement en 1978 (puis en 1982-1983) au Grand Conseil vaudois.
            En 1979, il fut le premier écologiste élu au Conseil national. Il fut ainsi le premier écologiste dans le monde à siéger dans un parlement national. Il conservait ce mandat jusqu'en 1989.
            En 1989, il fut élu au Conseil municipal de Lausanne où il fut responsable des Services industriels. Le 25 novembre 2001, il en devint le syndic et responsable des finances. Le 12 mars 2006, il fut réélu dès le premier tour des élections communales vaudoises.
            En 2007, il se représenta et fut à nouveau élu au Conseil national. Il quitta alors le Grand Conseil vaudois, mais reste syndic de Lausanne. Ce cumul des mandats est fort critiqué.
            Le 13 mars 2011, il fut réélu dès le premier tour à la municipalité de la commune de Lausanne. En mars 2012, il fut élu au Grand Conseil du canton de Vaud pour la législature 2012-2015.
            Il ne se représenta pas au Conseil national lors des élections fédérales de 2011.

           Cependant, le parcours de sa carrière politique est moins remarqué que sa stature corporelle qui semble progresser en même temps que ses succès.

            Daniel Brélaz pesait 172 kg en juin 2013. Vivant avec un traitement d'hypertension, ses médecins lui donnaient encore du souci en l'informant du risque d'un éventuel diabète...
            Heureusement, un jour, au mois de juin 2013, par le hasard d'une invitation à l'inauguration du nouveau cabinet médical Sinomédica de Lausanne, un des médecins en voyant son état lui a dit : "Nous pouvons vous aider à perdre du poids rapidement". Alors sans aucune hésitation il accepta de venir le lendemain. Au bout de 10 mois, il a perdu 88 kg (Photo ci-dessous).
 
            Ce résultat miraculeux est relaté dans "Lausanne Cités" du mercredi 10 avril 2014, avec le titre : "Le syndic a gagné son pari" : "Soumis à un régime strict depuis 10 mois, Daniel Brélaz a gagné son incroyable pari. Fin juin 2013, i1 pesait 172 kilos. Dans quelques jours, il va arrêter son régime. Il en pèsera 88".

             Le syndic a accepté de revenir en toute liberté sur cette expérience incroyable dans un entretien avec les journalistes Philippe KOTTELAT et Charaf ABDESSEMED dont voici les extraits de propos recueillis :
            - Votre régime est à bout touchant Comment vous sentez-vous ?
            - Daniel Brélaz : J'ai suivi un régime à base de protéines, de légumes verts et de salade, mais sans sucres, mis à part une pomme le matin. Cela reste un régime équilibré, donc ça va plutôt bien. Je me sens bien, mon souffle s'est amélioré, je n'ai plus de douleurs de dos, malgré un léger effet de fatigue. Dès la fin de ce mois, j'entame ma sortie de régime, lorsque l'objectif de 88 kg sera atteint. Je vais donc maintenant m'atteler à renouveler ma garde-robe.
            - Qu'est-ce qui a été le plus dur pour vous ?
            - Les vrais problèmes, c'est surtout les dix premiers jours que je les ai eus, le temps que le corps s'adapte. Il a surtout fallu éviter les pièges en évitant par exemple les édulcorants qui, en donnant l'impression à l'organisme d'avoir du sucre, entretiennent la sensation de faim.
            - N'avez-vous jamais tenté de jeter l'éponge ?
            - Non, parce que j'ai constaté que ça fonctionnait et que j'ai commencé à perdre du poids dès la première semaine... 5 kilos ! Et puis, l'acupuncture m'a été d'un grand soutien pour contenir les douleurs articulaires ou le mal de dos. Le tout est de suivre scrupuleusement les prescriptions alimentaires et d'éviter les sucres cachés...
            - Près de 80 kilos perdus en quelques mois, c'est violent tout de même...
            - Les médecins qui m'ont suivi ont été formés à la fois à la médecine chinoise et à la médecine occidentale. Ils m'ont suivi de très près pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de carences. Avec de bonne surprise : je suivais un traitement contre l'hypertension, et j'ai pu le supprimer, ma tension artérielle normalisée. En revanche à cause du régime, j'ai trop de fer dans le sang et si cela devait durer il me faudra avoir recours aux bonnes vieilles recettes : donner du sang !
            - Comment avez-vous décidé de commencer ce régime ?
            - Par hasard, en étant invité en juin dernier à inaugurer le nouveau cabinet médical Sinomédica de Lausanne. Ce jour-là, un des médecins présents m'a dit : "Je peux vous faire maigrir !" Et mes médecins venaient à peine de tirer la sonnette d'alarme en m'informant d'un risque imminent de développer un diabète... Je pensais inaugurer une entreprise et, le lendemain, je commençais mon régime !
            - Quand vous vous regardez aujourd'hui, vous reconnaissez-vous ?
            - Oui, parce que je sais comment j'étais lorsque j'étais jeune. D'un certain côté, c'est sûr, j'ai pris un coup de vieux avec les rides qui apparaissent sur le visage, le sac de rides au ventre, etc., ... Mais de l'autre, j'ai vraiment le sentiment d'avoir rajeuni en retrouvant mon souffle et ma capacité à me déplacer. Ça a vraiment changé ma vie et je soupçonne que ça aura probablement augmenté mon espérance de vie!
            - Vous évoquez ce régime sans aucun tabou et avec beaucoup de liberté...
            - Parce que je n'ai pas honte de ce que je fais ! Ni en tant qu'homme ni en tant que politicien d'ailleurs. En outre, il y a un aspect pédagogique. Même si chaque cas est particulier, j'ai découvert qu'un régime pouvait marcher, alors que j'avais longtemps pensé qu'un facteur génétique intervenait. Je trouve normal de faire savoir qu'un espoir peut exister … Sans compter la dimension financière de ce régime alimentaire, dix fois moins cher qu'une chirurgie.
            - L'enjeu aujourd'hui, n'est-il pas d'éviter une éventuelle rechute ?
            - Le médecin qui me suit n'exclut pas une rechute bien sûr, même si une reprise de la totalité du poids est rarissime. On verra dans deux ans, mais c'est clair qu'il y a un risque de reprendre des kilos. Si par malheur je devais repasser la barre des 100 kilos, en raison d'un voyage ou d'un stress, je sais exactement ce qu'il faudra faire: je ne suis plus condamné à bouffer comme un idiot après avoir su comment manger pendant 10 mois.

             "Juste après Pâques, Daniel Brélaz aura réussi son pari : retrouver le poids de son recrutement (à l'armé), soit 88 kilos. En dix mois, il aura perdu plus de la moitié de sa masse corporelle. Certains se font du souci, mais, lui, il jubile", rapporte Christine Salvadé dans "Le Matin Dimanche"  20 avril 2014. Voici un extrait de l'entretien que la journaliste a eu avec le syndic.
            - On a peur pour vous, monsieur le syndic, c'était vraiment raisonnable, ce régime ?
            - C'était de ne rien faire qui était dérai­sonnable. J'avais les prémices d'un diabète de type 2, dû au surpoids. Rester gros comme trois éléphants en se disant qu'on a vingt-cinq ans pour les perdre, ça aurait été de la folie.
            - Mais, rassurez-nous, vous êtes suivi ?
            - Je me suis rassuré moi-même, je ne suis pas le dernier des imbéciles. Deux médecins m'accompagnent, à la fois en médecine traditionnelle et en mé­decine chinoise. Le régime alimen­taire est plus facile à supporter et plus rapide si c'est avec l'acuponcture, paraît-il. Dans mon cas, cela s'est avéré exact. Mon médecin de famille m'a fait tous les trois ou quatre mois les analyses nécessaires.
            - Vous n'avez pas de problèmes de reins ?
            - Aucun. Les problèmes de reins exis­tent si on ne boit pas un litre et demi à deux litres d'eau par jour et qu'on fait un régime avec de la viande et rien d'autres. Mon régime est équilibré. J'élimine tous les sucres, lents et ra­pides. Sauf une pomme, le matin. J'ai des protéines, je peux aussi prendre raisonnablement du fromage. Le moins possible parce que c'est gras. Je mange légumes verts, salade avec huile et vinaigre - pas de vinaigrette. Après quelques semaines, j'ai sauté un repas.
            - Ne souffrez-vous pas d'hypoglycémie ?
            - Ça aurait été un risque. Surtout les deux premières semaines, quand le corps cherche du sucre à tout prix et qu'on a la sensation de faim. Mais non.
            - Il est miraculeux ce régime, alors ?
            - Il a fonctionné avec moi. Cela ne veut pas dire qu'il marche avec tout le monde.
            - Le plus important, c'est la volonté ? Vous n'avez jamais fait d'écart ?
            - J'attribue la réussite 50% au régime lui-même, 50% à la volonté. J'ai fait trois erreurs en dix mois. La première, c'était de prendre une fondue japo­naise. Les légumes et la viande, c'est parfait. Mais le bouillon dans lequel on cuit tout ça est riche en sucre. La deuxième erreur, c'était avec de la viande séchée bien rouge. Je n'avais pas mesuré à quel point elle était chargée en sucre. La troisième a été le repas de Noël. J'ai pris presque 2 kilos et j'ai mis une semaine pour les per­dre.
            - Pourquoi avez-vous fixé la fin de votre régime à 88 kilos ?
            - Parce que c'était le poids de mon recrutement à 18 ans. Avec mon méde­cin, on a calculé mon poids idéal en déduisant cinq aux centimètres de ma hauteur. Ce qui équivalait à 85 kilos. Mais, comme je ne vais pas me faire opérer pour enlever la peau résiduelle sur mon corps, j'ai ajouté 3 kilos.
            - Vous avez fait ce régime pour plaire à votre femme, Marie-Ange ?
            - En aucun cas. J'espère que ça ne lui déplaît pas, mais ce n'était pas le but.
            - Mais elle vous trouve plus beau comme ça ?
            - Elle me trouve en tout cas plus en forme, moins essoufflé. C'est clair que, point de vue beauté, j'ai pris 10 ans au cou.
            - Tout ça pour avoir l'air plus vieux, ça valait vraiment la peine ?
            - Ecoutez, mon organisme donne l'im­pression d'avoir 50 ans plutôt que 65 ans. Ça prend largement le dessus sur quelques vagues considérations esthétiques, non?
            - Vous êtes plus heureux ?
            - Je n'ai jamais été malheureux.
            - Au niveau de l'odeur corporelle, ça change quelque chose ?
            - Oui. C'était un de mes vieux problè­mes depuis plusieurs années. Avec le poids, j'avais la transpiration hyperfacile, même en hiver. Et, quand je n'arrivais pas à me doucher plu­sieurs fois par jour, ça laissait quel­ques traces. Ça me dérangeait moins que les autres autour de moi. Ce pro­blème a sérieusement diminué au début de cette année, en dessous de 120 kilos.

           - Pourquoi étiez-vous gros ?
           - J'ai longtemps pensé que c'est génétique. Mes parents étaient gros, mon fils est assez gros. Il doit y avoir de cela. Mais ce régime m'a montré pour la première fois que je pouvais agir sur mon poids.
           - Vous allez vous lâcher cette semaine ?
           - Non, je vais y aller progressivement. En gros, en milieu de semaine, je commence à reprendre les premiers aliments. Ce régime transitoire du­rera jusqu'à mi-juin ou fin juin. Je vais réintroduire d'abord tous les fruits et légumes. Juste derrière : fro­mage et œufs. Puis, à partir d'un mois après la fin, le pain, mais sans excès. Avec un repas libre par se­maine. A partir de juillet, je réintro­duis tout, mais il faut que je fasse at­tention. Je m'autorise une oscillation entre 88 et 92 kilos. Vous pouvez avoir plus ou moins d'eau, plus ou moins de matière fécale, le corps peut être plus ou moins vide.
            - La grande question, c'est comment allez-vous faire pour ne pas reprendre tous ces kilos ?
            - J'avais tendance à manger trop de chips paprika et de cacahuètes dans les réceptions. Je ne le ferai plus. Quand vous avez fait dix mois avec une discipline de fer, votre mental est préparé. Et, si je reprends, je sais maintenant comment faire pour per­dre : je me referai une semaine de régime, je supprimerai un repas ou je ferai une journée de jeûne, c'est-à-dire rien sauf le café et la pomme du matin. Ce sont des trucs que j'avais trouvés pour accélérer les choses.
            . . . . . . . . . . . . . . . . . 

            Le régime d'amaigrissement subi par Daniel Brélaz a donné des résultats surprenants : diabète évité, tension artérielle normalisée, pas de problèmes de reins, pas d'hypoglycémie, pas de problème de transpiration avec odeur corporelle gênant, pas de douleurs de dos, plus en forme, sentiment d'avoir rajeuni en retrouvant son souffle et sa capacité à se déplacer …

             En outre, ces quelques remarques font démentir certains préjugés courants :
            - "J'ai longtemps pensé que c'est génétique. Mes parents étaient gros, mon fils est assez gros. Il doit y avoir de cela. Mais ce régime m'a montré pour la première fois que je pouvais agir sur mon poids".
            - "Il a fonctionné avec moi. Cela ne veut pas dire qu'il marche avec tout le monde. J'attribue la réussite 50% au régime lui-même, 50% à la volonté."

            C'est exact que ce régime ne marche pas avec des personnes ayant une faible volonté. D'ailleurs, le syndic s'est montré fort modeste en partageant en deux le mérite de la réussite. La volonté en détient probablement 90% et non 50%. Surtout, si la personne croit au pouvoir de la pensée, à la capacité de régulation et d'auto-guérison de l'organisme. La neuroscience en a découvert les effets positifs grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM). Or bon nombre de gens les ignorent en préférant une aide extérieure : soit une opération chirurgicale ("by-pass"), soit des produits amaigrissants chimiques aux effets secondaires néfastes.

            Enfin, cette observation s'avère primordiale : "Ce régime m'a montré pour la première fois que je pouvais agir sur mon poids"(malgré le facteur génétique). Ce n'est qu'après une expérience personnelle que l'individu arrive à cette croyance essentielle indispensable à son existence. Non seulement l'être humain par sa force intérieure (son élan vital) peut agir sur son poids (son corps), mais encore sur son affectivité (ses émotions) et son cerveau (ses pensées, ses préjugés, ses connaissances acquises).

            Dans le travail, l'action, ou le jeu, c'est le mental qui importe. Voici la dernière constatation du joueur de tennis suisse Stanislas Wawrinka après son sacre à Monte-Carlo le 20.04.2014 : "... Je remarque que je peux jouer un bon tennis et battre les meilleurs lorsque je suis présent sur le plan mental et que je me bats sur le court. Je peux battre tous mes adversaires. Il était important pour moi de jouer de bons matches après la Coupe Davis, d'être prêt pour des matches difficiles et d'être prêt à me battre contre moi-même …"

           Voilà le secret de toute réussite !

Humour suisse Caricature de BURKI dans le quotidien romand "24 HEURES" du 10 sept. 2013 : "Brélaz maigrit avecl'aide de l'apucuncture".


           A Genève, la Faculté de médecine et la Haute Ecole de santé inaugurent une nouvelle formation continue basée sur les techniques de pleine conscience, ouverte à tous les métiers de la santé, annonce Geneviève Comby, ‎Journaliste au Matin Dimanche (23 mars 2014) :

            "Méditer pour se soigner. L'idée fait son chemin dans le monde médical, et la Suisse romande n'est pas en reste. Il y a dix ans, les Hôpitaux universitaires de Genève introduisaient un programme de "méditation de pleine conscience" pour soulager les patients souffrant de dépression. Cette année, cette discipline reçoit une consécration académique : la Faculté de médecine et la Haute Ecole de santé (HEdS) du canton inaugurent une formation continue inédite, ouverte à tous les professionnels confrontés à des problématiques de santé, qu'ils soient médecins, infirmiers, sages-femmes, physiothérapeutes, éducateurs...

            Assis ou en mouvement
            "S'entraîner à fixer son attention sur une pensée, un objet, sa respiration... Ce que les initiés appellent la "pleine conscience" englobe différentes pratiques qui tendent vers un objectif : "Etre attentif d'une manière particulière au moment présent, à ses sensations, ses émotions, ses pensées, sans jugement", résume Anne Gendre, chargée d'enseignement postgrade à la HEdS et membre du comité directeur qui pilote le nouveau certificat d'études.
            Cette pratique peut se faire assis, couché ou en mouvement. Répété, l'exercice finit par agir sur le cerveau et le corps.
            Inspirée de la tradition bouddhiste, mais affranchie de toute notion religieuse, la méditation telle qu'elle s'est répandue en Occident (mindfulness) a fait son entrée dans la pratique médicale il y a une trentaine d'années aux Etats -Unis, d'abord dans la réduction du stress puis dans des programmes spécifiques destinés à prévenir la rechute dépressive.

            "Avec ce nouveau certificat, notre objectif est d'étendre la pleine conscience au-delà de son champ habituel qu'est la santé mentale", précise Anne Gendre. Instructrice, elle a déjà introduit cette pratique auprès des femmes enceintes afin de les aider à gérer la douleur de l'accouchement, mais aussi le stress que peut impliquer le fait de devenir parent.

            Futures mamans, employés surmenés, bobos en mal de spiritualité, la méditation séduit aujourd'hui un large public. "Il y a un effet de mode, on en parle beaucoup dans les magazines depuis deux ou trois ans", reconnaît le psychologue Lucio Bizzini, également membre du comité directeur qui chapeaute le nouveau certificat en approches basées sur la pleine conscience. Cependant, sa légitimité médicale s'enracine, elle, bien plus profondément, confirme-t-il : "Nous avons désormais du recul et une vision assez large de son efficacité."

            La méditation permet non seulement de modifier l'attitude d'un individu face à ses émotions négatives, mais aussi d'atténuer les problèmes d'insomnie ou les douleurs chroniques, comme l'ont démontré de nombreux travaux scientifiques ces dernières années. La technique est également utilisée avec succès dans le traitement des addictions, au CHUV par exemple. De manière générale, les neurosciences ont pu observer- en faisant notamment passer des IRM à des moines bouddhistes - comment la pratique de la méditation modifie la structure du cerveau.

            Prise en charge collaborative.
            Qu'on se rassure, cependant, "il n'est pas nécessaire de rester des années dans un monastère pour obtenir des résultats", sourit Lucio Bizzini. Une pratique régulière, quasi quotidienne tout de même, produit déjà des effets. "On peut imaginer y recourir dans toutes sortes de domaines, en dermatologie, dans la prise en charge des problèmes de poids, etc.", relève Anne Gendre. A Genève, les professionnels de la santé, qui intégreront la volée 2014-2015 du certificat en mindfulness, testeront la pratique sur eux-mêmes, puisqu'ils devront d'abord apprendre à méditer avant de transmettre leur compétence à leurs patients.
            Dès la rentrée de septembre, les vingt-huit participants suivront trois modules, théoriques et pratiques, répartis sur un an. Tous prêts à entamer une démarche originale, car avec la méditation, la posture du praticien évolue, comme le note Anne Gendre: "On entre dans une mode de prise en charge plus collaborative où l'on partage son expérience. L'expertise elle-même se déplace, puisque le patient devient son propre expert."

            Le but de la méditation "pleine conscience" englobe différentes pratiques qui tendent vers un état d'harmonie : "Etre attentif d'une manière particulière au moment présent, à ses sensations, ses émotions, ses pensées, sans jugement". Il comporte donc plusieurs objectifs visant : le physique (corps et sens), l'affectif ("cœur" et émotions) et l'esprit (pensée et jugements).

            La méditation revient à une prise de conscience de ce processus, nécessitant un recul introspectif. Pour certains individus, cela fait simplement partie de la vie, comme les différents rites de méditation religieuse.

            D'autres recourent à certaines formes de méditation pour la relaxation, la guérison de maints maux physiques, émotionnels ou psychiques.

            Le méditant ne peut profiter des bienfaits des pratiques que s'il admet à priori, outre le pouvoir de la pensée sur le corps, le cœur et l'esprit, la capacité d'auto-guérison de l'organisme, les effets de conditionnement intervenant dans le processus de construction de la personnalité. 

            La tâche s'avère ardue car l'individu dans l'état actuel de l'évolution humaine est né conditionné et démuni par rapport à d'autres espèces vivantes (s'il leur est supérieur par son pouvoir de créativité, sa force de destruction lui est néfaste).

            Il se détruit physiquement par les excès de toutes sortes, souffre émotionnellement du fait de l'envie, la colère, la haine, s'égare mentalement non seulement par le biais de ses fantasmes, ses obsessions, mais aussi par son esprit parfois borné, par ses préjugés et ses valeurs …

            Les aléas de l'existence peuvent démolir ou renforcer le caractère d'un être humain, suivant la personnalité de chacun. D'ailleurs, les individus ne naissent pas identiques

            Sans avoir besoin d'être psychologue, on peut discerner autour de soi des gens actifs ou passifs, de nature optimiste ou pessimiste, dont le comportement face à la vie s'améliore ou péjore avec l'âge ou encore reste stable. Comment peut-on changer quand on défie autrui d'un :"Je suis comme je suis" campé sur l'idée que ce sont les autres qui doivent faire un effort - au fond "L'enfer, c'est les autres".

            Ces gens qui rejettent les fautes sur autrui et les difficultés sur leur proches sont de piètres méditants, tout comme ces individus passifs et/ou pessimistes qui se conduisent en "victimes", et en cas de problèmes de santé pratiquent "la méthode Coué" à l'envers …

            Confucius (551-479 av. J.-C.) représente pour les Chinois d’avant la Révolution l’éducateur par excellence. Son enseignement vise l’harmonie des relations humaines par l'accomplissement personnel tout en cherchant à développer chez ses disciples l’esprit critique et la réflexion personnelle :
             "Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui."
            "Mieux vaut étudier que jeûner tout un jour et veiller toute une nuit pour méditer en vain."
            ("Etudier", selon sa doctrine vise au perfectionnement individuel.)
             "J'examine ma conduite au moins quatre fois par jour pour régler mon comportement avec mon entourage." ("Les Entretiens", un des quatre grands classiques confucéens).
             La méditation sans recul introspectif est sans effet en profondeur.

            De même, pour bien méditer il est nécessaire de "faire le vide" selon Lao Tseu (604 - 531 av. J.-C.) :
            "Veux-tu ouvrir et clore les Portes du Ciel ?
             Il te faut pouvoir être celui qui reçoit.
             Veux-tu tout voir et tout savoir ?
             Il faut qu’en toi se fasse le Vide." 
                                   (Tao-tö-king)

            Cette anecdote du Zen peut aider à comprendre cette notion de viduité :
            Un grand savant se présenta devant Nan-ln pour apprendre le Zen. Nan-ln était grand spécialiste du cérémonial du thé. Il remplit un grand bol pour son visiteur. Mais le bol étant plein, il continua de verser.
            Le professeur ne put se contenir et s'écria : "Le bol est plus que rempli, vous ne pourrez plus y ajouter une goutte."
            Nan-ln répondit : "Ce bol est aussi plein de thé que votre tête l'est d'opinions et de spéculations. Comment vous expliquerais-je le Zen si vous ne commencez pas par la vider ?"

            La réceptivité vient quand l'individu peut vider de son esprit ses préoccupations, de son cœur ses émotions et de son corps ses désirs divers.
            Le contrôle de l'esprit s'avère le plus difficile. Albert Einstein n'a-t-il pas dit :"Il est plus facile de broyer un atome qu'un préjugé" ! (y compris les convictions, les jugements, les partis pris, les valeurs, les acquisitions diverses.
            La méditation sans avoir la capacité de faire le vide est peu efficace.

         Siddhārtha Gautama le Bouddha (563 - 483 av. JC), est souvent considéré en Occident comme un thérapeute, car sa doctrine ne cherche pas l'existence de Dieu mais vise essentiellement à la "suppression de la souffrance". Selon Bouddha, la souffrance vient de cette "ignorance", qui ne voit pas que l’être humain est né "conditionné", enchaîné par son "karma", dépendant d’un Moi illusoire, non permanent, qu’il tient cependant pour son Moi véritable pour sa nature originelle. Reconnaître ce fait pour sortir de  son ignorance, c’est parvenir à "l’éveil" (état de Bouddha), le but ultime du bouddhisme (Photo à gauche : Buste de Boudda datant I - II siècle).

            La méditation bouddhique n'est pas un remède mais un moyen pour y parvenir, un regard tourné vers l’intérieur de soi-même, une introspection visant à une prise de conscience de cet ego confondu avec le Moi. Pour cela, "faire le vide" est nécessaire. Détachement, délivrance, sérénité et bien-être intérieur n'en sont que les conséquences.
            Pratiquer la méditation sans la "connaissance du Moi" reste illusoire avec des résultats très lents et trop longs à venir, surtout quand l'ego est défaitiste ou continue à ignorer le Moi essentiel.

            La vraie méditation revient-il à une quête du Moi ? (Qui suis-je ?) :           

            "Toute destinée, si longue et si compliquée soit elle, compte en réalité un seul moment, celui où l'homme sait une fois pour toute qui il est." (Jorge Luis Borges "Extrait de Suere")           

            "L'homme heureux est celui qui se retrouve avec plaisir au réveil, se reconnaît celui qu'il aime être"  (Paul Valéry, "MELANGE" Gallimard 1941).

           Autres citations

           - "L’habitude de rentrer en moi-même me fit perdre enfin le sentiment et presque le souvenir de mes maux, j’appris ainsi par ma propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous, et qu’il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment misérable celui qui sait vouloir être heureux."  (Jean Jacques Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire).
            - On se trompe toujours lorsqu'on ne ferme pas les yeux pour pardonner ou pour mieux regarder en soi-même (Maurice Maeterlinck).
            
- Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir (Cioran, De l'inconvénient d'être né).

 
 
            A consulter : Méditation et Santé, Le pouvoir de la pensée Piaget et le constructivisme.  

            D'après la presse française du samedi 25 janvier 2014, François Hollande a annoncé dans l'après-midi  à l'AFP "la fin de sa vie commune avec Valérie Trierweiler", deux semaines après la révélation de sa liaison avec l'actrice Julie Gayet. Précisant qu'il s'exprimait à titre personnel et non en tant que chef de l'Etat, car s'agissant de "(sa) vie privée", François Hollande a déclaré: "Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler". Il aura donc tenu sa promesse, celle de clarifier sa situation conjugale avant le 11 février, date de sa visite aux Etats-Unis.

            Le chef de l'Etat partageait officiellement, depuis 2007, sa vie avec Valérie Trierweiler, la journaliste de Paris-Match, avec laquelle il n'était pas marié. L'idylle entre le chef de l'Etat et la journaliste a débuté officiellement en 2010, lorsqu'ils ont commencé à s'afficher publiquement ensemble.

            Le vendredi après-midi 10 janvier 2014, sa compagne fut admise à l'hôpital après la révélation dans le magazine "Closer" le 10 janvier d'une liaison entre le chef de l'Etat et la comédienne Julie Gayet (Image en bas à droite) sous le titre "L'amour secret du Président", avec photos à l'appui.

           Elle a appris la nouvelle de la bouche du président, la veille de la sortie en kiosque de Closer. Le lendemain, c'est une Valérie Trierweiler très éprouvée par l'affaire qui est admise à la Salpêtrière, suite à un "coup de blues", selon le Journal Du Dimanche.

            "Jeudi soir dernier, à quelques heures de la parution de Closer, le chef de l’État aurait confirmé lui-même à sa compagne sa relation avec l'actrice Julie Gayet. La confrontation s'est "mal passée", avance Le Point, "Hollande s'est montré froid, implacable".

            Or, Selon le quotidien Le Parisien, "c'est François Hollande qui aurait annoncé sa liaison avec Julie Gayet à sa compagne, avant la parution des photos dans la presse people"

            En réalité, c'était suite à une grande dispute dans laquelle son compagnon lui annonçait probablement la rupture, après 8 ans de relation. Ce n'était pas une dépression, mais une grande colère ("Valérie Trierweiler, folle de rage, cause plus de trois millions de dégâts matériels au palais présidentiel. Voilà la folle rumeur qui s’est propagée sur le Web en vingt-quatre heures", Valérie Trierweiler : La folle rumeur d'une altercation à l'Elysée - Prisma Presse / Gala.fr - mercredi 22 janv. 2014).
            Après deux jours de rumeur,  le "Mobilier national français" sort de sa réserve et «dément catégoriquement» au Figaro que le bureau de François Hollande à l’Elysée ait été vandalisé par Valérie Trierweiler, sa compagne (Le Temps - mercredi 22 janvier 2014).

            Après 8 jours d'hospitalisation, elle est allée se reposer dans la résidence présidentielle de La Lanterne, à Versailles.
            Selon les informations du Journal Du Dimanche, François Hollande et Valérie Trierweiler ont réglé jeudi 30 janvier, autour d'un déjeuner, les modalités de leur séparation.

            La classe politique, de la droite à l'extrême droite, a profité de cet événement pour accabler le président en parlant de licenciement et de répudiation. Or ce dernier avait subi le même sort en 2007 de la part sa première compagne Ségolène Royal . "J'ai demandé à François Hollande de quitter le domicile, de vivre son histoire sentimentale de son côté.", déclarait-elle le soir même du second tour des législatives, en mettant fin à 28 ans de vie commune avec François Hollande, désormais officiellement lié à Valérie Trierweiler.

            Pourtant, en 2006, devant les caméras de l'émission "Sagas", sur TF1, la future candidate à l'élection présidentielle posait la question : "François, veux-tu m'épouser ?" à un François Hollande très gêné...
            Trois mois plus tard, le 17 juin, après avoir échoué à l'élection présidentielle, Royal congédia l'infidèle par le communiqué susmentionné.
            Décidée à lui barrer la route politique, elle choisit d'abîmer son image privée, ne perd pas une occasion de ramener le père de ses enfants à son statut masculin de traître : "Qui a trahi trahira", assure-t-elle dans "Femme debout", un livre d'entretien publié quelques jours plus tard chez Denoël.
            A la tête du Parti socialiste, celui qui aurait dû être son meilleur allié politique est devenu son plus terrible ennemi secret.
            Des années plus tard, François et Ségolène sont adversaires, en lice pour la primaire PS pour la présidentielle de 2012. Au cours de la campagne, Ségolène Royal lâche une petite phrase assassine : "Le point faible de François Hollande, c'est l'inaction." Une phrase "sortie de son contexte", dira-t-elle plus tard ("Hollande-Gayet : l'histoire d'un président qui veut vivre sa vie" par Élise Karlin, L'Express, le 16/01/2014).

            Blessure narcissique ou règlement de compte ? Car dans une interview qu'Hollande donnait à la magasine Gala, en octobre 2010, il était devenu lyrique : "C'est une chance exceptionnelle que de pouvoir réussir sa vie personnelle et de rencontrer la femme de sa vie. Cette chance, elle peut passer, moi je l'ai saisie." "Valérie est la femme de ma vie", peut-on lire sur la couverture de l'hebdomadaire cette semaine-là.
            "La phrase était maladroite. J'aurais dû dire : "C'est la femme de ma vie d'aujourd'hui"", convient le futur candidat socialiste quelques mois plus tard, en février 2011, interrogé par les journalistes Anna Cabana et Anne Rosencher, qui écriront par la suite un livre sur les amours hollandaises, Entre deux feux (Grasset).

            La "femme de sa vie" ne dure que le temps d'une passion surtout chez les deux adeptes d'une union libre qui veulent chacun garder sa liberté et son indépendance. Or l'indépendance d'esprit proclamée cache souvent une forte dépendance affective. Et quand deux ego qui s'affrontent au lieu de vivre en harmonie, c'est le conflit perpétuel ou l'échec programmé. Quand vient la séparation, les femmes sont toujours perdantes, étant plus vulnérables.

            C'est le cas de Valérie Trierweiler, déjà mariée deux fois, réticente à s'adapter à sa nouvelle situation quand son compagnon est devenu président de la République française. Elle refusait son rôle de première dame : "Je ne serai pas une potiche", proclame-t-elle dans sa première interview au principal quotidien britannique (Le Times, le 9 mai 2012), "Je mourrai journaliste", affirme-t-elle sur le plateau du Grand Journal (Paris Match). En voulant se mettre en valeur (son ego) dans les médias, elle commençait déjà à indisposer son compagnon.

           Déjà, le soir de la victoire de l'élection présidentielle, ce dernier fut gêné par un ordre amoureux : "Embrasse-moi sur la bouche", exigea Valérie Trierweiler de François Hollande, le 6 mai 2012, place de la Bastille, sous le regard des caméras (Photo à droite : Baiser forcé).
            Cette sommation sonne comme une riposte à l'accolade chaleureuse que le nouveau président vient d'offrir à son ex-compagne, Ségolène Royal. Rien n'a commencé et pourtant tout est joué, le fiel des rancœurs, le poison de la jalousie, l'inquiétude jamais apaisée, l'ombre du désamour. 

            (Photo ci-dessous à gauche : A la Bastille le 6 mai 2012 - Les yeux dans les yeux : quelle retrouvaille !) :

            Le tweet de soutien de la première dame à l'adversaire de Royal, le 12 juin 2012, (Olivier Falorni, le dissident, sera élu quelques jours plus tard) confirme que le ressentiment de Valérie Trierweiler continuait d'empoisonner l'aventure politique du président de la République. À la polémique politique s'ajoutait la colère des enfants de François Hollande.

           Toujours excédée par tout ce qui, de près ou de loin, concernant son ancienne rivale, mêlant allègrement vie publique et vie privée, elle rendait compliquée toute relation politique entre le président et son ex-compagne, une des personnalités du PS. Lorsque les choses se calment, il est déjà trop tard ; l'homme a détourné le regard … ("Hollande-Gayet : l'histoire d'un président qui veut vivre sa vie" par Élise Karlin, L'Express, le 16/01/2014).

            Valérie s'était rendu compte de ce refroidissement. Dans son dernier article publié dans l’hebdomadaire Paris-Match, la veille de son hospitalisation, sur le dernier roman d’André Makine, elle a cette allusion, adressée probablement à François Hollande lui-même : "Il n’est pire poison mortel que l’indifférence." Poison mortel ? Terrible situation où le moindre mot devient sulfureux, décortiqué, vu à travers la grille du drame intime. Pour sortir de cette séquence désastreuse pour tous les acteurs de ce thriller aux odeurs d’éther, il faut communiquer et sortir du flou. Très vite. Seul problème : qui a vraiment envie de le faire ? (Le Nouvel Observateur : « Valérie Trierweiler, une si longue attente » par Serge Raffy, publié le 17-01-2014).

            "Aujourd'hui, Valérie Trierweiler franchit une nouvelle frontière : en confirmant son hospitalisation, en médiatisant son chagrin, en laissant dire (Le Parisien du 13 janvier) qu'elle est prête à pardonner, elle nous fait vivre en direct ce qui ressemble à un changement de première dame.
            Pourtant, elle sait les dangers de cette exposition : dix-huit mois après son tweet, elle paie encore d'avoir montré ce qui n'aurait jamais dû l'être, et qui l'a définitivement abîmée dans l'opinion. Le déferlement de propos injurieux, voire haineux, dont elle est l'objet sur les réseaux sociaux depuis les révélations de Closer est proprement terrifiant.   
            La voici traînée dans la boue à l'heure où elle perd et ses illusions et, probablement, son compagnon. Même si, depuis plusieurs mois, la première dame ne cachait pas ses soupçons ni son amertume. En décembre, lors d'un dîner qu'elle donne à l'Elysée pour quelques personnalités de la télé, elle lance, bravache : "Quand il n'est pas là, je ne l'attends pas." Et d'inviter ses hôtes à danser sur une musique de Michel Fugain pour clore la soirée ( Elise Karlin "L'histoire d'un président qui veut vivre sa vie", art. cité).

            Ainsi, l'ex-première dame avait d'avance connu son sort, et le soit disant aveu de son compagnon était bien l'annonce d'une rupture. "Je souhaite que tu partes", aurait-il dit aussi dès ce soir-là Valérie Trierweiler (Hollande annonce "la fin de sa vie commune" avec Trierweiler - Journal Du Dimanche le 26 janvier 2014). D'où cette terrible colère qui faisait "trembler les murs de  l'Elysée".

            Dans l'avion qui l'emmenait lundi à Bombay, Valérie Trierweiler s'est confiée à une journaliste de Paris Match. Entre elle et François Hollande, "le détachement avait commencé", avant de lancer : "Quand j'ai su, j'ai cru tomber d'un gratte-ciel." (PARISMATCH.COM  le 29 janvier 2014).
            Savait-elle que le désamour avait commencé déjà à la Bastille le soir de la victoire de son compagnon ?

            Lors de ce voyage en simple citoyenne à Bombay, où elle est arrivé le lundi 27 janvier, en faveur de l'association Action contre la faim (ACF), Valérie Trierweiler avait déclaré : "Si François Hollande n’avait pas été président, peut-être que nous serions encore ensemble " (L'Express, 28 Janv 2014).

            Elle a voulu croire que le pouvoir a peut-être cassé son couple. C'est un des facteurs plausibles mais non la raison principale. C'est davantage son comportement, son ambition de se mettre en valeur, de se montrer libre et indépendante face à son compagnon au lieu de l'aider dans son nouveau rôle, qui sont en cause.

           Maintenant déçue par la séparation, elle essaie de se justifier, de se forger une nouvelle image pour circonvenir les médias, relativement plus tolérants pour les victimes du sexe faible.
            "Beaucoup y voit l’histoire de "l’arroseur arrosé"; pour certains la tragédie amoureuse de Valérie Trierweiler est un juste retour des choses : après avoir "piqué" Hollande à Ségolène, l’ex-Première dame connaît le même sort. Finalement, l’ex-compagne du président aura eu bien du mal à se défaire de son image de rottweiler.
            Pour d’autres, au contraire, le comportement du président est indigne face à une femme en souffrance" ( par Elodie Mielczareck "Valérie Trierweiler explique sa "rupture", Le Nouvel Observateur, le 29-01-2014).

            Du côté de son compagnon, ce dernier est bien déçu par cette "femme de sa vie" qui lui a mené la vie dure. D'ailleurs le refus du mariage pour officialiser sa place de première dame est déjà une cause de conflit. Il ne pouvait le faire sans perdre l'amour de ses enfants et de leur mère (Cf. extrait de la Note du  14 octobre 2012 : Le piège de l'amour, en annexe).

            "Il n'en pouvait plus, elle lui menait une vie impossible", a confié mercredi Bernadette Chirac en déplacement à Marseille devant des élus UMP amusés. François Hollande s'était épanché devant l'ancienne première dame la semaine précédente… "C'est leur intimité, beaucoup en parlent, mais peu savent vraiment", s'agacent certains proches. (Hollande annonce "la fin de sa vie commune" avec Trierweiler - JDD 26 janvier 2014).

            Le fait de pouvoir mettre fin à cet enfer s'avère un soulagement non seulement pour le Président, mais aussi pour sa famille, ses proches, ses partisans socialistes, une grande partie de la population. De même Matignon, et l'Elysée qui dans l'euphorie a fait effacer du jour au lendemain le site internet de l'ingérable ex première dame ("Samedi à 21 heures, le compte Twitter institutionnel de Valérie Trierweiler était déjà supprimé", selon le Parisien). 

            Selon le "Canard enchaîné" (29 janvier 2014) qui a l'oreille partout, un des amis du Chef de l'Etat, sous couvert de l'anonymat a décrit son humeur : "D'après lui, depuis sa mise au point, Hollande est rasséné et même carrément soulagé …" (Ci-dessous à gauche, Humour suisse, Dessin de Mix&Remix, Le MatinDimanche du 16 janvier 2014).

            "Aujourd'hui que la séparation est officialisé, le pire pour François Hollande semble monentanément écarté. "François et Valérie sont en bons termes" jurent les entourages des deux ex qui se téléphonent pour prendre des nouvelles … pour autant que le casse-tête de la vie privé du président est loin d'être résolu. "Hollande est trop malin pour ne pas déjà songer à nous présenter Julie Gayet en nouvelle Grace Kelly, pronostique un jeune stratège sarkozyste. Il en aura besoin s'il se représente en 2017. Et ce serait une rude concurrence pour Carla Bruni" ("Elysée - Le secret d'un remaniement intime" par Sylvain Courage - "Le Nouvel Observateur" du 30 janvier au 5 février 2014).

            Cependant, Hollande est un plus grand stratège. A peine sorti d'un piège, pourrait-il tomber dans un autre ? Julie Gayet reste une pièce mineure, une des deux Dames, sur un échiquier où règnent le Roi et la Reine.
            "Une chose est sûre avec François : quoi qu'il fasse, ce ne sera jamais ce qu'on attend", constatait récemment Laurent Fabius, alors qu'il était interrogé sur l'éventualité d'un remaniement... ministériel. La réponse concerne aussi l'homme privé, ballotté entre deux foyers pendant plusieurs années, entre deux femmes, entre deux ruptures, entre deux aventures … ("Hollande-Gayet : l'histoire d'un président qui veut vivre sa vie" par Élise Karlin, L'Express, le 16/01/2014).

           Le même jour de la clarification à midi, il avait déjeuné avec son fils aîné, Thomas. Lui aussi a plaidé pour une "séparation rapide"("Le désir de rupture de Hollande " Journal Du Dimanche du  26 janvier 2014). Son fils avocat lui avait-il apporté les félicitations de la famille et leur souhait d'un éventuel remaniement ? Personne ne le sait.

            En attendant, la prochaine exclusivité d'un journal qui ferait grand bruit dans le monde politique nationale et internationale aurait pour titre : "François Hollande a demandé en mariage Ségolène Royal" (Photo à droite).


"Te voilà enfin !  Photo Reuters à Rennes en avril 2012 (deux mois après la victoire de la gauche).

           

ANNEXES

            1.- Extrait de la Note du  14 octobre 2012 : "Le piège de l'amour"

            … François Hollande est dépendant de Valérie Trierweiler qui peut gâcher non seulement sa vie, mais en même temps sa destinée de Président de la République. L’histoire du  tweet  n’est qu’un simple épisode, et le met culpa ne change pas grand’chose.

            Dans un contexte d’incertitude et de jalousie, sa compagne est pressée d’en finir :   "François, épouse-moi vite, qu’est-ce que tu attends, tu ne m’aimes pas vraiment ?".
            Et ce leitmotiv se répèterait  presque chaque nuit. Comment le Président pourrait-il avoir un bon sommeil et une tranquillité d’esprit pour accomplir sa tâche ?

            Personne n’aimerait être à sa place. S’il l’épousait maintenant, il perdrait l’amour de ses enfants et la mère de ses enfants ! S’il ne cédait pas, il endurerait une attaque devenant chaque jour plus agressive de la part de sa compagne.
            Il sait que tout est de sa faute, car il a joué avec l’amour, mais il ne s’en est pas rendu compte auparavant.

            Avec Ségolène Royal, lequel des deux avait opté pour l’union libre ? Probablement par entente tacite, pour avoir plus de liberté et d’indépendance. Or, les complications surgissent encore plus denses quand survient la séparation.

            Dans le dernier livre de la journaliste Michèle Cotta, intitulé "La Rose et le Gris" (Ed. Fayard, Paris 2012), un ouvrage dans lequel Ségolène Royal se confie sur sa longue relation avec le père de ses quatre enfants : « François et moi avons été un couple, et même un couple mythique » et semble faire passer un message à Valérie Trierweiler : « Il lui sera impossible de m'effacer, moi et mes enfants. » 

            Aucun père ne peut ignorer ces liens indissolubles avec ses enfants (et ses petits-enfants) qui meublent son existence, qui l'aident même à évoluer et à grandir depuis leur naissance, s'il a pris la responsabilité de les élever et de les éduquer.

             Il est donc difficile pour le Président de sortir d’un piège qu’il a lui-même construit pièce par pièce ? Les conséquences du jeu d’amour sont inattendues, mais non irrémédiables.  Pourtant, aucun psychologue, psychanalyste ou conseiller conjugal, ne pourrait lui venir en aide. Seul le joueur conscient de son acte peut se défaire de ce qu’il a fait, par un choix crucial lucide.

            Pour le moment, la seule issue conforme au bon sens serait de laisser Valérie Trierweiler retourner dans sa famille avec ses enfants et le père de ses enfants, et de revenir à Ségolène Royal avec ses quatre enfants en célébrant un vrai mariage, comme un homme normal.

            Le Président de la République aurait-il le courage de réagir en regardant la réalité en face ? Faire le choix entre un ego blessé, même mortellement, contre une libération voire une renaissance ! 

            2.- Extrait de la note du 18 juillet 2012 - L'amour de l'amour ou le jeu des ego.

             … Dans le monde occidental, un grand nombre de couples vivent dans une atmosphère d’amour en court-circuit, qui les conduit souvent au divorce (la moitié actuellement). D’autres, continuent à jouer le jeu de l’amour (excepté les rares qui en sont conscients).

            Simone de Beauvoir, traversant une vie d’amour tumultueuse, a distingué l’amour nécessaire en opposition aux amours contingentes, tout en se perdant dans des labyrinthes sans issues. Vers la fin, elle n’a convaincu personne en proclamant que sa relation (son amour nécessaire?) avec Sartre avait été une totale réussite !

            Récemment, les histoires d’amour des couples présidentiels en France ont fait le tour de la presse mondiale et démontrent que ce qu’on appelle l’amour n’est qu’un jeu d’amour.

            Les premiers, l’ex président Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Cette dernière, qui menait une vie d’aventures à la Simone de Beauvoir, a trouvé un nouvel amour, après avoir déclaré que Mick Jagger était l’homme de sa vie ("Mick, Sex and Rock'n'Roll", Editions JC Lattès, Paris, 2012).

            Les seconds, François Hollande et Valérie Trierweiler. Le nouveau Président élu a provoqué la jalousie de sa compagne parce qu’il n’est pas arrivé à oublier sa camarade d’études et la mère de ses quatre enfants. Valérie Trierweiler, en représailles, en est venue à soutenir dans un tweet le dissident socialiste Olivier Falorni face à Ségolène Royal, à qui François Hollande avait apporté son propre appui. Ce soutien à Olivier Falorni, vainqueur au second tour, avait suscité de violents remous au PS et des sarcasmes à droite.

            Tout cela paraît humain et parfaitement normal. Les difficultés incombent aux joueurs qui se sont comportés selon la taille de leur ego.

           Dans la vie d’un couple, qu’il s’agisse de mariage ou d'union libre, les deux partenaires perdent à leur insu leur indépendance, voire leur liberté. Sans de continuelles et de mutuelles concessions, s’engager dans cette grande aventure de l’existence n’est qu’un leurre.

            La seconde illusion, c’est le complexe de Pygmalion, cette croyance de pouvoir modifier son partenaire sous l’influence de son amour. En réalité, celui ou celle qui veut transformer l’autre en modèle idéal se considère comme un créateur (ou une créatrice) qui façonne son objet de désir (sa créature). Ce fantasme n’est pas seulement narcissique mais cache un besoin de domination et de possession.

            La troisième illusion, c’est de se croire plus libres et indépendants en refusant le mariage conventionnel. Or ce fait qui ne profite qu’à l’homme est défavorable pour la femme du fait de son inhérente dépendance affective. L'homme, souvent réputé plus volage, aime tenir la dragée haute à sa compagne par la menace d’abandon. La femme, se sentant perdante dans tous les cas, se montre alors plus possessive et vindicative.

            Vivant dans ce contexte, avec leur caractère altier, pour ne pas dire "mauvais", leur soi-disant amour n’est en réalité qu’un jeu inter ego. Et quand la femme rivalise en ego avec l’homme, il n’y a que le pouvoir qui compte. Comment faut-il faire pour dominer ou posséder l’autre ?

            Dans un rapport de force entre deux ego, il n’y aura aucune place pour l’Amour et pour ce qu’on appelle le Bonheur.

            C’est ce qui est arrivé à François Hollande et Ségolène Royal qui ne voulaient pas d’un mariage nécessaire (selon Simone de Beauvoir) afin de préserver leur liberté et leur indépendance. Or en vivant ensemble, ils ont créé des liens indissolubles sans s’en rendre compte. Ils ne réalisent pas que les enfants font partie de leur vie, et qu’ils deviennent tous complémentaires malgré eux ... Après des rivalités sur la scène politique et las des accrochages à la maison, ils se sont séparés.

           François Hollande trouva ensuite un autre ego, Valérie Trierweiler, ayant presque le même caractère que son ancienne compagne. Une journaliste ambitieuse qui voulait suivre les pas d’Eleanor Roosevelt et de Danièle Mitterrand et qui refusait son rôle de première dame : "Je ne serai pas une potiche", proclame-t-elle dans sa première interview au principal quotidien britannique (le Times, le 9 mai 2012), "Je mourrai journaliste", affirme-t-elle sur le plateau du Grand Journal (Paris Match). Et encore, au micro de France Inter jeudi 7 juin 2012 : "Quand vous dites aux Français que vous ne voulez pas vivre aux frais de l'Etat et que vous ne voulez pas être dépendante financièrement d'un homme, tout le monde le comprend". Ce jeu théâtral médiatisé s’annonçait comme une bravade à l’égard de son compagnon.

          En quittant son mari et ses trois enfants pour un compagnon déjà père de famille, savait-elle que le choix de ce dernier n’était qu’un jeu de défi face à la mère de ses enfants? (François Hollande avait officialisé leur liaison en 2010 dans Gala - site des stars et du gotha - en déclarant : "Valérie est la femme de ma vie"…).

            Le jeu des annonces par l’intermédiaire des médias n’est pas de l’amour mais un échange de passes d’arme entre couples.

            Ses camarades socialistes le croyaient mou à cause de son indécision sur le plan sentimental, déchiré entre deux femmes. Or il semble s’habituer à cette situation (faire avec) parce que ce n’est qu’un jeu dont il croit tenir le bon côté. Ses ennemis politiques l’attaquent en disant qu’il aime pratiquer l’art de l’esquive.

            Probablement, ces gens ne connaissent pas le jeu des échecs qui exige deux partenaires de force égale pour être intéressant. Mais quand un troisième s’en mêle, la partie s’avère injouable. Celui qui croit détenir la victoire devient la victime de son jeu :

            "… Chacune ne pense qu’à l’autre. Qui est la vraie? Laquelle a le pouvoir ? La mère des enfants ? La nouvelle compagne avec ses propres enfants? Une concurrente plus jeune en attente d’enfant ? Mettez la politique dans le coup, et vous obtenez l’affaire sensationnelle du tweet.

            "… Ce n’est plus du vaudeville, mais du Shakespeare. Une seule solution pour sortir de ce cauchemar : une nouvelle prétendante au rôle de première dame de France, un mariage à tout casser, et, vite, un bébé …".

            Les lignes ci-dessus en italique, sont extraites de la Chronique du mois (14 juin 2012) de Philippe Sollers (qui a probablement causé la perte de son travail, après 13 ans passés au Journal du Dimanche.)

            Le constat de la situation semble réaliste, mais le conseil proposé paraît incongru, peu réalisable. En effet, cette recommandation ne fait que compliquer la situation sans rien résoudre.

                        La seule solution à faire pour un Président qui se prétend être normal c’est de se marier normalement, comme tout le monde, avec ... la mère de ses enfants. Les nombreux échecs ont donné à cette dernière une bonne leçon et elle serait tout à fait prête à prendre la place de première dame avec plaisir, sans aucune réserve.

            Quand on croit posséder quelqu’un, c’est l’autre qui vous possède. Les titres des Guignols de l’info (22.06.12) avec les Anonymous : "J’en ai marre des femmes", avec sous-titres : "Ma femme s’appelle reviens" et "L’ex-femme de ma vie", en disent long sur ce jeu ou sur cette comédie.  Et les images ci-contre démontrent nettement de quel côté son cœur se penche (Photo à gauche et en bas à droite, le 6 mai 2012 à la Basstille).

          Un mariage à l’Elysée ferait le bonheur, non seulement de sa vraie famille, mais de ses proches, de ses camarades socialistes et recevrait l’approbation du peuple français et de tous les gens bien intentionnés, les félicitations de la presse du pays et de la presse étrangère, sans compter celles des dirigeants de tous les pays du monde.

            Cet événement historique pourrait être considéré aussi comme un jeu, mais un jeu gagnant, un beau geste en quelque sorte.

             Mais pour que ce vœu se réalise, il faut que le Président normal et sa compagne altière sachent maîtriser leur ego. L’ego ne doit pas être rigide mais souple en évoluant avec le temps, selon les circonstances de l’existence.

            Dans la dynamique du Tao, l’ego peut aller en avant mais doit aussi être capable de reculer, c'est-à-dire être accessible à la réciprocité, sans laquelle l’amour reste fictif.

             Enfin, l’amour est un état mouvant n’ayant ni passé ni futur ; il est dans le présent, en dehors du temps et de l’espace, il est, tout simplement ; l’amour n’est pas un objet de désir qu’on peut rechercher. 

            A ce stade de l'évolution humaine, le thème du diable reste encore tabou, mal compris, malgré les progrès de la science, de la philosophie et de la psychopathologie, ... ce qui empêche toute communication authentique entre les humains, les sociétés et les communautés internationales.

            Si Jean Paul Sartre, qui a éveillé la conscience humaine du XXe siècle, a dit : "L'enfer c'est les autres" (dans la pièce de théâtre "Huis-clos" 1944), on peut le plagier en proclamant : "Le Diable c'est les Autres". C'est déjà un cliché dans le langage populaire, mais l'individu ignore que le diable réside aussi en lui-même.

            En effet, dans l'arène politique ou dans les mass médias, on commet la même lacune. Dans le journal "le Monde" du vendredi 22 novembre 2013, j'ai lu l'article "Parler ou négocier avec le diable" de Gaïdz Minassian concernant la présentation du livre de Pierre GROSSER ("Traiter avec le diable", les vrais enjeux de la diplomatie au XXIe siècle, Odile Jacob 2013). Photo ci-dessous :


            L'auteur de l'article cite l'évolution du concept d'ennemi associé au diable. Le diable change de cible. Pendant la guerre froide,  pour Washington, le diable c'était l'URSS, qualifié  d'"empire du mal", de nos jours il s'agirait de l'Iran, de la Corée du Nord traités d'"états voyous", il y a eu encore  d'autres diables comme Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, ou Ben Laden. La référence du mal absolu reste Hitler …

            L'auteur du livre pense que diplomates et opinions publiques doivent s'affranchir pour ne pas tomber dans le piège des constructions idéologiques artificielles … Aux gouvernants donc de tirer les leçons de l’histoire sans faire des analogies intempestives … Aux opinions publiques de déconstruire la rhétorique compulsive justifiant le discours de fermeté à l’égard de l’ennemi …

            Outre cet effort intellectuel, l'auteur fait l'apologie du discernement pour "réhumaniser" le diable en sortant d'une perspective religieuse du bien et du mal et ensuite s'affranchir de la peur, de la phobie à l'égard de l'autre …

            C'est un ouvrage pour la paix que nous propose le chercheur. Mais à "réhumaniser" ainsi le diable, ne risque-t-on pas de le banaliser, sans voir ce que sa queue peut cacher derrière les détails d'un processus de négociation, conclut l’auteur de l’article susmentionné.

            Essayons aussi de raisonner à la place de l'autre, qu'on nomme le diable ou l'ennemi. Car on oublie ou on ignore que "l'ennemi" voit aussi en son interlocuteur un diable ennemi.

            En fin de compte, il y a toujours deux diables ou deux groupes de diables (dans les négociations internationales). On ne peut le nier en regardant ce qui se passe actuellement dans l'arène politique mondiale. Il est plus adéquat de dire : parler ou négocier entre diables plutôt qu’avec le diable.

            Parler de "réhumaniser" le diable est aussi vain que penser à "moraliser" le diable ! On ne peut pas le banaliser non plus. Il est ce qu'il est, tout simplement, l'Histoire ancienne ou moderne nous l'a démontré. Hitler, le mal absolu, n'est pas la seule référence. Après Hitler, il y a eu des dirigeants plus féroces et plus rusés qui ne risquent pas de passer devant un tribunal de Nuremberg, parce qu'ils font partie des grands diables.

            Naturellement, s'il y a des Etats grands diables, il y a des Etats petits diables qui subissent la loi des premiers. Mais quand ces derniers se révoltent, les premiers doivent négocier, surtout quand il y a risque d'une nouvelle guerre ou d'un nouvel enlisement ...  D'ailleurs, entre les grands, s'il y a des conflits d'intérêts, il leur arrive de se neutraliser, sans le recours aux petits, ou sur le dos de ces derniers. En outre, il faut comprendre que dans la négociation, il y a aussi des marchandages, des redistributions des cartes et même des provocations, des menaces, des chantages, des pénalisations, des embargos économiques ... , ces conséquences néfastes qui échappent toujours aux grands. Le rapport des forces s’avère ainsi très inégal entre les deux catégories et l’art de négocier devient souvent très ardu pour les plus faibles.

            Personne ne peut leur donner des leçons de conduite. Les pays, grand ou petit, possèdent chacun leur destin. Il revient à eux de construire leur destinée en n’ignorant pas la loi de la causalité (qui sème le vent récolte la tempête) et en sachant que la marche de l’Histoire est irréversible. La paix dépend de leurs concitoyens et c’est à eux seuls de décider …

            La paix ne s’annonce qu’à l’horizon lointain de l’évolution humaine, quand certains pays n’utiliseront plus la notion de démocratie comme alibi pour camoufler leurs ambitions politiques, surtout géopolitiques, et quand les citoyens cesseront de se leurrer et de se justifier tout en cherchant l’amour et le bonheur.

            Selon Camus : "Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie." (La chute, page 142, Folio n°10). Tous coupables ? Voulait-il dire quand les pays, grands ou petits, arriveront à réaliser qu’ils sont encore sous la domination du diable, qu’ils sèment la pagaille et le désordre dans le monde en se traitant réciproquement de diable ? (amorce d’un début de sagesse ?).

            De même, dans les cas individuels, se sentir coupable est un début de prise de conscience de l’absurdité de son existence (et non de la Vie en elle-même) : en voulant avoir la paix, l’amour et le bonheur tout en ignorant ou en niant la coexistence en soi du divin et du démon.

             Pour bien vivre, il est nécessaire de négocier avec son diable en admettant à priori cette coexistence. Le but de la vie revient à cette négociation continue avec soi-même et aussi avec les autres, notamment avec ses proches. Aimer l’autre, c’est accepter le côté diable de l’autre. Est-ce aussi simple que cela ? Ce don ou cette grâce n’est pas donné à tout le monde ! Les autres notions compliquées sur la paix, sur l’amour, sur le bonheur, ne sont que de la littérature.

             Lausanne, automne 2013

             A lire :  /1.-les-nations-et-l-ethique (Les Nations et l'Ethique),    /3.-intelligence-et-ethique (3.- Intelligence et Ethique)  et surtout à relire la note ci-dessous datée du 4 mai 2011 : "Le mystère du passage à l'acte".

            "Plaidoyer pour l’altruisme" est le nouveau livre de Matthieu Ricard, présenté par l’Hebdo du 19 septembre 2013.
            J’ai lu une autre critique du même livre dans le magazine "Psychologie" N° 333 du mois d’octobre 2013, puis encore une autre dans le quotidien "24 Heures" du samedi 19-20 octobre 2013.

           Evidemment, pour bien vivre avec vos semblables, il vous faut toujours une dose d’altruisme, de bienveillance, et même d’amour, tout au long de votre existence et non seulement en temps de crise économique, sociale ou existentielle …

            Sinon, pour être heureux et bien dans votre peau, vous devriez continuer à consulter, successivement des plaidoyers ou des éloges : du bonheur, de l’oubli, de la faiblesse, de la sérénité, de la clairvoyance, etc., etc., selon l’inspiration de chaque philosophe.

            Matthieu Ricard a mené une vie extraordinaire parmi les gens ordinaires. Son parcours essemé d’études sur soi pour se perfectionner, écrire des livres, ainsi que d'actions caritatives diverses, de l’aide aux pauvres et aux enfants à la construction des ponts. Karuna Schechen, la Fondation qu’il a créée, soutient aujourd’hui 130 projets au Tibet, au Népal et dans le Nord de l’Inde, surtout dans le domaine de la santé et de l’éducation.

            Plus que jamais, il croit en l’altruisme, il le mûrit et cherche à la propager dans le monde (Caroline Rieder, quotidien cité).

            Ayant à la fois une culture orientale et occidentale, mais tout en gardant l’esprit oriental naturellement dialectique, je n'ai pas l'intention de faire une critique des contradictions opposant les conceptions du moine bouddhiste et son acquis scientifique. Je laisse cela à la rationalité cartésienne propre à nombre de philosophes français chez qui l’analyse prend le pas sur la synthèse. Or, le pourquoi est plus important que le comment dans la recherche d’une solution.

            Ainsi, j’aime bien la question que pose Méphisto à Faust au sujet de l’intelligence :    "Qu’est-ce qui empêche l’intelligence de fonctionner ?" (dans "Faust" de Goethe). Nous pouvons emprunter la même formule : "Qu’est-ce qui empêche l’altruisme de bien se manifester ?". 
            Nous touchons là au cœur du problème, car les termes : altruisme, bonheur, sérénité, … indiquent des conséquences et non des causes.

            Relevons entre parenthèses, la médecine occidentale traite en général les conséquences avant d’avoir décelé la cause, en prescrivant des médicaments spécifiques à chaque symptôme, sans tenir compte de la nocivité des effets secondaires, dans un cercle vicieux difficile à dépasser. Mais cela est une autre histoire comme l’a dit Kipling.

            Pour revenir à notre sujet, la pensée bouddhique est directe. Le mot bouddha signifie "celui qui est sorti de l’ignorance", "l'éveillé"- et non "l'illuminé", terme péjoratif de la traduction française correspondant plus ou moins à "fou" ou à "qui a l’esprit dérangé" selon l'acceptation populaire …

            Mais de quelle ignorance s'agit-il ? C’est l’incapacité à faire la distinction entre le non-moi et le moi, car le non-moi est une construction, qui n’est pas le vrai moi.
            Voilà l’essentiel, avec la difficulté d'en saisir le sens réel !

            Essayons un peu avec un autre langage : un moi existentiel et un moi essentiel. Un moi existentiel est un moi vécu, avec ses pulsions bonnes et mauvaises, créatrices et destructrices, qui constituent le "Karma", et un moi essentiel, une force supérieure inséparable de l’autre.

            Selon Platon, il existe deux âmes, une existentielle et une essentielle, tandis que d’autres philosophes n’en voient qu’une. Pascal en voit deux, Descartes n’en voit qu’une. Selon leur point de vue, et ils avaient chacun raison.

            Ce n’est qu’en cas de conflits existentiels que la personne concernée sent cette distinction séparatrice. Un névrosé en est conscient : "J’ai deux personnes en moi". Dans les cas psychotiques extrêmes comme la schizophrénie, il y a dissociation inconsciente, nette, entre les deux : "Je suis Dieu !", ou "Je suis le Diable en personne!".

            En réalité, il y a déjà beaucoup de doutes dans l’esprit contemporain et depuis la prolifération multiple des sciences psychiatriques, psychanalytiques, psychothérapiques, on a trouvé, grâce aux médias, le vrai coupable : l’ego. Mais on en fait un sujet de plaisanterie plutôt qu’un sujet d’étude : "Cela flatte mon ego !", ou "Son ego en prend un coup!".
            Je n’ai pas encore su s’il y a quelqu’un qui a eu l’idée de sortir un livre avec ce titre : "À bas l’ego !" ou "Plaidoyer pour l’ego !".

            Dans nos relations interpersonnelles de chaque jour, qu’est-ce qui nous dérange le plus ? L’arrogance de notre interlocuteur, l’exhibitionnisme d’une allumeuse ou l’air fuyant d’un quidam ? C’est plutôt leur ego qui nous intrigue et non leur altruisme, leur avarice ou leur cupidité … Pourtant, il nous faut en tout cas se mettre au diapason de notre entourage, vivre avec l’air du temps.

            Cependant, si nous voulons et prenons le temps de comprendre le pourquoi, essayons d’aller au fond des choses. Il est primordial de reconnaître que le moi-je ou l’ego n’est qu’une construction, car on ne peut détruire une chose que l’on a construite, comme l'a montrée la destinée humaine. Chez les gens actifs, c’est la créativité, sous n’importe quelle forme, qui peut souvent les sauver. Tandis que la plupart des individus passifs se laissent miner par la dépression, vieillir avant l’âge ou mourir à petit feu.

            Il s'agit si possible, laisser de côté nos convictions, nos valeurs traditionnelles, nos acquis académiques pour nous demander : "Qui suis-je ?" ou plus simplement : "Mon ego est-il mon vrai moi ?". Mais je complique les choses : c’est la question :"Qui suis-je?"qui est la plus simple, comme se le demandent certains philosophes. Cependant comme l’on n’aime pas se torturer les méninges contrairement à eux, on la laisse passer. 

            Quand le poète brésilien Jorge Luis Borges dit : "Toute destinée, si longue et si compliquée soit-elle, compte en réalité un seul moment, celui où l'homme sait une fois pour toute qui il est" ("Extrait de Suere"), il faut une âme poétique pour en saisir toute la profondeur.   

            Je pense aussi à Tchouang-Tseu, ce taoïste du IV e siècle qui a dit : "L’homme parfait est sans le moi" ce que je traduis par : "L’homme parfait est sans ego". Mais comme aucun homme n’est parfait en ce monde, il doit se contenter d’un ego le plus petit possible. Mais comment y arriver ?

            Dans la culture orientale, "l’humilité est le début de la sagesse", dit Confucius. Au Japon, le fait de s’incliner devant son interlocuteur, son hôte ou son adversaire de combat est un comportement habituel. Avant la rencontre ou l’affrontement se manifeste d'abord le respect pour autrui.

            Or dans la pratique, les gens sans mesure tombent souvent d’un extrême à l’autre. Ils sont si nombreux qu’on traite les uns de faibles de caractère, et les autres de dangereux fauteurs de troubles.

            En Occident, certain philosophe a même fait "l'éloge de la faiblesse" face à la violence contemporaine. Tandis qu’actuellement, même en Chine, cet acte d’humilité correspond au comportement passif d’un non engagé politiquement. Pourtant, ce pays réprime fortement ceux qui sont trop actifs et réformistes. Ainsi, il perd cette tradition ancestrale qui est encore en vigueur au Japon. Toutefois, personne n’oublie la cruauté japonaise exercée, surtout en Chine, pendant la Seconde guerre mondiale.

            Faut-il en déduire que dans chaque nation, orientale ou occidentale, il y a un côté ange et un côté démon, comme en chaque individu. Et comme en chaque individu, ces deux côtés coexistent. L’individu les nie parce qu’il a peur à la fois du démon et du divin en lui, qu’il relègue dès lors au dehors. Tandis que pour certaines nations dites civilisées, c’est souvent une manière commode d’attribuer le rôle de démon, de voyou ou de terroriste aux individus ou aux nations les plus faibles ou dénués de moyens de défense. Quant au divin, c’est l’affaire des sectes et des églises.

            Il faut reconnaître que de l’individu à la société, à la nation, plus on monte, plus le sens de l’éthique se dilue dans la masse. Pourtant certains pays se targuent de leurs valeurs en parlant de démocratie. Ce dernier mot me rappelle la définition de Camus : "Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie." (La chute, p.142, Folio n°10). Quant aux coupables, "l'enfer c’est les autres", comme le dit ce trouble-fête Jean Paul Sartre !

            Dans le contexte actuel, à ce stade du progrès humain, où sévissent encore la guerre, les dommages collatéraux et les crises économiques, parler d’altruisme aux nations c’est comme prêcher dans le désert. Surtout avec ces "nations à l’ego démesuré" qui oublient les leçons de l’Histoire, qui continuent à s'accrocher : leurs échecs programmés en fabriquant des adversaires qu’ils sont censés combattre.

            Il est plus urgent de faire comprendre aux individus qui constituent ces nations la cause du défaut d’altruisme, ce qu’on appelle avant l’individualisme est actuellement nommé l’égotisme, avec une certaine insouciance, car "L’ego c’est moi" et "Je suis comme je suis". C’est à prendre ou à laisser, semblent-ils vous dire.

            De quoi Einstein se mêlait-il en disant : "La vraie valeur d'un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du moi" (Albert Einstein - Comment je vois le monde).

            Libérer le moi revient à se libérer de l’ego. Car  l’ego est bien le point faible de la personne humaine. Toutefois, l’individu confond souvent l’ego avec le moi, voilà le vrai problème. C’est bien l’ego qui empêche l’altruisme, qui tue l’amour, qui fait obstacle au bonheur, qui éloigne la sérénité. Ignorance ou Inconscience ? Jean Jacques Rousseau parle d’aveuglement ( Emile, De l'éducation).

            Le seul remède est de réduire autant que possible cet ego encombrant et nuisible par l’humilité comme nous l’avons dit plus haut. Mais le fait de vouloir ou pouvoir réduire cet ego ne suffit pas si nous ne savons pas comment agir en conséquence.

            L'Occident interprète l'humilité comme une qualité statique, tandis que pour le sage oriental elle est mouvante, tantôt yin tantôt yang suivant les circonstances.

            L'anecdote suivante montre l'apprentissage du "maintien" selon Lao-Tseu, d'après Lie Tseu, un disciple de Tchuang-Tseu :

            Yang Tchou se rendait au sud à Pei, tandis que Lao Tseu voyageait à l'Ouest vers le pays de Ts'in. Comme il cherchait sa route, le premier arriva près de Liang, où il rencontra Lao Tseu. Celui-ci, au milieu du chemin, regarda le ciel en soupirant et dit : "Jadis, j'ai cru pouvoir t'instruire, maintenant je vois que c'est impossible." Yang Tchou ne répondit pas.

            Ils arrivèrent dans une auberge. Là, dès que Yang Tchou eut fini de se laver, de se rincer la bouche, de se sécher et de se peigner, il ôta ses chaussures devant la porte, se rendit à genoux auprès de Lao Tseu et l'implora : "Maître, tout à l'heure vous avez regardé le ciel en soupirant et vous avez dit : Jadis, j'ai cru pouvoir t'instruire, mais maintenant je vois que c'est impossible. Or, je désirerais vous voir, Maître, m'en instruire par un mot. Pendant notre marche, une explication n'aurait pas été opportune; ainsi je n'osais pas vous la demander. Maintenant, vous avez le loisir de le faire. Dites-moi, je vous prie, quelles sont mes fautes?" Lao Tseu dit : "Dans ton regard, il y a quelque chose de suffisant, tant et si bien que personne n'aime rester en ta compagnie. La grande blancheur est comme une tache et la vertu abondante insuffisante."

            Yang Tchou gêné, changea de contenance et dit : "Vénérable, je vous obéis." A son arrivée, la veille, l'aubergiste était allé à sa rencontre, son père avait préparé la natte, sa femme avait apporté serviette et peigne, les clients lui avaient cédé les meilleures places et le cuisinier lui avait cédé un coin du foyer. Mais lorsqu'il revint après son entretien avec Lao Tseu avec un air très humilié, les clients lui disputèrent les bonnes places ("Le vrai classique du vide parfait", Lie Tseu, Collection Idées, Gallimard, NRF, Paris, 1976).

            En effet, Yang Tchou avait mal compris la leçon, à cause de sa rigidité. Avant, il avait montré sa suffisance devant le Maître comme devant l'aubergiste, ce qui avait impressionné le dernier, mais indisposé le premier. Après, quand il voulut manifester son humilité envers le Maître comme envers l'aubergiste, le résultat fut décevant, ce dernier croyant avoir affaire à un minable. 
            En réalité, l'humilité, par un effacement de l'ego, doit conduire à un comportement adéquat et flexible, pratiqué selon les personnes rencontrées, et suivant les circonstances advenues.

            Leukerbad, automne 2013.


            Lu dans le quotidien romand « 24 HEURES » du vendredi 20 septembre 2013 à la rubrique "Histoire", page 36 :
            « II fait l’actualité le 20 septembre ... 1946.  Churchill veut les Etats-Unis d'Europe »

             CE JOUR-LÀ 
            Tiré de la « Feuille d'Avis de Lausanne » du 20 septembre 1946.

            A Zurich, le "Vieux lion" prononce un discours prônant la réconciliation franco-allemande comme préalable à la création d’une grande organisation européenne. 

            "De vastes régions (d'Europe) offrent l'aspect d'une masse d'êtres humains torturés, affamés, sanglotant et malheureux, qui vivent dans les ruines de leurs villes et de leurs maisons", lit-on dans la Feuille d'Avis de Lausanne du 20 septembre 1946. Ces mots sont sortis de la bouche de Winston Churchill, ex-premier ministre britannique, le jour précédent, à l'Université de Zurich.

            Le héros de la Seconde Guerre mondiale poursuit en affirmant qu'il existe un remède à la répétition des horreurs de la guerre : "Il consiste a recréer la famille européenne ( ... ) puis de l'élever de telle sorte qu'elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. II nous faudrait édifier une sorte d'Etats-Unis d'Europe." 
            Le correspondant du quotidien Lausannois ne se trompe pas, en écrivant que ce discours  "demeurera dans les anales de la politique européenne".

            Car, sur tout le continent, ils furent nombreux à s'étrangler en lisant, moins d'un an et demi après 1a capitulation du IIIe Reich, que "le premier pas vers la création de la famille européenne doit consister à faire de la France et l’Allemagne des partenaires". Les cicatrices du conflit étaient bien trop fraîches pour que l'idée d'une Europe unie soit acceptée d'emblée. Mais moins d'un an plus tard, le premier congrès de l’Union européenne des fédéralistes  se tenait à Montreux, revendiquant la constitution d'un gouvernement fédéral européen. G.SD 

            Article paru le 20 septembre 1946 dans la Feuille d’Avis de Lausanne.
            Archives consultables sur http://scriptorium.bcu-lausanne.ch 
 
            Revue de presses de cette époque :

            Grande-Bretagne. Dans la presse Le Times déclare que M. Churchill "a parlé en tant qu'homme sans responsabilité pour la politique de son pays". 
            Pour le Daily Mail "l’homme et la femme de la rue sauront que ce que M. Churchill a dit à Zurich était sensé et vrai. Personne ne sous-estimera les difficultés." 
            De son côté, le Manchester Guardian écrit : "M. Churchill a certainement donne hier à l'Europe un conseil mûrement réfléchi", mais se demande si "1'Europe est en humeur d'accepter ce conseil". 
            Paris. Désaccord.  Pour L'Humanité, "le vieux renard sait ce qu'il fait. Il tente d'enflammer  l'opinion avec de vagues idées générales qui recouvrent de sordides réalités. ( ... ) Quand il demande «un acte béni d'oubli» à l'égard de 1'Allemagne, il spécule sur les bons sentiments de notre peuple, mais il feint d'oublier que ce peuple s'épuise et peine en vain, parce que la Grande-Bretagne lui refuse le charbon allemand."

            Churchill était un visionnaire, un vrai homme d'état. À propos de l'accord de Munich il a dit : "Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre".

            Ce XXIe siècle manque d'hommes d'envergure comme lui. Les Chefs des gouvernements actuels paraissent être de pâles figures. On a la nostalgie des personnages comme Nehru, Nasser, de Gaule, Adenauer, Mitterand …

           Quant à l'Union européenne, elle marche cahin-caha, et les Nations unies, désunies par un renouveau de guerre froide, ... et chaude ! On regrette le 2e Secrétaire général suédois Dag Hammarskjöld (1905 -1961), mort en fonction, par un accident d'avion suspect, pas encore bien éclairci. La mort de Dag Hammarskjöld créa une grande émotion à travers le monde, en particulier dans les pays du Tiers Monde (source Wikipedia).

         À voir : /derni-c3-a8re-chance-pour-l-onu (Dernière chance pour l'ONU)   

            Le quotidien Suisse romand "24 HEURES a publié le mercredi 11 septembre 2013 un article sur la Syrie intitulé : "Contrôler l'arsenal syrien ?, l'idée est diabolique !" L'initiative russe laisse perplexe le milieu des experts en armement. L'ONU risque de se faire balader. (Par André Allemand).

             "Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a proposé à la Syrie de placer son arsenal chimique sous contrôle international, son homologue français, Laurent Fabius, s'est empressé hier d'annoncer la présentation au Conseil de sécurité de l'ONU d'un projet de résolution prévoyant la destruction de ces armes. Et cela, sous la menace d'une intervention militaire (Il l'a effectivement déposé le projet le mardi 10 septembre 2013, selon "L'Express" du même jour : Syrie: l'attitude de "fermeté réfléchie" de la France.)

             Quoiqu'il en soit, la possible mise sous contrôle de l'arsenal chimique syrien représente une superbe porte de sortie pour la communauté internationale.

            Pourtant, l'initiative russe n'emballe pas le spécialiste des armes chimiques. A la Fondation pour la recherche stratégique, le chercheur Olivier Lepick la juge même «diabolique», car «il faut au minimum une bonne dizaine d'années pour conduire un tel programme», assure- t-il dans les colonnes du Figaro. Sans compter que Damas aura mille et une occasions de balader la communauté internationale, comme jadis l'Irak de Saddam Hussein jouait avec les inspecteurs nucléaires de l'AIEA. 

             Concrètement, il faudra forcer en effet la Syrie à ratifier la Convention sur l'interdiction des armes chimiques (ClAC), le traité qui bannit depuis 1997 la mise au point, la fabrication, le stockage, et l’usage d’un tel arsenal. Puis presser Damas d'établir un inventaire détaillé de ses stocks, qui seraient répartis sur quarante sites. Le régime possède plus de 1000 tonnes d'agents chimiques, selon les services français. Notamment de l'ypérite (gaz moutarde) et des agents neurotoxiques comme le sarin et le VX. 

             Quant à créer des zones supervisées par l'ONU, comme le souhaite son Secrétaire général, Ban Ki-moon, cela revient à déplacer les stocks chimiques (très dangereux pour la population civile) ou développer d’innombrables zones tampon autour des sites sensibles (ce qui requiert des troupes considérables). Après quoi, il faudra détruire les stocks, donc bâtir des usines où les agents toxiques seront incinérés ou traités par neutralisation chimique. Une entreprise de longue haleine. Les Etats-Unis et la Russie, qui s'étaient engages dans les années 1990 démanteler leurs arsenaux chimiques, n'ont toujours pas terminé. Bref, à y regarder de plus près, l'initiative russe ressemble à une fausse bonne idée. Ou à un vrai mouvement tactique."

            (La première Convention interdisant la mise au point, l'acquisition et l'emploi des armes bactériologiques est datée le 10 avril 1972 selon Wikipedia). 

             Saisissant aussitôt la perche de sauvetage, Bachar Al-Assad a posé jeudi 12 septembre au soir ses conditions pour son adhésion à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques dans une interview accordée à la télévision russe. (Le Monde du vendredi 13.9.13).

             Or selon les nouvelles du « Télétexte» de la chaîne TRS1 de la Suisse romande, "L’ONU a annoncé le même jeudi avoir reçu une demande d’adhésion de la Syrie à la Convention de 1993 sur l’interdiction des armes chimiques. Le Secrétaire Général de l’ONU s’est félicité de cette initiative. La convention sur l’interdiction des armes chimiques entrée en vigueur le 20 avril 1997, interdit notamment la fabrication, le stockage et l’utilisation des armes chimiques.
             Plus tôt le jeudi, le président Bachar Al-Assad avait indiqué dans un entretien accordé à un média russe, que la Syrie allait envoyer un message à l’ONU pour l'interdiction des armes chimiques."

             L'ONU a confirmé samedi avoir reçu "un dossier complet d'adhésion de la Syrie à la Convention pour l'interdiction des armes chimiques, qui sera effective dans 30 jours. La convention entrera en vigueur le 30e jour suivant le dépôt de la demande d'adhésion de la République arabe syrienne, soit le 14 octobre 2013", précisent les services du Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, dans un communiqué." (JDD du 14/09/2013.)
                 
            Un accusé qui pose des conditions pour son adhésion à la convention sur l'interdiction des armes chimiques, puis sans attendre la réponse, se hâte de demander l’adhésion, pour ensuite envoyer un message à l’ONU pour l'interdiction des armes chimiques !

             Cette tactique prend de court Ban Ki-moon, qui après avoir accueilli favorablement l’initiative syrienne, se hâte d’accuser le jour suivant Bachar Al-Assad de "crimes contre l'humanité" (Le Monde du 13.09.2013).  

            Le Figaro du 14/09/2013 (par Louis d'Amonville) annonce la nouvelle que le Journal du Dimanche français considère déjà le 13 septembre 2013 comme peu probable : « Syrie, le grand bluff ? » :
            « Les États-Unis et la Russie s'accordent sur les armes chimiques syriennes » :
            Damas doit fournir une liste précise de ses stocks. Le recours à la force ne figure pas dans ce plan. L'objectif est de retirer les armes chimiques syriennes à la mi-2014.

            Les Etats-Unis et la Russie sont parvenus à un accord samedi sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien. Les chefs des deux diplomaties, John Kerry et Sergueï Lavrov, étaient réunis à Genève depuis jeudi. Leurs échanges avaient repris samedi matin après une seconde journée infructueuse. Samedi, Washington et Moscou se sont donc entendus sur le nombre et le type d'armes chimiques pour lesquelles la Syrie doit fournir une liste précise d'ici une semaine, a déclaré le secrétaire d'Etat américain. Les deux pays sont d'accord sur «la méthode à appliquer pour l'élimination des armes chimiques» et appellent Damas à autoriser les experts de l'ONU à inspecter tous les sites de stockage, a-t-il ajouté."  

            Le seul gagnant de cet accord serait probablement Bachar Al-Assad, car ce dernier possède un atout premier, un moyen de chantage. Pourquoi après avoir posé des conditions pour son adhésion à la Convention, se hâte-t-il le même jour de demander l’adhésion pour ensuite menacer d'envoyer un message à l’ONU pour l'interdiction des armes chimiques ! (cité en haut).

            Devant l'Assemblée générale de l'ONU, il demanderait - sans rire - que les autres membres ici présents devraient aussi respecter rigoureusement les clauses de cette Convention. Or, les Etats-Unis et la Russie, qui s'étaient engagés dans les années 1990 à démanteler leurs arsenaux chimiques, n'ont toujours pas terminé (cité en haut), de même que d'autres pays. Non seulement ils ne respectent pas les résolutions recommandées sur les armes chimiques, ils en fabriquent davantage avec d'autres armes plus meurtrières et les vendent librement.

            Si, poursuivant son plan machiavélique, le président syrien, acculé, disait que son pays, ne possédant pas les moyens de fabrication des gaz, devait en acheter ailleurs, et présentait les pièces justificatives de ses achats successifs, cela provoquerait un tollé sans précédent dans l'Assemblée générale et ferait trembler de peur les vendeurs coupables. 

            Dans l'arène politique mondiale, le sens de l'éthique n'existe pas. Vouloir démocratiser l'ensemble des pays du monde, surtout en Asie et au Moyen-Orient, cache subtilement une stratégie géopolitique, en essayant de justifier à tout prix la bonne conscience par une mauvaise conscience. C'est presque un cliché, un lieu commun qui ne dérange nullement les inconscients ou ceux qui sont de mauvaise foi.

            Si le président Obama s'est montré si peu enthousiaste à l'idée d'une opération militaire contre Bachar qu'il est pourtant en train de décider, semble-t-il, c'est d'abord parce qu'il ne voulait pas engager les Etats-Unis dans un troisième conflit, après l'Irak et l'Afghanistan (à droite : Humour suisse, dessin de Mix et Rémix, "LeMatinDimanche" le 8 septembre 2013).
            Cette réticence n'est pas appréciée par le président François Hollande, conseillé par son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius ("Syrie : Hollande ne désarme pas" titre le JDD du15 septembre 2013). A droite, Alain Juppé, et
au centre droit, Jean Louis Boorlo, sont sur la même ligne de la présidence (Ci-dessous à gauche : Caricature de Ranson dans l'article "La triple humiliation de Hollande" par Michel Colomès (Le Point du 13 septembre 2013). Sur la pancarte du pédalo de Hollande : "J'ai avancé trop vite, j'ai semé les Américains en route".

            En Allemagne, en réponse à une question écrite des députés du parti de gauche radicale Die Linke, le ministère de l'Économie a reconnu que Berlin avait accordé son feu vert à l'exportation en Syrie de plusieurs dizaines de tonnes de produits chimiques, comme du fluorure de sodium ou du fluorure d'hydrogène, entre 2002 et 2006…. Le gouvernement allemand a justifié mercredi l'autorisation d'exportation de produits chimiques alors que la presse assurait qu'ils pouvaient être utilisés pour fabriquer des armes non-conventionnelles (AFP, publié le 18/09/2013.)

            Pourquoi y a-t-il des "va-t-en-guerre" en période de crise économique ? Et les indices boursières montent en cas de guerre ? Ceci peut-il expliquer cela ? En tout cas ce n'est pas tout le monde qui en profite.  

            Quand aux conséquences désastreuses, et les effets pervers néfastes ? Ce sont les  "autres" qui vont subir, quant  à  "nous", on a "notre bonne conscience" ! On peut dormir tranquille ! Aux "bienpensants" de se torturer les méninges ! (Voir dessin de BURKI en bas).

            Le pape de ces pauvres, François 1er, qui a probablement compris les motivations inavouées de ces pays producteurs, dénonça une deuxième fois la vente des armes :            

            "Syrie : le pape François dénonce les "guerres commerciales" pour vendre des armes :
            Le pape François a déjà réaffirmé dimanche sa ferme opposition à la guerre en Syrie, dénonçant la "prolifération" des guerres pour vendre des armes et appelant les responsables à "une juste solution au conflit fratricide." (L'Express,
publié le 08/09/2013).

            De même, dans Le Nouvel Obs. du 09-09-2013 : "Le souverain pontife a condamné la prolifération des armes et évoqué un conflit "commercial". On est bien loin des conflits de civilisation ou de religions.


            La première fois, dans le même hebdo, un autre article publié le 06-09-2013 a posé la question : "SYRIE. Le pape François, activiste pacifiste numéro un... pour quel résultat ?". 

            Question stupide ! Le Chef suprême des chrétiens a osé dire ces vérités qui dérangent. Tant pis si on le surnomme "le Pape rouge" comme on a traité jadis l'évêque rouge Dom Helder Camara de communiste (Cf.- 2.- Foi et Ethique). 


  HUMOUR SUISSE 

Dessin de  BURKI  dans le quotidien "24 HEURES"  du 13 sept. 2013 à l'occasion du décès d'Albert Jacquard.

            Il s'y est probablement égaré, car au Ciel ... personne n'a besoin de lui, et à l'Enfer ... il serait pourchassé sans ménagement ...  Reste le désert ... sur Terre.  A voir  :  /4.-science-et-ethique, /5.-science-et-conscience.

            ANNEXE

            Dans le « Télétexte» de la chaîne TRS1 de la Suisse romande du 17 septembre 2013 : 
            "Carla del Ponte membre de la Commission d'enquête de l'ONU sur la violation des droits de l'homme en Syrie, a assuré lundi à la RTS que plus de 50% des rebelles syriens sont jihadistes … Dans son dernier rapport, la Commission accuse le régime de crime contre l'humanité et les rebelles de crime de guerre …"

            Quelle différence entre crime de guerre et crime contre l'humanité ? Faire la guerre sous n'importe quel motif c'est aussi un crime contre l'humanité.
            "
Pour le pape François, une intervention militaire occidentale en Syrie serait "une défaite de l'humanité". . . . En marge d'une veillée de prière pour la Syrie, le souverain pontife s'est clairement positionné contre toute intervention militaire occidentale dans le pays de Bachar el-Assad. Et a appelé a chercher "une autre voie". (Publié par "L'Express" le 07/09/2013).

(Le pape François ci-contre : Photo Reuters/Tony Gentil.)

            "My God ! On ne comprend plus rien : qui sont les bons, qui sont les méchants - les anges et les démons",
            "Les lunettes manichéennes vous permettent-elles encore d'y voir clair ? Même les lecteurs du Monde ont le vertige",
            "Le camp du bien, le camp du mal ? Jusqu'à ce qu'on intervertisse les rôles",
            "Les militaires font d'excellents méchants, mais les islamistes aussi. C'est selon. Chacun son tour (au sujet de l'Egypte).
            "Sur la tragédie syrienne aussi, on a plaqué une vision en noir et blanc attentoire à la réalité",
            "Comment, à force de bonne conscience, on a rendu la tragédie syrienne paroxystique".
            Tels sont les sous-titres de l'article de Thomas Vallières sur l'Egypte et la Syrie : "Faut-il occulter ces vérités qui dérangent ?" ("Le Nouveau Marianne" du 24 au 30 août 2013).

            Les lecteurs des médias sont perplexes. Il est difficile d'y voir clair entre les démocrates laïcs et les fondamentalistes, les islamistes, les Jihadistes et ceux d'Al-Qaïda qui prolifèrent depuis les guerres contre l'Afghanistan et l'Irak.

            Les pays occidentaux qui sont impliqués rêvent encore de trouver des islamistes modérés, comme des talibans modérés, comme jadis des Viêt-Cong modérés …

            Et pendant ce temps, "le malheur des uns fait le bonheur des autres", la Terre continue à tourner autour du Soleil, les saisons se succèdent …

            Ainsi va la Vie ! Ma petite-fille Aube s'écria - à 6 ans et demi - alors qu'elle était fâchée : "C'est nul la Vie, il y a les gens mal polis, les voleurs et la mort." C'est un peu exagéré, mais n'a-t-on pas dit que la vérité (ou la réalité ?) sorte parfois de la bouche d'un enfant ? (qui n'est encore qu'au début de son existence !).  A voir : Ma petite fille et la violence
2.- L'art d'être grand-père.
 

            Le voyage du pape François au Brésil, le 22 juillet à l'occasion des XXVIIIème Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), fut tumultueux au début.

            Des manifestations contre la vie chère et la corruption étaient venues perturber le premier jour. Le saint Père se trouva chahuté entre les manifestations sociales qui profitaient de l'événement pour se faire entendre. Certaines protestaient contre le coût onéreux de la visite. Les services d’ordre furent débordés.  Le cortège papal se trompa de chemin et fut bloqué à plusieurs reprises. Malgré ces inconvénients, le pape restait imperturbable et souriant, goûtant le contact avec la foule.

            Après une journée de repos, François 1er continua le mercredi 24 son itinéraire sur les chapeaux de roue avec un déplacement au sanctuaire de Notre-Dame de la Conception d'Aparecida, à quelque 200 km de Rio. Dans son homélie, le pape mit en garde la jeunesse contre les "idoles éphémères" de l'argent ou du pouvoir. Puis il multiplia les rencontres avec la population, et aussi avec les habitants d'une favela, d'anciens drogués ou des détenus.
            Pape infatigable qui épuise  jusqu’à son entourage, François 1er continua vendredi à Rio son marathon de rencontres avec des jeunes en liesse.

            Samedi 27 juillet, commença la rencontre avec la classe dirigeante du Brésil au Théâtre municipal de Rio de Janeiro.
            Le soir, lors d'une gigantesque veillée de prière sur la plage de Copacabana, il a appelé les jeunes à "changer le monde". Le Vatican a fait état d'une affluence supérieure à trois millions de personnes, pèlerins venus de 170 pays se mélangeant aux habitants venus voir le pape argentin pour son premier voyage à l'étranger depuis son élection en mars dernier.

            Dimanche, le pape François a célébré la messe de clôture des 28e Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) devant une foule immense estimée à environ trois millions de fidèles massés sur la plage de Copacabana. Le pape s'adressait aux jeunes mais aussi à tout le continent en insistant sur la dimension sociale et éthique de l'Eglise catholique.
            La présidente du Brésil Dilma Rousseff, la présidente argentine Cristina Kirchner et le président bolivien Evo Morales, ont assisté à l'office sur la plage, surveillée de près par cinq bâtiments de la Marine brésilienne. Soixante cardinaux, 1500 évêques et 11000 prêtres étaient présents, selon le Vatican.
            Le pape a ensuite rencontré dans l'après-midi le comité de coordination du Conseil épiscopal latino-américain.

            Avant d'embarquer dans un avion pour Rome dans la soirée, le pape François a invité les jeunes chrétiens à "bâtir une civilisation de l'amour" en combattant l'égoïsme, l'intolérance et la haine. (Photo ci-dessous : Le pape donne un interview aux journalistes dans l'avion de retour).

            Le premier pape sud-américain de l'Histoire a achevé ainsi le premier voyage à l'étranger de son pontificat au cours duquel il avait fait preuve à 76 ans d'une énergie débordante. Selon le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi : "le pape a montré durant ce voyage une énergie incroyable ! On verra jusqu’à quel point on réussit à le suivre et jusqu’à quand il conservera ce niveau d’énergie".

             D'après "Le Figaro" du 14 août 2013, depuis son retour des JMJ de Rio, le pape ne quitte pas le Vatican. A l'inverse de ses prédécesseurs, François a en effet décidé de ne pas prendre de vacances - c'est son habitude depuis toujours.
Au début de son élection au Vatican, des ragots ont circulé sur sa santé : "On lui a enlevé un bout de poumon, il ne tiendra pas le coup". (Cf. note précédente : 24 mars 2013 "Priez pour moi").
Or, le voyage au Brésil a démontré que le souverain pontife était infatigable, malgré ses 79 ans.

            Je ne suis pas "papa maniaque" mais l’énergie  physique de François I force mon admiration, dans cette société occidentale où nombre de jeunes responsables politiques ou autres se plaignent souvent de stress ou de "burn-out".

            Par association avec cette question de "poumon",  je pense au cas de mon aîné, le Docteur Nguyễn Khắc Viện (1913-1997) qui, grâce à la respiration abdominale, a pu prolonger sa vie durant presque un demi-siècle (1949 -1997).

            Etudiant en médecine en troisième année de la Faculté de Médecine de Hanoi (de 1934 à 1937), il continua (de 1937 à 1940) ses études à Paris où il obtint en 1940 un Doctorat interne en pédiatrie et un Doctorat en médecine des pays tropicaux.
En 1942, atteint de tuberculose, il est hospitalisé au sanatorium Saint Hilaire du Touvet (Grenoble), et sorti au bout de 6 mois de traitement.

            Après une rechute grave en 1943 de la même maladie pulmonaire, il est hospitalisé de nouveau au Sanatorium où il resta 5 ans. Il tira profit de ce long séjour pour étudier des œuvres philosophiques occidentales et orientales, tout en militant pour l’indépendance son pays. (Il était engagé politiquement depuis 1940, et fut expulsé de France en 1963).

            Au cours de nombreuses opérations, il avait subi 7 ablations de poumon, perdu 8 côtes, et son volume respiratoire se réduisait à 1 litre (au lieu de 4,5 l chez une personne en bonne santé). Avec un demi-poumon restant et un poids de 40 kg, son médecin traitant, spécialiste de l’époque, lui avait prédit une survie de 12 mois au plus.
            Cependant, le docteur Nguyễn Khắc Viện, doté d’une grande force vitale malgré son piteux état de santé, n'acceptait pas ce diagnostic. Au cours de ses lectures des bouquins orientaux, il avait découvert le Yoga et y avait trouvé un moyen efficace pour se soigner.  

            La science yogique possède sa propre technologie consistant en diverses méthodes et techniques impliquant le corps, la respiration et le mental.
            Laissant de côté ces pratiques fondamentales, Nguyễn Khắc Viện choisit avant tout la respiration abdominale pour la substituer à la respiration pulmonaire qui lui était utile dans son cas. En même temps, il pensait que cette méthode pouvait aussi aider les personnes possédant les deux poumons sains, non seulement au point de vue physique, mais aussi sur le plan mental (concentration, relaxation, méditation …).

            Avant sa mort le 10 mai 1997, il déclara que cette simple méthode de respiration abdominale serait plus précieuse pour la génération future, tandis que tous les autres œuvres de sa vie (plus de 40 livres et quelques centaines d'articles de journaux ) ne laisseraient qu’un petit écho.  
            Voici les 12 points de la respiration abdominale :
            Expirer en rentrant le ventre
            Inspirer en remplissant le ventre
            Les épaules immobiles
            Les bras et les jambes relaxés
            Respirer lentement et profondément
            En se concentrant sur les mouvements          
            Au dehors puis au dedans
            Normalement, par le nez      
            Pressé, par la bouche       
            Debout ou étendu sur le dos
            Partout où ce soit
            A n'importe quel moment.

             J'ai eu la chance de voir mon aîné lors d'un voyage au pays natal vers le mois d'août 1996 dans une maison de repos pour les cadres, proche de Hô Chi Minh ville. Avec sa compagne, Nguyên thi Nhât (une de mes connaissances à Paris en 1950), il paraissait en bonne forme et me parlait du problème de l'éducation des enfants au Viêt Nam. Il quitta ce monde le 10 mai 1997, soit 9 mois après ma visite.

            Dans mon for intérieur, je pense au pape François I au sujet de son handicap pulmonaire. Même si le souverain pontife ne pratique pas le yoga, la simple méthode du Dr Nguyễn Khắc Viện pourrait lui faire du bien. Je lui souhaite une bonne santé !

            Voir les pages : /respiration-abdominale (Respiration abdominale) et "Le pouvoir de la pensée"

              (Réflexions à bâtons rompus)

            Dans le dernier numéro du mois de mai 2013 du Reader’s Digest, un titre attire mon attention : « Le danger est parmi nous » (page 74), par Georgie Binks.

            L’auteur cite le psychologue Robert Hare (né en 1934), professeur émérite de l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver, qui a passé le plus clair de sa vie professionnelle à étudier la psychopathie.

            Dans son best-seller Without Conscience :The Disturbing World of the Psychopaths Among Us (Sans morale : Le monde inquiétant des psychopathes parmi nous), il fait, pour la première fois, part au grand public de l’ensemble des connaissances recueillies à ce jour sur les psychopathes. Ces derniers sont considérés comme des mégalomanes impassibles et sans scrupules qui utilisent leurs prochains à leurs convenances.

            Le psychologue a créé un test publié en 1991 avec une échelle pour évaluer les troubles psychopathiques, comportant 20 traits de caractères révélateurs : le mensonge pathologique, le charme superficiel, l’arrogance et un comportement manipulateur. Son travail a été distingué en 2011 par l’Ordre du Canada, la plus haute récompense décernée par le gouvernement canadien à des civils.

            « Ils sont parmi nous et mènent une vie apparemment normale, écrit-il. Malgré leurs traits psychopathiques, ils parviennent à fonctionner plus ou moins normalement dans notre société, la plupart du temps aux dépens des autres, sans nécessairement commettre de crimes. ».

          Selon Robert Hare, nous rencontrons au moins un psychopathe par jour. Ils sont avides d’occuper des postes de pouvoir. Certains entrent dans la police, en politique, ou opte pour la médecine. « Les grandes entreprises sont des nids de psychopathes », soulignent Robert Hare.

            En 2007, il publie Snakes in Suits : When Psychopaths Go to Work (Serpents en costume : Les psychopathes au travail) qu’il cosigne avec son collègue Paul Babiak.

            Et en 2010, avec ce dernier et Craig Neumann, ils font paraître une étude portant sur 230 managers de grandes entreprises qui révèle que près d’un manager sur quatre est « fortement psychopathe ».

             En outre, « Les psychopathes causent d’importants dommages sociaux et financiers ; ils abusent de leur partenaire comme de leurs enfants. Nous sommes pratiquement tous concernés, directement ou indirectement ».

            « Les psychopathes « ordinaires » font preuve d’un grand talent d’acteur. S’ils savent admirablement identifier les émotions de leurs semblables, ils sont eux-mêmes incapables d’en éprouver, tout en conservant une allure tout à fait normale. Ils sèment le malheur au travail et, dans leur vie privé, laissent un sillage de vies détruites derrière eux, sans que cela les perturbe le moins du monde.

            Robert Hare explique : « Les psychopathes ne pensent absolument pas aux conséquences de leurs actes. Ils négligent leur famille et trompent leur partenaire, sans jamais penser que quelqu’un puisse en souffrir. »

            Les observations du psychologue canadien concernant le comportement des psychopathes sont fort pertinentes, surtout cette remarque : « … nous sommes pratiquement tous concernés, directement ou indirectement ».

            D’après cette optique, les psychopathes pullulent dans notre société (sphères politique, administrative, économique, enseignement, services divers …). Sont concernés : ceux parmi les politiciens, les administrateurs, les banquiers, les professeurs d’université, les juges, les policiers, les patrons de petites ou grandes entreprises, les contremaîtres, … bref tous ceux qui ont un pouvoir sur les autres, ainsi que ceux qui se donnent un pouvoir sur les autres, sur leurs amis, leur partenaire, leurs parents, leurs enfants, leurs proches, leurs protégés, leurs serviteurs,  …, (sauf sur eux-mêmes).

             La psychopathie fait donc partie de la nature humaine. Chaque individu possède plus ou moins des traits psychopathiques dont la quantité et l’intensité le classent dans une catégorie pathologique légère ou prononcée.

            Avant, le terme de psychopathe était réservé surtout aux criminels et aux individus ayant des comportements dyssociaux, ou antisociaux marqués. 

            La démocratie actuelle, dite néo-libérale, allant de pair avec des progrès scientifiques, politiques, économiques, sociaux, suscite et exacerbe en même temps les pulsions humaines (Pouvoir - Intérêt - Sexe) en influençant, voire en multipliant diverses formes de psychopathie ayant plus ou moins des traits communs : psychopathes ordinaires, psychopathes familiaux, psychopathes sexuels, psychopathes politiques, psychopathes économiques, psychopathes criminels, psychopathes pathologiques …

            Aujourd’hui, selon Robert Hare, les psychopathes ont une apparence normale et sont difficilement repérés ; le psychologue avoue avoir été berné plusieurs fois.

            Cette catégorie de psychopathes fait partie d’une classe sociale élevée, des notables ou des personnages en vue. Il faut un déclenchement de scandales (politique, économique, sexuel, familial … ) pour voir apparaître leurs mésaventures dans le média. Tandis que d’autres sévissent impunément et tranquillement dans l’ombre.

            En France, il y a des lois pour les abus de biens sociaux, mais pas encore pour le harcèlement sexuel (l’Assemblée nationale hésite), ni pour le harcèlement psychologique qui cause de nombreux dégâts chez les victimes (baisse de motivation au travail, état dépressif réactionnel, parfois suicide).

            En général, nous remarquons que les psychopathes ont une intelligence au-dessus de la moyenne (bon nombre ayant des formations universitaires, juridiques ou économiques … ). D’apparence charmeuse, ils possèdent probablement un sens psychologique aigu qui sert à embobiner ou à manipuler leurs victimes.

            L’auteur de l’article demande dans un chapitre : « Mais comment devient-on psychopathe ? » en pensant trouver la cause dans les gènes et dans les traumatismes de la petite enfance.

            Cependant, d’après nos observations, un psychopathe, comme tout être humain, se construit, dans le sens positif comme dans le sens négatif. Avec son potentiel génétique, il s’est propulsé, malgré lui, dans les tourments d’une existence où les aléas survenus suivant les moments et les circonstances, ont contribué à former sa destinée. Le moteur, la force vitale, provient à la fois de son corps, de son cœur et de son esprit, en rapport avec son caractère, son tempérament, son idéal, sa foi, ainsi que ses préjugés et ses connaissances acquises. En évoluant, un travail de déconditionnement s'impose.

            Or, l’ego du psychopathe subit la conséquence d’un décalage entre son développement intellectuel et son développement affectif ou émotionnel, créant une dysharmonie dans ses manières de penser et de sentir, conditionnant un comportement qui marque sa personnalité.  Ce fait important semble souvent négligé dans les recherches scientifiques.

            Toutefois, dans la pratique, avant les Européens les Américains ont commencé à utiliser le Quotient émotionnel (Q.E.) au lieu du Quotient intellectuel (Q.I.) jusque-là privilégié, dans le choix du personnel des cadres d’entreprise ou des collaborateurs responsables.

            En Asie, les anciennes familles chinoises avaient un « test » destiné à choisir un mari pour leur fille. Les parents invitaient le prétendant à un grand dîner, puis après le repas, à une partie de jeu de société avec plusieurs participants. Dans le feu de l’action, le futur partenaire, oubliant toutes les précautions, laissait facilement découvrir sa conduite, voire sa mentalité.

            Au Viêt-Nam, le poète Nguyên Du (1765-1820) auteur du célèbre Kim-Vân-Kiêu termine son roman par un poème où figurent ces deux vers :

             La racine de la bonté réside au plus profond de notre être,
             Le « cœur » a trois fois plus de valeur que le « talent ».
            Une grande intelligence sans un grand cœur entraîne des malheurs inévitables.

            Il faut être lucide pour déceler chez le psychopathe cet ego démesuré allié à une mauvaise foi qui défie tout sens éthique (Responsabilité - Réciprocité - Respect). De même, pour reconnaître celui qui croit toujours avoir raison, qui se met au-dessus des lois, et celui qui ne reconnaît jamais ses torts tout en cherchant à se justifier à tout prix. La faute ou l’enfer, c’est chez les autres !

            Dans l’idée d’aider les victimes des psychopathes, Robert Hare a créé une fondation dont il est le président : la Fondation Aftermath : Surviving Psychopathy (Ensuite : survivre à la psychopathie) qui met en garde ou qui ouvre les yeux aux victimes des psychopathes.

            Ayant été l’une de ces victimes, le président peut jurer qu’on ne l'y reprendra plus. Mais il y a souvent des victimes nées qui tombent presque toujours dans les griffes de ce genre de bourreaux.

            Les pires cas, raconte le professeur David Cosson, cofondateur avec Robert Hare de cette Fondation, sont ceux qui impliquent un ami, un membre de la famille, ou un partenaire. Robert Hare commente : « Si vous avez affaire à un psychopathe, garder à l’esprit qu’il fonctionne complètement différemment. Il est programmé pour abuser ou humilier les autres. Cela ne sert à rien d’argumenter. Ne vous laisser pas entraîner dans une dispute, car un psychopathe doit toujours sortir gagnant et met tout en œuvre pour y parvenir ».  

            Selon Robert Hare, les méthodes traditionnelles sont quasiment inefficaces pour soigner cette pathologie. Certains traitements ont même pour effet d’en aggraver les manifestations, car le psychopathe y apprend des capacités sociales renforçant son habileté à manipuler les autres.

            Parle-t-il sans le nommer de la méthode psychanalytique traditionnelle, mal interprétée, donc mal conduite ? Bon nombre de psychanalystes, au lieu de faire comprendre à leurs clients les mécanismes de défense du moi, plus importants, recourent encore au symbole œdipien, aux traumatismes infantiles. Ils épargnent leur ego en attribuant les lacunes de leur éducation aux parents, notamment à la mère, en leur donnant des arguments pour justifier leurs difficultés, les erreurs de leur comportement en reportant la faute sur leurs géniteurs, sur la société, même sur le reste du monde …

            Ainsi, les psychopathes trouvent les meilleurs défenseurs chez plusieurs de ces thérapeutes freudiens qui flattent leur ego, en réduisant leur tension anxieuse en même temps que le sens de leur culpabilité. Le seul inconvénient est que la cure devient interminable et que l’état de base des analysés ne connaît aucune amélioration.

            Faudrait-il aussi une Fondation pour aider les psychopathes ? Les souffrances de ces derniers ne sont pas visibles comme chez les névrosés ; elles sont sourdes parce que plus intimes. C’est superficiel de dire que pour éviter de souffrir, les psychopathes font souffrir les autres.  D’une susceptibilité à fleur de peau, toujours sur la défensive, attaquant sans être attaqué, le psychopathe peut cacher son anxiété, son désarroi, mais au fond, sa conscience est toujours là qui le tourmente sans cesse. Car il est plus facile de tromper les autres que de se leurrer soi-même. De sorte qu’il n’arrive pas toujours à sortir de cette pénible tension intérieure, quitte à subir des conséquences nuisibles pour sa santé (mauvaise humeur, baisse de rendement au travail, stress, problèmes psychosomatiques et parfois insomnie …).

            Le psychopathe ignore que le vrai coupable est son ego, étant incapable de l’admettre car il ne peut pas être à la fois juge et partie.

            Le Bouddhisme enseigne que l’ignorance est source de souffrances. Le mot bouddha signifie éveillé, celui qui sait, qui réalise que l’ego n’est pas le vrai moi.

            Platon né vers le 4è siècle avant l’ère chrétienne, prétendait qu’il y a deux âmes (dont l’une est existentielle, et l’autre, essentielle).

            St Jean de la Croix (1542-1591) commençait dans une de ses Prières par :

            « Et je vis sans vivre en moi … » et terminait par :
            « Je meurs de ne pas mourir. » (« La Montée du Carmel »).

            Blaise Pascal (1623-1662) pensait (dans Les Pensées) que le Moi est haïssable.

            Le jeune Ludwig Wittgenstein (1889-1953) notait dans ses Carnets (1914-1916) : « Le je, le je, le je, voilà le profond mystère », pendant que le soldat de 19 ans Jean Paul Sartre (1905-1980) qui faisait la guerre de l’autre côté du Rhin, notait aussi dans son Carnet : « Je cherchais mon moi, mais je l’ai pas trouvé.» (Cf.- "Une quête inachevée").

            En consultation psychologique, le névrosé sent qu’il y a deux personnes en lui qui s’affrontent, tandis que le schizophrène endurci prétend que lui, c’est Dieu, c’est-à-dire que son ego est le Dieu tout puissant.

            En Suisse, le psychologue analytique Carl Gustave Jung (1875-1961) distinguait l’ego du soi dans son concept d'individuation (construction de l'être). 

            Aux U.S.A., le psychanalyste Donald Woods Winnicott (1896-1971) réalisait que « le moi est un  faux-self » (donc,qu'il n’est pas le vrai Moi.).

            « Connais-toi toi-même » : cette sentence de Socrate implique que la connaissance de soi n’est pas à la portée de tout le monde. Georgie Binks, l’auteur de l’article cité, raconte les recherches du professeur James H. Fallon de l’Université de Californie qui étudient depuis plus de vingt ans le cerveau des psychopathes criminels avec un examen IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) et un test ADN. Les observations du chercheur étayent la théorie d’une composante génétique de la psychopathie qui s’exprime dans un environnement propice. En se soumettant lui-même à ces expériences, il a fait une découverte effrayante : il trouve aussi en lui certains traits semblables à ces sujets criminels qu’il étudie depuis des années : les mêmes gènes de l’agressivité et de la violence, une activité cérébrale avec une faible implication émotionnelle identique. « Ce n’est pas possible, s’est-il exclamé. J’ai les mêmes prédispositions qu’un tueur ! ».

            Evidemment, nous pensons que le professeur californien n'admet pas encore la coexistence du démon avec le divin, la maîtrise des pulsions (par le divin soumettant le démon) permettant d’empêcher le passage à l’acte, le fait que l’agressivité puisse être sublimée, intériorisée, créatrice d’art, de littérature, d'inventions diverses, comme elle peut être tournée vers l’extérieur, suscitant la violence, les destructions, le vandalisme, ou la guerre. Cependant, l’agressivité tournée vers l’intérieur, chez les êtres doté d’une psyché fragile, peut entraîner la destruction d’eux-mêmes ou le suicide. Tandis que tournée vers l’extérieur, chez certaines âmes bien nées, l’agressivité peut susciter l’altruisme, le désir d’entraide …

            La nature humaine est complexe, ambivalente, contradictoire en apparence. Même s’il existe des milliers de laboratoires pour l’explorer, la Science n’étudie que le « comment » mais n’est pas apte à saisir le « pourquoi ».

            En réfléchissant à sa vie, James H. Fallon avoue ses traits psychopathiques : son immense désir de succès et le peu d’empathie pour les autres (art. cité).

            Ce n’est donc qu’un psychopathe mineur qui ne fait pas de mal à la société. Mais le fait qu’il prétend être sauvé par son enfance merveilleuse n’est pas vérifiable.

            La vie courante démontre qu’une enfance heureuse n’est pas toujours bénéfique. De même, une enfance malheureuse ne constitue pas toujours un handicap. Et cette capacité de rebondissement, la résilience vantée par Boris Cyrulnik, n’est pas toujours présente chez tous les individus, comme le lâcher-prise (To get go) n’est pas naturellement praticable par tous les gens, vu le niveau d’évolution de leur personnalité.

             Le seul sauveur possible et incontournable pour un psychopathe, c’est la capacité de sortir de cette ignorance : en reconnaissant que l’ego n’est pas le vrai moi (Cf. citations plus haut). La mission s’avère impossible pour la plupart des psychopathes, car pour eux, c’est admettre en même temps la coexistence du Démon ou du Diable avec le vrai Moi  (le moi essentiel ou le Divin en eux),  ce qui est contraire à leurs préjugés et leurs valeurs acquises. D’autre part, il est effrayant de réaliser que leur ego n’est autre que ce démon qu’ils abhorrent, comme ce divin dont ils nient l’existence, parce que le divin ou Dieu les gêne et trouble leur tranquillité.

             Robert Hare est-il pessimiste en pensant que le psychopathe est programmé d’avance ? L’être humain est un être en devenir, dont le but vital est de surmonter son destin et de construire lui-même sa destinée. Ce qui est programmé peut être déprogrammé, ce qui est conditionné peut être déconditionné. De même, ce qui est construit, en bien ou en mal, peut être détruit. L’existence est un champ d’expériences nécessitant un ajustement permanent des actions qui constituent la personnalité. Ce processus agit naturellement sans que l’individu en prenne conscience.

            L’exemple vient de James H. Fallon, dont l’histoire montre toutefois à quel point les prédispositions psychopathiques sont répandues, et comment, dans certains cas, la détermination, l’ambition et l’intelligence peuvent mener à une carrière couronnée de succès et à une vie respectueuse des lois. Le professeur californien est heureusement capable d’analyser ses actions et ses pensées (art. cité). Même s’il l’ignore, c’est grâce à sa force intérieure et à son recul introspectif qu’il a pu ajuster son comportement, en réduisant, sans le savoir, petit à petit, les dimensions de son ego.

            Les faits de l'expérience clinique démontrent que la conduite de l'être humain (physio-    psychologique) peut être déterminée non seulement par la soumission négative aux influences des pulsions instinctuelles perturbatrices (et destructives), mais aussi par l'intuition créatrice qui fait intégrante de chaque individu.

            Nous devons reconnaître la coexistence en nous de ces deux forces opposées mais complémentaires, car elles constituent le fondement de notre personnalité. Le travail de l'être qui se construit revient à un déconditionnement de ses actes mal acquis (par son ego) en activant cette force créatrice inhérente (l'élan vital) en lui.

            « Les méthodes traditionnelles sont quasiment inefficaces pour soigner les psychopathes », reconnaît Robert Hare. Car nombre de thérapeutes préfèrent agir sur leurs clients que jouer le rôle de catalyseur facilitant leur processus d'évolution individuelle.

            Par conséquent, le désir de l'activation de l'intuition créatrice ou de l'élan vital doit venir avant tout de ces derniers. Car ils sont responsables de leur existence et il leur incombe de se délivrer par eux-mêmes de leurs problèmes aux implications néfastes.

            Enfin, nous avons le plaisir de retrouver un de ces anciens versets de la doctrine du Bouddha du VI ème siècle avant l'ère chrétienne :


            « Par soi-même le mal est fait,
            par soi-même, on est souillé.
            Par soi-même le mal est défait,
            par soi-même on est purifié.
            Pureté et impureté appartient à chacun,

            Nul ne peut purifier (délivrer) un autre. »
                                  (Dammapada,165).

             Leukerbad, printemps 2013.


A voir : Le Zen et la méthode C. Rogers, /2.-l-art-d-c3-aatre-grand-p-c3-a8re (L'art d'être grand-père : Ma petite fille et la violence)

 

            "Y a-t-il encore quelqu’un pour sauver l’inspecteur Derrick ?" interroge Michel Audétat dans Le Dimanche Matin (12 mai 2013). Voici un résumé extrait de l’article :

            Horst Tappert (1924-2003) fut l’interprète de l’inspecteur Derrick dans une série policière de la chaîne de télévision publique allemande ZDF qui a produit 281 épisodes entre 1973 et 1997. Le succès dépasse les frontières, surtout en France, en Suisse, en Italie et dans d’autres pays du monde. La rediffusion est assurée pour de nombreuses années.

           Survient la disgrâce, par laquelle la figure de l’inspecteur Derrick a brusquement disparu des écrans. Cette éjection du paysage télévisuel a débuté au lendemain de l'apparition de l’article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, révélant que l’inspecteur Derrick, Horst Tapper, était entré en 1943, à l’âge de19 ans, dans un régiment de chars de la Waffen-SS. Aussitôt la chaîne allemande ZDF, celle où travaillait Horst Tappert depuis 24 ans, s'est dit choquée et a annoncé qu’elle cesserait de rediffuser la série. La chaîne néerlandaise Omroep Max lui a emboîté le pas. Bientôt suivie de France 3 et RTBF (chaîne publique belge).

            Comme si cela ne suffisait pas, le Ministère de l’intérieur de la Bavière envisage aussi de retirer à Horst Tapper le titre de Commissaire honoraire de la police bavaroise qui lui avait été décerné en 1980. Tout se passe comme s’il fallait jeter aux oubliettes de l’histoire le personnage de Derrick qui a longtemps inspiré un puissant attachement populaire.

            Voilà l’inspecteur banni, occulté, effacé. Un peu comme jadis, en Union soviétique, des malheureux tombés en disgrâce disparaissaient d’un jour à l’autre des photos officielles. On finira par croire que le célèbre inspecteur n’a jamais existé. Ainsi, certaines chaînes de télévisions sévissent au nom de l’antinazisme sans oser l’avouer.

            Y a-t-il encore quelqu’un pour sauver l’inspecteur Derrick ? L’ancien directeur général de la Télévision romande Guillaume Chenevière, excédé par cet antinazisme purificateur, ne peut que soupirer : "Cela fait partie du politiquement correct …".

            Cette épuration culturelle est douteuse selon l’auteur de l’article. Associer le personnage de Horst Tapper, interprète de l’inspecteur Derrick, au nazisme relève du contresens historique.

            A notre avis, deux facteurs sous-jacents pourraient influencer cet événement.

            Premièrement, la déprogrammation en rafales des chaînes de TV, notamment allemandes, semble provenir d’un sentiment de culpabilité latent péniblement digéré. Les mots nazi et SS restent encore "tabous". Horst Tapper ne fut engagé que comme simple soldat et non comme gradé dans une période où même certains pays européens sont prohitlériens. Or la haine de soi entraîne l’intolérance pour les autres.

            Secondairement, la plupart des gens, même instruits, n’admettent pas le progrès humain et partant l’évolution de chaque individu. Ils confondent destin et destinée.
            Horst Tapper avait voulu servir son pays à l’âge de 19 ans. S’il fut nazi (étiquette donnée par les vainqueurs, dits les alliés), rien ni personne ne pourrait affirmer qu’il devait rester nazi toute son existence. Il a pu construire une carrière d’acteur de TV, gagner sa vie honnêtement et être admiré par beaucoup de monde. "Même deux anciens chanceliers allemands, Helmut Schmidt et Helmut Kohl comptaient parmi ses fans" (art. cité). Malgré le succès, il dut souffrir en secret de cet engagement du passé. Ce fut déjà sans doute la pire des punitions. Heureusement, il est décédé en 2008, évitant ainsi l’affront honteux de l’injuste disgrâce posthume.

            Certains soixante-huitards ont changé et construit leur destinée, comme Daniel Cohn Bendit devenu député européen. De son côté, François Mitterrand, l’ancien pétainiste, fut élu Président de la République française. Ce sont deux exceptions, mais il y a d’autre cas, où écrivains et philosophes renommés ont subi les mêmes polémiques ou attaques sur un événement de leur passé.

            D’autre part, il faut reconnaître que tous les êtres humains ne sont pas nés égaux du point de vue physique, émotionnel et psychique.
            La vie n’a de sens que si chacun cherche à s’améliorer (Corps - Cœur - Esprit), du moins à faire de son mieux. Généralement, le développement personnel agit dans les deux sens : Il y a des individus qui évoluent et d’autres qui régressent, suivant les aléas de l’existence, selon les moments opportuns ou inopportuns, les circonstances favorables ou défavorables, les rencontres contingentes ou fortuites. Certains autres restent plus ou moins stables.

            Le moteur principal des comportements reste toujours en Occident comme en Orient, la force de l’âme, la maîtrise des pulsions (Sexe – Intérêts - Pouvoir) et l’ouverture de l'esprit. L’existence est une construction perpétuelle, en pleine conscience. Contrairement au règne animal, si les humains ont le privilège de créer, de se construire, ils ont aussi, malheureusement, le pouvoir de détruire les autres et/ou de se détruire eux-mêmes !

            Méconnaître ces faits suscite l’intolérance, et l’intolérance mène facilement à la haine et à l’exclusion d’autrui. Accuser les autres est plus sécurisant qu’opérer un recul introspectif angoissant. De sorte que, pour être en paix avec sa conscience, certains ont besoin d’un bouc émissaire !


           Récemment, ce fut au tour de la Chancelière d’Allemagne d’être attaquée.
           Un livre, "La première vie d’Angela M." (Das Erste Leben der Angela M.), révèle le passé de A. Merkel affirmant qu’elle était notamment responsable de l’agitation et de la propagande au sein des Jeunesse communistes (Le Monde du 14 mai).

            Les arguments pour la défense de l’inspecteur Derrick, plus haut, sont aussi valables pour la cause de la Chancelière allemande. D’ailleurs comme l’a écrit Paul Valéry: "Toute morale repose, en définitive, sur la propriété humaine de jouer plusieurs personnages (Cahier B 1910), un être humain peut avoir plusieurs vies, car sa personnalité est en perpétuelle construction, visant le haut, sinon le mieux. En restant dans les limites du stable, l'individu n’avance pas, et peut régresser tôt ou tard avec l’âge.

            Par ricochet, l’attaque contre la Chancelière va sauver l’Inspecteur Derrick.


            Le chef spirituel des Tibétains aime bien la Suisse où il est venu pour la 25 ème fois le vendredi 12 avril 2013 (voir à gauche la caricature faite par BURKI dans "24 Heures" ).
            Samedi et dimanche 13-14 avril, il s’est trouvé au Forum Fribourg pour y donner une série d'enseignements et d'initiations ainsi qu'une conférence publique sur "L'éthique au-delà des religions ". Puis, le dalaï-lama a fait une halte le lundi 15 avril à l'Université de Lausanne pour y rencontrer des scientifiques. Jeudi 19 avril, il va achever sa visite à l'Institut tibétain de Rikon, dans le canton de Zurich.

             Au Forum de Fribourg, le dalaï-lama commença son enseignement en anglais, traduit en français par le moine Mathieu Ricard.
            "En parlant du cycle de la vie, du corps et de la conscience, des souffrances dont on voudrait être délivré et de l’oubli des conditions  intérieures du bien-être dans les plaisirs matériels, il se défend de tout prosélytisme : "Je ne suis pas ici pour propager le boudhisme". Il souligne au contraire "l’importance de garder et d’approfondir ses propres traditions, sa propre foi". Et il avoue ne pas être très à l’aise avec l’idée de construire des temples dans des pays qui ne sont pas bouddhistes" (La "dalaï-mania" s’est emparée de Fribourg, par Michel Audétat, LeMatinDimanche 14 avril 2013).

            "Nous sommes tous des animaux sociaux. Si l’on veut développer une société harmonieuse et un bien être personnel, il n’y a pas de place pour des attitudes telles que la colère et de la jalousie. L’absence de la jalousie est source de bonheur, car on cherche alors à le partager avec autrui" … Le prix Nobel de la paix poursuit son discours sur "l’éthique au-delà des religions", en évoquant les conflits qui ne cessent d’ensanglanter le monde : "Quand deux camps se tournent vers Dieu et prient pour que l’autre perde, cela n’a pas de sens. Le fanatisme, c’est l’attachement excessif à sa propre religion" ("Le message du dalaï-lama nous donne espoir" par Patrick Monay, "24 heures" lundi 15 avril 2013).

            Le lundi 15 avril, c’est au tour des chercheurs de l'Université de Lausanne (biologistes, médecins, psychiatres, anthropologues, psychologues) qui voudraient aborder avec le dalaï-lama le problème du vieillissement et de la mort sur le thème "vivre et mourir en paix".
            Le dalaï-lama a répondu aux questions successives d’un panel varié, entre psychiatrie, études orientales, neuropsychologie ou sociologie ("Le dalai-lama a séduit l’UNIL par son humanisme" par Jérôme Ducret dans "24 heures" du mardi 16 avril 2013).
            La doctoresse Claudia Mazzocato, responsable  de l’unité de soins palliatifs du CHUV, lui a demandé s’il était favorable à un certain type d’assistance au suicide : "Face à un patient pour lequel il n’y a objectivement plus d’espoir, où le maintien des fonctions vitales coûte cher, il me semble que l’on peut envisager cela, a-t-il répondu.  Mais en cas d’impatience et de frustration, le mieux serait de faire preuve d’affection, et de redonner l’espoir à cette personne".
Face aux interrogations de plusieurs chercheurs sur ce que l’on pouvait faire pour aider les personnes âgées à supporter la solitude et la souffrance, il a élargi le débat en prônant une éducation morale dès le plus jeune âge, selon les préceptes d’une éthique laïque universelle.

            Yannis Papadaniel, docteur en anthropologie, a demandé ce que l’on pouvait tenter pour aider et communiquer avec une personne qui n’est plus présente mentalement parce qu’atteinte d’une forme de démence. "Il n’a pas vraiment répondu à ma question, analyse l’anthropologue, il a commencé par déclarer qu’il ne savait pas (Voir son geste sur l'image à côté). Il l’a d’ailleurs fait à plusieurs reprises durant cette journée. C’est probablement un signe de modestie. Mais certains éléments de notre discussion donnent une piste de réflexion. La méditation, l’entraînement de l’esprit peuvent peut-être servir de barrière contre cette forme de dégénérescence cognitive" (Jérôme Ducret, art. cité).

            "Je lui ai demandé le rôle que les jeunes médecins joueront auprès des personnes âgée, il a répondu finement, que c’était nous, pas lui qui détenions les clés de la réponse, avec les autres intervenants, raconta Marc-Antoine Bornet, étudiant en médecine. Et il m’a encouragé à rester enthousiaste ." (dans un entrefilet du même article cité).
            Au centre de cet entrefilet, Alexandre Julien, écrivain, philosophe raconte : "C’est la première fois que je le vois de près. J’apprécie ce qu’il dit. Mais il est à mon sens plus important pour ce qu’il est, pour ce qu’il dégage, que pour ses paroles. Et ses valeurs de solidarité et de spiritualité sont des valeurs dont nous avons grandement besoin."

            L’étudiant en médecine et le philosophe écrivain semblent mieux saisir la pensée du Maître que le docteur anthropologue qui, armé de bonnes intentions, attend probablement des solutions "miracles".
            Vouloir communiquer avec une personne atteinte de démence est une tâche inutile, voire impossible. D'ailleurs, la démence générative n’est pas uniquement d’origine cognitive mais organique et psychique. Evidemment, le dalaï-lama ne peut répondre à une pareille question. Il dit "Je ne sais pas" par politesse plutôt que par modestie.
            

            D’autres chercheurs sont probablement déçus et frustrés par cette réponse négative à l’égard de certaines questions concernant les états de souffrances des personnes âgées.

            Il faut reconnaître que les Orientaux, bouddhistes ou non bouddhistes, supportent en général plus facilement les souffrances liées à la vieillesse et la mort que les Occidentaux. Les quatre phénomènes : "Naissance - Vieillesse - Maladie - Mort" constituent pour eux un cycle normal de l’existence. Personne n’y échappe. Une des citations du dalaï-lama répond partiellement à ce sujet :
            "Si vous avez peur de la douleur ou de la souffrance, vous devriez examiner s'il y a quelque chose que vous pouvez faire à ce sujet. Si vous le pouvez, il n'y a pas besoin de s'inquiéter à ce sujet, si vous ne pouvez pas faire quelque chose, alors il n’y a pas besoin de s'inquiéter non plus. " (Cf. les "Quelques citations du dalaï-lama" en annexe)

            La réponse : "Je ne sais pas" signifie que "Je ne peux pas penser contre la nature", que "Je ne m’en inquiète pas" ou qu’"il y a des choses dont on ne peut pas donner des explications si les deux interlocuteurs n’ont pas la même longueur d’onde, ou possèdent la même optique sur la Vie".

            Les chercheurs du monde scientifique occidental, notamment dans les domaines biologique et médical, conçoivent généralement les humains comme des êtres plus ou moins identiques, propres aux calculs stastistiques. Or les êtres ne naissent pas égaux, tant au point physique que mental et psychique.
            Devenus adultes, les tourments et les aléas de l’existence pourraient influencer différemment les humains selon leur caractère, leur milieu socio-professionnel, leur vécu et leurs rencontres …
            A la vieillesse, face à la mort, chacun aurait des façon de réagir spécifiques qu’il faut étudier cas par cas ou groupe par groupe. Ceux qui aiment la vie, ceux qui sont actifs, auraient moins de problèmes que ceux qui détestent le monde tout en restant passifs. Chacun a déjà construit sa destinée, bâti sa foi, selon ses habitudes, avec des opinions ancrées depuis belle lurette. Les symptômes n’en sont que les conséquences.

            Vouloir aider ces gens, leur parlant de spiritualité pendant qu’ils souffrent physiquement n'est pas une expérience réalisable, tout comme le fait de proposer la communication dans leur état de démence en parlant de méditation. Le dalaï-lama paraît avoir une citation pour cette  suggestion : "Le sommeil est la meilleure méditation" (Voir annexe citée).

            D’autre part, en prônant une éducation morale dès le plus jeune âge, selon les préceptes d’une éthique laïque universelle, le dalaï-lama est revenu à sa conférence donnée à Fribourg sur "l’éthique au-delà des religions".
            Que signifie une éthique laïque universelle ?  Probablement, le traducteur a utilisé ce terme laïque pour faciliter la compréhension de l’auditoire de langue française, car ce mot laïque n’existe pas en tibétain, le mot universelle suffit.
            D’ailleurs, l’éthique est immanente comme le divin et existe au-delà de toutes les religions. C’est aussi le bon sens que Descartes a placé au commencement de son célèbre "Discours de la méthode" :
            "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée …". Tout le monde a du bon sens.
            Dans l'Antiquité, pour Aristote, c'était une sorte de sixième sens, une intuition immédiate, qui guide nos actes sans même avoir à réfléchir.
            Bergson, penseur par excellence de l'action, reprit cette même idée : "L'action et la pensée me paraissent avoir une source commune, qui n'est ni pure volonté, ni pure intelligence, et cette source est le bon sens ... "
            En effet, le bon sens est bien une éthique universelle n’ayant aucune relation avec les diverses religions. Il est souvent perçu comme "naturel", "inné" ; il semble aller de soi : "Je ne vois pas comment je pourrais agir autrement ", … "Il y a des choses qu’on doit s’abtenir de faire ou d'y toucher … "

            Alors, pourquoi la majorité des gens préfèrent-ils agir à rebours, contre le bon sens qu’ils détiennent en eux ?  Descartes a trouvé la raison juste au milieu de la première page, quelques lignes plus bas : "… ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien".

            Voilà, c’est la faute à l’application concernant non seulement le bon sens, mais aussi les valeurs que certains groupes engagés ont prôné pour se démarquer des autres religions ou d’autres pays. Car, pour bien les appliquer, il faut que le commun des mortels, sans distinctions, possède la capacité ou la force intérieure pour maîtriser ses "pulsions" et ses fantasmes obsédants (Pouvoir - Argent - Sexe). Sinon, les divers  règlements, les lois juridiques, les préceptes religieux, les codes déontologiques, avec les avertissement ou les punitions, restent inopérants ou lettres mortes.

            Faut-il en ces temps de crise invoquer et inventer encore, après l’éthique pour les banques, la morale laïque pour les écoliers, la moralisation politique (en France) avec obligation de la transparence chez les ministres et les élus à l’Assemblée nationale ?
            C’est comme avec les problèmes du bonheur ou de l’amour, plus on en parle, moins on l’applique ou agit en conséquence.
            Enfin, il n’y a qu’une seule éthique comme il n’existe qu’une une seule spiritualité.

            Un sage de l’Inde, Shri Aurobindo, l’a déjà fait remarquer : "L'insuffisance de la religion vient de ce qu'elle a confondu l'essentiel (l‘intuition et le bon sens) et l'accessoire (le mental et l'intellectualisme théologique).  La vraie religion est la religion spirituelle ; c'est une recherche de Dieu, une ouverture de la vie la plus profonde de l'âme au Divin immanent, à l'Omniprésence éternelle. Dogme, culte, code moral sont des aides et des soutiens qu'on peut offrir à l'homme, mais qu'on ne doit pas lui imposer."

            Au Tibet, le dalaï-lama est considéré comme "le dieu vivant". Venu en Occident, Tenzin Gyatso remplit bien son rôle en attirant du monde partout où il va, par le rayonnement de son humanité, de sa simplicité, de sa gentillesse, de sa gaieté, de son humour et de son optimiste.

            PS.- La science a fait une grande découverte sur le cerveau : L’être humain n’utilise que le 10ème de sa capacité. Peut-on supposer que le dieu vivant puisse aller plus loin : de 50 jusqu’à 100 ?
            Il est fort intéressant de faire des recherches sur les amimaux quant au pourcentage de l’utilisation de leur cerveau. Probablement, il n’existe pas d’animal muni d'un cerveau mais sans cervelle, sinon sa survie est aléatoire, voire impossible !

  ANNEXE :

             Quelques citations du Dalaï-lama

            - Ma religion est très simple. Ma religion est gentillesse.
            - Il n'y a pas besoin de temples, pas besoin de philosophies compliquées. Mon cerveau et mon cœur sont mes temples, ma philosophie est gentillesse.
            - Nous pouvons vivre sans religion et sans méditation, mais nous ne pouvons pas survivre sans affection humaine. 
            - Le sommeil est la meilleure méditation.
            - Soyez aimable autant que possible. Il est toujours possible.
            - Si vous le pouvez, aider les autres ; si vous ne pouvez pas le faire, au moins ne pensez pas à leur nuire.
            - Par la violence, vous pouvez "résoudre" un problème, mais vous semez les graines d'un autre.
            - Nous ne pouvons pas obtenir la paix dans le monde extérieur jusqu'à ce que nous fassions la paix avec nous-mêmes.  
            - Là où l'ignorance est notre maître, il n'y a aucune possibilité d'une paix véritable.
            - Le bonheur n'est pas quelque chose de prêt. Il vient de vos propres actions.
            - Rappelez-vous que : ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance.
            - Si vous avez peur de la douleur ou de la souffrance, vous devriez examiner s'il y a quelque chose que vous pouvez faire à ce sujet. Si vous le pouvez, il n'y a pas besoin de s'inquiéter à ce sujet, si vous ne pouvez pas faire quelque chose, alors il n’y a pas besoin de s'inquiéter non plus.
            - Dans la pratique de la tolérance, son ennemi est le meilleur professeur.
            - Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas s'envoler vos valeurs.  
            - Une cuillère ne peut pas avoir le goût de la nourriture qu'il transporte. De même, un homme insensé ne peut pas comprendre la sagesse de l'homme prudent même s’il s'associe avec un sage. 

            A lire les notes précédentes :
            - L’humour chez le Dalaï-lama, 23 août 2011, - La spiritualité laïque, 05 septembre 2010.
            Ainsi que les pages : /1.-le-bouddhisme-en-occident  et  /1.-dieu-ne-joue-pas-c3-a0-cache-cache (Dieu ne joue pas à cache-cache)

             « Premier Angélus du pape François : "Bon dimanche, bon déjeuner!" » titre  L’EXPRESS  du 17/03/2013 :

            "Le pape s'est adressé dans un style très personnel à une foule de 150 000 personnes ce dimanche au Vatican pour son premier Angélus depuis sa fenêtre place Saint-Pierre. "Bonjour. Après notre première rencontre de mercredi (jour de son élection, NDLR), je suis heureux de vous saluer ce dimanche, le jour du Seigneur (...) sur une place, qui, grâce aux médias, a les dimensions du monde" , a-t-il débuté, après avoir été accueilli par une première clameur.

              Après l'Angélus, durant lequel il a notamment insisté sur l'importance de la miséricorde, la foule, qui débordait de la place sur l'avenue menant à la colonnade du Bernin, a de nouveau acclamé le pape argentin. 
            "J'adresse un salut cordial à tous les pèlerins que je remercie pour leur accueil", a-t-il lancé. 
            Comme lors de sa première apparition publique mercredi soir juste après son élection, le pape a de nouveau sollicité la foule : "Priez pour moi, je vous le demande".
            Vers la fin, "Bon dimanche, bon déjeuner !" a-t-il conclu, fidèle à son style fait de bonhomie et de simplicité.  

             Ce style est explicable venant d’un pape des pauvres. Par contre, cette sollicitation à répétition : "Priez pour moi, je vous le demande" déconcerte un peu les gens car, au lieu de donner sa bénédiction à la foule, le nouveau pape lui demande de prier pour lui.
            De même, lors de son premier tweet le nouveau pape récidiva : "Chers amis, je vous remercie de tout cœur et je vous demande de continuer à prier pour moi. Pape François", a écrit dimanche Jorge Bergoglio en italien dans son premier tweet sur le compte papal @pontifex.  ("Continuez à prier pour moi",  Le Point du 17/03/2013).

            Probablement, au fond de sa pensée et de son cœur, il voulait demander aux pèlerins et aux catholiques du monde entier la force nécessaire pour accomplir sa mission herculéenne : « le nettoyage des écuries d'Augias » (et de la Curie en même temps !) 
            La capacité à détourner les fleuves demande une énergie surhumaine. Peut-il chasser le diable de la Cité sainte ? En attendant, l’ancien et le nouveau pape sont vivement critiqués.

             Dans « Touche pas à mon pape ! » (« Le Point » du 17/03/2013) la journaliste Claire Gallois s’indigne :
            « A peine élu pape, le cardinal Bergoglio est traîné dans la boue ! Trop, c'est trop ! …
            Pour une fois que l'Église catholique romaine, avec un milliard deux cents millions de croyants dans le monde, met à sa tête un homme qui symbolise l'ouverture de cette religion à tous les pays émergents où l'islam ne cesse de progresser, pourquoi faut-il qu'un bataillon de fouille-poubelles tente d'entamer sa crédibilité ? (Il est accusé d'avoir livré deux jésuites qui furent enlevés et torturés sous la dictature en Argentine)… Et s'enflamme pour des ragots dignes des plus débiles télé-réalités : "On lui a enlevé un bout de poumon, tiendra pas le coup."…

             Pour en chercher la raison, lisons « François et l'esprit sain de Vatileaks » par Guillaume Malaurie dans Le Nouvel Observateur  du 14-03-2013 : 
            « Manifestement, les dossiers extrêmement lourds et graves révélés par Vatileaks ont pesé de tout leur poids sur la décision des cardinaux. Il semble même que la congrégation de lundi dernier - qui n'était initialement pas prévue - ait été consacrée en partie à la radiographie des tumeurs galopantes qui rongent le siège de Saint Pierre. Que révèle la masse des notes et des lettres adressées à titre personnel à Benoit XVI, et qu'a fait transiter son majordome au journaliste Gianluigi Nuzzi ("Sa Sainteté", Editions Privé) ? Disons-le sans ambages : une corruption interne digne des pratiques palermitaines, des compromissions financières mafieuses impliquant l'argent de la drogue dans la banque du Vatican (IOR), des règlements de compte extrêmement violents entre prélats et laïcs sur fonds de chantage sexuel. Et même une sale affaire qui peut resurgir à tout moment : la disparation bien mystérieuse d'Emanuela Orlandi, la fille d'un fonctionnaire du Vatican, âgée de 15 ans, en 1983.
            Le petit groupe d'une "vingtaine de corbeaux"* qui est à l'origine de la fuite de toutes ces pièces s'était même exprimé dans la "Repubblica" juste avant le Conclave pour dire qu'ils étaient vigilants, qu'ils possédaient encore des documents non publiés. "Ratzinger voulait briser ces mœurs", disait l'anonyme porte-parole.
(*« Nous sommes des femmes et des hommes, laïcs et prélats, et si nous avons fait sortir ces documents, c'est pour déclencher une opération de transparence. »)…
             "La démission de Benoit XVI était un défi pour repartir à  zéro", concluait le corbeau. Quand bien même tous les cardinaux d'Asie, d'Amérique latine, D'Afrique, tous nommés par Woytila (Jean-Paul II, ndlr) et Ratzinger, ne sont pas des angelots, il est tout de même probable que ces révélations, extrêmement crues, ont troublé, choqué et influé leur vote. Suffisamment pour faire barrage aux personnalités propulsées par les groupes les plus influents de la Curie.
           
Mais le mal que révèle Vatileaks est bien plus profond. C'est la perte accélérée d'universalité qui menace le Vatican. A commencer par son assise financière. Gotti Tedeschi (banquier du Saint-Siège) l'explique très bien dans une note à Benoit XVI : "Suite à la mondialisation, la partie du monde qui reste à christianiser est en train de devenir riche et la partie du monde déjà christianisée, riche autrefois, est en train de s'appauvrir." …

             D’autre part "Si l'Eglise demeure fermée sur elle-même, elle vieillit"…

             François pourra-t-il nommer un Secrétaire, son Premier ministre, à sa main de telle façon que celui-ci gouverne plutôt qu'il ne subisse l'inertie des intrigues qui se sont accumulées ? Elles sont innombrables et pendantes : les affaires de pédophilie qui épuisent moralement et financièrement les Eglises américaine et allemande, le schisme des lefevristes (du nom de l’évêque Lefèvre installé en Suisse), les scandales vaticano-mafieux de l'IOR, la banque Vaticane, les contentieux fiscaux avec l'Etat italien et l'Union européenne…

             Il fallait au moins un jésuite qui parle allemand et espagnol et qui prône une posture franciscaine pour tenter peut-être l'impossible. Une sortie de route pour retrouver un chemin » conclut l’article.

             En Suisse, Philippe Dumartheray écrit dans le journal 24 Heures daté le 20 mars 2013 : « Une élection papale subtilement programmé » en se demandant : « … Alors, comment le Saint-Esprit a-t-il fait sortir de son chapeau, en cinq tours de scrutin seulement, le nom de Jorges Mario Bergolio. En fait le Saint Esprit a été bien aidé dans son entreprise. L’élection du pape François a été subtilement orchestrée par plusieurs grands électeurs avec un objectif précis : confier le trône de saint-Pierre à un Sud-Américain, pas ou peu lié à la Curie, proche du peuple, au bénéfice d’une certaine notoriété … Près de cent voix au total, alors que septante-sept auraient suffi. Une élection surprise ? Plutôt une élection finement programmée », conclut l’éditorial.

             Pour être bien programmée, il faut agir depuis un certain temps, dans les coulisses. D’après les informations récoltées, l’ancien pape Benoît y aurait déjà pensée une année en avance. Les révélations du majordome, apprécié pour sa grande discrétion, ne seraient pas fortuites, et ce dernier n’aurait pas trahit la confiance de l’ancien Pape. Pourquoi son patron est-il venu le voir dans son lieu de détention, et a pardonné son forfait en le graciant après ? Des questions à éclaircir !

            Contre toute attente, sa démission a sonné comme un coup de tonnerre. Pendant qu’une grande partie des médias saluaient son honnêteté et son humilité, un petit nombre, en Italie même, la désavouaient en le comparant à un capitaine qui déserte le bateau pendant le naufrage. Vaut-il mieux garder un pape affaibli par son âge pour mieux le manœuvrer ? Et quelles sont les personnes cachées derrière ces accusations ? Sont-elles les mêmes que ceux qui attaquent avec virulence le nouveau Pape ? Oseraient-ils parler de complot de l’ancien pape et du conclave après que leurs manœuvres ont échoué parce qu’ils ont trouvé plus forts qu’eux ?

            D’ailleurs, l’idée de l’ancien pape de se retirer le 28 février pour laisser la place au nouveau pape afin de fêter Pâques 2013, a été bien calculée. C’est à François plein d’humilité et débordant d’énergie quil revient de renouveler le christianisme.

            Le printemps du monde chrétien va arriver probablement avec de nouvelles réformes.
            Chrétiens ou non chrétiens, prions ensemble pour les deux papes !

             ANNEXE

             Vatileaks 

             L'affaire des fuites au Vatican, aussi nommée Vatileaks par la presse italienne, est un scandale touchant le Saint-Siège, porté au grand jour en mai 2012, suite à la diffusion de centaines de dossiers hautement confidentiels, des fax dont le pape était le destinataire, mais aussi des notes manuscrites de son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein.
            Des fuites sans précédent. Au menu : situation fiscale de l’Église, finances des instituts catholiques, scandales sexuels chez les Légionnaires du Christ ou encore coulisses des négociations avec les intégristes dans l’hypothèse d'une réintégration des lefebvristes de la Fraternité Saint-Pie X dans l’Église catholique, conduite de l’Église en Chine…
            Pas moins de 26 thèmes développés, avec chaque fois pour preuve un document à l’appui. Même le numéro de compte personnel du Saint-Père y est révélé indiscrètement.

            Quatre jours après la publication du livre de Gianluigi Nuzzi, journaliste indépendant, « Sua Santità, le carte segrete di Benedetto XVI » (éd. Chiarelettere), le majordome de Benoît XVI  était arrêté le 23 mai 2012 et incarcéré dans l’unique cellule de la prison vaticane située derrière la basilique Saint-Pierre.

            Il s'agit de Paolo Gabriele, 46 ans, majordome des appartements du pape depuis 2006, homme de confiance et l'une des rares personnes en contact direct avec Benoît XVI. Il est soupçonné d'être l’informateur de Gianluigi Nuzzi
- auteur du livre-, car des documents ultraconfidentiels ont été  retrouvés dans son appartement par la police du Vatican. 
            Le 21 juillet 2012, Paolo Gabriele a été libéré et assigné à résidence où il a pu retrouver sa femme et ses trois enfants. Le même jour, les avocats du majordome du Pape se sont exprimés pour la première fois en public précisant qu'« il n’existe aucun réseau, ni aucun complot à l’intérieur comme à l’extérieur du Vatican » et que « poussé par le désir d’aider, par amour envers le Pape », Paolo Gabriele avait agi en « idéaliste », par « motivation intérieure ». Le majordome a demandé pardon au Pape Benoît XVI.
            Paolo Gabriele a été condamné par le Tribunal de la Cité du Vatican à 18 mois d'emprisonnement avec sursis.
            Paolo Gabriele a été gracié par le Pape Benoît XVI le 22 décembre 2012.

 

Rencontre des deux papes : François et Benoît XVl  le 23 mars 2013

    Il en faut deux pour y arriver ?

            Philippe Sollers, dans son article : « Vive le nouveau pape argentin François ! » (Le Point du 15/03/2013) salue l'élection de François (premier pape jésuite) qu’il espère pouvoir faire basculer l'Église catholique dans une renaissance inattendue.

            Puis vers la fin, sous le chapitre « Marx », il cite l’extrait d’une correspondance de Jenny Marx à son mari :

            "Vous voulez une surprise de taille ? Ouvrez ce petit livre : Karl et Jenny Marx, Lettres d'amour et de combat, publié dans l'excellente collection Rivages Poche. La femme de Marx, Jenny von Westphalen, lui écrit en 1841 : "Petit sanglier, comme je me réjouis de savoir que tu es heureux, que ma lettre t'a fait plaisir, que tu te languis de moi, que tu loges dans des pièces tapissées, que tu as bu du champagne à Cologne, et qu'il y a là-bas des clubs Hegel, que tu as rêvé, bref, que tu es mon chéri à moi, mon petit sanglier…."
            ... Jenny, comme son mari, aura été marxiste comme personne".
            Puis, malicieusement, Sollers conclut : « Avec le temps, contre toute attente et en secret, le pape François les bénit. »

            La bénédiction serait-il pour le sanglier ou pour les marxistes ? D’ailleurs, le sanglier est un cochon sauvage. Est-il plus cochon que les cochons domestiques ? Il n’y a pas encore d'études à ce sujet. Toutefois, le terme « mon petit sanglier » est plus acceptable que « mon petit cochon »   (délicatesse d’une aristocrate !)

            Enfin, pour mettre fin à cette histoire de cochon, citons ces quelques lignes du grand Tolstoï :

            «L'homme a la conscience d'être Dieu, et il a raison, puisque Dieu est en lui.
            Il a conscience d'être un cochon et il a également raison parce que le cochon est en lui.
            Mais il se trompe cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu.»
                    Léon Tolstoï  (Journal intime).


            Dans un entretien avec l’auteur d’un livre à paraître, Eric Aeschimann, du "Nouvel Obs ", daté le 20-02-2013, revient en fanfare sur l’affaire DSK avec un gros titre « EXCLUSIF : DSK par Marcela Iacub : "Un être double, mi-homme mi-cochon" ».

            Le journaliste fait la publicité du livre de la juriste-essayiste : Ecrit magnifiquement, jamais exhibitionniste, à la fois récit intime et expérience intellectuelle : dans "Belle et Bête", Marcela Iacub raconte sa liaison avec Dominique Strauss-Kahn. Juriste et spécialiste de la philosophie des mœurs, chroniqueuse à "Libération", Marcela Iacub avait publié en janvier 2012 "Une société de violeurs ?", un ouvrage qui prenait la défense de DSK. C'est à ce moment-là qu'a débuté leur histoire. "Belle et Bête" paraîtra le 27 février chez Stock. En exclusivité, "Le Nouvel Observateur", en kiosque ce jeudi, en publie des morceaux choisis, ainsi qu’un long entretien avec l’auteur. Premiers extraits :

            Aeschimann : - "Belle et Bête" raconte votre liaison avec Dominique Strauss-Kahn. Que s’est-il vraiment passé entre vous et lui ?

            Iacub : - Nous avons eu une liaison de la fin janvier 2012 au mois d’août de la même année. […]
            Les étapes de la liaison, les lieux, les propos rapportés, tout est vrai. Pour les scènes sexuelles, j’ai été obligée de faire appel au merveilleux. Mais si elles sont fausses sur un plan factuel, elles sont vraies sur un plan psychique, émotif, intellectuel.[…]
            Le personnage principal est un être double, mi-homme mi-cochon […]. Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté.

            A. - Et vous construisez alors une théorie du cochon…

            I. - Le cochon, c’est la vie qui veut s’imposer sans aucune morale, qui prend sans demander ni calculer, sans se soucier des conséquences. […] Le cochon, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat, c’est la plus belle chose qui soit, la plus belle part de l’homme. Et en même temps le cochon est un être dégueulasse, incapable d’aucune forme de morale, de parole, de sociabilité. […] 
            L’idéal du cochon, c’est la partouze : personne n’est exclu de la fête, ni les vieux, ni les moches, ni les petits. […] Alors que DSK m’a toujours semblé être franchement à droite, ce communisme sexuel auquel il aspire en tant que cochon me réjouit. […]

            (Propos recueillis par Eric Aeschimann)

            Cet article soulève un grand scandale et c’est ce voulaient l’auteur et le magazine qui l’a accueillie. Les mobiles sont flagrants. Déjà, avant la sortie du livre, la journaliste Anne Sinclair accuse le Nouvel Observateur d'"accréditer la manœuvre d'une femme perverse et malhonnête, animée par la fascination du sensationnel, et l'appât du gain".

            En effet, Eric Aeschimann couvre la juriste d’éloges en parlant d’"une écriture magnifique jamais exhibitionniste, à la fois récit intime et expérience intellectuelle". Il en rajoute :

            "L’histoire d’amour qu’elle a vécue pendant sept mois ne regarde qu’elle et l’homme qu’elle a aimé. Mais le récit qu’elle en fait possède une stupéfiante puissance littéraire. Iacub relate une expérience extrême, mystique, mêlant dégoût et extase, avec, à la clé, la vision hallucinée du mystère : le "cochon", cette part de nous-mêmes qui ne vit qu’au présent, veut tout et ne calcule rien et que notre époque, qui croit avoir fait la paix avec elle, ne cesse en réalité d’avilir".

            Quant à l’essayiste, Marcela Iacub, une juriste soi-disant spécialiste de la philosophie des mœurs, elle a tout fait pour pouvoir écrire son livre médiatique. Selon ses dires, elle a rencontré DSK pour les besoins de la publication d'un précédent livre intitulé "Une société de violeurs ?" dans lequel elle prenait la défense de DSK, attaqué par les mouvements féministes. Une entrevue qui les a menés à une liaison dès la fin janvier 2012 et qui a duré sept mois.

            Iacub raconte : - "J’étais amoureuse de l’être le plus méprisé du pays, le plus méprisé de la planète", écrit- elle dans "Belle et Bête".

            "Même au temps où ma passion était si fastueuse que j’aurais échangé mon avenir contre une heure dans tes bras je n’ai jamais cessé de te voir tel que tu étais : un porc. C’est ma compassion pour ces animaux si dénigrés qui a éveillé mon intérêt pour toi. Tu étais le grand persécuté, le bouc émissaire …

            "Tu te comportais comme un méchant porc. Tu n’étais plus la victime de la société mais mon agresseur, mon bourreau …

            "Je me suis sentie obligée de prendre ta défense pour dire : "Les porcs ont le droit d’être des porcs. Une société qui met ces créatures en prison aux seuls motifs qu’ils ont des goûts propres à leur espèce n’est pas une société libre et juste." […]

            "On croit que je suis un monstre parce que je tiens des propos radicaux. Mais je veux simplement penser par moi-même, même si cela doit passer par des discussions, des disputes, des injures même…"

            Ce plaidoyer hypocrite pour DSK manque de sincérité et d’honnêteté. Elle se servait de prétextes pour l’accabler et l’humilier. Etait-elle vraiment amoureuse de DSK ? Sa passion fastueuse est-elle de nature humaine ou animale ? Si elle s’identifie à une porcine dans leurs ébats qu’elle décrit comme merveilleux, de quoi se plaint-elle en s’estimant victime de son ex- amant ?

            En réalité, elle a tendu à DSK un piège bien programmé. Ce que Marcela Iacub avance comme hypothèses de comportement (Cf. : Le Nouvel Obs N° 2520 du 21 février 2013, page 81) ne sont en effet que des arguments fallacieux :

            Elle énumère : "La première est de vouloir décrire ce personnage singulier, … il faut l’aimer et le haïr pour connaître quelqu’un".

            Aimer n’exige pas de coucher avec ...

            "La deuxième explication envisageable, c’est que je suis une sainte au sens où je me sens obligée de sauver ceux qui sont honnis et méprisés. Dominique Strauss-Kahn était la personne idéale pour cela. Je voulais le sauver de son enfer. Et pour sauver, il faut aimer".

            De même, faut-il d’abord coucher avec quelqu’un pour pouvoir le sauver ? La seule personne qui puisse prétendre vouloir sauver DSK c’est Anne Sinclair ! Pas une "sainte nitouche" qui voulait déprécier cette dernière en même temps que son mari.

            "La troisième hypothèse : Avant de le rencontrer, j’étais très déprimée et je le comprends seulement aujourd’hui, je voulais mourir. Je devinais sans doute qu’un homme si égoïste, si peu attentionné, qui avait fait du mal à tant de monde, pouvait se transformer en l’instrument de ma destruction. Il avait tout pour donner envie de mourir à une femme comme moi, et à n’importe quelle femme par ailleurs – en ce sens, je l’ai utilisé au moins autant qu’il m’a utilisée …

            Faut-il se comporter en cochonne pour comprendre un autre cochon ?. Dans ce cas les deux cochons sont quitte. Pas de victimes ni de bourreaux ! Cependant, entre les deux, DSK semble plus sincère, la pleurnicheuse paraît être de mauvaise foi !

            En voulant se justifier la juriste s’est piégée elle-même :

            "Les étapes de la liaison, dit-elle, les lieux, les propos rapportés, tout est vrai. Pour les scènes sexuelles, j’ai été obligée de faire appel au merveilleux. Mais si elles sont fausses sur un plan factuel, elles sont vraies sur un plan psychique, émotif, intellectuel … Parfois, il faut mentir pour dire la vérité : la vérité n’est pas la réalité… (Article cité, page 82).

            Or, au lieu de décrire réellement les scènes de leurs ébats, Iacub a fait appel au merveilleux en recourant à la fiction. Sur le plan juridique, un citoyen a-t-il le droit d’attribuer à un autre citoyen ses propres fantasmes et encore faire des interprétations sur les états psychique, émotif et intellectuel de ce dernier ? Pendant leurs ébats, les cochons ont-ils des états d’âme ?

            Enfin, deux intellectualisations :

            "Dans le cas présent, dit Iacub, il y a deux raisons qui m’ont poussée à construire mon récit d’une manière fantastique : d’une part, cette histoire sortait radicalement du vraisemblable ; d’autre part, le personnage principal est un être double, mi-homme mi-cochon, et il fallait que je puisse sentir ce dédoublement extrême … " ( Article cité, page 82).

            Cette histoire n’est pas si extraordinaire pour vouloir en construire un récit fantastique. Si DSK n’avait pas été président du FMI et prétendant à l’Elysée, cela n’aurait été qu’un petit scandale. Et ce dédoublement extrême n’est qu’une banalité. Pas besoin de vouloir le sentir en se comportant en mi-femme mi-cochonne et en le savourant, puis de le renier en rabaissant son ex amant …

            Le thème de l’être humain mi-homme mi-cochon n’est pas une grande découverte. La faiblesse humaine va de pair avec sa grandeur. Selon Pascal : "La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C’est donc être misérable que de ( se ) connaître misérable ; mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable." … Toutefois : "Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore plus dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre… " ("Pensées de Pascal", Ch. - M. des Granges, Garnier Frères, Paris 1948, p. 174).

            Pascal ne parle pas de "dédoublement", mais de "duplicité" : "Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes" ("Pensées de Pascal", op. cit., page 174). Platon s’en était déjà douté au IVème siècle avant l’ère chrétienne.

            Autrement dit, "l’ange et le démon" (ou "le divin et le diable") coexistent chez le commun des mortels. La sagesse populaire ou le sens commun reconnaît cette réalité, mais celle-ci n’est malheureusement pas admise par la plupart des hommes et même chez nombre de spécialistes des sciences humaines (philosophie, psychologie, sociologie, psychiatrie, ethnologie, médecine, etc…).

            A suivre …

 Dessin de Jean Effel (Le Monde)

            Le psychanalyste : "Vous me semblez normal, ayant des idées cochonnes, menant une vie de cochon, et ne rêvaant que des cochonneries".

            A voir :  /2.-a-propos-de-la-logique-de-l-interpr-c3-a9tation (À propos de la logique de l'interprétation) et  /1.-dieu-ne-joue-pas-c3-a0-cache-cache (Dieu ne joue pas à cache-cache)

            La justice française a ordonné mardi l'insertion d'un encart dans chaque exemplaire du livre de Marcela Iacub sur sa liaison avec Dominique Strauss-Kahn ainsi qu’une publication judicaire à la Une du Nouvel Obs (La Tribune de Genève du 26 févier 2013  "Le livre sur DSK condamné trois fois") : 

            « Selon l'ordonnance du tribunal de grande instance de Paris consultée par l'AFP, le Nouvel Observateur devra publier un communiqué judiciaire couvrant la moitié de sa Une.
            Marcela Iacub et les éditions Stock ont également été condamnées à verser solidairement 50'000 euros de dommages et intérêts à DSK, tandis que l'hebdomadaire devra lui verser 25'000 euros de dommages et intérêts.
            La demande d'interdiction de diffusion du livre, demandée à titre subsidiaire par les avocats de DSK, a en revanche été rejetée. »

            La justice française n’est pas dupe d’une manipulatrice.  Retour de boomerang, la piégeuse est piégée par ses fantasmes dévorants. C’est l’autre qui est le cochon, et pas moi, la sainte nitouche qui voulait le sauver de son enfer (celui qui est pavé de bonnes intentions !).

            "Je t’avais dit que j’allais écrire un livre sur le cochon. Que si tu portais plainte pour ce livre, tu perdrais. (…) Je t’ai dit que ce livre, que j’avais commencé à l’écrire avant même de faire ta connaissance, que c’était une suite du premier", écrit ainsi Marcela dans "Belle et Bête".
            Comment, étant juriste, n’a-t-elle pas réalisé que cet aveu suffisait pour la condamner ? Ou s’agit-il d’une ruse de sa part, sachant qu’une plainte devant le tribunal serait une publicité pour son nouveau bouquin ?

              « Le Canard Enchaîné » daté du mercredi 27 février 2013 a présenté dans un encadré (page 6) une petite note fort amusante dont voici l'image et le texte :

           Cinquante nuances de gras - « Belle et Bête » de Marcela Iacub (Stock) 
            Même pas cochon ! Le lecteur qui croira acheter un livre érotique en sera pour ses frais. Celui qui attend un témoignage sur la vie privée de DSK aussi. Une liaison avec un « people » et un bouquin à suivre : ainsi va la cuisine éditoriale. Auteur de livres érudits et piquants sur le droit et le sexe, Marcela Iacub avoue qu’on ne trouve "aucun orgasme», « aucune génitalité » (sic). Mais d’anodins jeux de langue avec le "Cochon"  :  « Tu t’es mis à me lécher les paupières. Tu ne t’arrêtais pas, tu m’enlevais le mascara, le fard à paupières, le khôl, et tu l’avalais ... Tu m’as dit que personne ne t’avait fait jouir de cette manière.» Le point G est-il dans la trompe d’Eustache ? Réponse page 42 : « Tu as mis ta langue à l’intérieur et tu as commencé à avancer. J’ignorais que l’on pouvait aller si loin à l’intérieur d’une oreille".
            Cette lobe story se termine de façon saignante : « Il m’a arraché l’oreille d’un coup de dents et il l’a mangée (... ). Il la dévorait le plus vite qu’il pouvait comme s’il craignait que je ne prenne l’oreille de sa bouche pour la partager avec lui. » 
            Info ou intox ? Fantasme ou réalité ? Le bouquin est édité comme un roman, mais présenté comme un document qui fait fonction de préface dans une interview de Iacub au « Nouvel Observateur ». Jamais nommé dans le livre, DSK est clairement désigné dans l’article. Double jeu et précaution juridique : sur demande de DSK, la justice devait décider mardi de l’interdiction à la vente de ce conte inoffensif écrit par celle qui se considère comme une « sainte ». Persécutée par un juge ? Ce serait le miracle de sainte Marcela, mutilée par un capitaliste cannibale, ravie en extase dans l’art du bouche à oreille !   F. P.

             Ainsi, les lecteurs sont bien trompés sur la marchandise. Ce ne sont pas des scènes « hards » mais simplement des « préliminaires » conseillés par nombre de conseillers du sexe.
            Pourtant, DSK trouve dégoûtants ces descriptions fantasmatiques. Quelle publicité pour Marcela avant la sortie du livre !

             « Le Monde des Livres » qui a consacré un dossier de deux pages à l’affaire Iacub-DSK, semble regretter que ce grand talent à l’esprit corrosif et audacieux soit fourvoyé dans une manipulation mal tournée (« Le Monde » daté du Vendredi 1er mars 2013).

            D’après l’enquête de Catherine Simon, le patron des éditions « Stock » a prit sa défense. « Je ne regrette jamais rien », affirme ce dernier, disant avoir été séduit par l’audace et le courage de Marcela Iacub. « Elle s’est engouffrée dans un univers qui n’est pas fait pour elle. Elle a travaillé avec la volonté de faire un roman. » Est-elle pour autant devenue romancière ? « A la lecture du livre, oui » assure l’éditeur bienveillant (Extrait - en italique - du Dossier, p. 2) 

            Le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut, lui-même auteur chez Stock, est d’un avis différent. « Ce livre est un monument d’indiscrétion et une catastrophe littéraire » estime ce dernier. A la lecture de « Belle et Bête, il s’est senti triste, s’agaçant de voir « l’estampille de la littérature accolée à du trash ». A ses yeux, le livre de Marcela Iacub est plus conceptuel que littéraire, puisque y est affirmée, dans une théorie « pauvrement binaire » la supériorité du cochon sur l’homme ». La littérature est autrement subtile, complexe, attentive à l’autre ! » juge-t-il. Bon nombre d’écrivains contactés par « Le Monde des Livres » ont préféré ne pas se mêler au débat. A cause du sujet tabou ou de la question trop délicate ?

            La théorie de la supériorité du cochon sur l’homme n’est pas conceptuelle si on admet que « le cochon » représente une des trois pulsions humaines (pouvoir, intérêts, sexe). On doit en convenir dans le monde actuel, où la soif du pouvoir, la cupidité et la tyrannie du sexe dominent.  Le sexe est la plus puissante des pulsions parce que faisant partie intégrante de l’être elle est plus intime, plus difficile à contrôler ou à sublimer. Et quand on y ajoute des fantasmes, il devient une bombe incendiaire. 
            D’ailleurs, «… la théorie de l’animalité de l’homme, on pensait la question réglée depuis D.H. Lawrence et Henri Miller », note l’écrivain Marc Weitzmann dans son article « Erreurs fatales » (dossier cité, page 3). La chercheuse du CNRS - Marcel Iacub - n'a découvert qu'une banalité, mais en rajoutant ses propres fantasmes.

             La plupart des gens, au lieu de chercher à maîtriser leur comportement sexuel, cherchent en revanche à le stimuler, arguant que c’est la vie, indispensable à la santé, sans penser aux conséquences. Or dans la vie, les individus sont de nature très différente par leur évolution psychique, leur niveau socio-culturel et leur vécu existentiel. Dans le langage courant, on dit que quelqu’un est très porté vers le sexe, vers l’argent, vers le pouvoir. Cela veut dire qu’il y en a d’autres qui ne le sont pas. Pourquoi prétend-t-on que tout le monde possède la même intensité de désir ? Si un homme sent moins le désir sexuel, les conseillers du sexe y décèlent facilement une anomalie, ne sachant pas qu’il y a d’autres satisfactions personnelles pour chaque individu. De même alors que chez certaines femmes, après la naissance d’un bébé, se sentent avoir moins de désir, les mêmes conseillers cherchent vite à y remédier, tandis que leur médecin personnel leur conseillent d’allaiter le nourrisson le plus longtemps possible. Les premiers ignorent probablement que les ébats sexuels tarissent le lait maternel. Le règne du « viagra » fait encore beaucoup de dégâts pour les deux sexes, surtout chez les personnes plus âgées. Mais tout cela relève d’une autre histoire …

              Revenant à l’affaire DSK-Iacub, l’article de Julie Clarini et MarionVan Renterghem éclaire plus ou moins la personnalité de Marcella et la cause de son faux pas (dossier cité page 3). Sous le titre : « Marcela Iacub, perdue dans la lumière » avec sous-titre : « De la chercheuse engagée à l’écrivain scandaleuse, comment la juriste a peu à peu céder au désir violent d’être connue, reconnue ».

           En effet la juriste est perdue non pas dans la lumière, mais dans ses fantasmes débridés. Toutefois, sa théorie de la supériorité du cochon sur l’homme est vérifiée, tant sur DSK que sur elle qui succombe aux trois mobiles ou fantasmes humains (Pouvoir, Intérêts, Sexe) cités plus haut. Voulait-elle rivaliser avec lui sans s’en rendre compte ? Le pouvoir, pour elle c’est être connue et reconnue dans le cercle littéraire. Quant aux intérêts, espérait-elle que son livre rapporte autant que les « Cinquante nuances de Grey » (E.L. James, Ed. Lattès) en trois tomes, ces ouvrages érotiques qui caracolent des mois en tête des ventes de la librairie Payot de Lausanne ? (Cf. image à gauche dans "Le Matin -Dimanche" du 3 mars 2013). Au sujet du sexe, elle est aussi cochonne que DSK qui, paradoxalement, a moins de fantasmes (par instinct naturel) que son ex-maîtresse. Ce qui pousse cette dernière à intellectualiser le sexe en écrivant ce bouquin scandaleux et accrocheur comme un défi. 

             « C’est une fille inquiète, complètement à vif », analyse l’écrivain Catherine Robbe-Grillet qui a partagé certains de ces combats. Ce qui veut dire aussi qu’elle est angoissée, impulsive, écorchée. « Elle a un désir violent d’être connue et reconnue » constate l’avocat Emmanuel Pierrat. « Elle voulait faire un coup, dit un autre proche, elle rêvait d’un succès populaires » (dossier cité, page3).

             « Le charme de Marcela, conclut un de ses proches, c’est de n’avoir pas de censure, ce qui lui permet de penser ce que personne ne pense. L’inconvénient, et le prix à payer, c’est …  qu’elle n’a pas de censure » (dossier cité, page 3).

            Le fait de n’avoir pas de censure indique un manque de contrôle interne. Le fait de penser ce que personne ne pense, s'agit-il des choses interdites ou des fantasmes dévoyés, inavouables,  dont elle a de la peine de se débarrasser ?

            Cela me rappelle certains entretiens que j’ai eus avec les patients à la Clinique universitaire de Cery  (Prilly-Lausanne). L’un d’eux m’a demandé avec insistance : « Pouvez-vous me dire comment dois-je faire pour me défaire de mes fantasmes ? – Pourquoi ? lui répliquai-je. Tout le monde en a, plus ou moins sans exception, y compris moi-même. – C’est vrai ? - Vous ne me croirez pas si je vous dis que j’ai probablement des fantasmes plus infamants que vous. – Alors, comment faites-vous ? – Le problème n’est pas de vouloir les enlever, mais de pouvoir les gérer, répondis-je. – Vous-même, comment gérez-vous les vôtres? questionna le patient. - C’est une question d’autocontrôle que tout le monde ne possède pas au même degré, expliquai-je. Dans mon cas, quand un fantasme me passe par la tête, je me dis : Allons, sois sérieux, ce n’est qu’un fantasme, et je pense à autre chose. – Mais cela ne marche pas du tout avec moi, soupire le patient. - Evidemment, c’est comme le problème de l’immunité physique, il y a des gens qui sont plus résistants que d’autres, répondis-je par une digression qui laissa le patient pensif.

            En effet, j’ai voulu simplement lui démontrer qu’il ne suffisait pas de se débarrasser ses fantasmes pour être guéri de son problème.

            Dans cette même clinique, un psychiatre, après avoir reçu mon rapport psychologique, demandé pour une expertise judiciaire, me dit : « Dans ce cas, je vais proposer une castration chimique». Je lui souris : « Vous pouvez lui faire tout ce que vous voulez, mais vous n’arriverez jamais à castrer ses fantasmes ». Il me toisa sans répondre, avec l’air de quelqu’un à qui on a coupé l’herbe sous les pieds.

             Pour conclure cette affaire DSK-Iacub, les deux auteurs de l’article cité (dossier, page 3) ont livré vers la fin un jugement sévère : « Son coup médiatique ressemble à un coup de grâce. L’intellectuelle est marquée au fer rouge : que retiendra-t-on désormais de ses travaux au regard de cette autofiction scandaleuse ? Il y avait la Loana du loft, il y aura maintenant la Marcela du DSK », résume l’avocat Emmanuel Pierrat.

             Le monde médiatique est sans pitié. Il n’hésite pas à tirer sur l’ambulance, jeter des pierres sur  ceux qui sont déjà à terre comme dans le cas de DSK et de Marcela Iacub. Les jugements des gens sur autrui sont souvent injustes, car issus de leurs propres projections. En général, l’être humain évolue (c’est le but essentiel de la vie) quand certains restent stationnaires ou même régressent. Comme dans la nature, il y a des arbres rabougris ou des fleurs qui ne s’ouvrent pas.

            Les faux pas comme les erreurs funestes sont des expériences de l’existence. Les souffrances subies pourraient avoir un effet de purification, notamment chez une intellectuelle comme Iacub, si celle-ci admettait les failles de son état émotionnel et tirait les conséquences de son comportement inadéquat, manquant de délicatesse et de respect pour autrui (ce qu’elle reproche à DSK). Une intelligence aiguë mais travaillée par des pulsions diverses ne peut être lucide qu’avec un cœur conscient. Alors les fantasmes débridés s’évanouissent comme les nuages chassés par les rayons ardents du soleil.

            Dans « Belle et Bête », si DSK lui a vraiment confessé : « Ma vie a été une terrible erreur », c’est qu’il a conscience de ses actes. Pourquoi a- t-elle encore utilisé sa mauvaise langue et sa hargne pour le démolir et être démolie à son tour ?

            Rien n’est encore perdu, avec son énergie dans l’engagement et dans l’écriture. S’entêter à se justifier sans passer par une introspection constructive revient à faire du surplace.   "Transformer l’agressivité destructive en force créatrice", voilà la voie à suivre. Avoir le courage de sortir un nouveau bouquin avec le titre : « Mon comportement a été un terrible scandale ». Le patron des éditions Stock va sûrement l’accueillir à bras ouvert, et c’est à ce prix – en mettant de côté son ego – qu’elle pourra retrouver la dignité et la joie de vivre.

            Bonne chance Marcela !

Annexe : Le mail à DSK dont Marcela Iacub « ne se souvient plus »

            "Cher Dominique,

            Après tant de mensonges et d'esclandres, je me sens obligée maintenant de te dire la vérité. Je sais que tout ceci n'est pas très beau à entendre mais ma conscience me tourmente depuis presque un an. Je suis une personne honnête et je me suis laissé entraîner d'une manière un peu légère dans un projet te concernant auquel je n'aurais pas dû participer. Les gens avec lesquels j'ai travaillé m'ont un peu dégoûtée après coup parce qu'ils se sont servis de moi comme d'un instrument pour te nuire. Et ce n'est pas cela que je cherchais. Je te jure. Je ne voulais pas te nuire mais essayer de comprendre ce phénomène étrange que tu es.

            Mon livre sur ton affaire américaine, je l'ai écrit parce que ce sont eux qui me l'ont demandé. Le fait de chercher à te rencontrer était parti du même projet. Sans te dire tout le reste. Il m'a fallu te faire croire que j'étais éprise de toi, que j'étais folle de toi. Et puis que j'avais mon cœur meurtri, que j'étais jalouse et tout ce que tu sais. Je suis désolée. Je te demande pardon mais je sais que tu ne me pardonneras jamais. Je ne le ferais pas non plus à ta place. Mais sache en tout cas que je le regrette profondément. J'ai essayé de te le dire il y a quelques mois mais tu ne voulais plus me parler. Mais c'est vrai que c'était en partie un peu de ta faute aussi. Tu aurais pu te rendre compte tout seul si tu avais fait un peu attention.

            Je te demande d'effacer ce mail. Je ne veux pas ajouter cet aveu au problème terrible que j'ai en ce moment à cause d'eux. Ce ne sont pas des gens méchants mais un peu inconscients et fous.".

            (Ce mail, adressé le 26 novembre 2012 à Dominique Strauss-Kahn par Marcela Iacub, a été lu publiquement à l'audience et versé au dossier, mardi 26 février par la défense de l'ancien patron du FMI.)

            " - Marcela Iacub, que j'ai interrogée sur ce mail, ne s'en souvient plus", a indiqué Maître Christophe Bigot, l'avocat des éditions Stock. "Elle m'a dit qu'elle n'avait pas le courage de le rechercher. Et elle a ajouté qu'elle ne croit pas qu'il soit dans l'intérêt de Dominique Strauss-Kahn qu'elle fouille dans ses mails".

            26 février 2013, par Pascale Robert-Diard (Blog de la journaliste du MONDE).


"Le Nouvel Obs" du 2 au 9  février 2013 relevant les livres les plus vendus en France.

     (Cf. Le palmarès de Payot à Lausanne en haut).

            Yasmina Reza, mondialement célèbre pour ses pièces de théâtre, a publié le 2 janvier dernier « Heureux les heureux », un écrit en forme de monologues qui suscite de nombreuses critiques. Il s’agit cette fois d’un roman, dont chaque chapitre se voit centré sur l’un des personnages. Voici l’extrait d’une première critique par Nicole Volle (journal Le Monde – blog littéraire du 06 janvier 2013) :

             « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour /
            Heureux les heureux. »
            Dès la citation placée en exergue du livre et qui lui donne son titre, tirée de l'"évangile apocryphe" de Borges, l'ironie amère et implacable de Yasmina Reza s'exerce dans ce roman choral où dix-huit personnages tourmentés, se débattant avec la vie et plus ou moins liés entre eux, s'expriment en courts monologues juxtaposés qui se répondent ou non. On découvre d'abord Robert et Odile Toscano, qui se disputent dans un supermarché jusqu’à en venir aux mains. On croise les Hutner, un couple "fusionnel", recroquevillé dans une volonté de bien-être conjugal, confronté aux délires d'un fils qui se prend pour Céline Dion et signe des autographes dans son asile psychiatrique, ou Raoul et Hélène Bernèche, tous deux passionnés de bridge. Il y a des solitaires comme la décoratrice Chantal Audouin, écœurée par l'arrogance et l'hypocrisie des couple établis, ou le jeune cancérologue homosexuel Philip Chemla, évoquant ses amants tarifés et brutaux. Appartenant souvent à la bourgeoisie juive aisée, ces êtres en proie au vertige et aux désarrois du quotidien qui vient briser leur rêve, parfois mesquins ou désespérés, ont en fait un point commun : ils sont tous, complètement seuls, murés dans l’impossibilité de rencontrer l’autre, dans le désert de l'amour. 

           Et voici l’extrait d’une autre critique publiée dans « Le Figaro évènement-culture » (par Florence Duguit et Bernard Quiriny le 09/01/2013), qui considère que l’ouvrage « Heureux les heureux » de Yasmina Reza, en tête de l’affiche de la rentrée littéraire de janvier, est « le plus surestimé » des livres présentés :

             Robert, journaliste, est aigri. Sa femme Odile, avocate, est malheureuse. Le père de celle-ci, Ernest, ex-banquier, s’étiole depuis qu’il a arrêté de bosser. Les meilleurs amis du couple ont un lourd secret. La maîtresse du mari désespère qu’il quitte sa femme. Etc. Yasmina Reza donne la parole à tous ces personnages dans 18 récits à la première personne, comme des carottages dans leur psyché, compacts et denses, écrits d’un bloc. Comme on le devine, le titre (emprunté à Borges, et allusion au Sermon sur la montagne) est ironique, les personnages mis en scène sur le mode marabout-de-ficelle, engoncés dans leurs rôles sociaux, ne respirant pas précisément le bonheur. Malgré l’humour sarcastique de l’auteur, son procédé trouve vite sa limite : qui a lu le premier récit les a tous lus, et ne tourne les pages que pour l’amusement de trouver des échos entre les chapitres. C’est le roman choral par excellence, avec ses vérités premières, si proches du café du commerce : la vie est pleine de gens, tout le monde a ses problèmes, les couples sont impossibles, le malheur est partagé, etc. Si ces 18 tranches de vie font un roman, chacun en jugera ; que l’ensemble soit infiniment moins éblouissant qu’on nous l’assène partout en invoquant les mânes de Thomas Bernhard ne fait guère de doute.

             Chaque journaliste est libre de donner son avis. Cependant, il faut aussi tenir compte de l’intention de l’auteur qui écrit un livre destiné aux médias et non à une intelligentsia. Comme témoin, Reza Yasmina voulait surtout faire une description des scènes de la vie de cette époque dite moderne et libérale. Dans ses tragi-comédies elle n’interprète pas les faits à travers ses propres points de vue et pose des questions par l’intermédiaire de la bouche de ses personnages (tout comme Dostoïewesky, l’écrivain russe).

             « Ne comptez pas sur moi pour éclairer le thème de mon livre, dit-elle dans un entretien avec la presse. Non pas que je me dérobe, mais j'ai compris depuis longtemps qu'il n'y a pas de réponse possible à cette question. Il y a quelque chose que je sais au fond de moi, qui a guidé mon écriture, mais je ne saurais le formuler sans le pervertir. » et : « ... Je me méfie du mot "amour". C'est un mot difficile à manier.»  

             Comme dans une pièce de théâtre où l’atmosphère virtuelle suscite une résonnance positive ou négative chez les spectateurs, c’est à ces derniers de chercher le sens à travers les dialogues des personnages et saisir leurs motivations intimes. Le fait d’y réfléchir et de le  partager avec une réceptivité sans contrainte permet d’opérer un recul introspectif salutaire à l’évolution de leur personnalité. 

             D’ailleurs, la réponse semble déjà inscrite dans le titre du livre « Heureux les heureux », évoquant les Huit Béatitudes énoncées dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5-3) et tiré d’un poème de Jorge Luis Borges placé en ouverture : « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour / Heureux les heureux ».

          Ces vers sibyllins ressemblent à un « koan » utilisé par le Maître Zen pour éprouver le niveau d’éveil de ses disciples.
            D’abord, le titre « Heureux les heureux » sonne comme un pléonasme, une vérité de La Palice. Cela va de soi. Alors, à quoi bon chercher le bonheur, comme ce pèlerin dans un conte de l’Inde qui se démena par monts et par vaux pour trouver à la fin un homme heureux sans  chemise ! On est heureux tout naturellement, c’est un état d’âme. 

             Vient la première partie du second vers : « Heureux les aimés et les aimants … » Le poète Borges groupe ces deux catégories d’heureux ensemble dans cette forme d’amour qui n’a pas besoin d’attente, d’exigence diverses et de manifestations extérieures, ignorant ainsi ces types d’amour possessif, d’amour envahissant qui étouffe, d’amour des scènes de cinéma. 

            Un autre poète, Khalil Gibran a bien défini sa conception de l’amour dans cette strophe :
            L'amour ne donne que de lui-même et ne prend que de lui-même.
            L'amour ne possède pas, et ne veut pas être possédé ;
            Car l'amour suffit à l'amour.
            ( "Le Prophète" Edit. CASTERMAN - Paris 1956.)

             Allant dans le même sens, le milieu du vers : « Heureux . . . ceux qui peuvent se passer de l’amour». L’individu heureux rayonne d’Amour et peut se passer de l’amour cherché, forcé,  imposé (décrit en haut).

            Il y a donc une autre sorte d’amour sans amour. Celui qu’on peut trouver chez certains poètes et chez les petits enfants dans leur innocence. Thalia, une petite fille de 4 ans et demi dit à sa mère : « Maman, je t’aime plus que l’amour ». Malgré son âge, elle sent que l’amour dont on parle est factice, superficiel ; il existe donc chez elle un sentiment naturel, spontané, une émotion véritable venant directement de son cœur, sans gestes ni langage.

             Un des personnages du livre dit : "Etre heureux, c'est une disposition". Je le crois, dit Yasmina Reza dans un entretien. Cette disposition, certains l'ont plus que d'autres. Ils versent du côté du bonheur. Ce n'est pas la gaieté, c'est autre chose. C'est une inclination particulière.  Il faut les envier ».

            Certains lecteurs pensent que « n’est heureux, finalement que celui qui sait être heureux. Tout n’est qu’affaire de disposition d’esprit ». Or cela ne suffit pas, la disposition d’esprit doit coexister avec l’inclination du cœur. La pensée et le sentir vont de pair.

            « Que serait le récit du bonheur ? Rien, que ce qui le prépare, puis ce qui le détruit, ne se raconte » dit André Gide, dans « L'Immoraliste ». Sans passé ni futur, l’Amour comme la Félicité est sans histoire !
            Et ces bribes dans « Nourritures terrestres » : “... on ne dit pas : "je suis heureux", on dit : "j’étais heureux" et “... on n'est pas heureux, on s’estime heureux...”. Ainsi pour ce philosophe français le bonheur humain actuel n’est qu’un bonheur relatif, forcé. Ce n’est qu’en se justifiant, qu’en faisant des comparaisons avec le passé, avec les autres, qu'on s’estime heureux ou malheureux. C’est donc un bonheur factice et illusoire, comme l’amour de ceux qui  jouent avec sans s’en rendre compte.

         « Pourquoi ça rouille, un couple ? » se demande Yasmina Reza en auscultant le destin de ses personnages. Peut-être parce que, dans ces couples, plus personne - homme ou femme - ne parvient à tenir son propre cap. »
            Tenir le cap n’est pas facile, car les individus ne sont pas tous égaux face à l’amour ou face au bonheur. Car chacun possède sa disposition d’esprit et son inclination du cœur qui le rend heureux ou malheureux face aux tourments de l’existence.

            L’amour et le bonheur sont inextricablement liés : si l’on a accès à l’un, l’autre le suit, et vice-versa. Cependant le commun des mortels en général, cherche les deux, souvent séparément comme un objet. En outre, certaines sciences de la Vie ignorent souvent que l’individu est un être en devenir. Les gens, face à leurs déboires sentimentaux et à leurs illusions perdues, tendent le plus souvent à déprécier voire à salir l’Amour (et Dieu qui y est lié). Le bon vouloir et les bonnes intentions (dont l’Enfer est abondamment pavé) s’avèrent inopérants sans les dispositions d’un cœur et d’un esprit agissant en bonne harmonie.

            Les recettes de sagesse ou les conseils psychologiques dont ils sont abreuvés à travers les médias resteront lettres mortes, tant que leur corps ne vit qu’en fonction des besoins multiples et des désirs impérieux, tant que leur cœur reste continuellement agité par des sentiments contradictoires et des passions plus ou moins brûlantes, et tant que leur esprit se nourrit encore de toutes sortes d’illusions éphémères et de fantasmes obsédants …

            « On ne vit pas, on attend de vivre, dit Pascal dans ses « Pensées ».
 Pourquoi ? Simplement parce qu’on n’est pas encore prêt. Et quand on est prêt, l’amour et le bonheur arrivent sans crier gare !, quand nos sens sont calmés, nos sentiments apaisés, nos idées clairesccc et lucides …

            En attendant, ce sont les jeux de l’Amour, et du Bonheur (Pouvoir-Intérêts-Sexe) qui priment. Et quand la souffrance se fait sentir, bon nombre des gens ne perçoivent que la laideur de la Vie, la cruauté du Monde et l’hostilité de leur entourage. Certains se lamentent, et maudissent Dieu comme Job de la Bible, ou se résignent selon ce « Sermon sur la montagne » (Augustin) : « Heureux ceux qui souffrent ».
            Suivant cette parole, la souffrance a aussi son côté salutaire quand elle incite certains à ouvrir leurs yeux, afin de pouvoir accéder à une nouvelle naissance laissant la voie libre à l’Amour et à la Sérénité !
            En outre, grâce à ces jeux, qui meublent leur existence en apportant maintes expériences bonnes ou mauvaises, que les individus évoluent et que l’humanité progresse, sinon une Vie non vécue n’aura aucun sens ...  

            Alors, « Faites vos jeux ! (ou votre choix) » avant que tombe l’annonce : « Rien ne va plus !» … Pendant ce temps, la Terre tourne, le Soleil brille, les Nuages passent ou la Neige tombe …

            Lausanne, ce 15 janvier 2013.

Voir la note précédente du 27 novembre 2012 : "L'amour et la souffrance" 
et les pages : Problème de couple /le-moi-et-l-amour (Le Moi et l'Amour)
.

            Confucius a dit : « Il faut une nomination  juste. Quand le nom n’est pas juste, la parole n’est pas adéquate. Quand la parole n’est pas adéquate, l’action ne peut être réussie… ».

            Parler de « mariage gay » révèle une fausse interprétation  prêtant à la confusion. Car le mot mariage est réservé par tradition, depuis des siècles passés, à une union entre un homme et une femme. La société actuelle n’est pas encore habituée à cette expression ambiguë qui choque la plupart de gens, car ces derniers n’attribuent pas une valeur morale équivalente à ces deux formes d’union pour la vie.

            C’est une décision légitime pour deux hommes ou deux femmes de vouloir s’engager à vivre ensemble. Il leur fallait trouver une désignation exacte de la situation.

            En France, en 1999, sous le gouvernement Jospin, une loi instaurant un Pacte civil de solidarité (abrégé Pacs ou PACS) est voté  dans le but de prendre en compte une partie des revendications des couples de même sexe qui aspiraient à une reconnaissance globale de leur statut, alors que la jurisprudence de la Cour de cassation refusait de regarder leur union comme un concubinage.

            C'est un partenariat contractuel établi entre deux personnes majeures (les « partenaires », communément appelés « pacsé(e)s »), indépendamment de leur sexe, et qui a pour objet d'organiser leur vie commune en établissant entre eux des droits et des devoirs en terme de soutien matériel, de logement, de patrimoine, d'impôts et de droits sociaux.

            Le Pacs est, avec le mariage civil, une des deux formes d'union civile du droit français. Il place le couple dans un cadre juridique précis instituant des obligations réciproques, à la différence du concubinage, qui est une simple union de fait dépourvue de tout statut. Le Pacs offre plus de souplesse que le mariage notamment en matière de séparation et d'héritage. Les formalités à la signature et à la dissolution sont en outre fortement réduites.

            La Pacs a connu un fort succès en France surtout chez les couples hétérosexuels, le nombre de pacs signés chaque année est en progression et se rapproche désormais de celui du mariage civil. Depuis 2001, le nombre d'enregistrements de Pacs continue de progresser. En 2008 a été signé plus d'un Pacs pour deux mariages, en 2009 deux Pacs pour trois mariages et en 2010  trois Pacs pour quatre mariages. Sur les 263 000 Pacs, 33 600 (soit 12,8 %) ont été dissous. Sur 274 400 mariages célébrés en 2006, 139 147 divorces ont été prononcés (soit environ 50 %), selon les statistiques du site Wikipédia.

            Faut-il en déduire que le PACS est plus solide que le mariage traditionnel ?
            Cependant, les couples homos ne sont pas satisfaits de cette appellation de « pacsés », voulant être « mariés » comme tout le monde. Ainsi, les partisans du "mariage pour tous" ont défilé samedi 15 décembre 2012 dans douze villes de province avant la grande manifestation pour l’Égalité, dimanche à Paris … En manifestant, les socialistes veulent aussi faire oublier les hésitations du pouvoir. Finie la "liberté de conscience" pour les maires réticents prônée par le chef de l’État (« Le mariage pour tous en étendard »,  titre Le Journal du Dimanche »  du 16 décembre 2012).

            Or rien n’est fini tant qu’on ne peut pas appeler le chat par son nom. C’est gênant pour le partenaire d’un couple d’être désigné comme « pacsé », mais ce n’est pas juste de prétendre être « marié », un mot strictement réservé aux couples hétérosexuels.

            Tant que règnent le discrédit et la discrimination de la société sur leur sort, les gays devront se montrer patients. Tôt ou tard, la société devra accepter l’existence de ces dérivations génétiques ( Cf. ci-dessous la note du 15 août 2011 : « Sur l’homosexualité ») comme un phénomène naturel.  Excepté une minorité qui restent discrets tout en devenant célèbres malgré eux, dans le domaine des arts et de la littérature, la plupart des autres sont trop pressés d’être reconnus comme tels. Ils vivent dans une atmosphère de révolte et de défi face à un environnement hostile, voire haineux. En voulant « exister » à tout prix, ils tombent dans l’exhibitionnisme et la vulgarité, ce qui exacerbe encore les autres, ceux qui se croient plus normaux qu’eux.

            Vouloir en faire trop produit souvent l’effet contraire. Stratégiquement, il faut que ces êtres incompris et surtout leurs supporteurs agissent par étapes pour faire évoluer cette loi leur permettant de s’unir pour la vie comme tout le monde.

            En votant le 19 décembre 2012 un amendement autorisant la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes homosexuelles « mariées », le groupe de socialistes crée une fracture au sein du PS et risque de perdre les voix de l’opposition favorable à la loi « mariage pour tous » (« Le Monde » du 21 décembre 2012). Cette loi risque de ne pas passer la rampe à l’examen du projet de loi à l’Assemblée le 29 janvier 2013. Cela devrait aussi renforcer la détermination des opposants qui ont appelé à manifester le 13 janvier à Paris.

            En outre, l’opposition des catholiques en France est très vive et ne manquera pas d’y participer : « Les évêques, grands officiants de la manif anti-mariage gay » titre le Canard enchaîné du mercredi 19 décembre 2012 » avec sous-titre : « Mobilisation générale dans les couvents, les paroisses, les évêchés. L’Eglise sort le grand jeu pour faire capoter le diabolique projet de loi ».

            Toutefois, certaines églises protestantes tolèrent l'homosexualité, voire même l’acceptent totalement. Ainsi, l’Église nationale danoise marie les homosexuels depuis juin dernier... D'autres églises protestantes condamnent toujours l'homosexualité. C'est le cas, par exemple, des amish. Chez les anglicans, elle fait débat.

            En Suisse, les membres du Synode, soit le parlement de l’Eglise protestante, ont décidé le 3 novembre 2012 d’offrir un rite pour les couples de même sexe déjà engagés civilement. Pourtant, ce vote à 59 contre 9 avec 7 abstentions, se fait attaquer par des groupes d’opposants  moins tolérants (« Les partisans  d’un rite pour les gays montent au front » titre le Journal« 24 heures » du 21 décembre 2012, par Lise Bourgeois).

            Dans un entretien "Aujourd'hui, le sens du mariage a changé" (Le Nouvel Observateur du 24-09-2012), Cécile Deffontaines cite Irène Théry, sociologue du droit de la famille : « … Je penchais donc pour ne pas employer le mot "mariage" mais pour instituer une "union civile" avec 100 % de droits égaux en matière de couple, comme c’est le cas aujourd’hui en Angleterre … ».

            Enfin, il est difficile de trouver une expression adéquate pour nommer cette union des couples homosexuels. Ces derniers devraient se contenter d’abord des rites liturgiques avant d’obtenir une officialisation égalitaire. Le reste ne tardera pas à venir.

            Le physicien Albert Einstein a dit « qu’il est plus facile de casser le noyau d’un atome que les préjugés des gens ». Il faut laisser le temps au temps …

             A voir ci-dessous la note du 2 avril 2011 : "Homosexualité et Homophobie"

            Il y a presque un demi-siècle, avant de prendre sa retraite, un vieux professeur de l’Université de Bâle se fit huer par ses étudiants en abordant le thème de l’amour dans sa dernière conférence.

            Deux ans après, en 1962, un psychologue clinicien  (ancien professeur de psychologie au Viêt Nam) suscita, par son exposé : « Le Moi et l’Amour », un fort remous dans l’auditoire du Centre Universitaire psychiatrique de l’Université de Lausanne. A l’époque, certains sujets y étaient encore tabous, comme ceux de Dieu, de l'amour, de la  sexualité  (cf. Préface de l’exposé  Le Moi et l’Amour).

            Actuellement, depuis la fin du XX siècle, le sujet de l’Amour pullule dans les médias : journaux, livres, bandes dessinées, romans autobiographiques, Internet avec ses nombreux sites de rencontre.

            En quittant le sentiment sacré et l’idéal romantique, la société dite moderne et néo-libérale présente l’Amour comme un spectacle où règnent la vulgarité et l’exhibitionnisme. Pour presque plus de la moitié des gens, l’amour d’un couple ne répond plus à aucune tradition  sociale, religieuse ou procréatrice. Ce sentiment exclusif ne tient plus qu’à des raisons simplement affectives de l’ego et d’autres éléments terre-à-terre.

            Ainsi, l’amour au sein d’un couple devient de plus en plus exigeant, demandant plus d’intensité dans les sentiments, plus de performance dans le domaine sexuel (avec la recherche du point G et la tyrannie de l’orgasme). En même temps, ces partenaires ignorent la réciprocité, le respect mutuel et la simple convenance. Autrefois, les hommes allaient satisfaire leurs fantasmes sexuels dans les maisons closes, épargnant à leurs femmes ces désirs qu’ils nommaient des cochonneries. Actuellement ces gestes obscènes deviennent des plaisirs branchés, même pour les grand ’mamans (Engouement pour le roman érotique "Cinquante nuances de Grey" par EL James, Ed. JC Lattès, traduit de l'anglais "Fifty Shades of Grey", supposé le plus vendu au monde en 2012). 

            En outre, pour aider à comprendre les sentiments humains, les sciences de la Vie : philosophie, psychologie, psychiatrie, psychanalyse, sociologie, cherchent à rationaliser les comportements, les rendent de plus en plus systématique, tout en dévaluant l’amour sans le savoir. Freud a pourtant mis en garde ses adeptes contre les mécanismes de défense du Moi (de l’ego) : intellectualisation, déplacement, projection, déni, dénégation etc…

            Les victimes qui mettent souvent leur amour en équation, y trouvent facilement les justifications de leurs déboires. Ils déplacent leurs problèmes sur la société, sur leurs géniteurs, trouvant les prétextes de l'échec dans certaines différences du couple : raciale, pratique religieuse, niveaux culturel,  socio-économique, etc…

            Or, quand l’Amour devient virtuel par manque d’authenticité - sentiments vécus à travers les fantasmes et l’intellectualisation - les divorces se multiplient avec leur lot de souffrances diverses.

            Une sociologue israélienne, Eva Illouz, traite ce sujet dans « Pourquoi l’amour fait mal. L’expérience amoureuse dans la modernité » (Ed. du Seuil, 2012, pour la traduction française). Dans le but premier de réinventer une éthique de la passion, elle cherche la cause de cette mutation du champ sexuel qui lui semble profiter aux hommes par leur domination affective.

            Pour nous, paradoxalement, le sexe fort s’avère plus faible, étant plus dépendant affectivement que les femmes. Ce sont ces dernières qui demandent le plus souvent le divorce malgré la vie précaire qui les guettent. Les hommes supportent mal cet abandon qui porte atteinte à leur ego, une blessure narcissique plus que mortelle.

            Pour les enfants victimes de leur séparation, l’auteur suggère deux autres solutions : « séparer strictement amour et reproduction, et envisager l’éducation et l’élevage des enfants sur un mode communautaire urbain »  (Eva Illouz : Enquête d’amour, Le Monde des Livres du 28.09.2012). De fait, ces propositions ne sont pour le moment que des vœux pieux.

            Dans son dernier roman « L’Amour sans le faire »,  l’écrivain Serge Joncourt explore les mille et une façons d’aimer quand on a passé l’âge des premiers émois (Olivier Maison « Avec le temps, on aime plus », rubrique Culture du magazine Marianne, N° 801, 25-30 août 2012).

            « Après dix ans de silence, Franck téléphone un soir à ses parents. Curieusement, c'est un petit garçon qui décroche. Plus curieusement encore, il s'appelle Alexandre, comme son frère disparu des années auparavant. Franck décide alors de revenir dans la ferme familiale. Louise, la belle-sœur, a prévu d'y passer quelques jours avec son fils. Franck et Louise, sans se confier, semblent se comprendre. Leurs blessures et leurs tourments finissent par les rapprocher. Entre les deux va naître une passion qui ne finira pas. Puisqu’elle ne commencera jamais. Des gens qui s‘aiment sans le dire, parce qu’ils ne savent pas, ou parce qu’ils n’y croient plus. C’est l’innocence qui cristallise les sentiments, c’est la peur qui les anéantit. Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être plus fort que s’aimer vraiment. »

            C’est un livre où les non-dits, les petits riens et les silences vibrent, entre espoir et fatalisme pour conclure que « ne pas vivre la passion c’est ne pas souffrir et qu’aimer c’est se taire ». C’est le retour à l’essentiel quand on a muri avec l’âge.

            Le film franco-autrichien de Michael Haneke (Palme d’or au dernier festival de Cannes) révèle une autre forme d’amour. (Acteurs : Emmanuelle Riva dont la performance, déformée par la maladie, ne le cède en rien à Jean Louis Trintignant).

            Dans un grand appartement parisien, Anne et Georges, octogénaires, « unis par la force des habitudes, la passion du piano et la puissance d’un amour qui se manifeste à travers les mille liens du quotidien. Elle a des absences, se fait hospitaliser, revient paralysée et perd peu à peu sa lucidité. Il l’accompagne jusqu’au bout.

            « Le silence du générique n’a d’égal que le silence impressionnant dans la salle. Tant ce film dépouillé, ramassé malgré ses 2 heures 7, va droit à l’essentiel, sans fléchir ni frémir. Il montre ce qui fait détourner la tête dans la société actuelle : la maladie qui progresse, la mort qui vient, mais aussi l’amour qui reste.

            « Un pigeon qui passe, une fin en forme de point d’interrogation … Le réalisateur a su en outre préserver le mystère qui entoure les confins de la mort et le secret qui nimbe l'amour ..."  (David Fontaine - Amour, Les maux de la fin - Canard enchaîné du mercredi 24 octobre 2012).
            L’Amour est non seulement secret mais d’essence sacrée, relevant de l’immanence. En voulant l’analyser, en cherchant à le comprendre par l’intellect, il nous échappe. Mais une chose est sûre, il vient de l’intérieur, du cœur, malgré les conflits, les choix difficiles ou douloureux, en dépit d’un dilemme insoluble (dilemme cornélien).

            L’apostrophe de Don Diègue le père, à son fils Don Rodrigue : « Rodrigue, as-tu du cœur ? » (Le Cid Acte I, scène 5, Pierre Corneille, 1636) devient une citation célèbre. Comme la pièce tragicomique,  elle suscite des controverses et même des querelles. Car le mot cœur n’est pas simplement traduit par le mot courage. Il pourrait y avoir des implications d’ordre moral, voire éthique …

            Inévitable retour à l’essentiel ! Car c’est le seul moyen d’épargner la souffrance, une forme de sublimation que certaines âmes bien-nées peuvent se permettre …

 
            Post-scriptum .- Dans le cas du président français, pourrions-nous lui lancer : « Hollande, as-tu du cœur ? » ? ).


           La revue « L’EXPRESS » étale sur la couverture de l’édition du 10 octobre 2012 un titre accrocheur « Ces femmes qui lui gâchent la vie ». Les photos des femmes qui y figurent, sont au nombre de cinq : Ségolène Royal, Valéry Trierweiler, Martine Aubry, Cécile Duflot et Angela Merkel.

            En réalité, il n’y a que les deux premières, le touchant de près, qui peuvent influencer son existence, tandis que les trois suivantes sont des étrangères qui ne risquent pas de lui causer de problèmes inextricables ni de cas de conscience.

            François Hollande est dépendant de Valéry Trierweiler qui peut gâcher non seulement sa vie, mais en même temps sa destinée de Président de la République. L’histoire du  tweet  n’est qu’un simple épisode, et le met culpa ne change pas grand’ chose.

            Dans un contexte d’incertitude et de jalousie, sa compagne est pressée d’en finir. « François, épouse-moi vite, qu’est-ce que tu attends, tu ne m’aimes pas vraiment ? ».
            Et ce leitmotiv se répèterait  presque chaque nuit. Comment le Président pourrait-il avoir un bon sommeil et une tranquillité d’esprit pour accomplir sa tâche ?

            Personne n’aimerait être à sa place. S’il l’épousait maintenant, il perdrait l’amour de ses enfants et la mère de ses enfants ! S’il ne cédait pas, il endurerait une attaque devenant chaque jour plus agressive de la part de sa compagne (Voir photo plus bas).

            Il sait que tout est de sa faute, car il a joué avec l’amour, mais il ne s’en est pas rendu compte auparavant. 
            Avec Ségolène Royal, lequel des deux avait opté pour l’union libre ? Probablement par entente tacite, pour avoir plus de liberté et d’indépendance. Or, les complications surgissent encore plus denses quand survient la séparation.

            Les « homos » tiennent à se marier pour créer un lien, avoir un vrai foyer avec des enfants. Mais même sans mariage, un couple hétéro crée forcément des liens entre eux, surtout quand il a des enfants qui exigeant des droits et des devoirs, de l’amour sans borne.

            Dans le dernier livre de la journaliste Michèle Cotta, intitulé  « La Rose et le Gris » (Ed. Fayard, Paris 2012), un ouvrage dans lequel Ségolène Royal se confie sur sa longue relation avec le père de ses quatre enfants : « François et moi avons été un couple, et même un couple mythique » et semble faire passer un message à Valérie Trierweiler : « Il lui sera impossible de m'effacer, moi et mes enfants. »  
            Aucun père ne peut ignorer ces liens indissolubles avec ses enfants (et ses petits-enfants) qui meublent son existence, qui l'aident même à évoluer et à grandir depuis leur naissance, s'il a pris la responsabilité de les élever et de les éduquer. 

             Il est donc difficile pour le Président de sortir d’un piège qu’il a lui-même construit pièce par pièce ? Les conséquences du jeu d’amour sont inattendues, mais non irrémédiables.  Pourtant, aucun psychologue, psychanalyste ou conseiller conjugal, ne pourrait lui venir en aide. Seul le joueur conscient de son acte peut se défaire de ce qu’il a fait, par un choix crucial lucide.

            Pour le moment, la seule issue conforme au bon sens serait de laisser Valéry Trierweiler retourner dans sa famille avec ses enfants et le père de ses enfants, et de revenir à Ségolène Royal avec ses quatre enfants en célébrant un vrai mariage, comme un homme normal. 

            Le Président de la République aurait-il le courage de réagir en regardant la réalité en face ? Faire le choix entre un ego blessé, même mortellement, contre une libération voire une renaissance ! 


Photo de la revue "L'EXPRESS" du 10 oct. 2012. 

Commentaire : Le regard inquisiteur de Valéry Trierweiler en dit long avec sa main crispée autour du bras de son compagnon qui reste bouche-bée comme un petit enfant pris en faute.


A lire ci-dessous : La note précédente du 18 juillet - « L’amour de l’amour ou le jeu des ego », et dans une des pages plus en bas : « Les liens invisibles ».


            L’amour pour les animaux de compagnie est un sentiment tout à fait naturel chez bon nombre de mortels, mais quand il s’agit d’un génie de la musique, certains critiques parlent d’obsession.
            En effet, c’est le cas du compositeur allemand Richard Wagner, qui vouait aux canidés - sa "seule consolation aux tourments de la vie" - une passion proche de la fixation maladive (article de "Marianne" écrit par Vincent Huguet, sous la rubrique Culture : Les grands obsédés 3/6 : Wagner, l’homme qui murmurait à l’oreille des chiens – N° 797 du 28 juillet au 03 août 2012).
            Selon l’auteur, le célèbre musicien réservait aux canidés ses plus belles déclarations (d’amour), en reléguant sa femme en second plan. Encore, dans son amitié avec Nietzsche il plaçait ce philosophe dans son cœur entre femmes et chiens, ce qui rétrogradait son épouse à la troisième place.
            Dans une de ses lettres à son ami Otto Wesendonck en 1861, au sujet de la mort d’un de ses chiens, il a écrit : "Je sais que vous n’admettez pas qu’on aime les animaux, mais étant donné que je suis qui je suis, vous comprendrez que cette perte m’a particulièrement touché" Et dans une autre qui suivit : " Cela fera un an après demain que mon cher petit chien est mort à Paris. Il était comme animal petit esprit de la maison qui remplaçait d’une certaine façon, les enfants que je n’ai pas …". L’auteur de l’article ne croit pas au fait de compenser l’absence d’enfants par l’amour des chiens, car Wagner aura des enfants - Isolde en 1865, puis Eva et Siegfried -, et leur présence n’entamera en rien son obsession.
            Vincent Huguet cite le récent ouvrage de Christophe Looten (compositeur et théoricien) qui est une compilation passionnante des pensées de Wagner ("Dans la tête de Richard Wagner. Archéologie d’un génie", Fayard 2012 Paris). Il y raconte que le compositeur a songé à écrire un livre : Histoire de mes chiens, et donne l’explication de cet amour pour les animaux de Richard :
"Mal compris, il doit trouver avec les animaux une consolation aux tourments de la vie, un rapport avec la nature qui l’apaise".
            C’est plutôt un cliché qui ne satisfait pas les esprits curieux. Peut-on admettre que les sentiments d’amour soient sélectifs, comparables ou interchangeables ?
            Si l’on considère que chaque individu est construit par lui-même, influencé par son milieu ou produit par l’interaction des deux facteurs, chacun réagit différemment selon son caractère propre. Il s’avère difficile de comprendre le comportement des humains et surtout leurs motivations. Toutefois on peut l'essayer en se posant des questions anodines voire naïves :

            - L’amour pour les animaux est-il plus gratifiant que celui pour les êtres humains ?
            - Pourquoi est-il plus facile d’aimer les animaux que les êtres humains? 

            - La réciprocité et la responsabilité sont-elles indispensables dans l’amour ?

            Avec les animaux, cette dernière question ne semble pas être tenue en compte. C’est la ou le maître qui décide. Elle (ou il) a choisi un animal, et quand ce dernier l’accepte, c’est pour la vie, sans autre demande qu’un bon soin et de la tendresse selon le bon vouloir du propriétaire. En outre, il est plus facile de se séparer d’un animal que d’un être humain.
            Chez les humains, les choses se compliquent quand chaque partenaire veut mener le bal, garder sa liberté tout en étant dépendant affectivement l’un de l’autre, dans une attente souvent déçue, car chacun ne pense qu’à soi. L’habitude ne tue pas l’amour, mais plutôt un certain conditionnement vicié, un manque de concession mutuelle venant d’un rapport de force entre deux ego devenus rivaux.
            Au début des relations, l’intensité de la passion amoureuse semble faire l’abstention des ego. Cependant, elle retombe lentement et sûrement quand le couple est revenu sur terre avec les tourments de l’existence qui révèlent leur vraie personnalité. Leur rêve et leurs fantasmes ne paraissent plus correspondre à la réalité. Alors leurs ego, momentanément enfouis pendant la passion confusionnelle, réapparaissent avec des sentiments de déception et de désenchantement. Ils ont cru trouver l’âme sœur, or chacun semble penser et sentir à sa manière en vivant dans son monde à part. Ils cherchent un amour parfait quand ils sont eux-mêmes incapables d’aimer. Car cet amour rêvé par eux n’est qu’un amour vicié, conditionné, qu’ils ont mis en équation.
            C’est le prix d’une liberté quand ils croient être capables de s’affranchir des valeurs traditionnelles et religieuses. Ils attribuent alors leurs divergences aux différences d’ethnies, de culture, voire au niveau d’évolution personnelle. Or deux personnes issues du même milieu socio-économique et ayant le même niveau d’intelligence pourraient avoir une vision de la vie et un comportement tout à fait dissemblables. C’est le développement affectif (le QE = quotient émotif) qui tient la clé du problème dans toutes les relations interpersonnelles. Par conséquent, les difficultés s’aggravent quand les partenaires sont encore immatures.
            Les conseillers conjugaux ne peuvent souvent donner que des recettes passe-partout. Quant aux psychothérapeutes, notamment ceux qui suivent l’approche psychanalytique, un grand nombre tentent à ménager l’ego de leurs patients en leur trouvant des justifications au lieu de leur faire comprendre l’état de leur déficience affective. Le fait de déplacer leurs difficultés relationnelles sur les autres peuvent momentanément calmer leur angoisse sans aucune influence sur leur comportement, leur manière d’aimer qui est en cause.
            Le vrai amour est un élan du cœur, un fluide inconditionnel qui s’échappe tout naturellement (sans motivation, ni attente), ce don de pouvoir effacer quand il le faut son petit ego, sans effort, sans s’en rendre compte, pour libérer cette source de vie indispensable à son bonheur sur cette terre.

A voir : Problème de couple, /le-moi-et-l-amour (Le Moi et l'Amour)

            Jean d’Ormesson, cet écrivain pétillant d’humour et d’un optimisme lucide, a bien choisi le titre de son dernier ouvrage : "C’est l'amour que nous aimons", recueil des romans d’amour de sa jeunesse (Edit. Laffont, Paris, 2012). Ces cinq mots résument parfaitement la manière d’aimer des êtres humains, des jeunes comme des adultes.

            Ils me font penser à ce petit poème de Dom H. Câmara (Mille raisons pour vivre, Paris, Le Seuil, 1980) :

            L'enfant se délectait
            devant le piano ouvert
            en jouant n'importe quoi,
            rien que pour le plaisir de faire du bruit 
            rien que pour s’amuser à tirer des sons,
            sans se soucier le moins du monde
            de la mélodie
            ainsi que si souvent nous jouons avec l'amour.

            En général, sans s’en rendre compte, les gens jouent avec l’amour en croyant aimer. Certains savent qu’ils trichent avec l’amour tout en continuant à vivre avec … Comme avec le bonheur, lorsqu’André Gide constate : "on n’est pas heureux, on s’estime heureux" (Nourritures terrestres, Mercure de France, 1897). On croit aimer, alors qu’on n’aime que soi-même. Car le moi confondu avec l’ego, constitue un obstacle pour le vrai amour. 

            Selon l’optique de la pensée orientale, l’un est l’autre, le yin et le yang ne sont pas considérés comme opposés. Issus tous les deux du Tao en transformation constante, ils sont complémentaires, c'est-à-dire nécessaires et indispensables l'un à l'autre. L’interdépendance du couple peut être comparée à celle des pôles négatif et positif d'un courant électrique : chaque pôle est contraire à l'autre, mais c'est de l'ensemble que se produit le courant. Sans différence de potentiel, il n'y a pas de courant possible.

            Dans le monde occidental, un grand nombre de couples vivent dans une atmosphère d’amour en court-circuit, qui les conduit souvent au divorce (la moitié actuellement). D’autres, continuent à jouer le jeu de l’amour (excepté les rares qui en sont conscients).

            Simone de Beauvoir, traversant une vie d’amour tumultueuse, a distingué l’amour nécessaire en opposition aux amours contingentes, tout en se perdant dans des labyrinthes sans issues. Vers la fin, elle n’a convaincu personne en proclamant que sa relation (son amour nécessaire?) avec Sartre avait été une totale réussite !

            Récemment, les histoires d’amour des couples présidentiels en France ont fait le tour de la presse mondiale et démontrent que ce qu’on appelle l’amour n’est qu’un jeu d’amour.

            Les premiers, l’ex président Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Cette dernière, qui menait une vie d’aventures à la Simone de Beauvoir, a trouvé un nouvel amour, après avoir déclaré que Mick Jagger était l’homme de sa vie ("Mick, Sex and Rock'n'Roll", Editions JC Lattès, Paris, 2012).

            Les seconds, François Hollande et Valérie Trierweiler. Le nouveau Président élu a provoqué la jalousie de sa compagne parce qu’il n’est pas arrivé à oublier sa camarade d’études et la mère de ses quatre enfants. Valérie Trierweiler, en représailles, en est venue à soutenir dans un tweet le dissident socialiste Olivier Falorni face à Ségolène Royal, à qui François Hollande avait apporté son propre appui. Ce soutien à Olivier Falorni, vainqueur au second tour, avait suscité de violents remous au PS et des sarcasmes à droite.

            Tout cela paraît humain et parfaitement normal. Les difficultés incombent aux joueurs qui se sont comportés selon la taille de leur ego.

            Dans la vie d’un couple, qu’il s’agisse de mariage ou d'union libre, les deux partenaires perdent à leur insu leur indépendance, voire leur liberté. Sans de continuelles et mutuelles concessions, s’engager dans cette grande aventure de l’existence n’est qu’un leurre.

            La seconde illusion, c’est le complexe de Pygmalion, cette croyance de pouvoir modifier son partenaire sous l’influence de son amour. En réalité, celui ou celle qui veut transformer l’autre en modèle idéal se considère comme un créateur (ou une créatrice) qui façonne son objet de désir (sa créature). Ce fantasme n’est pas seulement narcissique mais cache un besoin de domination et de possession.

            La troisième illusion, c’est de se croire plus libres et indépendants en refusant le mariage conventionnel. Or ce fait qui ne profite qu’à l’homme est défavorable pour la femme du fait de son inhérente dépendance affective. L'homme, souvent réputé de volage, aime tenir la dragée haute à sa compagne par la menace d’abandon. La femme, se sentant perdante dans tous les cas, se montre alors plus possessive et vindicative.

            Vivant dans ce contexte, avec leur caractère altier, pour ne pas dire mauvais, leur soi-disant amour n’est en réalité qu’un jeu inter egos. Et quand la femme rivalise en ego avec l’homme, il n’y a que le pouvoir qui compte. Comment faut-il faire pour dominer ou posséder l’autre ?

            Dans un rapport de force entre deux egos, il n’y aura aucune place pour l’Amour et pour ce qu’on appelle le Bonheur.

            C’est ce qui est arrivé à François Hollande et Ségolène Royal qui ne voulaient pas d’un mariage nécessaire (selon Simone de Beauvoir) afin de préserver leur liberté et leur indépendance. Or en vivant ensemble, ils ont créé des liens indissolubles sans s’en rendre compte. Ils ne réalisent pas que les enfants font partie de leur vie, et qu’ils deviennent tous complémentaires malgré eux ... Après des rivalités sur la scène politique et las des accrochages à la maison, ils se sont séparés.

           François Hollande trouva ensuite un autre ego, Valérie Trierweiler, ayant presque le même caractère que son ancienne compagne. Une journaliste ambitieuse qui voulait suivre les pas d’Eleanor Roosevelt et de Danièle Mitterrand et qui refusait son rôle de première dame : "Je ne serai pas une potiche", proclame-t-elle dans sa première interview au principal quotidien britannique (le Times, le 9 mai 2012), "Je mourrai journaliste", affirme-t-elle sur le plateau du Grand Journal (Paris Match). Et encore, au micro de France Inter jeudi 7 juin 2012 : "Quand vous dites aux Français que vous ne voulez pas vivre aux frais de l'Etat et que vous ne voulez pas être dépendante financièrement d'un homme, tout le monde le comprend". Ce jeu théâtral médiatisé s’annonçait comme une bravade à l’égard de son compagnon.

          En quittant son mari et ses trois enfants pour un compagnon déjà père de famille, savait-elle que le choix de ce dernier n’était qu’un jeu de défi face à la mère de ses enfants? (François Hollande avait officialisé leur liaison en 2010 dans Gala - site des stars et du gotha - en déclarant : "Valérie est la femme de ma vie"…).

            Le jeu des annonces par l’intermédiaire des médias n’est pas de l’amour mais un échange de passes d’arme entre couples.

            Ses camarades socialistes le croyaient mou à cause de son indécision sur le plan sentimental, déchiré entre deux femmes. Or il semble s’habituer à cette situation (faire avec) parce que ce n’est qu’un jeu dont il croit tenir le bon côté. Ses ennemis politiques l’attaquent en disant qu’il aime pratiquer l’art de l’esquive.

            Probablement, ces gens ne connaissent pas le jeu des échecs qui exige deux partenaires de force égale pour être intéressant. Mais quand un troisième s’en mêle, la partie s’avère injouable. Celui qui croit détenir la victoire devient la victime de son jeu :

            "… Chacune ne pense qu’à l’autre. Qui est la vraie? Laquelle a le pouvoir? La mère des enfants? La nouvelle compagne avec ses propres enfants? Une concurrente plus jeune en attente d’enfant ? Mettez la politique dans le coup, et vous obtenez l’affaire sensationnelle du tweet.
            "… Ce n’est plus du vaudeville, mais du Shakespeare. Une seule solution pour sortir de ce cauchemar : une nouvelle prétendante au rôle de première dame de France, un mariage à tout casser, et, vite, un bébé …".

            Les lignes ci-dessus en itlique, sont extraites de la Chronique du mois (14 juin 2012) de Philippe Sollers (qui a probablement causé la perte de son travail, après 13 ans passés au Journal du Dimanche.)

            Le constat de la situation semble réaliste, mais le conseil proposé paraît incongru, peu réalisable. En effet, cette recommandation ne fait que compliquer la situation sans rien résoudre.

            La seule solution à faire pour un Président qui se prétend être normal c’est de se marier normalement, comme tout le monde, avec ... la mère de ses enfants. Les nombreux échecs ont donné à cette dernière une bonne leçon et elle serait tout à fait prête à prendre la place de
première dame avec plaisir, sans aucune réserve.


            Quand on croit posséder quelqu’un, c’est l’autre qui vous possède. Les titres des Guignols de l’info (22.06.12) avec les Anonymous : "J’en ai marre des femmes", avec sous-titres : "Ma femme s’appelle reviens" et "L’ex-femme de ma vie", en disent long sur ce jeu ou sur cette comédie.  Et les images ci-contre démontrent nettement de quel côté son cœur se penche (titrés en haut : Baiser forcé, à doite et en bas : Les retrouvailles).

            Un mariage à l’Elysée ferait le bonheur, non seulement de sa vraie famille, mais de ses proches, de ses camarades socialistes et recevrait l’approbation du peuple français et de tous les gens bien intentionnés, les félicitations de la presse du pays et de la presse étrangère, sans compter celles des dirigeants de tous les pays du monde.

            Cet événement historique pourrait être considéré aussi comme un jeu, mais un jeu gagnant, un beau geste en quelque sorte.

             Mais pour que ce vœu se réalise, il faut que le Président normal et sa compagne altière sachent maîtriser leur ego. L’ego ne doit pas être rigide mais souple en évoluant avec le temps, selon les circonstances de l’existence.

            Dans la dynamique du Tao, l’ego peut aller en avant mais doit aussi être capable de reculer, c'est-à-dire être accessible à la réciprocité, sans laquelle l’amour reste fictif.

             Enfin, l’amour est un état mouvant n’ayant ni passé ni futur ; il est dans le présent, en dehors du temps et de l’espace, il est, tout simplement; l’amour n’est pas un objet de désir qu’on peut rechercher.

            Je vous invite à relire ces quelques vers du poète libanais Khalil GIBRAN ("Le Prophète" Edit. CASTERMAN, Paris 1956 :

            "L'amour ne donne que de lui-même et ne prend que de lui-même.
             L'amour ne possède pas, et ne veut pas être possédé ;
             Car l'amour suffit à l'amour. "

             A voir :   Yin-Yang et Notion de Complémentarité, Problème de couple et /le-moi-et-l-amour (Le Moi et l'Amour)

            En regardant la couverture de l’Hebdo n° 12 du 3 mai 2012, je suis attiré par ce grand titre "Homme, LE NOUVEAU SEXE FAIBLE", avec ces sous-titres :

            - La fin annoncée des machos
            - Maltraitance : info ou intox ?
            - Les femmes ont-elles pris le pouvoir ?

            Je me promets de faire une note là-dessus, car à mon avis, il s’agit d’une question de point de vue et d’interprétation provenant de civilisations différentes. En Orient, surtout en Chine et dans les pays comme le Japon, la Corée, le Viêt-Nam, ces questions ne sont pas préoccupantes.

            Puis en passant devant l’étalage d’un kiosque à journaux, je tombe sur un autre titre d’une revue française, "Philosophie" n° 59 mai 2012 : "Les femmes sont-elles plus morales que les hommes? ". J’en achète un exemplaire en pensant que les deux titres de l’hebdomadaire suisse et du magazine français, bien qu’éloignés en sujets abordés visent le même objectif : comprendre les deux natures humaines, masculine et féminine.

            En effet, dans le dossier de la deuxième publication, Catherine Potevin montre la fréquence des faits violents chez les deux sexes :

            "Selon le ministère de la Justice français, 85 % des homicides et 98 % des crimes sexuels y compris sur mineurs sont commis par des hommes; 96,8 % de la population carcérale (au 1er janvier 2011) est masculine, 84 % des victimes de crimes conjugaux sont des femmes.

            "… En outre, si l’on considère quantitativement les infractions à la loi ou les manquements à la morale publique (ce qui ne saurait être le tout de la vie morale) et qualitativement la gravité des actes, la majorité masculine est écrasante. Empiriquement, les hommes sont plus souvent du côté de la violence, surtout physique, les femmes plus souvent du côté des victimes… "

            La journaliste se demande alors si tous ces faits suffisent à faire de ces dernières des êtres plus moraux.

            Il est difficile d’y répondre car le problème est complexe, dépendant de plusieurs facteurs; de plus, la pensée occidentale, dualiste, oppose les deux sexes: sexe fort et sexe faible, mâle dominant et femelle soumise, bourreau et victime …

            Or dans la vie courante, ces clichés ne correspondent pas à la réalité. Le sexe fort peut se comporter comme le sexe faible. Le mâle dominateur peut être tenu en laisse par une compagne autoritaire.

            Surviennent les mouvements féministes et anti-féministes, marqués par des étiquettes "femmes maltraitées" et "mâles pleurnichards". Cependant, il n’y a pas seulement des femmes abandonnées mais aussi des hommes abandonnés. Au sujet du divorce, ce sont 80% des femmes qui en font la demande.

            La maltraitance est subie par les deux sexes même s’il est évident que les mâles exagèrent dans les violences contre l’autre sexe d’après les statistiques ci-dessus.

            Toutefois, pour faire pendant au mouvement de défense des femmes (l’aile féministe du Parti socialiste), les conservateurs du Canton de Zürich ont eu l’idée de créer le premier poste de délégué aux questions masculines. C’est un sociologue-psychologue, célibataire de 39 ans, qui est entré en fonction le 1er juillet 2012.

            Dans une interview donnée à une journaliste de l’Hebdo (cf. référence ci-dessus), le nouveau fonctionnaire a déclaré (page 44): "Je crois à une troisième voie, une figure entre le macho et la femmelette".Cette profession de foi dénote une parfaite incompréhension du problème masculinité-féminité. La célèbre injonction de Simone de Beauvoir :"On ne naît pas femme, on le devient !", qui a suscité des controverses sans fin, est pourtant devenu le credo des féministes de tous bords.

            A mon avis, si la compagne de Jean-Paul Sartre avait tort du point de vue génétique, elle avait tout à fait raison sur le plan comportemental. On la comprend mieux si on assimile la naissance-femme au destin, et le devenir-femme à la destinée. Mais le constructivisme n’est pas admis par tout le monde, qui le confond avec le constructionnisme et sa notion des "genres" (cf. problème de l’homosexualité).

            Dans le constructionnisme, la théorie du genre vient de l'idée selon laquelle les différences constatées entre hommes et femmes sont pour une grande part construites par un conditionnement social[], c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'essence féminine ou masculine, mais seulement un sexe biologique n'influant pas, ou très peu, sur la personnalité.

            Pour le constructivisme, l’être humain se façonne, se construit lui-même, en dépit d’un conditionnement social défavorable, par la force de sa personnalité.

            Le nouveau défenseur de la cause des hommes voulait-il rivaliser avec Simone de Beauvoir tout en plagiant sa formule : "On ne naît pas homme, on le devient"?

            Quant à la question, soulevée par la revue "Psychologie", de savoir si la femme est plus morale que l’homme, la réponse semble être donnée à l’avance par les faits établis. Ce qui est plus intéressant, c’est de comprendre "le pourquoi".

            Les notions du Yin et du Yang et de la complémentarité pourraient nous apporter une autre lumière. Dans la civilisation chinoise, ces deux entités sont interprétées comme féminin et masculin, doux et dur. Yang, le pouvoir fort, masculin, créateur, tandis que Yin, l'élément faible, féminin, réceptif. Par extension, Yang représente l'intellect masculin clair et rationnel, Yin indique la conscience féminine complexe et intuitive.

            L’homme ou la femme possède en chacun la nature Yin et la nature Yang en proportions variables tout comme la répartition des chromosomes X ou Y dans l’ADN.

            Un individu masculin peut être né avec une proportion d'élément Yang prédominant et une partie moindre d'élément Yin. Quand l'élément Yin fait défaut ou est déficient chez l'homme, celui-ci se conduit comme une brute. Par contre quand l'élément Yin y est trop élevé, l'homme se trouve efféminé, peu actif.

            Une femme née avec trop de Yin est de nature trop passive et trop soumise. Avec une prédominance de Yang (celle qu'on appelle un garçon manqué en Occident), elle peut être marquée par une tendance dominatrice, aimant l'activité et le pouvoir.

            Ce constat permet d’expliquer la violence chez l’homme, et aussi la passivité chez certaines femmes qui subissent des mauvais traitements et qui essaient même d’en cacher les traces. Il leur faut une dose de yang pour se révolter.

            La fin des machos n’est pas pour demain, comme la prise de pouvoir des femmes. Pour chaque personne, le développement de soi se fait par un équilibrage du Yin et du Yang. Toutefois dans la tentative d’harmonisation de ces deux éléments, l’on aboutit parfois aux extrêmes. Du féminisme exacerbé naît-il maintenant le masculinisme pleurnichard?

            Chez l’homme, quand la dose de Yin est plus prépondérante que le Yang, son comportement se trouve moins agressif physiquement. A l’inverse, une femme ayant une dose de Yang dépassant le Yin peut devenir aussi "macho" ou se muer en sauvageonne.

            Ainsi, la question de morale ne peut pas se fonder uniquement sur les actes de violence.

            Mais quand la femme rivalise en ego avec l’homme, il n’y a que le pouvoir qui compte. Comment faut-il faire pour dominer ou posséder l’autre ?

            L’éthique ou l’amour ne peut trouver aucune place dans un rapport de force ... 

A voir : Yin-Yang et Notion de Complémentarité. 

            L’élection présidentielle du 6 mai dernier restera une bonne leçon pour chaque nouveau candidat qui vise la fonction suprême de la République.

            Au suffrage universel le peuple français vote non seulement sur le bilan du quinquennat mais aussi sur le comportement du président sortant. Or ce dernier, au lieu de tenir son rôle, a inconsciemment et insidieusement gâché sa chance, dans un pays à tendance droitière (estimation : 53 % à droite contre 47 % à gauche).

            Avant son élection en 2007, Nicolas Sarkozy s’était promis de faire une retraite pour réfléchir sur la grande tâche à assumer. Il voulait opérer une rupture tranquille, installer une république exemplaire
            "Je ne vous décevrai pas", lançait-il le soir de son élection en mai 2007.

            La victoire arrivée, il commença son quinquennat par une fête au Fouquet’s avec les sommités du CAC 40, suivi de vacances de milliardaire sur le yacht d’un riche ami.

            En s’exhibant avec ses lunettes Ray-Ban et ses Breitling puis Rolex, il attirait la qualification de président "bling-bling" et de président des riches. Au conseil des ministres, il montrait ses acquisitions horlogères suisses à son entourage, qui restait consterné par cette attitude de parvenu.

            Quelques mois après son élection, à l'automne 2007, il fit voter par le Parlement une augmentation de son traitement mensuel de 170%, passant de 7’000 à 19'000 euros pour l'aligner sur celui du Premier ministre, ce qui provoqua une vive polémique.

            Personnage hyperactif, arrogant, versatile, agressif, il dénigrait tout le monde, traitant son prédécesseur Jacques Chirac de fainéant, son Premier ministre comme un simple collaborateur, ses ministres comme des fonctionnaires plus ou moins incompétents, ses adversaires comme des nuls, vouant son ennemi à être pendu sur un croc de boucher.

            Son langage vulgaire, avec ces quelques termes : espèce de racailles, nettoyage au karcher, casse-toi pov’con, … fit le tour de la presse.

            De même sa vie privée, comme son divorce, son remariage fut médiatisé exprès. Il a annoncé dans une conférence de presse que les caisses étaient vides mais qu’il était néanmoins heureux puisqu’il convolait avec un mannequin chanteur.

            En octobre 2009, il voulut imposer la nomination de son fils Jean Sarkozy, âgé de 23 ans et encore à sa 2è année de droit, à la tête de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de La Défense), le plus grand quartier d’affaire de l’Europe, qui brasse des milliards d’euros.

            L’image de l’omniprésident s’étant écornée, sa cote se mit à plonger pour ne jamais remonter. L’indice de popularité le plaça pendant des mois à 30% en moyenne, en dessous de son Premier ministre qui restait autour de 50%.

            La fin du quinquennat devint angoissant, les divers sondages (environ 400) annonçaient tous sa chute, le plaça dans une fourchette de 45-48 % en dessous de son challenger crédité d’une moyenne de 52-55 % pour les deux élections primaire et secondaire.

            Le président sortant chercha à changer de stature, mais il était trop tard. Une stature est une construction, et ne peut être confondue avec une chemise.

            Alors, vint la panique, il fallait gagner coûte que coûte et n’importe comment. Pour se débarrasser de son image de "président des riches" il se mua en "candidat du peuple", en candidat anti-système et anti-élites.

            Ce qu’il annonçait au début comme les idées libérales d’une "droite décomplexée" alla se terminer en une chasse aux voix du Front National, en adoptant et en légitimant des thèses qui dépassent même celles de Marine Le Pen.

            La droite classique et le centre s’indignèrent, mais restaient impuissants devant cette tactique désespérée.
            François Bayrou, le rassembleur du Centre, donna le coup de grâce, soit disant "par éthique", en déclarant voter pour François Hollande, comme l’avait proclamé Jacques Chirac quelques mois auparavant, par humour corrézien, cachant des arrière-pensées ambiguës.

            Enfin, ce fut un vote de rejet contre une personne et non seulement un vote de crise.

            La stratégie de la drague de l’extrême-droite avait certes permit de limiter l’ampleur de sa chute finale, mais pour certains médias, elle avait augmenté la honte du candidat présidentiel et de la Vè République.

           Toutefois, le président sortant sut pour la première fois se rendre digne de sa fonction en admettant sa défaite personnelle et en demandant à ses ministres de respecter le nouveau président élu.

            Respect, Responsabilité, Réciprocité sont les trois clés qui ouvrent la voie au sens éthique.

            Or, dans l’exercice de son mandat, il y avait fait preuve de manque de respect pour les membres de son gouvernement, les responsabilités y étaient mal partagées suite à la personnalisation à outrance d’un pouvoir à pensée unique empêchant toute réciprocité; le Président se condamnait lui-même en programmant son échec.

            Quand on est discrédité par une grande partie des électeurs, à gauche comme à droite, il est difficile de remonter la pente.
            Ainsi, le président candidat Nicolas Sarkozy a contribué indirectement à la victoire du candidat socialiste François Hollande, tout comme l’ancien Président des USA Georges Bush avait  favorisé indirectement l’ascension du premier Président noir Barack Obama, dans un pays où les Blancs détiennent une majorité d’environ 90 %.

            Dans un éditorial daté du 18 janvier 2009, le journal Le Monde révélait que George W. Bush quittait la Maison Blanche "
avec une popularité au plus bas, dans son pays et dans le reste du monde" et que, faisant référence à un sondage de Gallup106, "rares sont les historiens de la présidence américaine à douter que le 43e ait été le dirigeant le plus calamiteux que les États-Unis aient connu"

            Le rejet indirect de l’ancien Président étasunien passait devant les convictions, les préjugés et les discriminations diverses. Le 4 novembre 2008, Barack Obama a remporté l’élection avec 52,9 % des voix et 365 grands électeurs, contre le républicain John McCain.

            L’élément émotionnel, la désapprobation voire la haine semble avoir prédominé dans les deux cas.

            Le Président étasunien avait plongé son pays dans deux guerres sans issue, dans l’insécurité, la peur et la haine, tout en se disant qu’il agissait pour le bien de son pays, pour justifier son refus d’admettre ses torts. Il pensait que l’identification de son ego avec l’ego national le protégeait, estimant néanmoins que l'histoire serait son juge, "une fois qu'un certain temps aurait passé".

            Dans le cas du Président candidat français, il aurait pu sauver la droite de l’échec, s’il avait reconnu la cause de son impopularité, en se retirant à temps pour laisser la candidature à son Premier ministre qui avait la cote à ce moment crucial. Or, connaissant la dimension de son ego, qui attribuait toujours la faute aux autres et aux événements extérieurs, cela aurait été pour son parti, l’UMP, un sacrilège de lui proposer ce sacrifice, qui l’aurait sans doute honoré toute sa vie. Evidemment, son ego sur dimensionné l’avait empêché de suivre l’exemple d’un sage oriental de l’ancien temps, pour qui "la dimension de l’ego est inversement proportionnelle à la qualité du sens éthique". Autrement dit, plus l’ego est grand, plus petit est le sens de l’éthique.

            L’ego personnifié mène non seulement à la dictature avec ses dérives diverses, mais aussi à une déroute inévitable, ainsi que le démontre l’Histoire.

            Souvent, le malheur des uns fait le bonheur des autres.
            Avec le nouveau Président élu, les socialistes ont aussi mérité d’avoir pu saisir cette chance. Ses électeurs sont jeunes et ils comptent autant de gens compétents qu’à droite. Il saura procéder à un rassemblement des talents divers, dans tous les partis politiques.

            D’autre part, un changement d’air frais fait toujours du bien au pays tout entier.
            Bon voyage pour ce premier quinquennat, François Hollande, gardez-vous de la dérive égotiste, en gardant la tête froide et le cœur conscient.
            Quand on suit son sens éthique, rien ne peut vous arriver ; ce qui est compliqué se simplifie, les contradictions se dissipent, le succès vient tout seul … selon le bon sens du peuple.

            En fêtant Pâques, bon nombre de gens pensent à la Résurrection du Seigneur, tandis qu'une minorité pense à la Renaissance, sous l'effet du printemps qui se renouvelle.

            Il y a juste une semaine, dans "LeMatinDimanche" du 1er Avril 2012, à la page 23  - MIROIR, sous le titre "Samedi minuit", le narrateur Charles Kleiber, architecte, ancien Secrétaire d'Etat de la Confédération helvétique, nous décrit un monde en pleine crise : crises économique, sociale, éthique, où la science, les religions, les institutions, ne peuvent plus servir de barrages efficaces pour contenir la cupidité des hommes, leur désir selon la nécessité, leur hostilité envers autrui …

            Au lieu de créer, de chercher à transformer nos sociétés, nos économies, nos représentations de nous-mêmes, ils inventent des concepts de liberté, de justice, d'égalité, de progrès, qui ne servent qu'à justifier l'impensable et même l'injustifiable, pour se préserver, voire se perdurer. 

            Samedi minuit. Nous sommes sept milliards d'humains, enfermés dans l'enclos du moi, emportés par la passion des petites affaires. Le passé oublié. L'avenir connaît pas. Et voilà que nous nous découvrons infiniment fragiles, mortels sans doutes, habités par l'espérance et l'effroi … Le lien immémorial de l'Homme et de la Nature est rompu, notre monde est en danger.

            Charles Kleiber conclut : "Nous voilà donc sans connaissance unifiée, sans raison, sans religion, sans morale, sans guide". Qu'est ce qui me guide ?  Qu'est ce qui nous guide ?

            Celui qui pose la question connaît déjà la réponse.
            "Guider, reprit-il, le terme est contestable. Il s'agit plutôt de nous faire les auteurs de nos vies". Mais nous seuls, ne suffisent pas. Nous dépendons, sans le savoir, des autres, de notre passé, du monde qui nous entoure.

            Or, c'est nous d'abord, les auteurs qui sont les acteurs de notre existence.
            "Aide-toi et le Ciel t'aidera", ce proverbe est universel. Cependant, dans notre monde il y a toujours des actifs qui créèrent, et des passifs, "ces gens qui s'allongent sous l'arbre la bouche ouverte en attendant que les fruits mûrs y tombent" (proverbe orientale). C'est bien le comportement des "victimes-nés".

            Charles Kleiber cita son compatriote suisse Ferdinand Gonseth (1890-1975), aveugle dès son adolescence, devenu scientifique et philosophe de renommée mondiale : "L'homme ne peut être qu'en devenant. C'est dans cette tension pour devenir que s'exprime notre liberté, dans cet élan que chacun d'entre nous peut faire œuvre de lui-même. Se créer, donc créer le monde." ("Créer, pour une société de la connaissance", Charles Kleiber, 2009, Editions Favre, Lausanne).

            Déjà, pour Bergson (Henri, 1859-1941), " … Ainsi pour les moments de notre vie, dont nous sommes les artisans. Chacun d’eux est une espèce de création. Et, de même que le talent du peintre se forme ou se déforme, en tout cas se modifie, sous l’influence des œuvres qu’il produit, ainsi chacun de nos états, en même temps qu’il sort de nous, modifie notre personne, étant la forme nouvelle que nous venons de nous donner. On a donc raison de dire que ce que nous faisons dépend de ce que nous sommes ; mais il faut ajouter que nous sommes dans une certaine mesure, ce que nous faisons, et que nous nous créons continuellement nous-mêmes … Pour un être conscient, exister consiste à changer, changer à se mûrir, se mûrir à se créer indéfiniment soi-même" ("Evolution créatrice" 1907).

            La libération de la conscience est, pour Bergson, un mouvement vrai qui coïncide avec la manifestation d’une capacité plus riche et plus profonde de sympathie universelle. Ce qui est réel, c’est le lien qui nous unit à toutes choses. Ce qui est fictif, c’est la croyance que nous pouvons mener notre propre liberté de notre côté, sans avoir de compte à rendre à personne.

            La liberté réelle est au contraire une reconquête de la conscience. Elle suppose la mise en lumière de nos propres motivations. Mieux : la mise en lumière est la liberté en acteMettre en lumière un conditionnement, c’est s’en libérer. Il y a bien de la différence, explique Bergson, entre être agi et agir, et cette différence tient à la qualité de création consciente que nous sommes capable d’insuffler dans notre vie (op. cit).

            A l'architecte Charles Kleiber, celui chez qui l'esthétique s'allie à l'éthique (immanente), ce passage sur le philosophe Plotin du IIIe siècle (né en Egypte en 205, mort à Rome en 270, celui qui a influencé Bergson) :

            "… Le beau n'est pas conceptualisé, il est senti. Au-delà des apparences sensibles, il y a l'évidente beauté de la justice ou de la tempérance, de la vertu. Cette immédiateté du beau nous surprend, nous ravit vers un ailleurs. Non pas un "arrière-monde" qui refuserait les réalités sensibles, comme veulent le faire les mystiques, mais une transcendance qui se tient debout dans le sensible. La Beauté nous élève et désigne le Bien. Cela suppose une conversion de notre regard : "Retourne en toi-même et vois. Et si tu ne vois pas ta propre beauté, fais comme le sculpteur qui doit rendre une statue belle : il enlève ceci, efface cela, polit et nettoie jusqu'à ce qu'une belle apparence se dégage de la statue. . ..  Ne cesse de sculpter ta propre statue jusqu'à ce que brille en toi la splendeur." (Nous portons tous en quelque sorte cette statue intérieure, cette part de divin dans l'humain).

            L'éthique ne vient donc pas du dehors, elle se réalise dans l'effort, dans un exercice spirituel, dans ce geste philosophique primordial de conversion (changement d'optique).

            N'est-ce pas cela un esprit autonome, celui qui jouit de ses propres lumières et qui sait voir, dans la diversité du réel, les belles choses et le bien ? "Aie confiance en toi, car, même ici-bas, tu es à présent parvenu à monter et tu n'as plus besoin que l'on te montre le chemin ; le regard tendu, vois !" ("Sur le Beau", 1er traité des "Ennéades").     

            A voir :  /jean-piaget-et-l-ethique (Jean Piageet et l'Ethique)       Piaget et le constructivisme, Penser librement
            A revoir ci-dessous le 07 février 2012 : "Le bon usage de l'Internet"

 

            La "Lettre de Russie" (Retour de bâton) de Marie Jégo dans Le Monde du 31 mars 2012, décrit le climat politique après l'élection de Poutine. Pour faire diversion, une des conséquences de la répression des opposants c'est de s'attaquer aux homosexuels et aux pédophiles, un bien curieux amalgame.

            St Petersburg, comme les trois autres villes du pays (Riazan, Arkhangelsk, Kostroma, ont adopté un traité en vigueur le 17 mars 2012 prévoyant des amandes pouvant aller jusqu'à 500'000 roubles (12'500 euros) pour tout actes public faisant la promotion de l'homosexualité et de la pédophilie. Afficher son homosexualité est (re)devenu un délit comme à l'époque soviétique.

            Sous Staline, la loi condamnant les homosexuels de cinq ans de travaux forcés (au goulag) vit le jour en mars 1934. Il fallut attendre 1993 pour que l'homo­sexualité cesse d'être un délit, 1999 pour qu'elle ne soit plus considérée comme une maladie mentale. Mais dans la nou­velle Russie, en proie à un renouveau orthodoxe sans précédent, les homo­sexuels sont largement perçus comme des "dépravés". C'est ce que révélait un sondage diffusé en 2010 par le Centre Levada : 74 % des personnes interrogées les décrivaient comme des déviants, 39 %  étaient d'accord pour un internement psychia­trique, 18 % optaient pour leur mise à l'écart de la société et 4 % étaient favo­rables à leur "élimination ".

            Les agressions homophobes ont même été institutionnalisées sous le régime nazi. Il est difficile de savoir combien de victimes homosexuelles furent déportées et assassinées entre 1933 et 1945 par ce régime mais les travaux sur les bases des condamnations "légales" estiment 10'000 victimes, ainsi que 10'000 déportés homosexuels. Les prisonniers homosexuels masculins étaient marqués d'un triangle rose.

            Les femmes homosexuelles ne furent pas épargnées par la Gestapo, et de nombreuses lesbiennes furent déportées, mais ce fut plutôt en tant qu'asociales qu'en tant que délinquantes sexuelles définies. En effet, elles étaient marquées d'un triangle noir, signe de leur appartenance au groupe des personnes "socialement inadaptées". Parmi ces personnes, on trouvait des chômeurs de longue durée, des vagabonds, des marginaux, des alcooliques, des toxicomanes et certains malades mentaux, mais aussi des prostituées ou encore des femmes qui employaient des contraceptifs.            

            En 1973, l'Association américaine de psychiatrie retira l'homosexualité de sa liste des maladies mentales (DSM-IV).

            En 1990, vint le retrait de l'homosexualité des maladies mentales par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

            Pourtant, encore de nos jours, les homosexuels subissent souvent une discrimination, nommée fréquemment homophobie, parfois très sévère, au point que l'une des causes de suicide chez les jeunes de 15 à 34 ans est la souffrance ressentie à cause de l'exclusion due à l'homosexualité. Un jeune homosexuel aurait entre quatre à sept fois plus de risque d'attenter à sa vie qu'un jeune hétérosexuel, (chiffre à augmenter de 40% pour les jeunes filles). Parmi les adolescents qui ont réalisé une tentative de suicide, un quart (25%) est homosexuel(le). Source Wikipédia.
            Le rejet violent de l'homosexualité (et/ou des homosexuels) par les sociétés vient souvent, d'un amalgame entre l'homosexualité, la pédérastie et, par extension, la pédophilie.

            Les actes homosexuels sont encore passibles de la peine de mort actuellement dans six pays : Arabie saoudite, Iran, Nigeria, Mauritanie, Soudan et Yémen.  

            C'est sur l'origine de l'homosexualité que les chercheurs scientifiques ont des difficultés à s'entendre et à comprendre la vraie cause.

            Selon la psychanalyse, dont les théories datent des années 1900-1930, l'homosexualité est une  "variation de la fonction sexuelle" : c'est une perversion (au sens psychologique du terme, et non moral) du modèle de maturation psychique qu'est le complexe d'Œdipe.

            Il y a deux ans, des chercheurs de l'Université de Liège pensaient avoir tranché la question. L'homosexualité serait génétique et ne pourrait donc en aucun cas relever d'un choix ou d'une déviance psychologique, affirme le chercheur Jacques Balthazart à l'occasion de la parution de son livre Biologie de l'homosexualité :"On naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être". (Edit. Mardaga, Wavre, Belgique, février 2010). 
            La thèse du caractère biologique de l'homosexualité n'est pas nouvelle. Elle a d'abord été élaborée aux Etats-Unis avant d'être exportée en Europe. Au terme d'une vaste étude, le professeur Jacques Balthazart synthétise dans cet ouvrage qui se veut grand public l'état actuel des recherches et ses propres conclusions pour affirmer que la thèse de l'homosexualité innée est scientifiquement la plus plausible.

            Cependant les convictions, comme les préjugés et les croyances, ont la vie dure. Il est difficile d'admettre une réalité nouvelle, de sortir du conformisme.

            En réalité, l'homosexualité inné provient d'une dérive génétique (lors de la séparation des chromosomes homologues qu’il va y avoir une répartition, un tirage aléatoire des chromosomes allant dans chaque gamète, cellule sexuelle qui permet la reproduction sexuée).

            C'est une anomalie dans la distribution de gènes comme chez les déficiences mentales (Voir les notes précédentes du 25 février et du 12 mars 2012 : "Le problème de l'autisme en en France").

            Le principe millénaire Yin et Yang et la physique quantique récente avec les théories d'incertitude et des probabilités abondent dans le même sens (Voir ci-dessous, en détails sur cette même page, la note intitulée "Sur l'homosexualité" du 15 août 2011).

            Les raisonnements et les justifications basés sur un la physique euclidienne-newtonienne mélangée avec une sauce psychanalytique mal adaptée ne font que brouiller les esprits.

            En outre, l'église chrétienne maintient une ligne rigide : "On ne naît pas homosexuel, mais on le devient. Pour différentes raisons, des questions d'éducation, parce qu'on n'a pas développé sa propre identité au cours de l'adolescence", a ainsi affirmé en décembre 2009 le cardinal Javier Lozano Barragan, ancien ministre de la santé du pape.

            L'amalgame entre homosexualité et "péché" (vice ou perversion) et le mélange des homosexuels innés et acquis conduisent à une exclusion voire une persécution injustifiable en ce début du 21è siècle.

            Les enfants victimes des déficiences mentales et des dérives génétiques ne sont que des handicapés qui ont des problèmes d'identité dès leur jeune âge.

            Comment pourraient-ils développer leur identité quand la plupart des parents et l'entourage les rejettent ? Défiant la discrimination et l'exclusion sociale, ils doivent le faire tout seul en grandissant par un besoin d'exister, par des manifestations individuelles : désir de s'afficher, intention de faire un mariage, d'adopter un enfant … comme tout le monde.

            Quelques rares personnes arrivent à en sortir et à réussir sa vie parfois mieux que les gens prétendus normaux, car ils ont compris que "vivre" n'est pas simplement "exister". Tandis que la plupart des autres, par leur déficience innée, sont condamnés à un avenir sombre et problématique. Exister, c'est leur réaction primaire vis-à-vis d'un monde hostile.

            En communauté, ils organisent des rassemblements entre eux, comme "Gay Pride" ou "La Marche des Fiertés" qui prône la liberté et l'égalité pour toutes les orientations sexuelles et identités de genre (hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels, transsexuels) ou des mouvements, comme en France en 1972, le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR), renommé en 1974 Groupe de Libération Homosexuelle (GLH). Il y a d'autres manifestations dans le monde occidental, presque chaque année …

            Enfin, l'homosexualité en général, s'avère un problème délicat, dérangeant, mais moins important que ceux que nous traversons en ce moment et qui nous concernent de plus près.

            Il y a des réalités que nous devons admettre sans réserve. Si nous ne pouvons pas avoir du respect pour ces gens mal-nés selon le conseil du Dalaï-lama, au moins essayons-nous de montrer  de la tolérance envers ces infortunés de la nature ...


            Dans "Le Monde" du 8 mars 2012, sous le titre "Autisme : L’approche psychanalytique mise hors jeu", Catherine Vincent annonce l'avis tant attendu de la Haute Autorité de Santé (HAS) française : Dans leurs recommandations de bonne pratique sur la prise en charge des enfants et adolescents souffrant de troubles envahissants du développement (TED), publiées jeudi 8 mars, le HAS et l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) estiment impossible de conclure à "la pertinence" des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle, qu'elles considèrent comme "non consensuelles".

            Pour la première fois en France dans le champ de la pédopsychiatrie, un texte recommande officiellement le recours intensif aux méthodes éducatives et comportementales, dont les résultats prometteurs ont été reconnus de longue date dans plusieurs pays occidentaux. Reste le packing, technique d'enveloppements humides réservés aux cas d'autisme les plus sévères, contre laquelle la plupart des associations de parents s'élèvent violemment depuis des années. Sans grande surprise, la HAS et l'Anesm, "en l'absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité", se déclarent "formellement opposées à l'utilisation de cette pratique".

            Notons que le packing est une technique de traitement consistant à envelopper l'enfant étroitement dans des draps humides qui ont été placés au réfrigérateur pendant au moins une heure. Lorsque l'enfant est ainsi serré dans les linges humides, le thérapeute s'adresse à lui et commente la situation. Habituellement, ce traitement est répété plusieurs fois dans la semaine. Ce traitement peut continuer pendant des mois et même pendant des années selon les résultats et  la gravité des troubles de l'enfant.

            Le but du packing est d'aider les jeunes malades à reprendre une certaine conscience de leur image du corps, à retrouver une « image corporelle » en privilégiant ses vécus sensoriels et émotionnels, une théorie psychanalytique parmi d'autres. Ainsi certain praticiens défendent l'intérêt du packing en faisant en s'appuyant sur le concept de l'angoisse de morcellement (concernant l'identité et le maintien d'un moi différencié du non-moi et unifié). Le vécu corporel étant fragmenté, la pratique viserait à renforcer la conscience des limites du corps chez l'enfant.
(L'angoisse de morcellement ou de fragmentation est un concept psychanalytique apparu en 1968 chez le psychanalyste américain d'origine autrichienne Heinz Kohut, désignant une modalité de l'angoisse très précoce dans le fonctionnement psychique, présente dès les premiers mois de vie du bébé).

            Des associations françaises de parents d'enfants autistes (Léa pour Samy, etc.) ainsi que des scientifiques étrangers, considèrent qu'il s'agit d'un "traitement inhumain et dégradant" voire de "torture". En outre, ce traitement est imposé d'office, sans l'accord des parents.

            Rappelons que le rapport du HAS, fruit d'un travail de deux ans, a mobilisé 145 experts et a été complété par une consultation publique à laquelle ont répondu plus de 180 organisations. Définis comme un groupe hétérogène de troubles se caractérisant tous par des altérations des interactions sociales, de la communication et du langage, les TED concernaient en 2009 une personne de moins de 20 ans sur 150, soit entre 92 000 et 107 500 jeunes. Une population à laquelle répond depuis des décennies un manque criant de diagnostic et de structures d'accueil, notamment dans le domaine éducatif.

ESSAI D'INTERPRETATION

            La désignation de l'"autisme" comme une pathologie commune aux "troubles envahissant du développement" (TED) est peu pertinente et inappropriée, car elle entraîne des confusions diverses et des interprétations erronées (Cf. note précédente du 25 février 2012).
De même, l'appellation "troubles envahissant du développement" n'est pas plus judicieuse ni exacte.

            En réalité, ces troubles du développement n'ont aucun caractère envahissant. Ils se rattachent à la plupart des "déficiences" observées à la naissance, dont les causes sont multiples.
Ces déficiences sont désignées par des termes qui ont évolué au cours du temps. Au XIXe siècle, les personnes ayant un retard moyen ou grave étaient qualifiés d'idiots ou de débiles, alors que celles qui présentaient un retard léger étaient appelées imbéciles ou débiles légers. Le terme mongolien, en lien avec les caractéristiques physiques associées à la trisomie, a également été utilisé jusqu'à une période récente. Le terme oligophrénie s'utilisait pour un retard mental grave. Il n'y a toujours pas de consensus clair sur le (ou les) terme(s) à utiliser : à ceux de « retard mental » et de « handicap mental » s'ajoutent par exemple les termes d'"arriération mentale » ou de « déficience intellectuelle ». L'Organisation mondiale de la santé (OMS) emploie néanmoins le terme de "retard mental".  

            Actuellement, il y a plus de 200 causes connues provenant des :
            - facteurs génétiques (ex. : trisomie),
            - facteurs prénatals (facteurs nuisibles pendant la gestation : alcool, drogues diverses, effets secondaires des médicaments, infection, ou rubéole durant la grossesse),
            - facteurs périnatals (facteurs reliés au travail et à l'accouchement, difficultés d'accouchement, prématurité, épilepsie). Durant la naissance, si un bébé ne reçoit pas suffisamment d'oxygène, par exemple à cause de l'étranglement par le cordon ombilical, il peut subir des lésions cérébrales. 

           Toutefois, malgré les recherches, dans 50 % des cas, la vraie cause reste inconnue.
Les causes génétiques sont probablement plus nombreuses parmi les déficiences physiques et mentales : les aberrations chromosomiques, par exemple la trisomie et les aberrations gonosomiques dues aux hormones sexuelles (nanisme modéré, infantilisme ovarien).

            Certaines anomalies sont causées par des gènes qui ne sont pas hérités des parents et pour diverses raisons impossible à déceler. (Un gène est un morceau de chromosome, ou plutôt, une partie d’ADN suffisante pour autoriser la production d’une enzyme ou d’une protéine. On peut également définir un gène comme une unité d'information génétique).

            La théorie traditionnelle de l'hérédité était la stabilité des gènes dans la transmission des caractères génétiques des parents à leurs descendants. Jusqu'en 1950, les chromosomes - ces structures sur lesquels s'inscrit l'hérédité - semblaient absolument intangibles, immuables.
            Cette conception généralement admise a été réfutée par trois généticiens, tous trois Prix Nobel de médecine :

            Une Américaine Mme Barbara McClintock (1902 - 1992), Prix Nobel de médecine en 1983 (à 81 ans) pour ses découvertes des "structures mobiles de la masse génétique". Elle a découvert -depuis  1940 - l'existence d'éléments génétiques doués de mobilité, parfois qualifiés de "gènes sauteurs" et a montré que l'ensemble des gènes (génome) n'était pas une entité fixe, mais qu'il y avait des mouvements de gènes et aussi qu'ils ont une mobilité d'expression.

            L'importance des contributions de McClintock fut mise en lumière dans les années 1960, lorsque les deux généticiens français François Jacob et Jacques Monod décrivirent la régulation génétique de l'opéron lactose. Jacques Monod (1910-1976) et François Jacob (1920 --) tous deux prix Nobel de Médecine en 1965, sont parvenus à élucider les mécanismes génétiques responsables de l'échange de gènes entre bactéries, conduisant à la notion de promoteur.

            Bref, pour François Jacob, la vie est un bricolage. Le chromosome est une structure dynamique où surviennent sans cesse des coupures, des cassures, des nœuds, des rafistolages, des additions, des délétions. Dans le processus de l'évolution, les effets du hasard sur une étape de reproduction, la dérive génétique, la fixation des gênes au hasard, concourent à brouiller le mécanisme de la sélection naturelle ("La Logique du vivant, une histoire de l’hérédité", 1970, Gallimard, Paris).

            De même, pour Jacques Monod, en biologie, les lois de l'hérédité suivent les lois du hasard. L'évolution du monde vivant se fait en partie au hasard ("Le hasard et la nécessité"  sous-titre : Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, 1970, Seuil, Paris).

            Ainsi la venue d'un enfant au monde est comparable à un tirage au sort, une loterie en quelque sorte (comme pour un mariage ?) doté de tous les aléas avec des possibilités infinies. Parfois cela marche avec les gènes héréditaires, parfois cela ne marche pas (comme la mayonnaise ?). Pourtant, nombre de "savants" s'appuient sur un pseudo-déterminisme génétique pour justifier leur désir de "jouer aux apprentis sorciers" (Jacques Monod a déjà donné son avis là-dessus dans son ouvrage cité en haut : "… une intervention sur les génomes des organismes complexes comme l’être humain resterait longtemps, et peut-être à tout jamais, impossible"). C'est même dangereux et néfaste.

            D'ailleurs, avoir un bébé physiquement sain à la naissance n'est pas nécessairement une assurance pour son développement futur. Il y a des enfants nés dans un environnement socio-économico-culturel favorable mais qui "tournent mal" et d'autres marqués par des conditions problématiques (même des handicapés moteurs) qui s'en tirent comme par miracle et donnent plus ou moins de satisfaction à leurs parents.

            Dans mes consultations cliniques dans deux hôpitaux psychiatriques (1962-1987), j'ai souvent entendu ces rengaines chez certaines patientes : "Si j'avais des enfants, je ne serais pas dans cet état" ou "Je suis dans cet état à cause de mes enfants".  Ce n'était pas d'un enfant handicapé physique ou mental dont elles se plaignaient, mais d'enfants normalement nés, à cause des troubles dans leur comportement familial, social ou professionnel.

            Quand les rejetons ont des problèmes existentiels, au lieu de reconnaître leurs erreurs, ils s'en prennent souvent à leurs géniteurs, leur vouant parfois une hostilité voire une haine tenace. La situation se complique et s'envenime suite à un éventuel recours à des thérapies psychologiques et surtout psychanalytiques qui cherchent plutôt les justifications que la compréhension d'un trouble.
            Ainsi, à cause de certaines interprétations erronées, les tensions et l'angoisse baissent d'un côté, mais ce sont la peine et la déception qui montent de l'autre côté, entraînant le chagrin et même la dépression.

            Méditons cet extrait écrit par le poète libanais Khalil GIBRAN ("Le Prophète", 1956, Casterman) :

            "Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit :
            Parlez-nous des enfants…
            Et il dit : " Vos enfants ne sont pas vos enfants.
            Ils sont les fils et les filles de l'appel de la vie à elle-même.
            Ils viennent à travers vous mais non de vous.
            Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
            Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées.
            Car ils ont leurs propres pensées.
            Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes.
            Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
            Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.
            Car la Vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier…"

                  A voir :   La détection des déficienes physiques et mentales observées à la naissance, Parents et Enfants.

            "Guerre ouverte contre la psychanalyse dans le traitement de l'autisme" c'est le titre de l'article de Catherine Vincent du journal "Le Monde" du vendredi 17 février 2012.

            La Haute Autorité de Santé française (HAS) devrait rendre publique le 6 mars son prochain son avis dans la prise en charge de l'autisme, car le traitement de cette maladie est sujet à caution. "L'absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques ni sur la psychothérapie institutionnelle" (version provisoire du rapport citée dans un article de "Libération" du lundi 13 février 2012). La HAS s'apprête à classer ces approches thérapeutiques utilisées jusqu'ici au rayons des "interventions globales et non recommandées ou non consensuelles".

            Le 20 janvier 2012, à l'Assemblée nationale, le député du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle a déposé une proposition de loi visant "l'arrêt des pratiques psychanalytiques dans l'accompagnement des personnes autistes", au profit exclusif des méthodes éducatives et comportementales.

            En effet, la psychiatrie française, en grande partie sous l'influence de la psychanalyse, considère, depuis 1950, l'autisme comme la conséquence d'un trouble dans les premières relations mère-enfant. Cette approche vient de Bruno Bettelheim (1903-1990), psychanalyste, et pédagogue américain d'origine autrichienne, inspiré de Melanie Klein (1882-1960), une psychanalyste britannique d'origine autrichienne, suivie par Jacques Lacan (1901-1981) psychiatre et psychanalyste français.

            Cette prise de position opposée aux méthodes comportementalistes fut dénoncée par Sophie Robert dans un documentaire, "Le Mur", dont la diffusion est suspendue à la décision d'un tribunal le 26 janvier, révèle Laure Mentzel dans son article :"Autisme : la psychanalyse au pied du mur" (MAGAZINE du MONDE 13 janvier 2012). Sur l'écran, une grand-mère enfourne son bras entre les mâchoires d'un crocodile en plastique. Cette pédopsychiatre chevronnée mime devant la caméra en ridiculisant le concept lacanien de "mère crocodile" - envahissante et castratrice - qui est censé expliquer l'origine de l'autisme.

            A l'heure où le monde entier tient pour acquise l'origine neurobiologique du handicap et la nécessité de rééduquer les enfants qui en sont atteints, la professionnelle expose son approche sans ciller : ce qu'il faut soigner avant tout, c'est la "folie maternelle".

            Howard Buten, le célèbre clown-psychologue-écrivain américain, qui travaille avec de jeunes autistes français depuis des années, n'hésite pas à critiquer vertement le système hexagonal, encore trop imprégné de psychanalyse et braqué contre les méthodes comportementalistes. - Que disent-ils, les psychiatres de la "vieille école" ? - Que les thérapies cognitives et comportementales sont un "dressage""Mais la plus grande violence qu'on peut faire à un enfant autiste est de le laisser croupir dans son autisme", répliquait déjà il y a vingt ans, le psychiatre Stanislaw Tomkiewicz.

            Dans un récent article : "Autisme : c'est la psychiatrie qu'on attaque" ("Le Monde" du 22.02.12), le philosophe Jean-François Rey s'indigne contre le prochain rapport de la Haute Autorité de santé (cité plus haut) qui dénonce, dans sa conclusion, la non-pertinence de l'approche psychanalytique et de la psychothérapie institutionnelle dans le traitement de l'autisme, certes, et on risque de ne pas en rester là. C'est l'humanité même de la psychiatrie qui est condamnée. L'auteur dramatise la situation en parlant de haine et de persécution.

            "Il faut que les choses s'apaisent. Pour les professionnels comme pour les parents, le climat actuel est extrêmement malsain. Personne n'y gagne, à commencer par les personnes autistes" déplore le professeur Claude Bursztejn, psychiatre et président de l'Association nationale des centres de ressources autisme ("Guerre ouverte contre la psychanalyse …" art. cité plus haut).

            COMMENTAIRES :

            Selon notre avis, cette violence et virulence dans les débats provient de plusieurs malentendus ou plutôt des interprétations erronées.

            En premier lieu, la désignation de l'"autisme" comme une pathologie commune aux "troubles envahissant du développement" (TED), entraîne des confusions diverses, car cette appellation étant inappropriée à la multiplicité des maux qu'il recouvre.

            Le terme autisme est créé par un psychiatre suisse Eugen Bleuler (1857-1911) connu pour avoir inventé et introduit dans le vocabulaire psychiatrique les termes de schizophrénie et d'autisme. Dans son ouvrage sur la démence précoce ("Dementia praecox oder Gruppe der Schizophrenien", Zurich, 1911), l'auteur insiste sur les troubles affectifs de la maladie et sur son aspect relationnel, caractérisé par le repli sur soi ou "autisme" qui n'est qu'un symptôme.

            Ce symptôme est observé dans les cas de dépression endogène, de dépression réactionnelle, des états psychotiques etc., …

            Utiliser un symptôme pour désigner une catégorie pathologique est une grande erreur de diagnostic voire un manque de bon sens.

            En seconde lieu, l'attribution de cette pathologie à l'hérédité, tout en reconnaissant qu'il n'existe aucun gène spécifique expliquant à lui seul son apparition.

            Dans le monde de la physique quantique, il faut admettre cette notion de probabilité qu'on prête au hasard. Déjà, dans une fratrie, les enfants n'ont ni la même hauteur de taille, ni la même force physique, ni le même potentiel d'intelligence, ni le même développement émotionnel, ni la même évolution psychique…

           Pourtant, la plupart des professionnels de l'éducation, de la psychologie, de la médecine, de la psychiatrie et de la psychanalyse semblent ignorer ces différences survenues dès la naissance.
            En réalité, l'inégalité des êtres humains est flagrante et la vraie égalité n'existe pas.

            Il y a cinquante ans, les "troubles envahissant du développement" étaient simplement appelés par leur nom : des cas de handicap physique ou de débilité mentale. La débilité mentale - il y a des degrés - peut provoquer le retard du développement affectif et social. Parfois, - il y a des niveaux de gravité - le handicap physique est sans effet sur le développement mental ou social. L'environnement s'avère primordial pour ces cas.

            L'hérédité joue un rôle, certes, mais pas primordiale dans cette distribution du hasard (ou des possibilités) : les gènes se baladent

            Dans les gènes héréditaires il y a des potentiels de qualités et de défauts. Les héritiers ne peuvent pas faire leur choix sciemment. Ils sont sous influence des environnements favorables ou défavorables, des rencontres fastes ou néfastes, selon les aléas de l'existence. Chaque héritier y réagit d'après son développement intellectuel, émotif, et psychique.

            Il y a des cas où l'hérédité domine, dans d'autres où l'environnement prend le dessus et dans d'autre où les deux facteurs s'égalisent.

            Comme les concepts d'inné et d'acquis, hérédité et milieu ne sont pas opposés l'un à l'autre, mais se complètent.

            D'autre part, entre l'hérédité et l'environnement existe un troisième facteur souvent ignoré, c'est l'ensemble des caractéristiques issu du psychisme de l'individu. L'être humain avec son potentiel héréditaire ne subit pas passivement les influences du milieu mais modifie sa conduite en cherchant à les intégrer, en subissant à son tour les effets de l'entourage. Ce comportement "action-réaction" dépend de l’activité et la capacité inhérentes à chaque sujet, d’appréhender la réalité qui l’entoure. (L'approche du constructivisme suppose que les connaissances de chaque sujet ne sont pas une simple "copie" de la réalité, mais une "(re)construction" de celle-ci, selon Jean Piaget).

            Les animaux survivent par leur instinct, tandis que les êtres humains, à part l'instinct ont en plus le choix, un privilège qui peut être une damnation, car ils ont la possibilité de créer, de construire comme celle de détruire et de se détruire. En outre, les animaux sont déjà des êtres "arrivés", tandis que l'humain est encore un être "en devenir", fort démuni en venant au monde, forcé de "se construire", de "se renaître"… pour mieux affronter l'existence.

            D'ailleurs, dès la naissance, la psyché humaine n'est pas la même pour tous les individus. Il y a des "âmes bien nées" comme il y a des déficiences psychiques ou physiques, de tous les degrés allant du léger jusqu'au grave.

            Dans ce contexte, les handicapés physiques ou mentaux légers ou moyens peuvent être améliorés par la rééducation, comportant des séances de psychomotricité et d'orthophonie (logopédie) indispensables aux progrès des enfants. Tout autre traitement est sans effet pour les cas graves (ceux appelés de vrais "autistes"), surtout en faisant appel à l'approche psychanalytique.

            Avoir un enfant handicapé physique ou mental s'avère une infortune, voire un calvaire pour les parents. Car ces derniers considèrent souvent leur progéniture comme un prolongement de leur ego, en mettant trop d'espoir sur leurs jeunes épaules. D'autre part, ils voudraient que leurs enfants aillent à l'école comme tout le monde, travaillent comme tout le monde, mais leurs enfants ne sont pas comme tout le monde, et il faut en tenir compte. C'est une fatalité de l'existence, difficile à accepter.

            L'appellation d'autisme est un leurre, car au lieu de ménager la susceptibilité des parents, les culpabilise davantage et complique le diagnostic d'un grand nombre de professionnels de la santé qui n'y voient que du feu, ne suscitant, comme cité en haut, que de la violence et de la haine !

A voir : Piaget et le constructivisme, Le sens clinique, Parents et Enfants


            Quittant une année passée, l'habitude des gens est de souhaiter une Bonne Nouvelle Année. Toutefois, ce vœu reste lettre morte si personne ne bouge pour sa réalisation. Il faut donc trouver un moyen d'action efficace pour y parvenir.

           "Le Matin-Dimanche" du 5 février 2012 a présenté un article de Charles Kleiber sur "La mystérieuse solidarité des internautes" dans le monde, montrant le rôle créatif de l'Internet.

            Sur cette même page "Au fil des jours" le 5 juillet 2010, citant le journal "Le Monde" du 02.07.10, sous le titre : "Nos cerveaux attaqués par le net… vraiment ?", l'auteur avait relevé les critiques du nouveau livre de Nicholas Carr, The Shallows sous-titré "Ce que l'Internet fait à nos cerveaux". L'auteur du livre estime que le web avec son abîme sans fin d'informations morcelées, nous rend stupide … Éblouis par les trésors du Net, nous sommes aveugles aux dégâts qu'ils font peser sur notre vie intellectuelle et notre culture."

            Paradoxalement, ceux qu’on nomme les Cassandre des nouvelles technologies, qui invoquent la plasticité neuronale pour justifier leurs critiques, ne voient que le côté yin ou le potentiel réceptif et passif du cerveau face au Net, tout en ignorant le côté Yang, l’autre potentiel créatif et dynamique.

            Car, c’est justement cette plasticité neuronale qui, comme une lame à double tranchant, pourrait conduire les utilisateurs du Net et d'autres technologies modernes, selon leur décision et leur choix, à l’aliénation ou à la créativité.

          Charles Kleiber (Photo ci-contre), de formation architecte universitaire, a le rêve du Grand Architecte qui aime créer le monde au lieu de subir passivement les aléas. Témoin, son livre credo : "Créer, pour une société de la connaissance" (Editions Favre, Lausanne, 2006).

            Etant nommé en 1997 Secrétaire d'Etat à la science et à la recherche auprès du Conseil fédéral, puis Directeur du nouveau secrétariat d'Etat à l'éducation et à la recherche (2005), il a dirigé la Réforme du système universitaire suisse et présidé la Conférence universitaire suisse (CUS) jusqu'à sa retraite en 2007.

            Ce personnage hors-série avait manifesté une énergie tenace pour mieux faire travailler entre eux les Universités, les Ecoles polytechniques et d'autres secteurs, pour enrichir le rayonnement international de la Suisse.

            Dans un article de L'Hebdo du 5 novembre 2006, "L'éloge de la création selon Charles Kleiber", Pierre-André Stauffer a écrit : "Avenir. L'incertitude a balayé le goût du progrès, comment le réhabiliter ? Le secrétaire d'Etat à l'Education et à la Recherche pose un diagnostic assez noir sur les sociétés actuelles... mais le meilleur est toujours possible…

            Charles Kleiber cite à ce propos le philosophe Ferdinand Gonseth : "L'homme ne peut être qu'en devenant." C'est dans "cette tension pour devenir que s'exprime notre liberté", dans cet élan que "chacun d'entre nous peut faire œuvre de lui-même". Se créer, donc créer le monde."

            Il est intéressant de comparer cette notion de constructivisme du philosophe et mathématicien bernois Ferdinand Gonseth (1890-1975) avec celui du philosophe, biologiste, épistémologue neuchâtelois Jean Piaget (1896-1980) qui dit : "L'humain est non seulement un "être pensant" mais aussi un "être agissant", qui peut aller en avant pour parvenir à son accomplissement personnel dans le monde. Il est responsable d'une destinée "qu'il construit" et non pas d'un destin qu'il subit".

            Ces deux contemporains suisses ont suivi chacun leur chemin et sont arrivés à la même constatation qu'il n'y a aucune opposition entre la philosophie et la science. Philosophie et science ne s’occupent pas de deux réalités différentes, mais d'une seule et même réalité et seule leur coopération peut fonder un nouvel humanisme dont le monde a besoin.

            De même, croyant au "progrès de l'humanité", à l'inverse de Nietzsche, Charles Kleiber, un dialecticien qui s'ignore, voit le monde avec la même optique optimiste, malgré quelques constats pessimistes concernant certains défauts de comportement du monde humain.

            Personne ne peut le contester, si l'on accepte que l'humain actuel n'est pas un être achevé, mais un être en devenir. D'où cette notion de constructivisme, qui comme celle de la dialectique ne sont pas des concepts mais une évidence, de l'immanence … (A voir les pages "Penser librement" et "Piaget et la dialectique"). De même, Ferdinand Gonseth a créé en 1947, avec Gaston Bachelard et Paul Bernays, une revue internationale de philosophie de la connaissance, intitulée "Dialectica".

            Donc, pour l'ancien secrétaire d'Etat, vivre c'est pour créer, comme pour Sartre vivre c'est vouloir s'engager, une action indispensable pour accéder à la liberté d'être.

            Charles Kleiber voit dans l'Internet un moyen d'agir efficace par sa rapidité de transmission, donc de communication instantanée, et dans "La mystérieuse solidarité des internautes" une puissance créatrice, une conscience mondiale translucide portant l'espoir de progrès des centaines de millions de gens de tous les pays du monde.

            "Un monde s'achève, la colère gronde". C'est plus fort que l'indignation de Stéphane Hessel. A bas l'injustice étouffante, l'inégalité manifeste, le manque de dispositifs de régulation et de contrôle voulu par la cupidité des requins de la finance ! Au loin les archaïsmes du passé, la peur du présent, la perte de confiance en l'avenir !

            L'Internet a fait succomber les dictateurs, trembler les chefs de gouvernement, dénoncer les dirigeants de la sphère financière, déceler les abus des lobbys du nucléaire, ect …

            Et "Vive la crise" qui permet les changements irréversibles des structures sociales, économiques et culturelles conduisant vers un monde meilleur.

            Et "Qu'il vienne, qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne" espère Charles Kleiber en citant Rimbaud. 

            Celui qui a gardé l'âme d'un poète, le cœur d'un enfant et le rêve d'un adolescent ne vieillit pas, en passant devant le temps au lieu de le suivre.

             A voir : Penser librementPiaget et le constructivisme.
  

            A l'approche de Noël, une grande partie des Occidentaux, croyants ou non croyants pensent plus ou moins à Dieu.
            Les mass-médias profitent de cette occasion pour sortir leur sempiternelle question sur son existence ou sur son non-existence.

            "Dieu mort ou vif", c'est l'éditorial écrit par Franz-Olivier Giesbert dans l'hebdo français "Le Point" (N° spécial 2049-2050 des jeudi 22 et 29 décembre 2011).
            Ce titre accrocheur devient comme tant d'autres une répétition banale alimentant tout le temps les doutes (Dieu revient, Dieu se cache, Dieu se métamorphose, … etc.).
            Avec ce même cliché erronné attribuant à Friedrich Nietzsche l'annonce et la conviction de la mort de Dieu. Or le philosophe contesté, surnommé le médecin du siècle, n'a fait que poser son diagnostic, le plus souvent par métaphore.

            Voici la citation à la page 212 de l'Hebdo :

            Ainsi, les textes de Nietzsche ont subi de nombreuses manipulations, et ont été utilisés de manières fort diverses avant d'être édités de façon plus complète par Giorgio Colli et Mazzino Montinari (Cf. : "Nietzsche, Le gai savoir" traduit de l'allemand par Pierre Klossowski, 1982, Ed. Gallimard, Paris).

             A la page 149, n° 125 : "L'insensé" :
            - "N'avez-vous pas entendu parler de cet homme insensé qui, ayant allumé une lanterne en plein midi, courait sur la place du marché et criait sans cesse : « Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu ! » - Et comme là-bas se trouvaient précisément rassemblés beaucoup de ceux qui ne croyaient pas en Dieu, il suscita une grande hilarité. L'a-t-on perdu ? dit l'un. S'est-il égaré comme un enfant ? dit un autre. Ou bien se cache-t-il quelque part ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarqué ? A-t-il émigré ? - ainsi ils criaient et riaient tous à la fois. L'insensé se précipita au milieu d'eux et les perça de ses regards. : « Où est Dieu ? cria-t-il, je vais vous le dire ! Nous l'avons tué - vous et moi ! Nous tous sommes ses meurtriers ! Mais comment avons-nous fait cela ? … "

            Nietzsche a déjà annoncé sa pensée à la page 39, n°38 "L'homme pieux parle" :
            Dieu nous aime, parce qu'il nous a créés !
            « L'homme a créé Dieu !  - répondez-vous, subtils ;
            Et l'homme n'aimerait point ce qu'il créa lui-même ?
            Et pour l'avoir créé, devrait-il le nier ?
            C'est boiteux et fourchu comme le sabot du diable.

            Ensuite à la page 183, n°259. "Du paradis" :
« Le Bien et le Mal sont les préjugés de Dieu» - dit le Serpent.

            Enfin, à la page 357, n°343 : "Ce qu'il en est de notre gaieté" :
            - Le plus grand événement récent - à savoir que « Dieu est mort, que la croyance au Dieu chrétien est tombée en discrédit - commence dès maintenant à étendre son ombre sur l'Europe…

            En réalité, Nietzsche n'a pas parlé de la mort du Dieu universel, mais a prédit la mort du dieu conceptuel créé par des théologiens et de la hiérarchie catholique qui érigent des concepts en dogmes infaillibles : le Dieu chrétien en particulier. 
            Il y a d'autres mondes où Dieu est immanent, ne pouvant être tué ou nié.

            "Le Gai Savoir" (1882 et 1887) n'est que le prélude d'une imprécation contre le christianisme : "L'Antéchrist" 1888, publié en novembre 1894).

            Dans cet ouvrage, Nietzsche ne s'oppose pas à Jésus, dont il dit qu'il est le « seul vrai chrétien ». C'est plutôt une attaque contre la « morale d'esclave » et l'apathie du christianisme occidental. La thèse majeure de Nietzsche est que le christianisme tel qu'il l'a vu en Occident est un poison pour la culture occidentale et une perversion des mots et des pratiques de Jésus.

            Malgré tout, la civilisation occidentale a besoin de l'Eglise chrétienne, notamment pour sa capacité de rassemblement et ses actions bienfaitrices. La plupart des peuples de l'Occident qui s'identifient à ses valeurs devraient l'aider à surmonter cette crise de haine et de peur envers d'autres religions existantes afin de la réformer en une structure nouvelle adaptée au monde actuel. 

            Le supplément de "24 Heures" Samedi-dimanche 27-28 août 2011 a annoncé la venue de Jean d'Ormesson à Morges comme Président de la 2ème édition du Festival morgien "Le livre sur les quais", du 2 au 4 septembre prochain (Saskia Galitch).

           C'est un vrai honneur pour la Suisse d'accueillir cet académicien de France, une sorte d'irremplaçable chroniqueur du siècle, un écrivain très connu de tous les âges, célèbre pour son ouverture d'esprit, son humour pétillant et son éternel enthousiame.
            Ces derniers traits caractéristiques font penser à un "dalaï-lama de la littérature".

            Quand Jean d'Ormesson parle de Dieu, c'est à la troisième personne : "Lui je ne sais pas, j'aimerais bien savoir. Ou tout au moins en savoir un peu plus sur Lui ! J'ai écrit pour tenter d'y voir un peu plus clair ..."
            Il le nomme "le Vieux" dans son dernier livre :
            "Dans C'est une chose étrange à la fin que le monde, je fais s'exprimer le Vieux. Beaucoup de lecteurs imaginent que c'est moi. En réalité, il s'agit de Dieu ... avec la dénomination qu'utilisaient notamment Hegel ou Einstein, qui disaient "der Alte" pour parler de Dieu.
            Dans une lettre adressée au physicien Niels Bohr, Einstein écrit une phrase aujourd'hui fameuse : "Le Vieux ne joue pas aux dés." Ce qui lui vaut d'ailleurs une réponse cinglante : "Albert, cessez de dire à Dieu ce qu'il doit faire !"

            En réalité, ses lecteurs ne se trompent pas. Par pur instinct, ils sentent que le Vieux c'est l'auteur-même. Jean d'Ormesson en écrivant ce livre s'est identifié au Vieux, inconsciemment.

           De même, Albert Einstein en disant : "Dieu ne joue pas au dé" s'est mis dans la peau de Lui, du Vieux sans s'en rendre compte.
            La réplique "Albert, cessez de dire à Dieu ce qu'il doit faire !" serait dénuée de sens, si l'on pouvait saisir cette phrase énigmatique figurant au-dessus de la cheminée d'une salle à Fine Hall, le somptueux Institut d'études mathématiques à Princeton (USA) :
            "Dieu est raffiné, mais il n'est pas méchant"
            (Le drame d'Albert Einstein par Antonia Vallentin, Ed. Plon, Paris 1956, page 254) .

              Cf.- : /2.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil (2.- Le Conformisme, le Sacréet l'Eveil)

            Dans le même article au sujet de la rencontre avec le chef spirituel Tenzin Gyatso ("Le Matin Dimanche" du 13 août 2011), les journalistes l'avaient questionné sur une croyance populaire du Bouddhisme, la réincarnation.

            Il y a une trentaine d'années, j'étais surpris de lire dans le sondage d'un hebdomadaire suisse ("Construction" de Migros) que les Helvètes croyaient en la réincarnation dans une proportion de 40%.

            Les chrétiens et non chrétiens confondent souvent la réincarnation avec la résurrection qui garde les mêmes caractéristiques de leur moi (existentiel) dans une nouvelle renaissance (retour dans le même corps physique et psychique).

            Or, la réincarnation bouddhique, plus complexe, suit les lois du karma, le principe de la causalité et tend vers la dissolution de ce moi existentiel considéré comme un non-moi. C'est pourquoi, un bouddhiste peut être réincarné dans plusieurs mondes : humain, animal, végétal et même minéral, parfois successivement et sans interruption tant que persiste le non moi, ou l'illusion du soi, principale cause de la souffrance.

            Le Dalaï-lama, chef spirituel bouddhique, en était pleinement conscient, mais son habileté et sa souplesse d'esprit l'empêchaient de donner des explications trop précises sur la question. Car il respecte avant tout les valeurs et les croyances occidentales dont certaines sont presque opposées à celles de l'Orient, tout en sachant qu'au fond elles se complètent. Mais cette notion de complémentarité n'est pas encore admise par la plupart des Occidentaux et même communément par les Orientaux.

             En 1998, lors d'un séjour en France, malgré la fougue et l'empressement des gens autour de lui, il leur conseilla de garder leur religion, car dit-il, ce n’est pas naturel de se couper de ses racines. Il prétendit même que l’étude du Bouddhisme peut les aider à consolider leur foi. Il alla encore plus loin : « Ne vous convertissez pas, vous avez tout ce qu’il faut là où vous êtes, sachez-vous en servir. Prenez dans le Bouddhisme ce qui vous sert à devenir meilleur… ».

            Carl Gustave Jung (1875-1961), un fervent de la spiritualité orientale, avait déjà mis en garde les Européens contre tout engouement pour les religions étrangères dans un discours à Munich le 1er mai 1930 :  
            « … Une simple sensation ou un nouveau frisson n’aide en rien l’Europe. Ce que l’Orient a à nous offrir, ne doit être pour nous qu’une aide, dans un travail qui reste à accomplir. A quoi nous sert la sagesse des Upanishads ou du Zen, si nous minons nos propres fondements, considérés comme des valeurs périmées et nous établissons malhonnêtement sur des rivages étrangers comme des pirates sans patrie ».
            Les grands esprits se rencontrent, qu'ils soient orientaux ou occidentaux !

            De même, face à la sérieuse question de l'incarnation, ne voulant pas donner des explications qui risquaient de heurter les susceptibilités occidentales, le Dalaï lama préférait plaisanter et jouer le jeu avec ces journalistes curieux.

            Au début du mois, quand le site bouddhique "L'arbre des refuges" lui demanda quelle créature rêve-t-il pour sa prochaine réincarnation, il répondit :
            " - Je ne sais pas si je vais me réincarnerou alors je me réincarnerai en femme …"

            Un des journalistes du Dimanche-Matin a voulu connaître la raison de ce choix :
            "Pourquoi dites-vous que vous pourriez être réincarné en une femme occidentale ? Pourquoi serait-ce bien ", le chef spirituel répondit alors : 
            - Dans la tradition tibétaine de réincarnation, c'est possible. Le but de la réincarnation est de servir Bouddha et d'aider les gens. Selon les circonstances et l'époque, il se peut que un jour, une femme remplisse mieux ces objectifsBiologiquement, les femmes ont plus de potentiel, elles savent mieux témoigner de l'affection (de la compassion)… que les hommes.
            - Mais vous êtes féministe !
            - C'est ce que m'a dit un jour Marie Robinson, l'ancienne commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme. Elle m'a traité de dalaï-lama féministe ... Pour en revenir à la réincarnation, une femme dalaï-lama serait bien plus jolie que moi, elle aurait donc plus d'effet sur les hommes…
            - Alors autant qu'elle soit blonde ?
            - C'est possible. Mais pour les Asiatiques, ce serait plus difficile à accepter, répondit le Prix Nobel de la Paix".
            On imagine qu'en faisant semblant de se défendre, il dit tout cela avec ses yeux plissés de malice, ponctué par un éclat de rire… 
            Pour un bouddhiste averti, tout ce qu'il raconte sur la réincarnation est une blague sur un fond de vérité. D'ailleurs, le dalaï-lama ne veut pas être sérieux face à des questions oiseuses, ou alors sa sainteté ne se prend pas au sérieux, malgré son prestige.

            A Toulouse où il a fait salle comble à la fin-de-semaine du 15 août 2011 avec sa conférence sur l'art du bonheur, il fit semblant d'hésiter sur la forme que pourrait prendre sa réincarnation (En tant que chef spirituel, il sait bien que la réincarnation s'arrête quand cesse l'illusion du moi, c'est-à-dire la suppression de l'ego ou de celle du non-moi). 
            Car s'il venait volontairement d'abdiquer ses prérogatives temporelles, il n'était pas disposé à mourir vite, ni à laisser Pékin, et les athées communistes, s'immiscer dans ses affaires de succession.
            " - Me réincarner c'est mon affaire ! Alors que les Chinois me laisse décider tout seul de ma réincarnation" (La dépêche du 14 août 2011) …
            Mais comme le Dalaï-lama est magnanime, il tend tout de même une main malicieuse aux Chinois :
            " - S'ils veulent se mêler de ma succession, ils doivent d'abord accepter la notion de réincarnation, et chercher celles de Mao Tsétoung et de Deng Xiaoping avant de chercher celle du dalaï-lama, se marra le semblant offusqué".

            La non-violence du dalaï-lama est teintée d'un humour hilarant et même provocateur qui énerve les Chinois plus que les critiques tonitruantes des opposants tibétains de sa suite.

            En février 2010, avant son projet d'abdication, le Dalaï-lama a déclaré : "Si une majorité de Tibétains a le sentiment que l'institution du Dalaï-lama n'a plus de sens, alors cette institution doit cesser d'exister, il n'y a aucun problème." Et il ajouta en riant : "Il semblerait que les Chinois soient plus inquiets pour cette institution que moi."

            Dernièrement, au cours d'une conférence donnée à Espoo, à l'ouest d'Helsinki, à l'invitation de l'Association culturelle tibétaine de Finlande, le dalaï-lama a commencé :
            " - Je suis optimiste quant à l'évolution de l'humanité vers la maturité" (malgré la violence dans le monde).
            Et pour terminer, le Dalaï-lama a prôné un contrôle des naissances, car selon lui, l'un des principaux maux qui menacent l'humanité est l'accroissement de sa population :
             " - Le meilleur moyen de contrôler les naissances, c'est qu'il y ait plus de moines !», a-t-il ajouté dans un éclat de rire (20 août 2011 - AFP).

            A mon avis, le Dalaï-lama est bien actuellement une grande figure spirituelle universelle qui apporte la paix dans la violence, la gaieté dans l'espérance, et la foi en l'être humain, au cours d'un siècle bouleversé par les aléas d'une évolution cahotante ... mais certaine !

           Cf.- /1.-le-bouddhisme-en-occident (Le Bouddhisme en Occident),  /3.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil (Le Conformisme, le Sacré et l'Eveil)

 

            Le chef spirituel du Tibet, Tenzin Gyatso a reçu le 13 août 2011 "Le Matin Dimanche" lors de sa visite au monastère tibétain de Salève (Genève), construit par un bouddhiste russe.

            L'un des journalistes (Eric Hoesli ou Ariane Dayer) commença par lui demander la cause de la crise financière mondiale en cours.

            A la question :"A qui la faute ?" le Dalaï lama répondit : "Il y a trente ans, au cœur d'une crise, j'avais demandé à des amis hommes d'affaires où était le problème. Ils m'ont répondu que c'était la cupidité qui mène à la spéculation. Je crois qu'on a laissé trop de place aux émotions destructives comme l'avidité, la jalousie… "

            Je vois ici l'habileté du Dalaï-lama. Donner une réponse d'essence bouddhique en se référant à des amis hommes d'affaires occidentaux. Le mot "cupidité", selon sa définition, est spécifiquement bouddhique comme celui de "concupiscence" chez les théologiens chrétiens.

            Au Viêt-Nam, à l'âge de fréquenter l'école, mon grand père m'avait déjà fait entendre à répétition que selon l'enseignement bouddhique : "tham - sân - si" (la cupidité et l'envie, l'entêtement et la colère, la passion et la stupidité) constituent les trois grands défauts de l'être humain, ceux que le Dalaï-lama désigne comme des émotions destructrices.

            Ainsi, la crise financière mondiale actuelle ne se résume qu'en un seul mot  "la cupidité". Sous n'importe quel régime : communiste ou néo-communiste, capitaliste ou néo-capitaliste, libéral ou néolibéral, tant que persiste cette cupidité chez les humains, les mots-remèdes comme : contrôle, régulation, restructuration, règle d'or, et les appels à la responsabilité, à la solidarité, à l'éthique, ne sont que des voix dans le désert et resteraient lettres mortes.

            Confucius (5è siècle avant J.C.) avait souvent répété :"Le système n'agrandit pas l'homme. C'est l'homme qui agrandit le système".

            Krishnamurti (1895-1986), une figure spirituelle de l’Inde qui a parcouru le monde entier pour propager sa pensée, disait dans une de ses causeries en 1946 ("Commentaires sur la vie", Traduction par Editions Buchet/Chastel Corréa, Paris, 1957) :

            "Il ne s’agit pas de désavouer les capitalistes, ni de se débarrasser des communistes. Ce qu’en général on appelle révolution n’est que la modification ou le prolongement de la droite, selon les idées de la gauche. La gauche, en somme, n’est que la continuation de la droite sous une forme modifiée. Si la droite est basée sur des valeurs sensorielles, la gauche n’est qu’une persistance de ces mêmes valeurs, différentes seulement en degré et en expression.
            "Un système ne peut pas modifier l’homme, c’est l’homme qui altère toujours le système ainsi que le démontre l’histoire."

            Malheureusement sur cette planète, la cupidité, comme la haine, est encore difficile à extirper du cœur humain. Surtout quand ces deux émotions négatives se manifestent en même temps, alors elles forment un mélange vraiment détonnant, dont les conséquences (nommées prudement effets pervers et dommages collatéraux) saturent les pages d'actualité mondiale des journaux.

            Cependant, à l'encontre de ces prophètes qui jouent les Cassandres, et de ceux qui prédisent à répétition une prochaine apocalypse, le Dalaï-lama croit fermement au progrès humain :
            «Je suis optimiste quant à l'évolution de l'humanité vers la maturité», a-t-il assuré au cours d'une conférence donnée à Espoo, à l'ouest d'Helsinki, à l'invitation de l'Association culturelle tibétaine (20 août 2011 - APF).

              Cf.- /6.-bonheur-humain-et-syst-c3-a8mes-c3-a9conomiques   (Bonheur humain et Systèmes économiques)

                    Enseignement de l'homosexualité à l'école (en France)

            "L'homosexualité enseignée à l'école : une pilule qui passe mal", c'est le titre d'un article du journal LIBERATION paru le 9 août 2011, signé Quentin Girard.

            En effet, l'introduction dans les manuels scolaires de la rentrée d'un chapitre sur l'orientation sexuelle a heurté plusieurs associations familiales.

            Début septembre, les élèves de certaines sections secondaires (Première ES et L) auront le plaisir de découvrir un nouveau point de programme : la question du genre et de l'orientation sexuelle, dans un chapitre intitulé «Devenir homme ou femme». (Une partie imposée par la Direction générale de l'enseignement scolaire et annoncée au Bulletin officiel du 30 septembre 2010).

            Il y est expliqué, en résumé, que "si l'on naît homme ou femme, l'orientation sexuelle des individus peut varier au cours de la vie, et que si la majorité des personnes sont hétérosexuelles, une partie de la population est homosexuelle ou bi. La question de l'orientation sexuelle appartenant à la sphère privée."

            L'enseignement catholique, des associations familiales ou encore des politiques multiplient les communiqués, les emails, les pétitions et les menaces de boycott des livres pour que cette partie du programme soit retirée. Tout dernièrement, le 28 juillet, l'"Association Familles de France" a pondu un nouveau texte adressé au Président de la République, expliquant : "Vous connaissez parfaitement la théorie du genre. Cette idée philosophique, contestable s'il en est, nous revient des milieux féministes d'outre Atlantique", et ajoutant : "Les familles ont parfaitement compris les objectifs des concepteurs : orienter les jeunes vers des expériences sexuelles diverses, considérant que le sexe social est plus important que le sexe biologique".

            Il faut reconnaître que c'est un sujet indélicat, tabou jusqu'à la fin du siècle dernier.
En Occident, l'homosexualité est considérée par la plupart des théologiens chrétiens comme un péché lié au diable (Il en est de même pour certaines religions du Moyen-Orient)
             Le terme homosexuel est associé à des mots jugés comme péjoratifs et dévalorisants :
            - pour les femmes : lesbienne, saphiste, gouine, invertie, etc.
            - pour les hommes : pédé, pédale, tapette, tante, mignon, sodomiste, enculé, inverti, etc. (sans compter d'autres argots).
            Dans le vocabulaire courant, la locution anglaise gay a pris le pas sur d'autres qualificatifs pour évoquer l'homosexualité.

            L'objectif des chercheurs dans les sciences médicales, vise souvent à privilégier les symptômes, les descriptions des maladies en ignorant la cause. L'homosexualité était considérée comme une maladie mentale. Pour la psychanalyse c'est une "perversion" liée au "complexe d'Œdipe".

            Les diverses cultures avec leur religion et leurs traditions variées cherchent à interdire ce qu'ils jugent comme une honte, une anomalie, non conforme à leur modèle de vie courante. 
            De l'autre côté, la plupart des homosexuels, se sentant discriminés, mal assurés dans leur identité chancelante, tentent à faire reconnaître leur état spécial pour pouvoir exister, et n'ont d'autres moyens que recourir à un certain exhibitionnisme (parfois à outrance, comme un défi), ce qui les rend encore mal acceptés par la société. D'autres, un peu plus résignés, veulent officialiser leurs relations par un mariage sous forme de pacte.

            A mon avis, le chapitre intitulé «Devenir homme ou femme», peut prêter à confusion, si l'on admet globalement "que l'on naît homme ou femme, l'orientation sexuelle des individus peut varier au cours de la vie, et que si la majorité des personnes sont hétérosexuelles, une partie de la population est homosexuelle ou bi."
            Les polémiques proviennent de cette manière de banaliser, de justifier à tout prix les pratiques homosexuelles, de faire amalgame de deux catégories différentes, au lieu de comprendre la cause essentielle l'orientation sexuelle.

            1.- Les homosexuels acquis
            Le corps humains est un objet sensuel, ce qui permet à Sigmund Freud de dire que l'enfant est un pervers polymorphe (un concept souvent mal compris par nombre de ses disciples).
            L'être humain n'a pas seulement cinq sens, le sixième est bien la peau, zone érogène plus sensible que les autres. Certains romanciers font ainsi remarquer que "l'amour (physique) n'est qu'une question de peau".

            La biologie révèle que la sexualité humaine est plutôt bisexuelle à différents degrés. Mais l'influence du contexte culturel et des expériences personnelles est primordiale dans le développement de l'orientation sexuelle.

            Les curieux, ceux qui sont initiés par leurs partenaires, ceux qui sont lassés par la routine (il y a plusieurs raisons psychologiques sous-jacentes), recherchent de nouveaux plaisirs érotiques, procurés par la stimulation du corps et des zones érogènes, peu importe le sexe du partenaire. Mais une fois passés par ces aventures, certains pourraient y prendre goût. Régie par la répétition de l'acte et l'effet du conditionnement, l'habitude devient après une seconde nature.

            Pourtant, ce comportement érotique peut être temporaire chez certains hétérosexuels. Quelques adolescents timides, qui ont succombé au début à ce choix malencontreux, parviennent à se marier ensuite à l'âge adulte.
            En outre, en cas de danger, par peur du sida, nombreux sont ceux qui renoncent facilement à cette pratique honnie par l'entourage. (A Hambourg, en 1970, dans les années de la révolution sexuelle, 18% des adolescents avaient des activités homosexuelles alors qu'en 1990 avec le Sida et les changements culturels, ils n'étaient plus que 2%).

            2.- Les homosexuels innés
            En Occident, la découverte des molécules d'ADN permet d'apprendre que chaque cellule somatique humaine possède 22 paires de chromosomes homologues (également appelés autosomes), numérotés de 1 à 22, et une paire de chromosomes sexuels (également appelés hétérochromosomes ou gonosomes), soit un total de 23 paires.

            Le sexe d'un individu est déterminé par le système XY : les femmes possèdent deux chromosomes X (XX) tandis que les hommes possèdent un chromosome X et un chromosome Y (XY). Les deux chromosomes X de la femme sont homologues, mais le chromosome Y n'est homologue au chromosome X que pour une petite partie (région pseudo-autosomique).

            Pourtant, jusqu'ici, aucun chercheur à ma connaissance n'a encore tenté d'étudier sérieusement les possibilités de mutation de ces gênes, pour comprendre les variations probables permettant d'expliquer l'orientation sexuelle.

            Il y a cependant certains changements conceptuels dans le domaine de la santé mondiale.
            Le premier, en 1973, l'Association américaine de psychiatrie a retiré l'homosexualité de sa liste des maladies mentales (DSM-IV).
            Ensuite, en 1990, l’Organisation mondiale de la santé a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales, mettant fin à plus d'un siècle d'homophobie médicale.
            Mais sur le plan social, c'est toujours des incompréhensions, des discriminations, des controverses, avec des débats sans fin, comme cités plus haut.

            L'homosexualité, était largement tolérée en Chine durant l'époque des dynasties impériales. Elle a été fortement réprimée à l'avènement de la République populaire de Chine (1949), et fut le prétexte de persécutions durant l'époque de la Révolution culturelle. Sous la pression de l'opinion publique et la presse chinoise, la tolérance grandit au fil des années et devient un sujet d'étude dans les universités.

            La tolérance de l'homosexualité en Orient, surtout dans les pays de civilisation chinoise (Chine, Japon, Corée, Viêt-Nam) a trouvé son origine dans une culture quatre fois millénaire. La sexualité est guidée par le Principe suprême (ou Principe de Vie) représenté graphiquement par un cercle dans laquelle une partie blanche (le Yang) et une partie noire (le Yin) sont séparées par une courbe en forme d'un S.

           Au sens propre, le Yin et le Yang désignent les versants sombre et ensoleillé, d'une montagne ou les intervalles nuit et jour qui ne sont que les deux aspects d'une même réalité. 
            Au sens figuré, ces deux pôles sont interprétés comme féminin et masculin, doux et dur. Yang, le pouvoir fort, masculin, créateur, tandis que Yin, l'élément faible, féminin, réceptif.
            Par extension, Yang représente l'intellect masculin clair et rationnel, Yin indique la conscience féminine complexe et intuitive. Yang est considéré aussi comme la force créatrice du Roi, Yin est le caractère tranquille et contemplatif du Sage. (L'image du Héros et du Sage dans la Grèce antique).

            Le petit point noir dans la partie blanche et le petit point blanc dans la partie noire montrent que tout élément masculin comporte un principe féminin et que tout élément féminin comporte un principe masculin. Les deux pôles d'apparence opposée sont en réalité interdépendants ("complémentaires" selon l'espression donnée par les Occidentaux).

            Un individu masculin peut être né avec une proportion d'élément Yang prédominant et une partie moindre d'élément Yin. Quand l'élément Yin fait défaut chez l'homme, celui-ci se conduit comme une brute. Quand l'élément Yin y est trop élevé, l'homme se trouve efféminé.
            Une femme née avec trop de Yin est de nature trop passive et trop soumise. Avec une prédominance de Yang (celle qu'on appelle un garçon manqué en Occident), elle peut être marquée par une tendance dominatrice, aimant l'activité et le pouvoir. Ce sont des cas extrêmes.

            Dans les combinaisons des deux éléments, il y a un nombre incalculable de variances selon la loi des probabilités. D'ailleurs, tout n'est pas programmé à l'avance. Comme les gênes de l'ADN qui se "baladent", la structure d'une personnalité est susceptible de changer sous l'influence de plusieurs facteurs : le milieu ambiant, le hasard des rencontres, les moyens à sa portée et surtout l'action que l'individu exerce sur lui-même et sur les évènements extérieurs qui le façonnent à leur tour, en interactions continues. C'est la théorie du "constructivisme" en Occident, redécouvert par Jean Piaget (1896-1980) :
            "L'humain est non seulement un "être pensant" mais aussi un "être agissant", qui peut aller en avant pour parvenir à son accomplissement personnel dans le monde. Il est responsable d'une destinée "qu'il construit" et non pas d'un destin qu'il subit (Jean Piaget).

            Ainsi, le constructivisme est diamétralement opposé au constructionnisme ou la théorie du genre selon laquelle les différences constatées entre hommes et femmes sont pour une grande part construites par un conditionnement social, c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'essence féminine ou masculine, mais seulement un sexe biologique n'influant pas, ou très peu, sur la personnalité.
            Conclusion
            A l'ère de la physique quantique, la question de l'homosexualité trouve aisément son explication dans la nature (le cosmos). L'orientation sexuelle est ainsi déterminée par la proportion distribuée fortuitement aux deux éléments Yin-Yang et leurs multiples combinaisons possibles, tout comme la répartition hasardeuse des chromosomes Y et X dans le système ADN, avec les aléas de la probabilité.

            Dans un entretien (Dimanche-Matin paru le 31 déc. 2000) le Dalaï Lama, Tenzin Gyatso a déclaré : "L'homosexualité fait partie de ce que, nous les bouddhistes, appelons "une mauvaise conduite sexuelle". Après les protestations de la communauté homosexuelle américaine, il a rectifié : "Seuls le respect et l'attention à l'autre devaient dicter la relation d'un couple qu'il soit hétérosexuel ou homosexuel". Afin d'éviter un débat polémique, le Dalaï Lama préférait l'écourter par une simple réponse sur le respect d'autrui. sur une règle de l'éthique ...

            Car il n'est pas aisé de suivre les pensées orientales et occidentales. L'Occidental vise à être un individu "équilibré" tandis que l'Oriental tend à devenir un individu "harmonieux" : quand le premier bute sur la dualité et l'ambivalence, le second suit le flux mouvant de la nature en s'y conformant.

            Un jour, le physicien Hans Reichenbach, devenu après professeur à l’Université de Californie, demanda à Albert Einstein comment il était arrivé à sa théorie de la relativité, ce dernier lui répondit qu’il l’avait trouvée parce qu’il était convaincu de l’harmonie de l’univers (Cf. : "Comment je vois le monde", Albert Einstein, 1939, Flammarion, Paris). 

            Lausanne, 14 août 2011.

            Cf. : Yin-Yang et Notion de Complémentarité, /2.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil (Le Conformisme, le Sacré et l'Eveil), Piaget et le constructivisme.

             Auparavant, je n'avais aucune idée sur une quête de l'éthique en forêt profonde, et encore avec les animaux classés de primitifs.

            Je pensais au contact avec les humains que je croyais plus riche et plus intéressant. Or le principe de l'éthique ou principe de vie est partout, et la voie de la destinée de chaque individu est impénétrable. 
            "Lorsque les âmes tendent vers la vie, le destin est contraint de leur répondre."    
            (Abou L Qasim Ach-Chabbi -  Extrait de La Volonté de vivre).

            Ainsi, la destinée de Jane Goodall m'a intrigué quand j'ai lu l'article d'Eva Grau sur cette primatologue, éthologue et anthropologue, née le 3 avril 1934 à Londres.

            La journaliste raconte dans "FEMINA", supplément du "Matin Dimanche" paru le 30 juillet 2011, la vie de ce qu'elle appelle "La belle de la forêt" avec ce préambule :
            "Ses travaux sur les chimpanzés ont révolutionné le concept même d'humanité. Mais des animaux, la primatologue britannique affirme avoir surtout appris une chose : l'humilité".

            Depuis sa plus tendre enfance, Jane Goodall a toujours été fascinée par les animaux. A l'âge de 4 ans, elle se cachait dans un poulailler pour découvrir d'où sortent les œufs et restait là, silencieuse et immobile, à observer les pondeuses durant quatre heures. Lorsqu'elle ressortit de sa cachette, toute la maisonnée était sens dessus dessous. Sa disparition a été signalée à la police. Mais la petite fille était enthousiaste : elle avait résolu l'énigme. «Au lieu de me gronder, se souvient-elle, ma mère s'est assise à côté de moi, m'a prise dans ses bras et m'a écoutée raconter la merveilleuse histoire expliquant comment la poule pond un œuf.»

            Fille d'un ingénieur et d'une romancière, elle partit à 23 ans en 1957 pour le Kenya où une amie l'avait invitée à passer des vacances. Jane était alors employée à l'Université d'Oxford comme dactylo. Elle quitta son emploi, travaillait quelques mois comme serveuse pour gagner de quoi payer son billet de bateau pour l'Afrique, et s'embarqua à bord du Kenya Castle. Trois semaines plus tard, elle arriva à Mombasa. C'était la première fois que Jane Goodall mit le pied sur le continent africain.

            Elle y rencontra le docteur Louis Leakey, archéologue et paléontologue célèbre qui avait effectué d'importantes fouilles dans la corne de l'Afrique. Ce dernier l'engagea comme secrétaire, puis lui confia un projet : étudier les populations de chimpanzés habitant les rives du lac Tanganyika, en Tanzanie. Mais le gouvernement colonial mit son veto, ne voulant pas laisser une jeune Britannique inexpérimentée et qui n'a même pas de formation scientifique s'installer seule dans cette contrée sauvage. Pour faire fléchir les autorités, la mère de Jane proposa de lui servir de chaperon durant trois mois. Les experts cédèrent, persuadés que la petite Anglaise ne tiendrait pas trois semaines. Elle y restera un demi-siècle.

            En 1960, elle décida de vivre seule parmi eux, pour mieux les observer et les comprendre. Elle s'installait dans ce qui est aujourd'hui le Parc national de Gombe Stream, pour y étudier les mœurs des chimpanzés.
            En octobre de la même année, elle a remarqué un chimpanzé en train de fabriquer et d'utiliser des outils pour attraper des termites. Cette découverte ébranle la définition de « l'être humain » de l'époque qui attribuait alors ce comportement exclusivement à l'homme. Grâce à ses recherches, nous savons maintenant que les chimpanzés sont biologiquement semblables aux humains, qu'ils démontrent de nombreuses capacités intellectuelles, qu'ils chassent pour se procurer de la viande, qu'ils utilisent des outils et que les membres d'une même famille maintiennent des liens forts et durables et ce, durant toute leur vie.

            Dans la réserve de Gombe, où elle a installé son centre de recherches - qui est encore en activité de nos jours - Jane Goodall a non seulement appris à connaître les singes mais aussi sa propre espèce. "Je crois que l'étude des chimpanzés nous a rendus plus humbles, dit-elle. Nous sommes très arrogants. Nous croyons depuis si longtemps être les meilleurs. Or, nous sommes juste différents.»

            La primatologue l'a souvent constaté, non seulement sur le terrain, mais aussi parmi ses pairs. Elle se souvint encore de son inscription comme doctorante à l'Université de Cambridge et de l'accueil plutôt frais qu'on lui réserva, parce que dans ses travaux sur les chimpanzés sauvages, elle donnait des noms à ses sujets d'études. Certains estimaient qu'il aurait été plus scientifique de les désigner par des numéros ... Mais cela ne l'a pas empêchée de décrocher son doctorat en éthologie, en 1965, au nez et à la barbe de ces esprits bien-pensants. Imbibés de leur importance, l'illusion du pouvoir et celle du savoir les empêchent souvent d'avoir cette capacité d'effacer facilement leur ego pour le respect des êtres vivants.

            Fondé en 1977, en Californie, par le Dr. Goodall, l’Institut Jane Goodall va célèbrer ses trois décennies de recherche, d’éducation et de conservation de la faune.
            En 1995, Sa Majesté la Reine Elisabeth II lui décerna le titre de CBE (Commander of the British Empire).
            En 2002 - Les Nations Unies la nommèrent "Messager de la paix".
            En 2004 - Jane Goodall fut anoblie par le prince Charles lors d'une cérémonie à Buckingham Palace
            En 2006, Le Premier Ministre Dominique de Villepin remit à Jane Goodall les insignes d’Officier de la Légion d’honneur.
            Pour certaines âmes bien nées, les récompenses et les honneurs viennent tout seul sans qu'elles les sollicitent.

            A 77 ans, cette infatigable militante parcourt encore le monde trois cents jours par an pour plaider la cause de ce monde sauvage qu'elle aime tant : "Je garde l'espoir qu'à l'avenir, nous retrouvions la sagesse.» 
            Car elle sait aussi que "L'humilité est le commencement de la sagesse" suivant la citation de Confucius, le sage du VI e siècle avant l'ère chrétienne.

            Autre source : www.janegoodall.fr

            Allant au cirque à l'âge de 7 ans, j'étais, comme les autres enfants, fasciné par le dompteur de fauves et surtout impressionné par les claquements des lanières de son fouet.

            Je rêvais d'avoir ce pouvoir de faire obéir les bêtes sauvages, croyant qu'il faut dompter quelqu'un pour le faire marcher. C'est ce que pensent en général les parents, les maris, les autorités, les dirigeants des pays de ce monde.
            Or les dompteurs de fauves risquent de se faire agressés un jour par leurs bêtes, comme les dictateurs assassinés par leurs pairs ou renversés par leur peuple.
            L'histoire montre que la tyrannie attire l'agressivité, et la peur se mue en haine ...

            Ce matin, en lisant le journal publicitaire "LausanneCités" daté mercredi-jeudi 27-28 juillet 2011, un article intitulé "L'homme qui murmure à l'oreille des fauves" avait attiré mon attention.


            C'est le reportage de Cécil Rhodes au Raubtier-Park de Subingen à Soleure (Suisse) qui raconte l'histoire d'un entraîneur de 28 fauves, René Strickler. Ce dernier qui refuse le titre de dompteur, "a su nouer une relation de confiance exceptionnelle avec les félins".
            "Ici (au zoo), dit-il, à la faveur d'un entraînement journalier et avec toute l'affection que je leur prodigue, il s'est établie une réelle relation entre ces animaux et moi. Une relation entre fermeté et plaisir. Le tout avec beaucoup de respect que je sais leur témoigner. Vous savez, j'ose dire que ces fauves ont des réactions un peu similaires à celles des humains …"
            Selon René Strickler, un entraîneur de fauves doit avoir de l'intuition, sentir la disposition des fauves, avoir de la patience et surtout ce fameux respect des animaux … Un contact amical, conforme à l'animal et un entraînement journalier réveille en effet la curiosité, l'instinct de jeu et aussi les capacités intellectuelles et psychiques de fauves.

            Ainsi, ce n'est pas seulement un entraînement mais une vraie éducation des fauves. Se mettre à leur place, les faire travailler avec amour et respect, voilà le secret de la réussite de René Strickler, qui bénéficie une grande confiance en retour. La scène qu'il décrivit à l'occasion de l'accouchement d'une lionne était vraiment touchante :
            "Lorsque les trois lionceaux sont nés, raconte l'entraîneur, elle les a mis sur mes genoux, puis épuisée, elle s'est couchée à côté de moi. Dans mon aventure, cela vaut tous les lauriers du monde …"

            Je pense à l'éthique immanente dans ces relations hommes-animaux.
            René Strickler réagit dans sa vocation avec un sens éthique (respect-réciprocité-responsabilité) dont ses fauves n'en semblent pas dépourvus, car ils lui témoignent en retour de l'amour et de la confiance.

            Et quand je repense aux relations humaines des gens de notre société contemporaine qui se plaignent sans cesse de l'agressivité, de la haine et de l'ingratitude chez les autres (parents-enfants, maris-femmes, patrons-employés, autorités-citoyens, pays dominateurs-pays "protégés").

            Peut-on conclure que le monde manque encore d'éducation ? 
            Cela n'empêche pas que la vie est toujours belle et le soleil éclatant en ce jour d'été !

            Cf. - : /histoires-d-animaux (Histoires d'animaux).

            Dans une entreprise, une usine, ou une administration

            Sur la page «Vivre » du journal «Le Matin Dimanche » publié le 10 juillet 2011, s’étale le grand titre d’un article de Geneviève Comby : 
            « Les salariés sont convaincus que l’amour au bureau booste leur efficacité » FLIRTER AU TRAVAIL ?  C’EST BON POUR LA PRODUCTIVITE

            C’est l’avis formel de 55% des salariés, selon un sondage effectué en France par Opinion Way. D’après eux les relations amoureuses constituent un regain de motivation, bénéfique pour la marche des entreprises.

            Sans parler des hauts et des bas du comportement amoureux et les complications qui s’en suivent affectant le climat du milieu du travail, cette affirmation ne convainc que ceux qui l’admettent et constitue probablement la justification de leur désir manifeste ou inavoué.
            Evidemment, la hiérarchie supérieure est contre, car le fait de flirter au lieu de travail constitue une entorse au « code du travail » basé sur l’éthique.
            En général, les salariés qui aiment leur travail n’ont pas besoin d’autre motivation, et certains ne ressentent même pas de stress. Ceux qui considèrent leur gagne-pain comme une corvée y trouvent de l’ennui, tout le monde le sait. C’est pourquoi ces derniers ont besoin d’autres stimulations : le sexe déguisé en amour, l’alcool, les drogues douces ou les amphétamines, selon leur tempérament.

           
Ethique entre chefs et subordonnés
           C’est le pouvoir exercé par les premiers sur les seconds qui posent souvent des problèmes.
           Il y a une autorité naturelle qui s’impose chez les gens qui sont sûrs d’eux-mêmes et qui se sentent à l’aise à leur place.
          Il y a une autorité forcée qui attire des heurts, des frictions et parfois de la haine. Car souvent, ceux qui l’exercent, n’ayant pas confiance en eux-mêmes, se forcent à être autoritaires, durs et intransigeants, croyant ainsi être mieux respectés.

            La trinité « Pouvoir - Sexe - Argent » présente dans tous les milieux et sous tous les cieux, constitue un mobile puissant de l’action humaine, ou plutôt du comportement de l’ego chez l’individu.
            « Le pouvoir sans abus est dénué de charme », disait le poète et romancier français Paul Valéry. Une pique satirique contre les politiciens de son pays, considérés par la plupart des votants comme tous pourris, un trait d’humour qui reste d’actualité.

           Le harcèlement psychologique n’est pas facilement décelable, car les mobiles sont bien cachés : hostilité, rancunes, jalousie, gêne d’un collaborateur susceptible de lui faire de l’ombre.
          De même, sous prétexte de performance, dans un pays voisin, certains chefs ont poussé quelques employés à la dépression, et même au suicide.

            Le harcèlement sexuel est plus visible, et parfois toléré sous des prétextes fallacieux : elle n’a qu’à se montrer réservée (sans profond décolleté, sans minijupe, sans air aguicheur). Par contre, si elle a une tenue convenable, elle sera traitée de coincée, d’asociale.

            Les victimes n’osent pas se plaindre, avant tout pour ne pas perdre leur place. Mais la résignation peut les mener à une baisse de rendement au travail, et parfois à la dépression.
            Certaines d’autres entrent dans le jeu du harceleur. De victimes elles deviennent manipulatrices, pour se faire épouser, pour avoir un avancement, un meilleur poste, pour exercer aussi un pouvoir, les femmes en raffolent également.
            Alors, de statut d’employée, la favorite du chef se mue du jour au lendemain en cheffe-adjointe, attirant la jalousie, voire la haine des autres employés subalternes. 
            Ainsi va la vie, les complications et les aléas qui s’en suivent …


            Ethique entre les services administratifs et les administrés
            Le sens éthique se dilue depuis le bas, du domaine individuel jusqu’au niveau international. Plus on monte dans l’échelle, plus le sens éthique s’affaiblit en raison du nombre. L’éthique varie d’une personne à l’autre, d’un groupe à l’autre, d’une société à l’autre, d’une nation à l’autre.
           Ainsi, dans les grands pays dits civilisés, l’éthique se mesure à l’aune de ce vers de la fable de La Fontaine : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».
            Les plus forts font fi de l’éthique quand ils préfèrent recourir aux armes plutôt qu’à la diplomatie. Le plus puissant s’arroge le monopole de faire tourner la planche à billets et de s’endetter jusqu’au cou, alors que certains petits pays européens « font la manche » tout en refusant l’austérité, et que les «nantis» ruinent l’économie nationale en envoyant leur fortune dormir en sécurité dans les banques étrangères. 

            D'ailleurs, les citoyens suisses ont plus confiance en la personne du (ou de la) Conseiller fédéral qu’au Gouvernement fédéral.
            De même, dans les administrations cantonales, la démocratie acquise depuis 700 ans n’est pas encore considérée comme optimale.
            Quand tout va bien, ce sont les chefs qui recueillent les lauriers. Dans le cas contraire, ils sont arrosés par une pluie de critiques. Sans parler des peaux de bananes ou des coups bas de leurs pairs ou des élus d'autres partis ...

            Curieusement, le pouvoir d’un petit chef semble être davantage protégé que celui d’un grand chef, surtout quand le premier a commis des erreurs qui sont presque toujours couvertes par son supérieur. Le rôle de ce dernier est ambivalent. Il tient son subordonné en otage tout en sachant qu’il a aussi une part de responsabilité, en attendant de lui faire porter le chapeau quand la bourde est révélée au grand jour.
            Ce fait se produit dans certains services publics, notamment ceux qui ont le droit de sévir et de distribuer des amendes.

            Dans le cas où un citoyen est mêlé à un incident mineur, il se peut parfois que certains employés font du zèle en le gonflant avec un rapport inexact et tendancieux. Au lieu de corriger les erreurs et d’écouter la personne présumée responsable de l’incident, certains chefs directs ont tendance à suivre aveuglement les avis de leurs subordonnés, pour prendre des décisions sur le plan pénal, commettant ainsi un acte flagrant d’injustice.

            Celui qui subit une décision injustifiée en raison d’une erreur des autorités en ressent comme un abus du pouvoir, surtout quand ce pouvoir persiste dans son entêtement. En outre, pour avoir raison ce pouvoir n’hésite pas à commettre parfois certaines manipulations illégales qui l’enfoncent encore plus dans sa mauvaise foi.

            La réaction des victimes varie selon la gravité des cas et suivant leurs différentes personnalités. Les uns implosent, les autres explosent. Il y a une quarantaine d’années, un habitant de Prilly avait reçu l’ordre de démonter son abri de jardin. Après l’échec de vaines requêtes, il s’est pendu. Quelques dizaines d’années après, un retraité de la région zurichoise, se croyant être victime d’une injustice, arrosa de son fusil d’assaut avec des balles meurtrières une réunion municipale faisant cinq blessés et deux morts. Ce sont des cas extrêmes, à méditer !

            Actuellement, la plupart des victimes d’une injustice se résignent, n’ayant que leurs yeux pour pleurer. D’autres, plus critiques, vont se plaindre dans les journaux avec leurs photos montrant une mine indignée. Certains rares privilégiés ont pu faire appel à un avocat pour les défendre.

           Ces tentatives d’opposition enragent évidemment le pouvoir qui persiste et signe, malgré les vices de forme et de fond qu’a pu déceler le défenseur. Parfois le pouvoir fait le mort, faute de munitions. Harcelé par le défenseur, il se réveille pour répéter la même chose, en s’appuyant sur une autre autorité qui s’accroche à un rapport invalide envoyé par ce même pouvoir. On tourne en rond pendant des mois et des mois comme dans un cercle vicieux.

            Le défenseur n’a d’autre choix que de s’en référer à une instance supérieure, et probablement à une autre instance supérieure, si le pouvoir continue à tergiverser et à refuser de faire marche arrière, par crainte de perdre la face.

            Le pouvoir en question ne sait pas qu’il a déjà perdu la face à cause de sa mauvaise foi et se contredit en persistant dans son éternel déni de justice, comme dernière refuge. Or induire en erreur la justice par sa mauvaise foi revient à nier la vérité des faits. Le déni de cette réalité est bien le déni de justice !

            Tôt ou tard, il se fera taper sur les doigts, à cause de sa conduite dénuée d’éthique, si l’on admet ces trois critères de l’éthique appliquée : Respect - Responsabilité - Réciprocité.

            Leukerbad, 15 juillet 2011.

     (Suite à la note du 23 février 2011 : "La voie de l'Ethique : Les trois R")

            On parle souvent d'éthique quand il en manque, comme on discute du bonheur quand on s'attend à le vivre.
            Enfin, on confond souvent l'éthique avec la morale, la déontologie, la vertu, les règles régissant la politique, la finance, l'environnement, la science, la philosophie, même la religion, etc., etc. Plus on en parle, moins on le pratique.
Pourquoi tourne-t-on autour du pot quand dans la vie commune on répète souvent : "Il y a des choses qu'on ne doit pas faire" ou "Fais ce que dois, advienne que pourra".
            Dans ce cas, on considère l'éthique comme un devoir, un impératif kantien auquel l'on doit se plier ou pour lequel on doit se forcer afin de  bien se comporter dans la vie de tous les jours.
            C'est surtout quand arrivent des crises, des malheurs ou des catastrophes, qu'on s'en soucie le plus.

            Or l'éthique est immanente dans la pensée humaine.
            Elle réside déjà chez le petit enfant. A l'époque de ses deux ans, ma petite-fille Aube voulait me taper à la figure, alors je lui tenais sa menotte en lui disant doucement : "Ma petite, pourquoi tapes-tu le papa de ta maman ?" Alors, elle changea d'attitude et me fit un câlin sur la joue.
            Une autre fois, elle refit le même geste, comme mû par une pulsion irrépressible, je lui dis calmement : "Ma petite, ne sois pas vilaine, veux-tu que je te tape aussi ?" Elle me regarda d'un air étonné : "Non, grand-papa ! ", et cela se termina par un autre câlin.
            Les petits enfants ont l'art de virer à 180 degré quand ils se sentent en faute, surtout devant un regard aimable et bienveillant. C'est un problème d'éducation familiale.
            Ainsi, vient l'hypothèse que l'éthique existe déjà chez l'enfant, à qui l'on prête déjà le privilège de détenir la "vérité". Le "Deviens ce que tu es" nietzschéen n'est pas un mythe indéchiffrable. 
           

            Mais alors, pourquoi l'être humain en avançant en âge perd-il son innocence ?
            C'est que chez le plus jeune enfant, l'ego n'a pas encore fait son entière apparition.
            Partant de son héritage génétique l'ego se construit petit à petit en passant par ses expériences vécues à travers les aléas de l'existence, guidé par un élan vital.
            Les Bouddhistes considèrent l'ego comme un non-moi, tandis que certains psychanalystes étatsuniens (à l'instar de D. W. Winnicott) parlent de faux soi (faux self).
            Or si la grande majorité des gens identifient souvent l'ego au vrai moi, au soi, c'est que l'ego représente ce côté démon d'un être qui cherche encore péniblement à s'émanciper de ses diverses pulsions (pouvoir - argent - sexe) pour devenir vraiment humain.

            La civilisation apporte des valeurs, des lois, des règlements, en plus des institutions, des organismes internationaux qui n'ont d'autre but que d'aider les gens à bien se comporter entre eux sur cette terre. Elle a cru pouvoir se substituer aux religions diverses ; toutefois en l'utilisant comme alibi, cachant un besoin de domination, elle agit alors à contre courant.
            Voici trois citations à méditer :
            "Ce que les hommes appellent "civilisation", c'est l'état actuel des mœurs et ce qu'ils appellent "barbarie", ce sont les états antérieurs." (Anatole France).
            "Il existe infiniment plus d'hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d'hommes vraiment et réellement civilisés" (Sigmund Freud).
            "Une civilisation naît au moment où les hommes sans génie croient qu'elle est perdue." (Thomas Mann).

            En effet, tout le monde connaît les valeurs, tout le monde connaît la morale, tout le monde connaît intuitivement l'éthique, pourtant la majorité des gens agissent souvent dans le sens contraire de ce qu'il savent, de ce qu'ils disent, et de ce qu'ils apprennent à leurs enfants.
          Ce n'est pas une raison  pour se montrer pessimiste, ces citations ne sont que des constats de la société actuelle qui, malgré les hauts et les bas, ne cesse de progresser, lentement mais sûrement. (La notion de "décadence" est périmée, comme celle de "choc des civilisations").
            Pour vivre ensemble dans n'importe quelle société, les citoyens ont besoin de sécurité, de justice, et surtout un sens d'éthique qui harmonise les relations sociales.

            Tout le monde le sait, mais c'est l'application de l'éthique qui pose des problèmes s'il n'y a pas au préalable des principes admises, des critères auxquels chacun doit se référer et consentir pour le bien mutuel. En voici trois :
                         Respect - Réciprocité - Responsabilité.
            L'ensemble de ces trois critères commençant par la lettre R pourrait être considéré comme les "règles d'or" de l'Ethique.

            Malheureusement, dans la pratique c'est toujours le célèbre vers de La Fontaine qui prévaut : "La raison du plus fort est toujours la meilleure", que ce soit dans le domaine individuel, familial, professionnel, social, politique, national ou international.
            Le respect et la responsabilité seuls sont inefficaces
sans la réciprocité qui s'avère primordiale. L'éthique n'aurait aucun sens si elle est appliquée sans "empathie", c'est-à-dire sans prendre en compte les besoins et les sentiments de l'autre personne. Autrement dit, la règle serait de "Traite les autres comme tu voudrais être traité si tu étais à leur place". Elle implique la tolérance et l'universalisme.

            Cette définition de la réciprocité était connue il y a 2'500 ans chez Confucius (551 - 479 av. J.-C.) : "On doit aimer son prochain comme soi-même ; ne pas lui faire ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fît".
            Certains philosophes occidentaux, après le vieux sage oriental, ont proféré le même langage mais peu d'entre eux cherchent à savoir exactement "pourquoi un principe si simple en apparence n'est pas facile à suivre par le commun des mortels".

            C'est toujours le problème de l'ego qui surgit, comme décrit dans le précédent article "De l'interprétation". C'est le point faible de l'être humain, l'obstacle qui l'empêche d'accéder à la réciprocité et partant à l'éthique.
            Pour Jean Piaget, psychologue et épistémologue suisse, la réciprocité est l'un des critères du dernier stade de l'intelligence (stade de "l'intelligence formelle"). Selon le célèbre citoyen neuchâtelois, celui en qui ne s'intègre pas la notion de réciprocité réagit comme "une voiture qui ne peut pas faire marche-arrière".
            Dans ce cas, qu'est-ce qui l'empêche de faire marche-arrière ? C'est toujours l'ego qui pointe son nez : Pour ne pas "perdre la face". Quand l'ego a commis une bévue ou bien une bavure qu'il ne veut pas admettre. Surtout quand il complique la situation avec des arrière-pensées voire des manipulations "pour avoir raison", et pour montrer sa puissance (la grande taille de son ego ?). Alors il s'obstine dans sa "mauvaise foi" sans aucune peur du ridicule.

            Ce phénomène perturbe les relations interpersonnelles, sociales, professionnelles, nationales et internationales. Car si la notion de réciprocité était intégrée dans les mœurs et dans les institutions, les conflits interindividuels, intergroupes et internationaux seraient vite réglés. Il y aurait moins de problèmes psychologiques, psychiatriques, de luttes sociales, de crises politiques, financières, et de guerres interminables.

            En résumé, ce n'est pas l'intelligence seule qui en est la cause principale, mais le manque d'harmonisation de ces trois instances : "corps - cœur - esprit" qui permettent l'intégration de l'éthique.
            Le monde actuel, avec sa civilisation présente, est en marche, comme tout citoyen est un individu en devenir (Le combat contre "son démon" dure pendant toute l'existence).

            La personne consciente de cet état de chose voit sa vie s'écouler comme un long fleuve tranquille, mais sous un aspect moins artificiel, c'est-à-dire plus authentique.  
Quand l'humilité (et non la résignation) s'installe, tout en restant vigilant, l'angoisse existentielle s'estomperait comme un nuage vite effacé par les rayons ardents du soleil.

            Cf.- : /2.-l-art-d-c3-aatre-grand-p-c3-a8re (2.- L'art d'être grand-père)  /jean-piaget-et-l-ethique (Jean Piaget et l'Ethique).

 

            "A chacun sa vérité" c'est la célèbre citation de Luigi Pirandello (1867-1936), lauréat du prix Nobel de littérature en 1934. L'écrivain, poète, nouvelliste et romancier sicilien (Agrigente) a bâti son œuvre de dramaturge, sur l'incommunicabilité, un théâtre de réflexion sur le paradoxe et l'absurdité de la vie des individus qui ne peuvent pas se comprendre …

            Quelle est la cause de cette incommunicabilité entre les humains ? Il y en a plusieurs dont la plus importante et la plus ignorée se nomme l'interprétation. 
            Il s'avère indéniable que ce sont les interprétations qui déforment la vérité, qui font obstacle à la compréhension de la réalité, à la connaissance de soi, empêchant ainsi le fonctionnement normal des relations interpersonnelles. L'interprétation, en égarant la vérité, peut même la "tuer".

            Le fait d'interpréter n'est pas l'exclusivité ou l'apanage des psychanalystes, des juristes, des théologiens, des philologues, qui en font un art qu'ils appellent (d'après son origine grec), l'"herméneutique" qui rime plutôt avec hermétique.
            En réalité, tout le monde pratique plus ou moins l'interprétation, à tort et à travers, malheureusement (l'espèce animale a le privilège d'en être dépourvue).
            Pour l'être humain "penser c'est interpréter" comme "sentir c'est aussi interpréter".
L'acte se fait automatiquement, inconsciemment, insidieusement.
            Nous pourrions plagier Descartes en disant : "Je pense donc j'interprète".

            Regardons en nous-mêmes, puis autour de nous.
            Au fond de nous, saurions-nous "qui sommes-nous ?" (Qui suis-je ?) Nous nous surestimons ou nous nous sous-estimons sans juste mesure. Nous pratiquons, sans nous en rendre compte, de l'auto-interprétation.

            Autour de nous, il y a d'abord notre famille. Comment trouvez-vous votre conjointe, vos enfants ? Sans y penser, vous n'avez opéré que des interprétations face à eux. Vous ne les percevez pas sous leur vrai jour. Un moment vous les aimez, un autre vous les détestez selon votre humeur capricieuse, en se perdant dans les ambivalences et les paradoxes.

            En société, interviennent sans cesse des interprétations visant vos amis, vos collègues, vos patrons ou vos employés ou vos clients. Le contact avec eux varie selon vos sentiments de peur ou de sympathie, de jalousie ou d'envie, d'hostilité ou de solidarité, d'agressivité ou de haine …

            L'incommunicabilité entre les gens provient de cette habitude de penser et de sentir à la place des autres, de "projeter" sur les autres leurs propres caractéristiques (notamment les moins favorables), et surtout d'attribuer à autrui leurs difficultés de l'existence. C'est toujours la faute des autres, "l'enfer c'est les autres" selon la formule célèbre de Jean-Paul Sartre. Ils ont besoin de "boucs émissaires", partageant les individus en "victimes" ou en "bourreaux" (qui n'existent pas les uns sans les autres).

            En outre, animées de bonnes intentions (l'enfer en est abondamment pavées), certaines personnes aiment souffrir "par procuration"(une expression sartrienne) en prêtant aux autres leurs propres sentiments, ignorant que chacun possède son vécu individuel. Elles se prennent  alors à imaginer des gens malheureux, persécutés, terrorisés, en déplaçant à l'extérieur leurs problèmes internes.

            Ainsi, suivant les cas, l'interprétation se traduit sous forme de projection, de déplacement, ou d'externalisation (selon les mécanismes de défense du Moi décrits par Sigmund Freud).

            Il en est de même dans le domaine international surtout à l'égard des habitants des pays étrangers. Croyant à la possibilité de rendre libres et heureux les peuples "sous-développés", quelques dirigeants politiques des pays "civilisés" cherchent à imposer à ces derniers, sans aucune adaptation, leurs valeurs et leur système de démocratie occidentaux.

            En outre, les interprétations sont encore renforcées par des clichés, des préjugés divers, des peurs attisées par la haine, et des arrière-pensées sous toutes les formes (dans ces derniers cas ce sont plutôt des manipulations). Ils imaginent, comme explication ou comme prétexte, l'expression le "choc des civilisations" qui ne désigne en réalité que les "heurts des mentalités  dissemblables"!  (Plus l'eau est trouble, plus la pêche s'annonce meilleure !).

            Peut-on "penser" ou "sentir" sans passer par les interprétations ?
Il est difficile de "vivre sans interpréter", car chez un ego agissant s'accompagnent toujours des interprétations qui le différencient et le personnalisent (interprétations dans le sens positif ou négatif,  suivant la voie créative ou destructive). Il n'y a pas d'acte sans intention sous-jacente.

            A côté de l'ego individuel, existe aussi un ego national (qu'on nomme chauvinisme ou patriotisme), et encore un ego international (qui se prétend être le "gendarme du monde") attribué au pays qui s'estime le plus fort, le plus civilisé, le plus puissant de la planète.
            La réalité dépasse souvent l'interprétation, car le plus puissant peut se révéler le plus vulnérable et le plus riche se retrouve le plus endetté …

            Pour l'ego individuel, nous pourrions émettre cette hypothèse : "Plus l'ego est petit, le nombre des interprétations est moindre, et plus l'ego est grand le nombre des interprétations varie proportionnellement selon sa taille".

            Faut-il comprendre par là que : "Quand il y a moins d'interprétation, il y a plus de solidarité, plus de tolérance, plus d'amour, et partant plus d'éthique dans notre passage sur cette terre, que ce soit dans les domaines : familial, social, professionnel, national et mondial ?"

            Par conséquent, il y aurait moins de problèmes d'éducation, de couple, de divorces, des besoins de domination, d'abus des supérieurs ou des autorités, des erreurs de jugement (juridique) ou de diagnostic (médical),  des comportements machistes ou des harcèlements (psychologiques ou sexuels), des conflits d'intérêts avec des intentions plus ou moins cupides, conduisant immanquablement à des scandales sordides et des guerres absurdes (le pire arrive quand les interprétations s'associent aux fantasmes !).  

            La vie est perçue comme une illusion ou considérée comme absurde parce qu'elle est vécue inconsciemment sous l'influence des interprétations multiples, principales génératrices de peur et d'angoisse existentielle …

        Cf. : /logique-de-l-interpr-c3-a9tation (Logique de l'interprétation et suites), Les relations interpersonnelles, Le sens cliniquePenser librement. /1.-les-nations-et-l-ethique (Les Nations et l'Ethique).

            Je connais depuis un demi-siècle le nom de Jean-Bertrand Pontalis. Je lis toujours avec plaisir les écrits et les ouvrages de ce psychanalyste, écrivain et philosophe qui émerge du rang comme une légende parmi les siens.

            Ancien élève de Jean Paul Sartre et analysé par Jacques Lacan, celui qui après s'être converti aux principes Zen, déclara à la grande surprise et  à l'indignation de ses confrères : "Notre méthode est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué ... Du point de vue éthique, c’est intenable notre profession ! C’est bien pour ça que j’en suis malade, parce que j’ai un Surmoi comme tout le monde ... Il s’agit de voir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu’il a raté son coup. C’est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s’en foutra de la psychanalyse. Il est clair que l’homme passe son temps à rêver, qu’il ne se réveille jamais". 
 (Intervention à l'université de Bruxelles le 26 février 1977, in revue Quarto, n°2, 1981.)

            Je crois que J.-B.- Pontalis a bien retenu la leçon de son maître. Par son humilité et son ouverture d'esprit, il cherche toujours, malgré son grand âge, à comprendre, à apprendre, car il sait comme Lacan que la psychanalyse est avant tout une "herméneutique" c'est-à-dire un art d'interpréter. Et les interprétations de chacun varient selon les caractéristiques de sa personnalité et d'après son vécu propre. C'était ce que répétait souvent le regretté Sacha Nacht : « Le psychanalyste guérit moins par ce qu’il dit que par ce qu’il est ».

            J'étais au courant de son dernier livre "Un jour, le crime" grâce à l'entrevue à Paris de son auteur avec deux journalistes Jean Christophe Aeschlimann et Véronique Châtel (Hebdomadaire "COOPERATION", N° 18 du 3 mai 2011).
            Selon J.-B.- Pontalis, le passage à l'acte désigne l'acte irrépressible souvent meurtrier mais qui peut prendre la forme d'une décision subite de fuguer, de disparaître, de rompre avec son travail, sa femme, ses enfants, de mourir. Soudain, les barrages cèdent sous les pulsions…
            Le déclenchement reste pour l'auteur un mystère, cette violence pulsionnelle qui surgit, éclate, telle une irruption volcanique comme si le dedans exigeait d'être au dehors.
            La culture, la civilisation sont des remparts inefficaces contre la pulsion meurtrière, qui existe autant chez les hommes que les femmes.
            L'auteur pense que personne n'est à l'abri du passage à l'acte. Cependant, bon nombre d'entre nous savent dévier la violence et faire dériver le passage à l'acte.
            Ce n'est pas un fantasme, car Pontalis croit qu'à l'instant du meurtre, la plupart des criminels sont "hallucinés". La violence meurtrière existe déjà chez eux, et en chacun de nous, à l'état latent. 
            Il émit à la fin de l'entretien une hypothèse qui ne semble pas très convaincante : "La langue s'appauvrit, se dégrade, on n'a plus de mot pour le dire, alors on passe à l'acte". 

             A mon avis, la possibilité de dévier la violence ne vient pas spécialement du langage qui n'est qu'un moyen d'expression, de persuation ou de défense.
             Le fait de dire après l'acte : "Je ne sais pas ce qui m'a pris" ou "J'ai été pris d'un coup de folie" veut dire "Je me laisse aller, j'ai perdu le contrôle de moi-même ".
             C'est la capacité de contrôler la situation qui est en jeu.

            Mais d'où vient ce contrôle intérieur, voilà le mystère !
            Le contrôle extérieur, les lois, les institutions, les traditions, les principes religieux n'ont aucune prise sur le criminel au moment où il commet son acte.

            Et qui exerce ce contrôle ? On justifie ceux qui ont commis des forfaits en les attribuant au "diable" (ou "démon") qui les prend dans ses griffes. Aujourd'hui dans certains pays civilisés, les exorcistes essaient encore de guérir ces "possédés".

            L'idée que "le diable (ou "le démon") existe dans chaque individu" n'est pas encore facilement admise chez la plupart des gens. Or cette entité réside dans chaque être humain depuis la nuit des temps. Les diverses religions sont censées vaincre ce péché originel (pour le catholicisme en général) depuis des dizaines de siècles (l'impératif "Tu ne tueras point").
            Or en créant un Dieu qui reste au dehors, le recours s'avère moins efficace quand l'individu perd sa foi ou la met en doute sans trouver une solution de rechange. (Cette quête dénote toutefois un progrès humain chez ceux qui cherchent à sortir de l'obscurantisme des siècles passés.)

            Cependant, d'un côté, le monde naissant se croyant déjà achevé agit dans le sens inverse. Les gens sont dupés par l'illusion d'une liberté du langage et des actes qu'ils jugent nécessaire, mais qui n'est en réalité qu'un relâchement des mœurs et coutumes, des traditions, qui peuvent servir comme barrages aux pulsions encore mal contrôlées.

            De l'autre, jeunes et adultes sont envahis, nourris par des lectures malsaines plus ou moins exhibitionnistes, par d'innombrables scènes de cinéma chargées de violence gratuite ou de sexe cru, par des jeux vidéos de massacres, le tout pouvant susciter des imitations ou des vocations chez des êtres fragiles.

            Dans ce contexte, la résistance aux mauvais exemples et aux tentations diverses du "diable" nécessite un contrôle intérieur, quand le contrôle extérieur s'avère inopérant.

            La lutte radicale contre "le démon" ne peut venir que de l'intérieur. Or la plupart des gens ignorent cette puissance interne qui est le "divin" existant dans chaque être humain.
Ils n'arrivent pas à admettre qu'il y a "deux âmes" en eux.

            Presque 20 siècles après Platon, Pascal, en parlant de la dualité de l’être, disait : "Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes …"  (Pensées de Pascal, 417).

            Pontalis, dans son ouvrage "entre le rêve et la douleur" (Gallimard, Paris 1972) avait cité Jean Jacques Rousseau et son secret dans ses Confessions : " … Il m'aurait fallu deux âmes dans le même corps ; sans cela je sentais toujours du vide" (Liv. IX, p.414). En même temps, l'auteur se référait à Diderot qui avait eu la même formule : "Il y a vingt ans que je me crois un en deux personnes" (Lettre à Grimm du 15 mai 1772).

            Le psychanalyste voir cette dualité comme un fantasme, ce vœu impossible dont seul l'accomplissement réduirait le vide intérieur, assurerait la complétude … (op.cit. page 153).

            Or, ceux qui sont conscients de cet état duel arrivent à contrôler son démon dans grande difficulté, tandis que ceux qui l'ignorent se laissent plus facilement dominer par leurs pulsions démoniaques.

            Tandis que les premiers vivent dans une certaine sérénité, les seconds vivotent avec un vide intérieur qu'ils cherchent à remplir coûte que coûte : pouvoir, argent, sexe, jeux, alcool, drogues diverses, addictions multiples, dans une angoisse existentielle sans fin.

            En acceptant de plein gré la coexistence de ces deux entités de la psyché, la question du "passage à l'acte" cesserait d'être un mystère …

            Cf. :  /logique-de-l-interpr-c3-a9tation (Logique de l'interprétation),  /1.-a-propos-de-la-logique-de-l-interpr-c3-a9tation (A propos de la logique de l'interprétation et suite).

           Il y a quelques années, certains parents et enseignants voulaient sensibiliser les jeunes enfants à la philosophie suivant l'impulsion du pédagogue Matthew Lipman qui avait cette idée il y a plus de trente ans aux USA. Ce mouvement s'amplifie en Europe avec des ateliers de philosophie dans les classes d'écoles primaires. En Suisse, l'expérience commença à Neuchâtel.

            Au début, je n'avais pas fait attention à cette nouveauté de l'enseignement, d'une part pour ne pas trop me distraire. D'autre part, étant un ancien élève de Jean Piaget, je pense qu'il vaut mieux laisser les enfants suivre leur évolution et ne pas trop intervenir dans le processus, de peur d'entraver leur créativité naissante.
            Sous prétexte d'apprendre à l'enfant à "penser la vie" on lui donne d'avance des idées préconçues, sans le "laisser vivre lui-même" par l'expérimentation des faits vécus.
            D'ailleurs lui "apprendre à penser" ne suffit pas, il faut en même temps lui "apprendre à sentir". C'est une double tâche presque impossible à réaliser que les parents de cette époque, se sentant dépassés par les événements, préfèrent reléguer aux enseignants en mettant sur leur dos les échecs de leur progéniture.
            Dans la vie commune dont le bon sens était appelé jadis par Descartes la "lumière naturelle", on dit souvent, en Occident comme en Orient, que "la vérité sort de la bouche de l'enfant". Donc chez l'enfant, réside déjà l'essence de la philosophie, mais en état inconscient.

            J'en ai eu la preuve par hasard, en voulant sauver les données d'un PC portable de ma fille pour changer moi-même son système d'exploitation de Vista en Windows 7.
            Je suis tombé sur un fichier : "Les premiers mots de mes enfants". Curieux de nature, je l'ouvris pour voir ce que disent mes petits-enfants en notant seulement ceux qui ont trait à la philosophie :

            D'abord ceux de Thalia née le 21 juillet 2000 :
-  Au début de mai 2005, elle dit à sa maman : "Moi, je t'aime plus que l'amour !".
-  Vers 5 ans et demi, en parlant de l'existence du monde, elle énonce doctement sa théorie : "Si le monde existe, c'est pour que les humains puissent exister, évidemment …"
-  Vers 6 ans et demi : "Je me réjouis de mourir pour voir ce qu'il y a après la vie"

            Ensuite, ceux de Aube née le 29 novembre 2003 :
-  A 4 ans et demi (2 avril 2008) : "Maman, tu as perdu la vérité", sous-entendu : tu as oublié ce que je t'avais dit.
-  Vers 5 ans quand les choses ne se passent pas comme elle veut, elle décrète : "Il faut recommencer la vie !"
- Vers 5 ans (28 décembre 2008). A la question de sa sœur Thalia : "Je me demande ce qu'il y a après la mort", Aube rétorque : "Le squelette !".
-  Vers 6 ans (décembre 2009) : "Elle me manque ma vie de bébé". Puis : "Il y a une chose que je n'aimerais pas du tout, c'est mourir. Vous non plus. Mais un peu moins quand même. Je tiens d'abord à ma vie …"
-  Cependant, quelques semaines après, un jour où sa maman la mit en garde contre le danger de traverser la chaussée sans regarder : " - Mais comme ça, je connaîtrai plus vite ma prochaine vie …"
-  Vers 6 ans et demi, pour une raison quelconque, elle dit très fâchée : "C'est nul la vie, il y a les gens malpolis, les voleurs et la mort".

             En les relisant, j'étais étonné et perplexe. D'où venaient ces idées sur l'amour, la vie, la mort, le monde environnant …  
             Ces jeunes enfants n'ont pas encore fait leurs expériences dans la vie et pourtant ils parlent comme ceux qui ont déjà vécu !

Cf. : /1.-l-art-d-c3-aare-grand-p-c3-a8re (L'art d'être grand-père 1 et 2)

            Guy Corneau, psychanalyste québécois vint en Suisse romande en ce début de mars pour faire la promotion de son livre «Revivre !», dans lequel il raconte sa lutte contre le cancer (Editions de l’Homme, 2011).

           Atteint de ce mal à un stade avancé, il s'entendit dire par son médecin, une année après le terrible diagnostic : "Je ne sais pas ce que vous avez fait, mais ça a marché !"

            Dans les entretiens que le "miraculé" accordait aux journalistes, cette réponse attirait l'attention : "Le salut ne vient pas de l'extérieur, quelque chose en soi doit se mettre en mouvement … La maladie m'a aussi appris quelque chose que je ne savais pas : on peut maîtriser, on peut choisir nos états intérieurs … ".

            Autrement dit, il y a en chacun de nous une énergie, une force, ce pouvoir de la pensée qui peut influencer le système d'autorégulation de l'organisme.

            Donc, en premier lieu, il faut admettre l'existence de ce pouvoir, en second lieu, il faut croire à la capacité d'auto-guérison de l'organisme, en la favorisant par des approches et des techniques appropriées. Le seul patron, c'est soi-même …


            Dans les établissements de santé physique, ou psychiatrique, les patients optimistes sortent souvent plus vite que ceux qui ruminent des pensées négatives ou dépressives. Ces derniers font baisser leur système d'immunité parce qu'ils utilisent sans s'en rendre compte, la méthode Coué … à l'envers !

               A voir : Le pouvoir de la pensée, /l-autosuggestion-active   (L'autosuggestion active).

            En jetant un coup d'œil sur le supplément "FEMINA" du "Le Matin - Dimanche" paraissant le 20 février 2011, je tombai sur l'article "Elles tracent la voie" de la page 16 à 18 :

            Personnages : Entre 37 et 54 ans, 9 femmes de diverses nationalités : italienne, américaine, belge, suisses.
            Etat civil : 5 mariées dont 1 avec un enfant, 1 avec 2 enfants, 3 avec 3 enfants.
            Professions : analyste financière, économiste, stylistes, cheffes d'entreprise s'occupant de l'économie, du bien être, du domaine social, de l'environnement.
Toutes ont exprimé leur définition de l'éthique (Texte de Jennifer SEGUI) :

            1.- Ethique et … pratique : "C'est une conviction personnelle qui s'est transformée en chemin de vie. Au quotidien, cela signifie pour nous de ne pas créer de choses nocives au monde dans lequel on vit". (37 ans et 35 ans).
            2.- Ethique et … équité : "Pour moi, l'éthique c'est avoir une conduite juste. Au quotidien, c'est être face à moi-même pour construire et conduire ma vie selon mes valeurs …" (54 ans).
            3.- Ethique et … esthétique : "C'est ce que je fais en accord avec moi-même en réfléchissant à la manière dont cela influe sur les autres" (40 ans).
            4.- Ethique et … droits humains : "C'est trouver la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Et appliquer cela à tous les domaines, du business à l'éducation …" (45 ans).
            5.- Ethique et … finance durable : "Pour moi, ce mot rassemble des valeurs beaucoup plus personnelles autour de l'idée de long terme, de durabilité, de pérennité, de prise de conscience de notre impact sur le monde …" (42 ans).
            6.- Ethique et … développement durable : "C'est un des mots les plus intéressants. Il nous met face à la compréhension du monde. Pour moi, c'est être le plus juste envers soi et le monde" (37 ans).
            7.- Ethique et … économie responsable : "Pragmatiquement, c'est mettre l'économie au service de l'être humain. Plus largement, c'est l'idée que chaque être prend des décisions en âme et conscience, selon le respect qu'il a de lui-même et des autres … " (47 ans).
            8.- Ethique et … responsabilité sociale : "J'en vois deux, la définition institutionnelle, qui signifie vivre en cohérence aves ses valeurs. Et celle liée à la responsabilité de chacun …" (42).

            L'analyse de ces définitions met en relief ces points clés : conviction ou valeurs personnelles, vie en cohérence avec ses valeurs, conduite, construction, chemin de vie, accord avec soi, prise de conscience, soi-même et les autres, impact sur le monde, compréhension du monde, respect de lui-même et des autres, juste envers soi et le monde, responsabilité individuelle.

            Dans ce monde d'individualisme où règne pouvoir, intérêts et sexe, ces 9 femmes semblent venir d'une autre planète. Pourtant elles sont simplement bien intégrées dans la vie et dans le monde ambiant. Acceptant et aimant leur destin, elles vivent en accord avec leurs valeurs, leurs convictions, prennent conscience de leurs entourages, avec leur sens de la justice (envers soi et à l'égard du monde).

            La synthèse de leurs définitions de l'éthique semble donc se résumer en ces trois mots commençant par R : Respect - Responsabilité - Réciprocité.
            Il y aurait moins de divorce dans la société, si chaque couple arrivait à suivre ces trois R et qui les prenait comme devise (Cf.- Problème de couple ).


            Ce petit entrefilet ci-dessous - trouvé dans "24 HEURES" du 21 févier 2011 - me ravit à cause du titre et m'étonne par le pourcentage affiché. 

          
Le pourcentage de 87% est énorme, car l'estimation moyenne est de 50% (Cf.-
 L'auto suggestion active  Effet placebo). 
 Notre organisme possède en lui-même une capacité d'auto-guérison et avons tous en nous un pouvoir qui peut influencer cette auto-guérison.  (Cf.
Le pouvoir de la pensée)    Emile Coué, un pharmacien français avait l'intuition de ce phénomène et sa méthode, qui porte son nom, s'était propagée en Grande Bretagne et surtout aux Etats-Unis.

            D'un côté, l'autosuggestion agit automatiquement, inconsciemment. De l'autre, selon la direction de notre "penser", l'effet peut être obtenu dans le bon sens (diminution ou disparition des symptômes) comme dans celui non désiré (apparition, augmentation, aggravation des symptômes). Cet effet contraire nommé l'effet nocebo survient quand la suggestion est issue des pensées négatives conscientes ou inconscientes (tendances psychosomatiques).

            La méthode Coué est alors appliquée à rebours sans que l'utilisateur puisse s'en  rendre compte.

             A voir : /a-propos-de-l-hypnose (A propos de l'hypnose),  /l-autosuggestion (L'autosggestion),  Le pouvoir de la pensée.

            Deux journalistes Thierry Meyer et Justin Favrod le révélèrent dans un article en première page de "24 Heures" du 13 octobre 2010.

            Un projet qui occupe le campus lausannois depuis quatre ans, le "Blue Brain", vise à créer au moyen d'un supercalculateur, un cerveau artificiel biologiquement précis. L'objectif est de modifier le cortex humain.

            Au sujet de l'intelligence artificielle, Albert Einstein a déjà mis en garde : "L'ordinateur peut tout faire, il ne peut pas poser une question".  Poser une question est un acte créateur. L'ordinateur qui joue aux échecs peut se mesurer avec les champions du monde, mais il ne peut pas se passer d'un programmateur humain.

            Actuellement, l'équipe des chercheurs à l'EPFL est parvenue à modéliser 10'000 neurones virtuels connectés entre eux, soit le millionième d'un cerveau humain. Faisons le calcul. Supposons qu'elle a déjà réalisé ce travail pendant un an (au lieu de quatre ans effectifs), il faut donc attendre encore un million d'années pour pouvoir commencer l'expérience avec un cerveau virtuel entier ! Et même si les chercheurs arrivaient à terminer maintenant cette modélisation, comment pourraient-ils programmer cette énergie quantique pour faire   fonctionner leur cerveau artificiel, leur big "Blue Brain" !  

           Mais quand on rêve, tout est possible ! On peut se consoler en disant que le plaisir de l'aventure est sur le chemin et non à l'arrivée !  Bon courage !

Cf.-  : Le pouvoir de la pensée


            Un article d'Emmanuel Barraud dans le journal "24 Heures" du 07 octobre 2010 annonça que "six universités et hôpitaux suisses procédèrent au mariage de la psychiatrie et des neurosciences pour mieux comprendre les causes biologiques de certains troubles". Une recherche réalisée à l'EPFL (Ecole polytechnique fédérale Lausanne) a pu prouver en imagerie par résonnance magnétique (IRM) que "la parole d'un thérapeute exerce un effet concret et tangible - biologique - sur les cellules du cerveau".  

            Les chercheurs espèrent trouver l'origine des troubles psychiques (stresse, angoisse, dépression, autisme et même schizophrénie …), en projetant de former une catégorie de "psychiatres-neurologues".

            Les scientifiques de l'Occident ne se décident pas à admettre un fait avant qu'ils peuvent toucher une preuve concrète, visible.

            Les prophètes, les mages, et les sages de tous les temps ont toujours su que la pensée (parole, prière, incantation, intention) possède un pouvoir, une force non seulement créatrice mais aussi destructrice.

             En Chine c'est "le Chi'", aux Indes c'est "Prana" (force vitale). Un médecin indien, le Dr Deepak Chopra qui s'inspire de la sagesse des Védas et des découvertes du monde quantique la nomme "le flux d'intelligence". Le philosophe français Henri Bergson y découvrit "l'élan vital ". Romain Rolland appelle dans une formule restée célèbre, le "sentiment océanique".  Teilhard de Chardin l'assimile aux "influences divines" selon sa devise " de feu est leur énergie et céleste leur origine", ce "Milieu divin" correspondant au monde quantique dans lequel nous nous baignons pendant toute notre existence sans en prendre conscience.

Cf.-  : Le pouvoir de la pensée


            Dans son éditorial d'invitée du journal "24 Heures" (Samedi-Dimanche 02-03 octobre 2010), la journaliste Isabelle Guisan a constaté "que la biomédecine du CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois) se soucie du bien-être physique, psychique, social et spirituel des malades … Cependant, les esprits - les médecins - sont divisés sur la raison d'être du diagnostic spirituel qui a fait son apparition dans la pratique…".

            Pour s'intéresser aux "soins spirituels", faut-il aux médecins, outre leurs spécialités médicales, avoir en plus des notions de philosophie, de psychologie, de sociologie, d'ethnologie et … de sophrologie (pour l'hypnose) !

            Les praticiens ont parfaitement raison de se montrer réticents face à cette nouvelle approche !

            D'autre part, si l'on veut étudier les rapports entre la médecine et la spiritualité, ne devrait-on pas commencer par les médecins au lieu des patients ? Car les malades ont avant tout des problèmes d'ordre physique et non déontologique.

            Dans le cas où l'on admet, comme la médecine chinoise, que les maladies sont d'ordre psychosomatique, il est préférable de chercher à comprendre d'abord la nature des conflits psychologiques des malades dans leur environnement (C'est ce que faisaient aussi nombre de généralistes - médecins de famille d'autrefois, qui avaient beaucoup de bon sens commun et du temps disponible). Le diagnostic pour eux n'est pas issu d'un jugement informatisé, automatique, mais venant du contact humain.

            L'étude que les chercheurs (une gériatre et un pasteur) mènent sur le terrain, même avec prudence, ne fait que gêner les médecins traitants.

            En outre, le malade se sentirait désemparé devant les protocoles à remplir avec des questions comme : "Avez-vous une vie spirituelle ?" ou "Etes-vous en paix ?" … auxquels il faut répondre en cochant l'un des trois choix : un peu - beaucoup - pas du tout.

            D'ailleurs, est-on sûr que l'origine d'une maladie physique a un rapport direct avec le domaine spirituel, qui est le domaine de l'esprit, de l'intelligence sous toutes ses formes ?

            Entre le physique et le spirituel, il y a le domaine des affects (psychique). Ce sont notamment les conflits émotionnels qui sont souvent à l'origine des maladies dites psychosomatiques.

            Ces questionnaires, inspirés par une vision chrétienne des choses, court-circuitent le domaine affectif qui est actuellement le plus important, non seulement au point de vue personnel, mais sur le plan social, national et mondial. Les nombreux problèmes et conflits actuels, touchant l'amour, l'éducation, le mariage, la politique, les économies, la guerre… proviennent avant tout du domaine des sentiments, du comportement humain, et non de la sphère spirituelle.

            On peut dire sans se tromper que ce sont les sentiments - les egos - qui conduisent la planète …

Cf.  : Le pouvoir de la pensée


           Christophe Passaer, un journaliste de l'Hebdo a pu s'entretenir avec Luc Ferry, arrivé en Suisse à l'occasion du 1er salon "Les livres sur le quai" à Morges (03-05 septembre 2010). Le philosophe français vint promouvoir son prochain ouvrage "La révolution de l'amour" sous-titré "Pour une spiritualité laïque",

            En lisant le compte-rendu de l'entretien (L'Hebdo N° 35 du 02 septembre 2010), je fus choqué par ce sous-titre, car à mon avis, une vraie spiritualité ne peut être ni religieuse, ni laïque. En outre, la suite de cette réponse m'a paru scandaleuse :

            " … Les valeurs morales ou éthiques, c'est quoi ? Le respect d'autrui plus la bonté. Mais on peut être le plus "moral" du monde, empli de bienveillance envers autrui, ça ne vous empêche ni de vieillir, ni de mourir, ni d'être malheureux …" (page 79).

            Ce langage terre-à-terre, désabusé, indique simplement une méconnaissance de la nature humaine !

            Effectivement, une personne dotée d'un sens moral et d'une bienveillance naturelle, pourrait aussi vieillir et mourir ou être malheureuse, mais sa vie ne serait aucunement comparable à celle qui s'affirme en un comportement contraire, dénué de morale et d'éthique. L'existence de cette dernière peut être comparable à un enfer ; rattrapée par le passé, vivant avec des regrets, des remords, des sentiments d'isolement, et de rejet, des souffrances pouvant entraîner des problèmes psychiques, psychosomatiques …

            A mon avis, la bonté, le sens moral, le respect d'autrui, dénotent déjà une expression d'amour. Il n'est pas nécessaire d'entreprendre une révolution à la recherche d'une autre "vie bonne ", selon l'expression de Luc Ferry !

            PS.- En fin de semaine, j'ai lu, dans "Le Matin du Dimanche" du 05 septembre 2010, une interview de Régis Debray, un écrivain français non-croyant, mais passionné par les questions religieuses. Pour lui, il y a des religions sans Dieu, mais le sacré est indéniable et ne se négocie pas. Enfin, il se définit, non pas comme athée, "Je ne peux pas décider que Dieu n'existe pas", mais plutôt comme un laïc religieux
            Contre la spiritualisé laïque de Luc Ferry, Régis Debray oppose sans la nommer la spiritualité religieuse. Or, comme le sacré, la spiritualité n'est ni laïque, ni religieux.

             Note.- Luc Ferry est né en 1951 et Régis Debray en 1940.

             Cf. : La psychologie du vieillissement  et  Psychopathologie de la sénescence.

        « Nos cerveaux attaqués par le net… vraiment ? » (LE MONDE du 02.07.10).

           Nick Bilton pour le "New York Times". Nicholas Carr (blog), dans son nouveau livre, The Shallows sous-titré "Ce que l'Internet fait à nos cerveaux"), affirme qu'Internet, les ordinateurs, transforment notre activité intellectuelle au détriment de notre capacité à lire des choses longues, activité critique pour le fonctionnement de nos sociétés. Carr estime que le web avec son abîme sans fin d'informations morcelées, nous rend stupide. … Éblouis par les trésors du Net, nous sommes aveugles aux dégâts qu'ils font peser sur notre vie intellectuelle et notre culture.

          Pourtant, tout le monde n'est pas aussi catégorique. Le psychologue Steven Pinker rappelle dans le New York Times que la défiance actuelle du Net n'a rien de nouveau. Les mêmes choses ont été dites après l'invention de l'imprimerie, des journaux, du livre de poche ou de la télévision. C'est la fonction même de nos cerveaux d'apprendre de nouvelles choses. “Les critiques des nouveaux médias utilisent parfois la science elle-même pour faire valoir leur cause, en invoquant des recherches qui montrent comment “l'expérience peut modifier le cerveau”. Mais les neuroscientifiques roulent des yeux à un tel discours. Oui, chaque fois que nous apprenons une information ou une compétence, la façon dont sont reliés nos neurones change. L'existence d'une plasticité neuronale ne signifie pas que notre cerveau est une masse d'argile broyée par l'expérience.”

          Le journaliste scientifique, Jonah Lehrer, auteur de Comment nous décidons, affirme également dans une réponse à Nicholas Carr, qu'il est encore trop tôt pour tirer une conclusion sur les effets négatifs du web. Les éléments de preuves qu'il utilise pourraient tout à fait être utilisés pour affirmer que nous ne devrions pas marcher dans une rue parce que la charge cognitive y est beaucoup trop grande, comme l'affirmait en 2008 un groupe de scientifique de l'université du Michigan, montrant les effets dramatiques d'une ballade en ville sur la mémoire, la maîtrise de soi et l'attention visuelle (voir “Comment la ville nuit-elle à notre cerveau”). “Sur la base de ces données, il serait facile de conclure que nous devrions éviter la métropole, que les rues de nos villes sont un endroit dangereux et qu'il vaudrait mieux rester à la maison et jouer sur Google. Ce serait un argument à courte vue, basée sur une lecture limitée d'un ensemble très limité de données”, répond Lehrer.

          Paradoxalement, ceux qu’on nomme les Cassandre des nouvelles technologies, qui invoquent la plasticité neuronale pour justifier leurs critiques, ne voient que le côté yin ou le potentiel réceptif et passif du cerveau face au Net, tout en ignorant le côté Yang, l’autre potentiel créatif et dynamique.

          Car, c’est justement cette plasticité neuronale qui, comme une lame à double tranchant ou la langue d’Esope, pourrait amener les utilisateurs du Net et d'autres technologies modernes, selon leur décision et leur choix, à l’aliénation ou à la créativité.

          Cf. : Le pouvoir de la pensée et  Le yin, le yang et la notion de complémentarité. 

 

          Le cerveau "écoute" les émotions négatives (SCIENCE & VIE", mai 2010).

          Julie Péron, du CHU de Rennes, et ses collègues, ont découvert une zone du cerveau encore méconnue, l'un des noyaux gris centraux enfouis sous le cortex, qui interprète vraisemblablement les émotions négatives (peur, colère, tristesse …). Cette zone stimulée par les électrodes implantées, le noyau sous-thalamique, joue donc un rôle clé pour capturer les émotions négatives, non pas seulement visuelles, mais aussi auditives.

           Ce n’est que le début d’une recherche, car si on pouvait continuer les expérimentations, on pourrait découvrir que le cerveau écoute aussi les émotions positives (empathie, joie, amour …). Evidemment, cette écoute, cette capacité de sentir, peut influencer plus ou moins l’état d’âme, le comportement de chaque individu à l’égard de son entourage, et partant, son optique vis-à-vis du monde extérieur. 

          Cf. -  Le pouvoir de la pensée

       "Si la nomination d'un mot n'était pas exacte, la parole prononcée ne serait pas adéquate", dit Confucius. ("Danh bất chính, ngôn bất thuận" en viêtmamien).

        Le président Obama semble l'avoir bien compris en présentant sa nouvelle stratégie de sécurité nationale. Dans son discours du 22 mai 2010 à West Point, il ne parle plus, comme son prédécesseur de croisade contre l'axe du mal, contre les voyous et surtout contre les "terroristes". En faisant appel à ses alliés et non à Dieu, l'actuel président a désigné Al-Qaida comme le principal danger à combattre : "Le poids de ce siècle, a-t-il scandé, ne peut être supporté par nos seuls soldats. Nos adversaires voudraient voir l'Amérique saper sa propre puissance en se surengageant."

        Dépassée, la lutte tout azimut contre un "terrorisme" passe-partout, mal défini, visant ceux qui se sont opposés à sa politique d'hyperpuissance. Pourtant, les grands pays en Europe et en Asie, surtout la Russie, la Chine, l'Inde, et même l'Iran, semblent trouver un avantage dans l'utilisation de ce concept bushien de terrorisme qui leur a permis de réduire la liberté de leurs citoyens et de mater "à tout va" leurs opposants.

        A l'époque coloniale du début du XIX è siècle, les Français ont utilisé le terme "rebelle" pour désigner les révolutionnaires vietnamiens, et ont apporté la guillotine pour couper simplement la tête de certains meneurs. Au cours de la guerre avec le Viêt Nam, les Etasuniens n'ont pas adopté ce terme français et ont traité tous ses ennemis armés ou non de "Viêt-Cong" en les massacrant ou les arrosant de napalm et de bombes.

        Le Président Obama aurait probablement réalisé que les vrais terroristes sont les grands pays qui menacent les petits pays avec leurs arsenaux nucléaires. Il est en train de négocier leur réduction, à commencer avec la Russie depuis un an.

        Enfin, le nombre de terroristes diminuerait forcément si leurs pays n'étaient plus occupés, dévastés par la guerre, et dont la déstabilisation entraîne une ruine politique et économique avec conséquences une corruption sans bornes et une horde d'émigrants sans fin . . .

            Cf. : Photo du Président Obama à West Point  dans la page /2.-les-attitudes-et-l-ethique (Les attitudes et l'Ethique) et /1.-les-nations-et-l-ethique (Les Nations et l'Ethique)

          On a déjà voulu brûler Piaget pour la même raison. L'incompréhension d'un auteur et de ses œuvres entraîne une mauvaise application de sa méthode dont la conséquence engendre des résultats négatifs non escomptés. On s'en prend alors à son auteur et on veut tout jeter, le bébé avec l'eau du bain.

          Récemment, le monde psychanalytique s'indigne au sujet du livre "Le crépuscule d'une idole" du philosophe Michel Onfray, en l'attaquant avant même sa parution en librairie (Grasset, Paris 2010, 599 pages).

          La liberté d'expression est le droit d'exprimer ses idées bonnes ou mauvaises et c'est dans les discussions animées que jaillit la lumière. Ces trois figures : Freud, Piaget et Marx n'ont pas besoin d'être défendus. 
          Le scandale de Freud est de vouloir mettre à nu l'homme de son temps, en dévoilant le mystère de la psyché en analysant les mécanismes de défense du moi, en l'invitant en à se remettre en question. Cependant, contrairement à Marx qui ne proposa aucun système, Freud fit de sa méthode une science intouchable, pour la plupart de ses disciples.

          Le tort de Michel Onfray est avant tout de vouloir faire du bruit. Une lecture des œuvres complètes de Freud (environ 20 volumes de 6'000 pages) ne permet toutefois qu'une critique d'ordre intellectuelle et le ton polémique imprégné d'une hargne passionnelle déforme toute objectivité.

          En lançant des flèches sur le personnage du fondateur, le critique vise à côté, en négligeant la clé de la psychanalyse qui est l'art d'interpréter. Or on sait bien que l'interprétation ne peut pas être apprise comme une science académique et que chaque personne interprète l'autre en le jugeant selon ses propres caractéristiques.

          Dans sa pratique, la méthode doit s'adapter au temps, aux circonstances et aux particularités de chaque analysé. Les fidèles qui n'y arrivent pas se contentent de l'appliquer à la lettre et de blablater, comme ironisait le célèbre Jacques Lacan.

          La psychanalyse peut aider les uns dans l'évolution de leur personnalité, comme il peut causer des dégâts chez les autres en les maintenant dans un état d'ado statique, sans but précis, ni responsabilité admise. Ces patients se justifient en rejetant leurs difficultés intérieures et existentielles sur leur entourage, notamment sur leurs proches, fautifs ou innocents, sans exception.

          Cependant,  la cure aide la plupart des analysés à survive (à surnager !) en calmant leur angoisse, tout en l'isolant sur le plan familial et dans le domaine social.

          Pour le cinéaste humoriste Woody Allen, le seul moyen d'être heureux dans ce monde insupportable, c'est de se mentir, de se leurrer soi-même, comme l'avaient dit Nietzsche et Freud. Il faut rester dans l'illusion pour pouvoir vivre (ou survivre ?).

          Sans le vouloir, Sigmund Freud a remplacé l'opium du peuple par un anesthésiant, un analgésique plus aliénant par ses effets secondaires.

          Cf. : /piaget-le-mal-compris (Piaget, le mal compris), /logique-de-l-interpr-c3-a9tation (Logique de l'interprétation et suites),