L'autosuggestion active

         C'est un état dans lequel le sujet s'efforce de combattre un symptôme, une déficience  physique, neurologique ou psychique. La suggestion est dirigée vers un but thérapeutique, appuyant sur le système d'autoguérison de l'organisme.

          Ma première expérience fut survenue en été 1946, à Nam-Dinh ( Nord Viêt-Nam ), quand étant Chef scout, j'eus à diriger deux troupes ( l'autre chef étant indisponible ) pour aller camper à Dô-Son près de Hai-Phong. La veille du départ, j'eus de la fièvre, une forte fièvre. Je me dis : "C'est impossible ! tu dois partir demain, sans fièvre ! . La fièvre doit partir ! La fièvre doit cesser !". Et je le répétai en insistant fermement et inlassablement jusqu'au moment où Morphée m'ouvrît ses bras.
          Le lendemain, je fus de nouveau sur pieds, frais et dispos !

          J'ai trouvé ce souvenir d'adolescent de Carl Gustave Jung, fondateur de la Psychologie analytique dans "MA VIE" Edit. Gallimard, Paris, 1973, pp. 50-51:

          Ma douzième année fut pour moi, en quelque sorte, l'année du destin ! Un jour, au début de l'été 1887, après la classe, vers midi, j'attendais sur la place de la cathédrale un camarade qui suivait ordinairement le même chemin que moi. Soudain, je reçus d'un autre garçon un coup qui me renversa. Je tombai, ma tête heurta le bord du trottoir et je fus obnubilé par la commotion. Pendant une demi-heure, je restai un peu étourdi. Au moment du choc, comme un éclair, une idée m'avait traversé l'esprit : "Maintenant tu ne seras plus obligé d'aller à l'école ! " - Je n'étais qu'à demi inconscient et je restai étendu quelques instants de plus qu'il n'eût été nécessaire, surtout par esprit de vengeance à l'égard de mon perfide attaquant. Puis des gens me ramassèrent et me portèrent dans la maison proche de deux vieilles tantes célibataires.

         A partir de ce moment, je tombais en syncope chaque fois qu'il était question de devoir retourner au collège, ou que mes parents cherchaient à m'inciter à faire mon travail scolaire. Pendant plus de six mois, je manquai la classe, ce fut pour moi une vraie aubaine. Je pouvais être libre, rêver durant des heures, être n'importe où au bord de l'eau ou dans la forêt, ou dessiner. Tantôt je peignais de sauvages scènes de guerre ou de vieux châteaux forts que l'on attaquait ou incendiait, tantôt je remplissais des pages entières de caricatures. Mais avant tout, je pouvais me plonger entièrement dans le monde du mystérieux : il y avait là des arbres, de l'eau, des marais, des pierres, des animaux et la bibliothèque de mon père. Tout cela était merveilleux. Cependant je m'éloignais de plus en plus du monde, tout en éprouvant un léger sentiment de mauvaise conscience. Rêvassant, je gaspillais mon temps à rôder, lire, collectionner, jouer. Pourtant je ne me sentais pas plus heureux ; j'avais, au contraire, comme l'obscure conscience de me fuir moi-même.

         J'avais complètement oublié comment j'en étais arrivé là, mais je déplorais les soucis de mes parents qui consultèrent divers médecins. Ceux-ci se grattèrent la tête et m'envoyèrent en vacances, chez des parents à Winterthour. Il y avait là une gare qui me ravissait à l'infini. Mais lorsque je revins à la maison, tout était comme auparavant. Un médecin parIa d'épilepsie. Je savais déjà alors ce qu'étaient des crises d'épilepsie et, en moi-même, je me moquais de cette sottise. Par contre, mes parents étaient plus soucieux que jamais.

         C'est alors qu'un jour, un ami vint rendre visite à mon père. Ils étaient assis tous les deux dans le jardin et moi, derrière eux, dans un épais buisson, car j'étais d'une curiosité insatiable. J'entendis l'ami dire : "Et comment va donc ton fils ? " A quoi mon père répondit : "C'est une pénible histoire ; les médecins ignorent ce qu'il a. Ils pensent à de l'épilepsie ; ce serait terrible qu'il soit incurable ! J'ai perdu mon peu de fortune, qu'adviendra-t-il de lui s'il est incapable de gagner sa vie !"

          Je fus comme frappé de la foudre ! C'était la confrontation violente avec la réalité. En un éclair, l'idée : "Ah ! alors, on doit travailler ! " me traversa l'esprit. A partir de cet instant, je devins un enfant sérieux. Je me retirai sur la pointe des pieds, arrivai dans le bureau de mon père, y pris ma grammaire latine et me mis à bûcher. Au bout de dix minutes, j'eus ma crise d'évanouissement, je faillis tomber de ma chaise, mais quelques instants plus tard je me sentis mieux et continuai à travailler. - "Par tous les diables, on ne doit pas tomber dans les pommes ! ", me dis-je, et je persévérai. Au bout d'un quart d'heure environ une deuxième crise survint. Elle passa comme la première. - "Et maintenant tu vas travailler d'autant plus ! "Je m'acharnai et au bout d'une demi-heure encore la troisième crise vint. Mais je ne cédai pas, je travaillai encore une heure jusqu'à ce que j'eusse le sentiment que les accès étaient surmontés. Je me sentis mieux soudain que durant tous les mois précédents. En effet, les crises ne se répétèrent plus et, à partir de ce moment, j'étudiai chaque jour ma grammaire et travaillai avec mes livres de classe. Quelques semaines plus tard, je revins au collège ; je n'y eus plus de crises. Tout le sortilège était conjuré ! C'est ainsi que j'ai appris ce que c'est qu'une névrose !

           Peu à peu les souvenirs de tout ce qui s'était passé apparurent et je compris nettement que c'était moi qui avais monté cette honteuse histoire. C'est pourquoi je n'ai jamais été véritablement fâché contre le camarade qui m'avait renversé.

           Remarque :
           D'après ce souvenir d'enfance, Jung lutta avec acharnement contre son sentiment d'évanouissement, plusieurs fois, sans céder, et arriva enfin à le surmonter.  Existe-t-il dans chaque être humain une force psychique agissante ? Un autre, de "petite nature", se serait laissé tomber pour se reposer dans le diagnostic d'hystérie de son médecin !

           Il y a environ trente ans, quand je fus psychologue dans une clinique psychiatrique, un médecin-assistant vint me voir avec une patiente diagnostiquée d'anorexique. "Depuis qu'elle est ici, dit-il, elle vomit tout ce qu'elle mange à chaque repas. Et elle ne voulait pas parler lors de notre premier entretien. Pouvez-vous faire quelque chose avec elle ?".

           Le médecin sortit de mon bureau, je vis devant mois une jeune fille à l'air buté, et un peu farouche. Pour commencer, je la mis à l'aise en parlant de ses stars préférés au cinéma, puis lui fit passer le Rorschach, un test de personnalité. Après l'avoir terminé, "Mademoiselle, lui dis-je en souriant, vous ne paraissez pas être contente du tout de vous-même, vous avez horreur de vous-même. On peut dire que votre corps vous horripile !  - C'est vrai, je ne m'aime pas du tout, dit-elle. J'ai fait quelque chose d'horrible, mais ne me demander pas pourquoi ni comment. - Oh non ! protestai-je. Je ne voulais pas de confession  - Mais d'où voyez-vous cela, vous avez-vu mes parents ? - Non, je vois dans votre interprétation des taches d'encre : une nature renfermée encore fragile, avec des crachats, des vomis, une difficulté de contact avec le monde extérieur. Mais tout cela peut évoluer, vous êtes encore bien jeune. - Qu'est ce que je dois faire maintenant ?  - D'abord, cessez de vomir, dis-je.  - C'est malgré moi, je n'y peux rien.  - Si, vous pouvez !
Dites-vous bien que cela va cesser, en sachant que ce ne sont pas les aliments que vous voulez vomir, mais c'est sur vous-même que vous voulez cracher dessus. - En effet, dit-elle d'un air pensif, mais détendue. J'appelai une infirmière pour la raccompagner à sa division.

           Le jour suivant, son médecin me téléphona : "Vous savez, la patiente a pu manger normalement depuis hier. Qu'est-ce que vous lui avez fait ? C'est sorcier !  - Oh non !, protestai-je en riant, je ne suis pas un sorcier ni un guérisseur. Je lui ai simplement dit que c'est un problème en elle qu'elle a essayé de résoudre à sa manière. C'est elle qui s'est guérie elle-même en prenant conscience du processus. Mais il faut faire attention, un autre symptôme pourrait prendre la place du premier. - C'est donc un cas psychosomatique !  -  Et/ou hystérique, si vous voulez, dis je, pour terminer la conversation."

           Il y a en chaque être humain un système d'autoguérison qu'il ignore.

           Cette force d'autoguérison existant dans chaque personne a été intuitivement révélée par le Français Emile Coué, psychologue né et célèbre pharmacien de Nancy, dont voici une brève biographie :

            Émile Coué est né le 26 février 1857, une année après la naissance à Freiberg de Sigmund Freud. Le père, Exupère Coué de La Châtaigneraie, était originaire de Molac dans le Morbihan. Après une scolarité brillante, il souhaite embrasser la profession de chimiste. Les études sont toutefois trop onéreuses, il doit y renoncer en raison de la situation financière précaire de son père, qui est employé des chemins de fer. Il se destine alors à un autre métier, celui de pharmacien. Après un stage de trois ans en officine dans sa ville natale, il achève à Paris sa formation au collège Sainte-Barbe puis à l’École de Pharmacie.

           À l’âge de 26 ans, il ouvre sa propre officine à Troyes où il gagne très vite l'estime de sa clientèle.
           Doué d’un sens remarquable du contact, le jeune apothicaire sait rassurer ses clients en joignant aux remèdes qu’il leur vend des paroles encourageantes. Et les malades qu’il persuade aisément, en sachant trouver les mots justes, de l’efficacité des traitements, s’en trouvent mieux. Progressivement il découvre ce que l’on nommera l’effet placebo. « Vous allez voir, ceci vous fera beaucoup de bien… Et ce n’est qu’un début ! » a-t-il coutume de dire. Les témoignages de reconnaissance affluent bientôt. Son optimisme et son enthousiasme communicatif font merveille et une clientèle de plus en plus nombreuse se presse à son officine.

           Ses premières années d’expérience lui font prendre conscience de l’efficacité de la suggestion et de l’action déterminante de l’imagination dans le processus de guérison. Coué croit à l’action des médicaments. Mais il pressent aussi que notre esprit est capable de prolonger et d'amplifier cette action. Ayant longuement mûri cette intuition et guidé par un sens très sûr de l’observation, il commence à développer les premiers principes sur lesquels il bâtira plus tard sa méthode :

           - Toute maladie est double, produisant ses effets sur la condition physique du patient, mais aussi sur son moral. En guidant l’imagination de manière positive, il est possible de faire pencher la balance du bon côté et par là même de déterminer la guérison. Ainsi lorsqu’un malade se persuade que la guérison va se produire, celle-ci se produira si elle est possible. Si elle ne l’est pas, il pourra néanmoins obtenir par la suggestion une amélioration optimale de son état.
           - Toute idée que nous avons dans l’esprit tend à devenir une réalité dans l’ordre du possible. Ainsi l’idée de guérison peut produire la guérison. Ou bien encore, sur le plan psychologique, considérer comme facile une chose à réaliser en facilite effectivement la réalisation.
           - Notre être inconscient ou imaginatif, qui constitue la partie cachée de notre moi, détermine nos états physiques et mentaux. Il est en réalité plus puissant que notre être conscient et volontaire, qu’il englobe entièrement, et c’est lui qui préside à toutes les fonctions de notre organisme et de notre être moral. Donc chaque fois qu’il y a conflit entre l’imagination et la volonté, c’est toujours l’imagination qui l’emporte.
           - Imagination et volonté doivent par conséquent travailler en synergie : lorsque la volonté et l’imagination sont en accord, elles ne s’additionnent pas l’une à l’autre, mais leurs forces se multiplient l’une par l’autre.
           - On ne peut penser qu'une chose à la fois. 
           - L'imagination peut être conduite. Il faut donc l'éduquer par le moyen d'une autosuggestion méthodique.

           Renonçant finalement à l'usage de l'hypnose, Coué élabore une méthode qui fait appel à la suggestion lucide et méthodiquement conduite d'idées positives. Cette méthode agit aussi bien sur le plan physique que sur le plan moral. Coué condense sa méthode en une phrase-clef : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. », à répéter 20 fois le matin et 20 fois le soir, en vue de conditionner l’imagination de manière favorable. En répétant cette formule de manière machinale, sans intervention de la volonté, il est ainsi possible de faire pénétrer mécaniquement dans l’inconscient l’idée d’amélioration, de progrès. Et lorsque cette idée a fait son chemin dans les profondeurs de l’inconscient, elle devient agissante.

            En 1910, il quitte son officine de Troyes pour s’établir à Nancy, où il fonde une « clinique libre » dans sa résidence de la rue Jeanne d’Arc. Là il reçoit gracieusement, dans un désintéressement absolu, les malades qui viennent le consulter, lors de séances individuelles ou collectives qui ont lieu dans son bureau, ou à la belle saison dans son jardin, et des guérisons souvent spectaculaires se produisent en grand nombre. Dès lors, il s'impose comme un psychologue et un thérapeute d'exception. On vient bientôt à lui de tous les rangs de la société et il reçoit chacun avec la même bienveillance. Et à chacun il enseigne l’art de bien employer cet instrument extrêmement efficace qu’est l’autosuggestion lorsqu’elle est bien menée.

           En 1913, Charles Baudouin alors jeune licencié en philosophie, s’intéresse à ses travaux et contribue à le rendre célèbre.

            Associé à Baudouin, son premier disciple, Coué fonde l’École lorraine de psychologie appliquée. Il publie un ouvrage, La Maîtrise de soi par l’autosuggestion, qui connaît un succès retentissant et est traduit en plusieurs langues.

          Sa renommée dépasse bientôt les frontières. Il se rend fréquemment en Grande-Bretagne, en Suisse et en Belgique pour y donner des conférences devant des publics conquis. Un voyage aux États-Unis a lieu en 1923. Il y est accueilli par le président Calvin Coolidge. Coué donne une conférence à New York, puis dans d’autres villes, devant des foules enthousiastes et reçoit un accueil triomphal. Un film est réalisé, un disque enregistré. Il effectue un second périple outre-Atlantique l’année suivante. De retour, malgré l’extrême fatigue due à son activité considérable, il enchaîne en France et à travers l'Europe conférences et séances face à un public toujours plus nombreux et reçoit sans relâche à son domicile des patients accourus désormais du monde entier.
           Épuisé, Émile Coué s'éteint le 2 juillet 1926, des suites d’une pneumonie.

Extrait de Wikisource

           Voir sur Wikisource : La Maîtrise de soi-même par l'autosuggestion consciente.
    * Émile Coué lit son livre - Article et fichier audio original d'Émile Coué
    * Enregistrement sonore Émile Coué datant de 1920 - Suggestion générale
    * Suggestion générale Madame Coué
    * Tous les jours, à tout point de vue, je vais de mieux en mieux - Pratique de la méthode d'Emile Coué.

Bibliographie ( en langue française )

    * Émile Coué, Œuvres complètes, Éd. Astra
    * La méthode Coué, Éd. Marabout
    * André Cuvelier, Hypnose et suggestion, de Liébault à Coué, Presses universitaires de Nancy
    * René Centassi, Gilbert Grellet, Tous les jours, de mieux en mieux, Émile Coué et sa méthode réhabilités, Robert Laffont, 1990.

Notes :

        Aux Etats-Unis, en Allemagne, en Russie, la méthode Coué et le principe d'autosuggestion se développent. Il influence ou donne naissance à de nouvelles approches ou techniques à :
       - La pensée positive
       - La suggestologie
       - La visualisation
       - L'auto-motivation
       - Le training autogène de Schultz
       - La sophrologie
       - L'orientation solution
         www.orientationsolutions.com
       - L'analyse transactionnelle (AT)
       - La programmation neurolinguistique (PNL)

            "Ce n'est pas en moi qu'il faut avoir confiance, dit Emile Coué, mais en vous-même, car c'est en vous seul que réside la force qui vous guérira. Mon rôle consiste simplement à vous apprendre à vous servir de cette force."

            Nous possédons en nous une force d'une puissance incalculable. Si nous la dirigeons d'une façon consciente et sage, elle nous donne une maîtrise de nous-mêmes et nous permet non seulement de nous soustraire à la maladie physique et à la maladie morale, mais encore de vivre relativement heureux, quelles que soient les conditions dans lesquelles nous pourrions nous trouver.

            L'effet de placebo nous démontre comment cette force d'autoguérison agit en chacun de nous. Tout le monde sans exception possède cette force, mais selon la nature de chacun, ceux qui l'acceptent seront aidés ( pour ne pas dire sauvés ) et ceux qui les ignorent, ne seront pas les bénéficiaires de cette force. Mais l'ignorance cause moins de mal que chez une troisième catégorie, qui ne la croient pas, qui sont sceptiques, qui agissent en sens inverse, qui utilisent inconsciemment la méthode Coué à l'envers, qui ont des idées négatives qui les détruisent ( effet nocebo, du latin : "Je nuirais" ). Il vaut mieux ne pas savoir d’où vient le mal et le faire passer que de le savoir et de le conserver ( Emile Coué ).          

           L.D.T.

            Un placebo est une mesure thérapeutique d'efficacité intrinsèque nulle ou faible, sans rapport logique avec la maladie, mais agissant, si le sujet pense recevoir un traitement actif, par un mécanisme psychologique ou psycho-physiologique. Dit autrement : « ça marche juste parce que j'y crois », ou l'auto-suggestion appliquée à la médecine. Le médicament placebo ne contient a priori aucun composé chimique ayant une activité démontrée.

            L'effet placebo (du latin : « je plairai ») est défini comme l'écart positif constaté entre le résultat thérapeutique observé lors de l'administration d'un médicament et l'effet thérapeutique prévisible en fonction des données strictes de la pharmacologie. Tout geste thérapeutique, valide ou non, comporte d'ailleurs une part plus ou moins grande d'effet placebo. Cet écart est de l’ordre de 30 % habituellement et peut atteindre 60-70 % dans les migraines ou les dépressions. Certains patients sont même parfois améliorés objectivement d'affections pouvant être réputées « incurables ».

            Historique
            Ce phénomène a tout d'abord été évoqué par Paracelse (1494-1541) qui décrit l'effet placebo du médecin. Par la suite ce phénomène a été mis en lumière notamment par le médecin Hippolyte Bernheim au cours de ses recherches sur la suggestion, dont le placebo constitue, avec l'hypnose, une des figures majeures. Une des premières mentions du terme se situe dans un dictionnaire médical anglais Hooper. datant de 1811 : médication destinée plus à plaire au patient qu'à être efficace.

            1. - Conséquences pratiques
            L'effet placebo illustre l'influence du mental sur l'organisme, le psychosomatisme, et complique par là l'évaluation de l'efficacité de nouveaux produits pharmaceutiques. C'est la raison pour laquelle les tests sont effectués par la méthode dite en double aveugle. Celle-ci consiste à composer plusieurs groupes dans lesquels ni le patient, ni le médecin, ne savent si le produit administré est un médicament ou un placebo, permettant ainsi d'avoir un avis objectif sur l'efficacité réelle de la molécule étudiée par comparaison statistique des deux échantillons.

            2. - Efficacité du placebo
            Le placebo a une efficacité prouvée chez le sujet sain, avec une moyenne de patients ressentant un effet quelconque de 15 à 25% selon les études. Dans ce cas particulier, 50% des patients décrivent l’effet ressenti comme bénéfique, et 50% comme nocif. Le seul fait d’annoncer à des volontaires qu’ils allaient absorber un analgésique puissant active la libération d’endorphines lors d’une stimulation douloureuse. L’effet semble également corrélé au prix du comprimé.

            En 1997, le Dr K. B. Thomas, médecin généraliste à Southampton, fit une expérience sur 200 de ses patients qui se plaignaient de céphalées, mal de dos ou fatigue sans que des examens eussent pu le justifier. À une première moitié, il fit un diagnostic précis et affirma que leur état s'améliorerait rapidement ; à l'autre moitié, son diagnostic resta vague et il proposa à chacun de revenir si la situation perdurait : l'état des malades s'améliora pour 64 patients du premier groupe et seulement 39 du second groupe.

            3. - Mesure de l’efficacité
            Le placebo agit non seulement sur des signes subjectifs (douleur, anxiété, dépression, etc.), mais également sur des signes mesurables cliniques (fréquence cardiaque, pression artérielle) et biologique (ionogramme sanguin, cortisolémie, numération leucocytaire).

            4. - Facteurs modifiant l’activité
            Le charisme et l’écoute du médecin prescripteur renforcent l’effet placebo. La durée de la consultation, son prix et la difficulté d’obtenir une consultation jouent également un rôle. Il n’a pas été mis en évidence de profil type de patient répondeur au placebo, que ce soient des critères intellectuels, culturels, ethniques ou psychopathologiques. Par contre, les pathologies répondant au placebo sont celles dont la charge émotionnelle et la part psychosomatique sont les plus grandes, telles que dépression, douleur chronique, asthme, troubles digestifs etc.

            5. - Pharmacodynamie et pharmacocinétique
            Le placebo a, comme tout médicament, une pharmacocinétique et une pharmacodynamie. Notamment, la voie d’administration influe sur l’intensité de l’effet et la rapidité d’action. Une injection possède ainsi une plus grande efficacité et un effet plus rapide que la prise de comprimés. L’administration sous forme de gouttes ou de granules augmente également l’efficacité du placebo, probablement en nécessitant une participation et une attention soutenue (compter les gouttes, avaler les granules un par un). Il existe une relation dose dépendante de l’efficacité, un traitement par 4 comprimés étant plus actif que par deux comprimés. L’aspect et la couleur ont également une action, une solution rouge étant plus active qu’une solution incolore.

            6. - Effet placebo et homéopathie
            En l'absence d'étude clinique en double aveugle probantes, la communauté scientifique considère majoritairement que certaines médecines parallèles, comme l'homéopathie, l'acupuncture ou l'aromathérapie relèvent uniquement de l'effet placebo et donc que l'effet de ces thérapeutiques est exclusivement subjectif. Certains travaux de synthèse soutiennent cette opinion dans le cas de l'homéopathie. Dès le début de sa pratique de l'homéopathie, Samuel Hahnemann prescrivait, entre les prises de remède actif, souvent espacées de plusieurs jours, une prise quotidienne de grains de lactoses « naïfs » (vierges) de toute autre substance, pour « plaire » au malade et le faire « patienter ».

            Une étude menée par un groupe de huit chercheurs de nationalités suisse et britannique dirigés par le docteur Aijing Shang (département de médecine sociale et préventive, université de Berne) a effectué une analyse des publications médicales de 19 banques électroniques, comparant l'effet placebo à l'homéopathie et l'effet placebo à la médecine conventionnelle ; les études portaient en moyenne sur 65 patients (10–1 573). Les résultats de cette étude, publiés dans The Lancet (27 août 2005) n'ont mis en évidence aucune supériorité de l'homéopathie sur l'effet placebo, contrairement à l'allopathie[6].

            7. - Présentation du placebo et effet placebo
            La façon dont est donné un placebo à un patient a une incidence sur son effet.
            Il semble que plus le coût du placebo est élevé pour le patient, plus l'effet placebo soit important : 85 % des bénévoles du groupe ayant avalé une pilule à 2,50 dollars notent une réduction de la douleur causée par des décharges électriques, contre seulement 61 % pour ceux ayant pris la même pilule présentée en promotion.
            Le docteur en économie Dan Ariely explique suite à cette étude qu'il a dirigé que « le prix n'est qu'une des variables du marché, au même titre que l'emballage ou la marque, qui peuvent accentuer l'effet placebo ».

            Jean-François Bergmann, spécialiste de thérapeutique à l'hôpital Lariboisière, à Paris avance que « la façon dont un médicament est donné participe pleinement à l'effet pharmacologique. Il doit l'être avec conviction » (1).
           Il est possible de modifier les doses en fonction des effets observés.

            8. -  Effet nocebo
            L'effet placebo n'est pas toujours bénéfique, il peut être de nature dommageable pour l'individu : c'est l'effet nocebo (du latin : « je nuirai »). On a ainsi pu observer l'apparition de troubles chez des riverains d'une antenne-relais de téléphonie mobile, alors même que l'installation n'avait pas encore été mise en service (2) Il a été étudié également l'influence de la prière sur la guérison d'un malade. Si ce dernier était au courant que des prières étaient exercées en sa faveur, le malade avait plus de chance d'avoir des complications médicales (3)            Le stress supplémentaire serait la cause des risques de complications.

           Cet effet nocebo peut aussi prendre la forme des effets indésirables d'un vrai médicament. Il est présent car le patient, sachant qu'il prend un médicament, recrée inconsciemment les effets indésirables dont il a pu entendre parler auprès de ses amis, dans les médias, ou simplement lus sur la notice. Ces effets, distincts des effets secondaires réels d'un médicament, sont de nature purement psychologique - même si la distinction entre les deux n'est pas toujours aisée.

            Selon un article de Courrier international, les femmes se croyant sujettes au risque d'arrêt cardiaque présenteraient quatre fois plus de chances de mourir de maladie cardiovasculaire que celles ayant les mêmes facteurs de risque (4 ).

            Notes et références

            1.- Le Monde.fr : Vous souffrez ? Prenez donc un placebo... cher - Environnement, Sciences [archive]
            2.- Différents journaux relatent ce fait : Silicon.fr du 21 avril 2009 [archive], Challenges.fr du 21 avril 2009 [archive], Journal télévisé de 13h à France2 du 21 avril 2009, 20ème minute [archive].
            3.-Herbert Benson et al., « Study of the Therapeutic Effects of Intercessory Prayer (STEP) in cardiac bypass patients: A multicenter randomized trial of uncertainty and certainty of receiving intercessory prayer » [archive], American Heart Journal, Volume 151, No 4, 934-42 (2006)
            4.- Courrier International - 16 juillet 2009.

            Liens externes

            - Pharmacologie du placebo, Patrick Lemoine, Laboratoire de pharmacologie expérimentale et clinique, Université Rennes-1
            - Qu'est-ce que l'effet placebo ?, par Martin Winckler
            - L’effet placebo n’existe pas ! Article de Philippe Pignarre - Conférence de J.J. Aulas à l'ENS Lyon.

            Bibliographie

            - Effet placebo et transfert, Martens F., Psychoanalyse, 1984 ; 1 : 38-62 
            - L'effet placebo, Xavier Durando, Bulletin du Cancer. Novembre 2001. Volume 88, Number 11.
            - Is the placebo powerless ? An analysis of clinical trials comparing placebo with no treatment, Hrobjartsson A, Gotzsche PC, N Engl J Med 2001, 344 ; 1594-602
            - Placebo, chronique d'un elixir psycho-actif, Jean-Jacques Aulas, ed: Science Infuse, 2005, (ISBN 2-914280-11-4.

            Source : WIKI placebo 

            Ce qui est positif pour les uns peut être négatif pour les autres.

             Mme Joanne Wood, professeur de psychologie à l'Université de Waterloo (Canada), a étudié la pertinence, l'impact de la pensée positive. Elle en conclut que les messages positifs que les gens tentent d'intégrer ont, en pratique, souvent un effet négatif. "Aujourd'hui est le 1er jour du reste de ma vie" ou "Je vais réussir". Ce ne sont là que deux messages positifs parmi tant d'autres qui, répétés régulièrement, doivent permettre de mieux se sentir dans sa peau. Il apparaît à présent que ce genre de messages a un effet inverse sur les gens qui ont une mauvaise image d'eux-mêmes. Les messages positifs ne fonctionnent que si la personne qui les prononce croit réellement que ça va marcher. D'après l'étude de Wood, c'est paradoxalement chez les gens qui en auraient le plus besoin que la pensée positive a un effet négatif. Selon Wood, "les gens qui ont une faible image d'eux-mêmes et répètent ce genre de messages pensant au fond d'eux que ce n'est pas vrai. Ces sentiments prédominent sur les messages positifs. ( Source : Courrier de l'Escaut du 6 juillet 2009, p. 9 ).