L'Expert

                        Conte chinois

           "L'homme qui a la plus haute puissance ne la manifeste pas,
            Et c'est pourquoi il garde sa puissance.
            L'homme qui a une puissance inférieure ne peut pas
            se débarrasser des apparences de la puissance.
            Et c'est pourquoi en vérité il est sans puissance.
            L'homme qui a la plus haute puissance n'a pas besoin d'agir.
            L' homme qui a une puissance inférieure s'agite".
                                                                ( Chapitre 38, Tao-Te-King ). 

            En ce temps là vivait dans la cité de Hantan, capitale de l'antique Etat chinois de Chao, un homme nommé Chi-Ch'ang, qui aspirait à être le plus grand archer du monde. Après de nombreuses recherches, il acquit la conviction que le meilleur maître du pays était un certain Wei-Fei. L'adresse de ce dernier était si grande qu'il pouvait tirer tout un carquois de flèches dans une seule feuille de saule, à cent pas. Chi-Ch'ang se rendit donc dans la lointaine province où vivait Wei-Fei et devint son élève.
            Wei-Fei lui ordonna d'abord d'apprendre à ne pas ciller.
            Chi-Ch'ang revint chez lui et s'allongea sur le dos, sous le métier à tisser de sa femme. Son intention était de garder les yeux fixés sur la pédale du métier à tisser sans les fermer lorsque celle-ci montait et descendait devant son visage. Il s'y exerça jour après jour et, au bout de deux ans, il fut capable de ne pas ciller même lorsque la pédale lui arracha un cil.  Un jour qu'il était assis et regardait fixement devant lui, une petite araignée tissa sa toile entre ses cils. Il sut alors qu'il pouvait retourner chez son maître.
            "Ce n'est là qu'une première étape, lui dit Wei-Fei. A présent, tu dois apprendre à regarder. Exerce-toi à regarder les choses et reviens me voir lorsque ce qui est minuscule te semblera évident et lorsque ce qui est petit te semblera énorme."

            Chi-Ch'ang retourna chez lui. Dans son jardin, il chercha un insecte à peine visible à l'oeil nu, le posa sur un brin d'herbe et accrocha celui-ci à la fenêtre de sa chambre. Puis il alla s'asseoir à l'autre bout de la pièce et, jour après jour, s'exerça à regarder. Au bout de dix jours l'insecte commença à lui paraître légèrement plus gros. A la fin du troisième mois, il lui sembla être la taille d'un ver-à-soie et Chi-Ch'ang pouvait distinguer nettement les détails de son corps.

            Les saisons passèrent sans qu'il s'en avisât : plus rien n'existait pour lui que l'insecte sur son brin d'herbe. Chaque fois que la bestiole mourait ou disparaissait, la servante la remplaçait par une autre tout aussi minuscule, mais au yeux de Chi-Ch'ang ils paraissaient de plus en plus grands.

            Pendant trois ans, il ne quitta guère sa chambre. Puis un jour, l'insecte lui parut être aussi gros qu'un cheval. Alors, il décrocha son arc et tira une flèche sur l'insecte qu'il tua sans même effleurer le brin d'herbe. Continuant son rigoureux entraînement, il parvint à toucher à cent pas, comme Wei-Fei l'avait fait, une feuille de saule. Quelques jours plus tard, il recommença en utilisant son arc le plus lourd et en posant en équilibre sur son coude droit une tasse pleine d'eau pas une seule goutte ne se répandit. La semaine suivante, il prit cent flèches et les tira rapidement, l'une après l'autre sur une cible éloignée.
            La première toucha le centre de la cible ; la seconde se ficha dans l'entaille de la première, la troisième dans l'entaille de la seconde et ainsi de suite, de telle sorte que finalement les cent flèches fichées les unes dans les autres constituèrent un long trait allant du centre de la cible à l'arc de Chi-Ch'ang. Wei-Fei, qui assista à cet exploit fut impressionné et lui déclara : « Tu as réussi ».
            Chi-Ch'ang n'avait plus rien à apprendre de son maître. Pourtant, au parfait accomplissement de son ambition, il lui restait un obstacle: Wei-Fei lui-même. Chi-Ch'ang s'avisa avec amertume que tant que le Maître vivrait, lui, Chi-Ch'ang, ne pourrait pas se prétendre le plus grand archer du monde. Il était à présent l'égal de son maître, mais non pas son supérieur, et cette pensée lui pesait.

            Un jour qu'il marchait dans la campagne, Chi-Ch'ang vit Wei-Fei au loin. Sans hésiter, il prit son arc et visa. Mais son vieux Maître avait deviné sa pensée et au mâme instant, il banda son arc lui aussi. Les deux flèches partirent en mâme temps, se rencontrèrent à mi-course et tombèrent sur le sol. Chi-Ch'ang tira aussitôt une autre flèche, mais Wei-Fei fit de même, avec le même résultat. Cet étrange duel se poursuivit jusqu'à ce que le carquois du Maître fût vide, alors qu'il restait encore une flèche dans celui de Chi-Ch'ang. "Cette fois j'ai gagné !", murmura celui-ci. Mais Wei-Fei arracha promptement une petite branche d'un buisson épineux qui se trouvait à côté de lui et s'en servit comme d'une flèche. Les deux traits, une fois de plus, se rencontrèrent à mi-course.

            Comprenant que son méchant dessein avait été déjoué, Chi-Ch'ang se sentit envahi par le remords. De son côté, Wei-Fei fut tellement satisfait d'avoir aussi brillamment manifesté sa virtuosité qu'il n'éprouva aucune colère à l'endroit de celui qui avait voulu le tuer, et les deux hommes se jetèrent dans les bras l'un de l'autre en pleurant.

            Pourtant, tout en embrassant son élève, Wei-Fei se disait que sa vie était désormais menacée, et que le seul moyen d'écarter cette menace constante était de détourner l'esprit de Chi-Ch'ang vers un autre objet.
            «  - Mon ami, lui dit-il, je t'ai transmis à présent tout mon savoir. Si tu veux aller plus loin encore, il te faut franchir le col de Ta-Hsing et monter au sommet de la montagne Ho. Tu trouveras là le vieux Maître Kan-Ying, qui n'a jamais eu et n'aura jamais d'égal en notre art. Comparée à sa maîtrise, notre adresse est celle d'un enfant. Lui seul peut encore t'apprendre quelque chose. »  

            Chi-Ch'ang partit immédiatement vers l'Ouest. Après un mois d'un voyage pénible, parmi les précipices et les pentes escarpées, il atteignit le sommet de la montagne Ho et la grotte où Kan-Ying avait élu sa demeure. Celui-ci était un très viel homme dont les yeux avait la douceur de ceux d'une biche. Son dos était courbé et ses cheveux blancs descendaient jusqu'au sol. Pensant qu'un si vieil homme devait être sourd, Chi-Ch'ang lui cria :
            «  - Je suis venu pour m'assurer si je suis aussi grand archer que je le crois. »

            Sans attendre la réponse de Kan-Ying, il banda son arc de peuplier, visa une bande d'oiseaux migrateurs qui volaient très haut dans le ciel, tira et en abattit cinq d'un seul coup. Le vieil homme sourit avec indulgence et dit :
            « - Ce que tu fais là n'a rien d'extraordinaire : qu'y a-t-il d'admirable dans le fait de tirer avec un arc et une flèche ? Viens avec moi. Je t'enseignerai à tirer sans l'un et sans l'autre. »
            Vexé de n'avoir pas impressionné le vieil ermite, Chi-Ch'ang le suivit en silence jusqu'au bord d'un précipice, plus profond et plus large qu'il n'en avait jamais vu. En plongeant son regard dans l'abîme, il fut saisi de vertige, tandis que le Maître Kan-Ying s'avançait tranquillement sur une étroite saillie qui surplombait le vide. Se retournant, le vieillard dit à Chi-Ch'ang: 
            « - Maintenant, montre moi ta véritable adresse. Viens à mon côté et laisse-moi juger ton savoir-faire. »
            Chi-Ch'ang était trop orgueilleux pour ne pas relever ce défi. Sans hésiter, il s'avança sur la saillie, mais à peine y avait-il mis le pied qu'il eut l'impression que le sol se dérobait sous lui. Dominant son effroi, il banda son arc d'une main tremblante. A cet instant, un cailloux se détacha et tomba dans l'abîme. Chi-Ch'ang le suivit des yeux et sentit qu'il allait tomber à son tour. Les jambes molles, couvert de sueur, il s'aplatit au sol et s'agrippa des deux mains aux rochers. Le vieil homme en riant, lui tendit la main, l'aida à se relever et lui dit :
            «  - A présent, permets-moi de te montrer ce qu'est vraiment l'art de l'archer.
            - Mais tu as les mains vides !
dit Chi-Ch'ang d'une voix blanche. Où est ton arc ?
            - Mon arc ? Aussi longtemps que l'on a besoin d'un arc et d'une flèche, on ne sait rien de cet art. Le véritable archer n'a besoin ni d'arc ni de flèche. »

            Au-dessus de leur tête un vautour tournoyait dans le ciel. L'ermite leva les yeux vers l'oiseau et Chi-Ch'ang suivit son regard. Le rapace volait si haut qu'à ses yeux pourtant exercés il ne paraissait pas plus gros qu'un grain de mil. Kan-Ying ajusta une flèche invisible à un arc immatériel et tendit la corde au maximum. Chi-Ch'ang crut entendre le sifflement du trait, et l'instant d'après, vit le vautour tomber comme une pierre. Stupéfait, Chi-Ch'ang comprit qu'il avait été témoin de la suprême manifestation d'un art où il avait voulu si passionnément briller.

            Il passa neuf années dans la montagne avec le vieil ermite. A quelles disciplines il se soumit pendant ces années, nul ne le sut jamais. Lorsque la dixième année, il redescendit de la montagne et revint chez lui, tout le monde fut étonné du changement qui s'était effectué en lui. Il n'avait plus l'air résolu et arrogant qu'on lui avait connu, mais le visage de bois, inexpressif d'un niais. Son vieux Maître Wei-Fei, qui était venu le voir, lui dit au premier regard : 
             « - A présent, je le vois, tu es vraiment devenu un expert, dont je suis indigne désormais de te toucher les pieds. »

            Les habitants de Hantan, qui avaient accueilli Chi-Ch'ang comme le plus grand archer du pays, attendaient impatiemment qu'il les fit témoins de ses exploits, mais Chi-Ch'ang ne faisait rien pour combler leur attente. Pas une seule fois il ne toucha un arc ou une flèche. Il n'avait même pas rapporté avec lui le grand arc de peuplier qu'il avait emporté neuf ans plus tôt, et quand quelqu'un lui demandait de s'expliquer, il répondait d'une voix languissante : 
             « - Le stade ultime de l'activité est le calme ; le stade ultime de la parole est le silence, le stade ultime du tir à l'arc, c'est de ne pas tirer. »

            Les citoyens les plus subtils de Hantan comprenaient ce qu'il voulait dire et restaient bouche bée devant ce maître archer qui refusait de toucher à un arc.
            Toutes sortes de rumeurs et d'histoires se mirent à circuler à son sujet. On disait qu'après minuit, on entend sur le toit de sa maison, le bruit d'une corde d'arc qui se détendait en sifflant, et que c'était le fait du dieu des archers, qui, le jour, habitait l'âme du Maître et, la nuit, s'en échappait pour le protéger contre les mauvais esprits. Un voleur avouait qu'une nuit où il avait voulu pénétrer dans la maison de Chi-Ch'ang en escaladant la façade, un souffle d'air d'une étonnante violence l'avait frappé au visage et jeté au sol. A dater de ce jour, tous ce qui nourrissaient de mauvais desseins évitèrent de s'approcher de la demeure du Maître, et l'on disait même que les oiseaux migrateurs ne survolaient jamais son toit.

            Quarante années après son retour de la montagne, Chi-Ch'ang quitta paisiblement ce monde comme une fumée se dissipe dans le ciel. Au cours de ces quarante années, il n'avait pas une seule fois fait allusion à l'art du tir à l'arc, moins encore touché un arc ou une flèche.

            On rapporte qu'un jour, durant la dernière année de sa vie, comme il rendait visite à un ami, il vit sur une table un objet à l'aspect vaguement familier mais dont il ne put se rappeler ni le nom ni l'usage. Après avoir en vain fouillé sa mémoire, il dit à son ami : 
             « - Dis-moi, je te prie : cet objet sur la table, quel est son nom et à quoi sert-il ? »
             Son hôte, stupéfait, vit que Chi-Ch'ang ne plaisantait pas, et il lui répondit d'une voix tremblante :
            «  - O Maître, il faut de toute évidence que tu sois le plus grand Maître de tous les temps pour avoir oublié à la fois le nom et l'usage de l'arc que voici ! »

            On dit aussi qu'à la suite de cet incident et pendant un certain temps, les peintres de la cité de Hantan jetèrent leurs pinceaux, les musiciens brisèrent leurs instruments, et les charpentiers eurent honte d'être vus avec leurs outils.

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            Un silence profond suivit la lecture de cette histoire d' Nakashima Ton

            - Eh bien ! proclama Z. d'un ton solennel, mais avec un air mi-figue, mi-raisin, en se tournant vers ses deux confrères : "Qu'attendons-nous pour jeter stéthoscope et médicaments à la fenêtre ! Et toi grand psychologue - il me désigna avec un geste du menton - quand mets-tu tes tests au feu ?"
            - Je ne suis pas un grand psychologue, protestai-je en riant, et vous n'êtes pas de fameux psychiatres non plus. C'est pourquoi nous avons encore besoin de nos instruments de travail. Une des leçon que nous pouvons tirer de cette histoire symbolique c'est que nous ne devons pas prendre des moyens pour des fins.
            - Veux -tu dire, intervint M. un autre psychiatre, que nous ne devons pas être trop dépendants de nos moyens de traitement : chimiothérapie, sismothérapie, insulinothérapie, psychanalyse, etc … ?
            - Exactement, répondis-je. La manière d'utiliser ces moyens de traitement est plus importante que ces moyens mêmes. C'est parce que nous sommes psychologues que nous utilisons les tests et non pas parce que nous utilisons des tests que nous sommes psychologues. Je conçois la psychiatrie et la psychologie comme un art dans lequel le perfectionnement de l'interprète importe plus que le perfectionnement du matériel ou des moyens.
            - Et la seconde leçon, demande S. un de s es collègues, ancien séminariste, elle a trait à la modestie ou à l'humilité ?
            - Ni à l'une, ni à l'autre, dit Z. en riant, quand on  sait vraiment une chose, on a moins le besoin d'en parler.
            - Ah ! s'exclame C. Dans ce contexte, je crois pouvoir maintenant répondre à D. un confrère assistant. Il a été étonné quand je lui ai révélé que le Patron est un psychanalyste : "Vraiment ! dit-il, pourquoi ne parle-t-il pas souvent de psychanalyse dans les présentations en commun. J'aime bien y discuter des interprétations.»
            - Je trouve normal, dit Z. que les débutants s'intéressent aux choses nouvelles. Mais au lieu d'interpréter pour comprendre les faits, ils ont tendance à forcer les faits pour les ramener dans le cadre de leurs interprétations. La conséquence est souvent plus néfaste que s'ils n'interprétaient pas du tout. Je me rappelle toujours de cette remarque pertinente d'un ancien chef de clinique, Dr J., actuellement directeur d'une clinique privé : "Au lieu de parler du Ça et du Surmoi avec vos malades, dit-il à un groupe d'assistants, vous feriez mieux de leur apprendre d'abord comment prendre convenablement des médicaments".
            - Et que pensez-vous d'un collègue "analysé" qui vous casse les oreilles avec son analyse didactique ? demande S. mon collègue psychologue. Peut-on se croire supérieur aux autres parce qu'on a pu confesser ses fantasmes à un psychanalyste !
            - Ha ha ha ! rit Z. Ce phénomène est aussi fréquent chez nos confrères. On peut dire qu'il y a autant de complexe chez les non-analysés que chez les analysés. L'autre jour, j'ai entendu un assistant parler à un aîné dans la profession : "Tu'n'as pas encore été analysé ? Je croyais que tu l'as été ....".  Je suis sûr que l'admiration du premier pour le second baissera de plusieurs crans après cette confidence ! Et en Orient, Z. se retourna vers moi, avez-vous aussi ce complexe des initiés et des non-initiés?
            - Bien sûr, répondis-je. Mais il est peut-être moins manifeste. Ta question m'a donné l'idée d'une comparaison intéressante : L'analyse didactique est aussi nécessaire et indispensable pour un futur psychanalyste que l'est le Satori, ou "illumination" pour un disciple du Zen. L'analyse, qui amène le premier à la découverte de lui-même, à une "prise de conscience de son inconscient", tout comme le Satori pour un bouddhiste zen. Illuminné, c'est simplement être sorti de l'ignorance. (Ce terme imagé de l'Orient n'a pas du tout le sens péjoratif qu'on lui prête en Occident qui désigne un "fou"). L'analyse ou le satori, n'est que le début et non pas une fin en soi. Pour l'un, c'est le commencement d'une carrière de psychothérapeuthe, pour l'autre c'est l'aube d'une vie nouvelle, la vie du Zen. L'un et l'autre ont encore beaucoup de chemin à parcourir. Dans le langage toujours imagé du bouddhisme, on parle de l'enseignement du Zen comme une "barque" qui permet au disciple d' ''atteindre l'autre rive", le Satori.
            Evidemment celui qui a atteint l'autre rive n'a plus besoin de barque. De même un "analysé" qui parle souvent de son analyse, est comme un disciple Zen qui n'arrive pas encore à quitter sa barque, et qui est encore au milieu du courant.
            Et tant qu'on est encore au milieu du courant, tant qu'on a encore besoin de la barque, comme cet archer de son arc et de ses flèches, on ne peut pas se débarrasser facilement de ses complexes ...

            LDT - Hôpital de Cery, printemps 1969. 


            "Avant qu'un homme étudie le Zen, les montagnes sont pour lui des montagnes et les eaux des eaux. Lorsqu'il s'initie à la vérité du Zen sous la conduite d'un bon maître, les montagnes ne sont pas pour lui les montagnes, ni les eaux des eaux.
            Mais ensuite, lorsqu'il "vit" le Zen, les montagnes sont de nouveau les montagnes et les eaux des eaux."  (Ch'ing Yuan.)

            "Avant qu'une personne aborde la psychanalyse, les hommes sont pour elle des hommes et les femmes des femmes. Lorsqu'elle s'adonne à l'étude de la psychanalyse sous la conduite d'un bon analyste, les hommes ne sont pas pour elle des hommes ni les femmes des femmes. Mais lorsqu'elle a assimilé la psychanalyse et devient un meilleur praticien, les hommes sont de nouveau les hommes et les femmes des femmes". 

            Parodie de LE-DINH Tuê.
 


                  Enfer et Paradis 

            Un soldat nommé Nobushige vint trouver Hakuin et lui demanda : "Y a-t-il vraiment un paradis et un enfer ?
            - Qui es-tu ? interrogea Hakuin.
            - Je suis un samouraï, répliqua le guerrier.
            - Toi, un soldat ? s'écria Hakuin. Quel ministre voudrait de toi comme garde ? Ton visage est celui d'un mendiant !
            Nobushige, furieux, tira son sabre, mais Hakuin poursuivit :
            - Tu as donc un sabre ? Ton arme est sans doute beaucoup trop faible pour me trancher la tête !
            Comme Nabushige levait son sabre, Hakuin dit :
            - Ici s'ouvrent les portes de l'enfer !
            A ces mots, le samouraï, impressionné par le sang-froid du Maître, remit son arme à la ceinture et s'inclina.
            - Ici s'ouvrent les portes du paradis, dit Hakuin."

                  Oh !

            Haku-In, maître du Zen, jouissait de la considération de tous ses voisins qui admiraient la pureté de sa vie.
            Une jolie Japonaise, qui habitait avec ses parents la maison jouxtant celle du maître se trouva enceinte.

            Les parents en colère exigèrent de la fille qu'elle dît le nom du père. D'abord, elle refusa de parler, mais enfin, elle nomma Haku-In.
            Pleins de fureur, les parents s'en furent chez le maître, qui se borna à s'exclamer : « 0h ! »
            Lorsque l'enfant fut né, on l'apporta à Haku-In.
            Celui-ci était perdu de réputation à la suite de l'aventure, mais cela ne le préoccupait nullement. Il soigna fort bien l'enfant : des voisins lui procuraient du lait et tout ce qui était nécessaire.

            Un an passa, et puis la mère de l'enfant n'y tint plus : elle avoua à ses parents que le père était un jeune homme employé au marché au poisson.
             Les parents se rendirent aussitôt chez Haku-In pour implorer son pardon, lui présentèrent mille excuses et demandèrent à reprendre l'enfant.
            « Oh ! » dit Haku-In en leur rendant l'enfant.