Krishnamurti, l'anti-gourou

                          UNE VIE SINGULIERE 

            Krishnamurti est né le 11 mai 1895 dans le sud de l'Inde. Un des nombreux enfants d'une famille de brahmanes pauvres, il fut recueilli à l'âge de neuf ans, avec son frère Nitya, par Annie Besant, disciple de Mme Blavatsky, fondatrice du mouvement théosophique, qui déclarait avoir eu des instructions occultes à son sujet. Elle voyait en lui le "véhicule" en préparation d'un nouvel "Instructeur du Monde". Elle entendait désigner par là un de ces êtres exceptionnels qui, rarement - une fois au cours de nombreux siècles -, éclairent d'un jour nouveau la conscience humaine. Peu de temps après la découverte de Krishnamurti, une vaste organisation mondiale, comptant des centaines de milliers d'adhérents répartis sur tous les continents, se constitua en 1910 pour recevoir l'Instructeur annoncé, et Krishnamurti, malgré son jeune âge, fut mis à sa tête. Krishnamurti et son frère furent élevés avec beaucoup de soin en Angleterre, en France, en Californie, en vue de ce que l'on pensait être leur mission (le frère de Krishnamurti était censé devoir le seconder), mais cette période d'intensité euphorique prit fin brusquement par la mort tragique de Nitya. 

            Entre-temps, un centre permanent avait été créé dans le nord de la Hollande, à Ommen, où le château de Eerde et quelque deux mille hectares de bois avaient été donnés à Krishnamurti. Un camp fut aménagé à partir de 1925. Il ne cessa de se développer jusqu'à la guerre. En été, près de trois mille personnes venaient y entendre Krishnamurti. Celui-ci, de retour en Californie, et certainement mûri par la mort de son frère, commença à dire tout autre chose que ne l'avaient imaginé ses tuteurs. Il rejetait toute autorité, tout enseignement spirituel, toute croyance. Ce n'était pas une révolte par réaction, mais il percevait que, si l'on veut pénétrer profondément le mystère de la vie - et de la mort -, le seul point de pénétration n'est autre que nous-même. Ce départ est encore aujourd'hui l'essence même de l'aventure intérieure que propose Krishnamurti.  En 1928, ce dernier se libéra totalement : d'un seul coup, ce fut la dissolution totale et irréversible de l'organisation créée autour de lui, le refus d'avoir jamais aucun disciple ( la vérité répétée est un mensonge, déclara-t-il ), la restitution de tous les biens qui lui avaient été donnés, le refus d'adhérer à une croyance quelconque, fût-elle celle de sa propre mission. « Aucune croyance organisée ne peut libérer l'homme en vue de trouver la vérité", affirmait-il. Aujourd'hui, il ajoute: « Aucune croyance d'aucune sorte, organisée ou non, ne peut nous orienter vers la vérité. » 

            Les réunions d'Ommen cessèrent avec la guerre. Depuis, Krishnamurti voyage un peu partout : là où on l'invite en lui offrant transport, gîte et couvert. Il va chaque année en Inde et en Californie. 

            Depuis 1961, sollicité par les pays d'Europe occidentale, et l'occasion s'étant trouvée pour lui de séjourner assez longuement dans l'Oberland bernois, il a décidé de ne parler en Europe qu'en été, dans le village de Saanen. Une tente est dressée en ces occasions, pouvant contenir un millier de personnes. La situation géographique de la Suisse a permis, en 1961, 1962 et 1963, à ce millier d'auditeurs venus de vingt-quatre pays de tous les continents, de participer à ces entretiens. 

            Cette note biographique a été revue par Krishnamurti lui-même

            Photo ci-dessus : Krishnamurti enfant tel qu'il apparut comme un futur « Instructeur du Monde » à Annie Besant. 

                      BIOGRAPHIE DETAILLEE         

            Jiddu Krishnamurti, né le 12 mai 1895 ( 11 mai selon le calendrier brahmane ) à Madanapalle, une petite ville situé à 200 km de Madras, est le huitième enfant d'une famille de brahmanes que ses parents, en hommage au dieu Krishna, prénommèrent Krishnamurti.

            Vers 1904, alors que Krishnamurti et son plus jeune frère Nityananda jouaient sur la plage, l'un des chefs de la Société Théosophique d’Adyar les remarqua et les présenta à Mme Annie Besant, présidente de la Société. Mme Besant, frappée par les qualités des deux enfants devint leur tutrice et dirigea leur éducation. C'est ainsi que vers 1910, ils furent envoyés à Londres où ils poursuivirent leurs études.

            A la même époque, les chefs de la Société Théosophique fondèrent « L'Ordre de l'Etoile d'Orient », dont le but était de grouper les spiritualistes du monde entier attendant la venue d'un grand instructeur. Krishnamurti, âgé alors de 15 ans, est déclaré chef de l'Ordre. L'organe de liaison est un journal, « Le journal de l'Etoile », qui va désormais transmettre des conseils aux milliers de membres, dispersés dans les différents pays du monde.

            En 1911, âgé de 16 ans, Krishnamurti écrit un petit livre, "Le Service dans l'Education". Il se trouve à Londres, les approches de la grande guerre créent une atmosphère de plus en plus tendue et Krishnamurti, conscient au plus haut point de la responsabilité individuelle de tout être écrit dans ce recueil : 
           "Un crime ne cesse pas d'être un crime parce qu'il est commis par beaucoup de gens". 

                       La révolte de Krishnamurti 

            Mais, alors que les chefs de la Société Théosophique voyaient en lui le futur Instructeur, capable de regrouper les différents courants spirituels du monde et leurs adhérents en un grand courant commun, Krishnamurti se révèle bientôt comme un « révolté ». Il précisera plus tard les raisons de cette révolte permanente dans le recueil « La vie libérée » :

            « Je me suis révolté contre tout, contre l'autorité des autres, contre l'enseignement des autres, contre la connaissance des autres, ne voulant rien accepter pour vrai jusqu'à ce que j'eusse trouvé moi-même la vérité. Je ne m'opposais jamais aux idées des autres, mais ne voulais pas accepter leur autorité et leur théorie de la vie ... Petit garçon, j'étais déjà dans un état de révolte. Rien ne me satisfaisait.  J'écoutais, j'observais, je cherchais quelque chose au-delà de la maya des mots.» Tel sera, en bref, l'état d'esprit constant de Krishnamurti tout au long de ses années de jeunesse : il ne « s'oppose» pas aux idées des autres, ni à l'éducation reçue, mais il « n'accepte» rien et, intérieurement, il remet tout en question, rien savoir des livres religieux ou philosophiques.

            En 1919, Krishnamurti vient à Paris où, inscrit à la Sorbonne, il assiste aux cours de français et de sanscrit. Qu'il soit à Londres ou à Paris, il se mêle aux autres, étudie, observe, n'accepte aucune idée toute faite, surtout celles touchant à la vie spirituelle,  « J'allais au théâtre, dit-il, je voyais comment les gens s'amusaient, essayant d'oublier qu'ils n'étaient pas heureux ... j'assistais à des réunions socialistes, communistes et j'écoutais parler les chefs. Ces réunions m'intéressaient mais ne me satisfaisaient point. » Mûri par cette observation minutieuse, Krishnamurti retourne alors aux Indes, son pays natal. De tout temps, ce pays a attiré l'homme en quête spirituelle. Dominant l'Inde de la misère, celui-ci ne voit de loin, que l'Inde des sages, le pays des Maîtres, qui possèdent les secrets de la vie et qui, après une lente et minutieuse initiation vous font atteindre les béatitudes célestes. Krishnamurti, pourtant Indien d'origine et recherchant lui aussi le bonheur ne se laisse pas séduire par les apparences :

            « Les Indes ont beau posséder les livres les plus sacrés du monde, les philosophies les plus grandes, de merveilleux temples anciens, rien de tout cela ne put me donner ce que je cherchais". »
            Krishnamurti va alors passer du pays des traditions au pays neuf : des Indes à l'Amérique. Il se rend alors en Californie avec son frère. Celui-ci est malade et recherchant la tranquillité propice à la guérison, les deux jeunes gens vont séjourner  dans une maison située dans une vallée reculée près Ojaï. Cette maison leur fut prêtée pour l’occasion par un américain membre de l’Ordre de l’Etoile. Finalement un groupe de sympathisants l’acquièrent pour lui avec la propriété environnante qui devint désormais le domaine officielle de Krishnamurti.

            Ce séjour, qui date de 1922 est très important dans l'évolution spirituelle de Krishnamurti. En effet, loin de la foule, loin des réunions, loin des conférences, Krishnamurti et Nityananda méditent beaucoup. 

            « Le sens et la réalité de la vie nous ont été révélés dans cette vallée », écrit-il dans le journal américain de l'Ordre d'oct. 1926. Un événement important se produisit également en ces lieux : jusqu'à cette époque, Krishnamurti s'était donné pour but la découverte de la Vérité, or, c'est à Ojaï en 1922, qu'il prend conscience qu'il ne doit pas connaître ce but mais être ce but. A la « recherche » de la vérité, va succéder le « devenir »  la Vérité. « Quand on recherche la Vérité, on en porte le reflet sur le visage. Quand on devient la Vérité, on ne la reflète plus, on la rayonne », écrira-t-il en 1930 dans l'introduction à l'admirable recueil « Le Sentier ». En 1924, le baron Van Palland donne à Krishnamurti le grand domaine de Eerde avec son château, situé à Ommen, dans le Nord-est de la Hollande. C'est ici que chaque année, en été, Krishnamurti parlera à plusieurs milliers de personnes et, dès 1926, il y demeurera trois mois par an.

    Mort de Nityananda et renaissance de Krishnamurti

            Le 13 décembre 1925, alors que Krishnamurti se rend à nouveau aux Indes, il apprend la mort de son frère, resté en Californie. Il est à la fois désemparé et encore plus révolté. Désemparé car leurs liens affectifs et spirituels étaient si forts que toute découverte était commune. D'autre part, insistant avec force sur l'erreur des organisations spirituelles, « marchandes de vérités», et sur le fait que la connaissance de la vie et la découverte de la Vérité ne pouvaient être que personnelles et directes, Krishnamurti se sentait de plus en plus étranger à cette Société Théosophique au sein de laquelle il vivait, qui ne voyait le monde qu'aux travers de croyances et de complications initiatiques. D'une nature timide et réservée, Krishnamurti n'avait pour réel compagnon que Nityananda, et celui-ci jouait souvent le rôle d'intermédiaire entre son frère et les théosophes. Parallèlement à sa douleur, Krishnamurti fut encore plus révolté spirituellement. Dès lors, parallèlement à sa souffrance intérieure, ce fut le rejet de toutes les influences que la Société Théosophique avait exercées sur lui.

                                            La dissolution de l'Ordre de l'Etoile  

            A la lumière de sa propre existence, Krishnamurti secoue alors la torpeur de ceux qui l'entourent, torpeur qui les fait adhérer à des croyances et suivre des guides. Il sait que l'erreur consiste à accepter au lieu de comprendre, il sait « qu'il est beaucoup plus facile de suivre aveuglément que de comprendre et de devenir ainsi vraiment libre.

            Ainsi, le 3 août 1929, au camp d’Ommen, il annonça la dissolution de « l'Ordre de l'Etoile »,  organisation créée autour de lui en 1913 à Bénarès.

            « - Je maintiens, dit Krishnamurti, que la Vérité est un pays sans voies, et que l’on ne peut y accéder par aucun chemin, par aucune religion, par aucune secte … Toute foi est matière individuelle. Elle ne peut, ni ne doit être organisée … »

            « - Il n’y a rien là de tellement extraordinaire puisque je ne veux pas de disciples et je tiens à le dire. Dès le moment où l’on suit quelqu’un, on cesse de suivre la Vérité … »

            « - Je ne me préoccupe que d’une seule chose essentielle : libérer l’homme. Je désire le libérer de toutes les cages, de toutes les peurs et non pas fonder des religions, de nouvelles sectes, ni établir de nouvelles théories et de nouvelles philosophies … »

            « - Toutes autorités de n’importe quelle sorte, spécialement dans le champ de la pensée et de la compréhension, est la plus destructive et la plus mauvaise des choses. Les meneurs détruisent les suiveurs et les suiveurs détruisent les meneurs. Vous devez être votre propre enseignant et votre propre disciple. Vous devez questionner tout ce que l’être humain a accepté comme valable, comme nécessaire … ».

            Enfin, Krishnamurti a renvoyé tous les dons en argent et propriétés offerts à l’Ordre de l’Etoile - y compris un château en Hollande et environ 2'000 hectares de terre - à leurs donateurs.

            Il passa ensuite le reste de sa vie essentiellement à tenir des dialogues, à donner des conférences publiques à travers le monde.

                                                               KRISHNAMURTI  PARLE

             C'est en 1930 que Krishnamurti commença à parler régulièrement.
Au début, les réunions eurent lieu en trois points : à Ojaï (Californie), à Ommen (Hollande) et à Bénarès. Pendant cette période, il parle du « moi » : il détaille le processus suivant lequel l'homme se fabrique un « moi », comment celui-ci arrive à prendre conscience et créer en nous un état de conflit pratiquement permanent.

            Il doit insister longuement sur la nécessité de se séparer de toutes les organisations, « marchandes de vérités », afin de commencer à assumer la responsabilité de son existence, condition de base pour que l'homme devienne libre. Constamment, il ramène l’auditeur à l'essentiel, qui n'est pas la croyance aveugle, mais la connaissance intime et profonde de ce qu'ils pensent, de ce qu’ils font, de ce qu'ils sont. Krishnamurti n'essaie jamais de leur arracher leurs croyances, car il sait qu'ils les remplaceraient par d'autres, mais il s'efforce, grâce à la prise de conscience, de les hisser spirituellement plus haut, là où, naturellement, les croyances aveugles fondent d'elles-mêmes, comme fond la neige lorsque le soleil chaud perce les nuages. Certains auditeurs ont l'esprit occupé et accaparé par de grandes théories initiatiques et, souvent, Krishnamurti leur rappelle d'une manière émouvante que ces divagations leur masquent la beauté du réel simple et quotidienne:

            « Vous aspirez tous au moment où vous serez dans la sixième race, mais en attendant, ne laissez pas passer la splendeur du jour...Vous regardez la vie par le mauvais côté du télescope...il ne vous suffit pas de voir un beau coucher de soleil, il vous faut, en plus, un ange assis sur le sommet ». 

            Période 1934-1938

            En 1934, après le camp des Indes, Krishnamurti parla à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Ces conférences furent éditées et constituèrent le premier volume complet. Il fut traduit en français.

            Au cours des années 1935-1936, il parle en Amérique du Sud, devant des foules considérables, si bien que les organisateurs durent louer des stades pour contenir tous les auditeurs.

            A la suite de ses conférences annuelles à Ommen de 1936, 1937 et 1938, un nouveau volume parut et fut traduit également en français. Comme pendant la période précédente, de 1934 à 1938, il mit à jour les conflits intérieurs de l'homme. Qu'il les ignore ou en souffre, celui-ci est intérieurement en perpétuel déséquilibre et, pensant échapper à la douleur, par besoin de sécurité, il se donne à des partis, politiques ou religieux, auxquels il s'identifie. Les différences naissent, les antagonismes en découlent et les guerres suivent.

            En 1938, Krishnamurti est en Amérique où, pendant la durée de la guerre, les autorités lui interdisent de parler en public. Krishnamurti s’en abstint au cours d’une période d’environ 4 ans entre 1940 et 1944.

            Période 1944-1961

            En 1944, Krishnamurti reprit ses conférences en Californie, à Ojaï, puis aux Indes, à Londres et Paris où, de mars à mai 1950, il parla à l'Institut Pasteur et dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Puis, chaque année, il va effectuer une ronde autour du monde.

            De nombreux ouvrages furent édités, concernant les conférences de cette période. L'un des premiers parus en traduction française fut « Krishnamurti parle », édité grâce à une souscription. A la suite des conférences données à Paris en 1953, paraîtra un ouvrage très important, « De la Connaissance de Soi ». Puis, à Londres, en 1954, paraîtra en langue anglaise « The first and last Freedom », qui sera traduit en français : « La première et dernière Liberté » et qui constitue l'un des ouvrages les plus complets de l'enseignement de Krishnamurti. Cet ouvrage concrétise bien l'enseignement de Krishnamurti pendant la période 1944-1961. Il insiste tout particulièrement sur la vie en général, sur sa signification, sa simplicité et sa beauté. Il invite les auditeurs à pénétrer en eux. Au-delà des apparences, à ne pas demeurer hypnotisés par les mirages de la pensée, à crever ces structures psychiques qui ne sont que des sécurités, entretenant la division et les conflits en eux. Aucune fonction ne doit devenir hypertrophiée, anarchique, et l'état de communion, précise-t-il, est par excellence un état d'harmonie, unifiant l'intellect, le cœur, et l'intuition. Le vocabulaire de Krishnamurti possède alors une très grande souplesse ; c'est à cette époque qu'il fait subir aux mots un véritable « lavage », pour ensuite les « rénover», en extrayant un sens neuf et frais. Par tous les moyens, il essaie de maintenir l'esprit des auditeurs alerte, afin que la découverte intérieure soit possible.

            En 1930, il devait secouer, réveiller les auditoires, en 1954, il s'efforçait de les maintenir éveillés.

                            De 1961 à 1979.

            C'est en juillet 1961 qu'à la demande de nombreux auditeurs européens, débutèrent les conférences et discussions de Saanen, petit village suisse situé dans le canton de Berne. Depuis 1961, Krishnamurti parle pendant trois semaines dans cette localité. Il continue également ses conférences dans le monde, réservant chaque année trois mois pour les Indes, passant parfois par Paris puis Londres, Amsterdam, Rome, Porto-Rico ... Au cours de l'automne 1968, il parla dans plusieurs grandes Universités des Etats-Unis, dont Yale, Berkeley ... De nombreux volumes concernant les conférences de cette période furent traduits en français.

            En 1969, une propriété, Brockwood Park, fut achetée en Angleterre, « en accord avec le désir pressant de Krishnamurti d'avoir un centre pour le rayonnement de son œuvre à travers le monde ».

            D'une façon générale, cette dernière période est caractérisée par une finesse et une poésie extraordinaires. Krishnamurti ayant affiné ses moyens d'expression pendant quarante ans est parvenu à une réelle maîtrise du langage qu'il est littéralement en mesure de méditer à haute voix. Du côté public, l'adoration a été remplacée par le respect, qui seul permet la participation active aux vastes explorations du cœur humain auxquelles procède Krishnamurti. Il aborde n'importe quel sujet, n'importe quel thème, car ceux-ci ne sont que des prétextes au voyage intérieur. En 1930, il réveillait les mots, en 1940 il les lavait, en I950 il pouvait alors les explorer et à Saanen, il les fait éclater. C'est cet éclatement qui libère le silence intérieur, seul capable de dissoudre les conflits. Ainsi, à Saanen, après quarante-cinq années passées à enseigner, Krishnamurti unit les auditeurs dans ce langage universel, cette langue commune qu'est le silence intérieur.

                        Les dernières années

            Krishnamurti continua de parler à travers le monde, dans des conférences publiques, des discussions de groupe et avec des personnes intéressées. Vers la fin de 1980, il réaffirma les éléments de base de son message dans une déclaration écrite qui finit par être considérée comme l' « Essence de l'Enseignement ». En voici un extrait:

            « L'Essence de l'enseignement de Krishnamurti est contenu dans la déclaration qu'il fit en 1929 où il dit: La vérité est un pays sans chemin. L 'homme ne peut venir à elle par aucune organisation, par aucune foi, par aucun dogme, prêtre ou rituel, ni par aucune connaissance philosophique ou technique psychologique. Il doit la trouver à travers le miroir de la relation, par la compréhension du contenu de son propre esprit, par l'observation, et non par l'analyse intellectuelle ou la dissection introspective. L'homme a construit en lui-même des images pour améliorer son sentiment de sécurité - religieuse, politique, personnelle. Celles-ci se manifestent comme symboles, idées, croyances. Leur fardeau domine la pensée de l'homme, ses relations et sa vie quotidienne. Ce sont les causes de nos problèmes car ils séparent l'homme de l'homme dans toutes les relations. »

            En avril 1985 il parla lors d'une audience des Nations Unies à New York, où il lui fut attribué la médaille de la Paix des Nations Unies pour 1984.

            En novembre 1985 il visita l'Inde pour la dernière fois, en donnant un certain nombre de ce qui fut appelé des entretiens et discussions « d'adieu » entre cette date et janvier 1986. Ces derniers entretiens incluaient les questions fondamentales qu'il avait posées tout au long des années, aussi bien que des préoccupations plus nouvelles liées aux avancées récentes de la science, la technologie, et la manière dont elles ont affecté l’humanité.  Dans son dernier entretien, le 4 janvier 1986, à Madras, il invita encore l'assistance à examiner avec lui la nature de l'enquête, l'effet de la technologie, la nature de la vie et de la méditation, et la nature de la création : « ... Ainsi, nous enquêtons sur ce que fait un oiseau. Quelle création y a-t-il derrière tout ceci ? Est-ce que vous m'attendez pour la décrire, pour entrer en elle? Vous voulez que je pénètre en elle ? Pourquoi ? ( depuis l'assistance : Pourquoi comprendre ce qu'est la création ). Pourquoi demandez-vous cela? Parce que je l'ai demandé? Aucune description ne peut jamais décrire l'origine.  L'origine est inconnue; l'origine est absolument tranquille, elle ne vrombit pas en faisant du bruit.  La création est quelque chose qui est des plus saint, c'est la chose la plus sacrée dans la vie, et si vous avez fait un désordre de votre vie, changez la. Changez la aujourd'hui, pas demain. Si vous êtes incertain, découvrez pourquoi et soyez certain. Si votre pensée n'est pas droite, pensez directement, logiquement. À moins que tout cela soit préparé, que tout cela soit arrangé, vous ne pourrez pas entrer dans ce monde, dans le monde de la création. »

            Krishnamurti est mort le 17 février 1986 à l’âge de 91 ans. Ses restes furent incinérés et dispersé par des amis et d’anciens proches où il avait passé la majeure partie de sa vie : l’Inde, l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique.

            ( Documents tirés en partie sur < www.krishnamurti-france.org> )

            Lausanne,
            Décembre 2008

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