Le pouvoir de la pensée

                 (Propos à bâtons rompus) 

           Comme d’habitude, c’était Thérèse qui m’interpella le premier : 
          « - Ton sujet touche-t-il à la philosophie ou à la psychologie ?
          - A toutes les deux, répondis-je. Et même à la sociologie ! En général, la pensée d’un individu est issue d'un point de vue acquis, basé sur son vécu propre dans un environnement spécifique.
          - Tu es bien exigeant, remarqua Thérèse en souriant. Dans ce cas, tu demandes à un philosophe d’avoir aussi des notions de psychologie et de sociologie, à un psychologue d’avoir des notions de philosophie et de sociologie, et à un sociologue des notions de psychologie et de philosophie !
          - C’est la moindre des choses, dit Jacques. Sans cette optique, il est bien difficile de s’entendre. Le philosophe reste dans sa tour d’ivoire, le psychologue dans son domaine des émotions et le sociologue ne sort pas des influences du milieu.
          - D’ailleurs, ajoutais-je, il y a des philosophes-savants, des savants-philosophes des médecins-philosophes, des psychologues-philosophes etc. etc. …
          - Et aussi des touche-à-tout comme toi, ajouta Thérèse en riant.
          - Sans y prêter attention, j’ai suivi cette voie, dis-je, par curiosité et par soif d’apprendre, comme Edgar Morin, et bien d’autres. C’est le genre d’autodidactes que les spécialistes regardent souvent de haut.
          - Pourtant, cela te permet de mieux comprendre les problèmes ! dit Thérèse.
          - Pas encore !, répliquais-je. La vraie compréhension est l’apanage des sages. Tout au plus, je peux mieux cerner les questions, en essayant d’être le moins subjectif que possible. Par exemple, en abordant ce sujet du pouvoir de la pensée.
          - Alors, par quel bout doit-on commencer ?, questionna Thérèse.
          - A ton avis, Jacques, tu es peu loquace aujourd’hui !, remarquai-je.
          - Je suis en train de réfléchir, répondit ce dernier.
          - A quoi ?, demandai-je.
          - A notre sujet de discussion, pendant que vous divaguez, répondit Jacques.
          - Accouche !, dis-je en riant.
          - Supposons que vous venez de sortir d’un profond sommeil. A quoi pensez-vous à ce moment précis ?
          - Je me demanderais : « Quelle heure est-il ? » dit Thérèse.
          - Ou bien : « Où suis-je en ce moment ? », dis-je.
          - Donc, vous cherchez en premier lieu à vous localiser dans le temps et dans l’espace, dit Jacques. Vous ne vous demanderiez pas : « Qui suis-je ? ».
          - D’accord, « Je pense, donc je suis !», cartésien que tu es !, dis-je en souriant.
          - Tu conclues trop vite !, continua Jacques, ce n’est qu’au début ! Je veux vous montrer que nos philosophes, avant de pouvoir vivre pleinement, cherchent d’abord leur identité, à se situer, à l’encontre des vôtres, …
          - François Jullien disait la même chose, interrompit Thérèse. La pensée chinoise ignore la notion d’être, qui est l’objectif primordial de la philosophie occidentale.
          - Exact !, dis-je, en vivant dans ce monde, c’est le milieu environnant que l’être humain affronte avant tout.
          - Il n’affronte pas, corrigea Jacques. Il s’y baigne. D’abord, dans le milieu physique, il respire l’air …
          - Et les pollutions de l’atmosphère, interrompit Thérèse.
          - Ce ne sont pas les seules, continua Jacques. Nous vivons dans un environnement magnétique, parce que la Terre est un gigantesque aimant. Il est aujourd'hui bien connu que des êtres vi­vants ont leur horloge biolo­gique réglée par les champs magnétiques.
          - Et les oiseaux peuvent se dirigent en utilisant ces mê­mes champs magnétiques, ajouta Thérèse.
          - Il y a un autre domaine, continua Jacques, à part cet environnement physique matériel, où nous utilisons nos cinq sens, où tous les objets ont une forme déterminée, quadridimensionnelle, gouverné par d'immuables lois de cause à effet, de sorte que tout y est censé prévisible.
          - C’est le domaine de la radio, de la T.V. et de l’Internet, observa Thérèse.
          - Exact !, continua Jacques.  C’est le niveau d'existence, où tout est information et énergie que l'on appelle le domaine quantique. À ce niveau, tout est insubstantiel, ce qui veut dire que rien ne peut être touché ni perçu par aucun des cinq sens. Votre conscience mentale, vos pensées, votre ego, font tous partie du domaine quantique.
           - C’est le domaine des mystiques ! interrompit Thérèse en se tournant vers moi.
           - En effet, dis-je. En Occident, c’est Einstein qui a découvert ce niveau quantique par cette fameuse équation : E = MC2, nous apprend que l'énergie (E) est égale à la masse (M) multipliée par la vitesse de la lumière (C) au carré. Cela nous dit que la matière (la masse) et l'énergie sont une même chose, mais sous des formes différentes - l'énergie équivaut à la masse.
          - Ainsi, continua Jacques, le domaine quantique recouvre un champ bien plus vaste. Tout, dans l'Univers visible, est en fait une manifestation de l'énergie et de l'information du domaine quantique. Le monde matériel est un sous-ensemble du monde quantique.
          - Comment des ondes invisibles d'énergie et d'information peuvent-elles être expérimentées comme des objets solides?, demanda Thérèse.
          - Ce concept peut être au premier abord malaisé à comprendre, répondit Jacques. La réponse est que, dans le domaine quantique, les événements se produisent à la vitesse de la lumière, et qu'à cette vitesse nos sens sont tout simplement incapables de traiter la totalité des éléments qui contribuent à notre expérience perceptuelle. Nous percevons les objets comme différents les uns des autres parce que les ondes d'énergie contiennent différents types d'information, qui sont déterminés par la fréquence ou la vibration de ces ondes d'énergie.
          - C'est comme lorsqu'on écoute la radio, ajoutai-je. Un poste réglé sur une station, disons 101.5 FM, n'émettra peut-être que de la musique classique. Changez la fréquence, mettons sur 91.4, et vous entendrez les nouvelles de la Suisse romande. L'énergie code pour des informations différentes en fonction de la manière dont elle vibre.
          - Ainsi, continua Jacques, le monde physique, le monde des objets et de la matière, n'est-il fait de rien d'autre que d'information contenue dans de l'énergie vibrant à différentes fréquences. La raison pour laquelle nous ne voyons pas le monde comme un gigantesque réseau d'énergie est qu'il vibre trop vite pour nos cinq sens.
          - Si nous étions capables de percevoir tout ce qui se passe sur le plan quantique, nous verrions que nous faisons tous partie d'une gigantesque « soupe d'énergie », et que tout - chacun d'entre nous et tous les objets du domaine physique - n'est qu'un conglomérat d'énergie flottant dans cette soupe d'énergie.
          - À chaque instant, votre champ d'énergie y entre en contact et agit sur tous les autres champs d'énergie, poursuivit Jacques, et chacun de nous réagit d'une manière ou d'une autre à cette expérience. Nous sommes tous des expressions de cette énergie et de cette information communes.
          - En effet, il nous arrive parfois de ressentir cette connexion, ajoutai-je. Certains d'entre nous ont déjà fait l'expérience d'entrer dans une pièce et d'y sentir une « tension si dense qu'on pourrait la couper au couteau », ou de se trouver dans une église ou un lieu saint et d'avoir l'impression d'être englouti par une sensation de paix. C'est l'énergie collective de l'environnement qui se mêle à notre propre énergie, et nous captons ce phénomène à un certain niveau, observais-je.
          - Dans le domaine physique aussi, nous échangeons constamment de l'énergie et de l'information, continua Jacques. Imaginez qu’en marchant dans la rue,  vous sentez l'odeur d'une cigarette fumée par quelqu'un qui marche vingt mètres devant vous. Cela signifie que vous inhalez le souffle de cette personne à une distance d'environ vingt mètres. Cette odeur n'est qu'un marqueur, signalant que vous respirez le souffle de quelqu'un d'autre. Si le marqueur n'était pas présent, si la personne marchant devant vous ne fumait pas, vous inhaleriez quand même l'air qu'elle expire, mais sans le savoir puisqu'il n'y aurait pas de fumée de cigarette pour vous le signaler.
          - C’est quoi au juste le souffle ? demanda Thérèse. J'ai senti parfois de la nicotine chez un fumeur sans cigarette au bec qui passa à quelques mètres de moi, mais le souffle, je ne l’ai pas encore entendu parler.
          - Le souffle c'est le dioxyde de carbone et l'oxygène qui proviennent du métabolisme de chaque cellule du corps du passant, répondit Jacques. C'est ce que vous respirez, tout comme d'autres personnes respirent votre souffle. Nous sommes donc constamment en train d'échanger des petits bouts de nous-mêmes - des molécules physiques, mesurables, de notre corps.
          - Je comprends, dit Thérèse en riant, dans le langage populaire, on dit par exemple : « Je ne peux pas blairer ce type ! ».
          - De même, ajoutais-je, nous partageons les émotions de gens qui nous entourent : peur, colère, haine, joie, empathie, amour, … si nous avons les mêmes affinités qu’eux, ou les mêmes longueurs d’onde…
          - C’est la raison pour laquelle les gens aiment rechercher une âme sœur ?, dit Thérèse.
          - Nous ne les partageons pas seulement, continua Jacques, nous en sommes submergées, assaillies même. Ainsi dans une foule nombreuse, la panique, la rage, la hargne, l’enthousiasme, s’enflamment, s’amplifient jusqu’à l’émeute …
          - On les voit dans les stades de foot ou dans les champs de batailles, interrompit Thérèse. Comme ces hooligans supporters, ou ces vrais ou faux patriotes !
          - Dans cette mêlée, il y a cependant des gens qui restent calmes ou indifférents, continua Jacques.
          - Comment peuvent-ils résister à l’assaut de cette « soupe d’énergie » dont vous parler ? demanda Thérèse.
          - Il y a des gens qui y surnagent et d’autres qui s’y noient, constata Jacques. Les premiers sont arrivés à un niveau conscient où ils se sentent immergés dans cette « énergie cosmique ». C’est le niveau plus profond où il n'y a vraiment aucune frontière entre nous-mêmes et tout le reste du monde.
          - La conscience du niveau quantique ? demanda Thérèse.
          - Ce n’est qu’un début, répondit Jacques. Tout dépend des caractéristiques de chaque individu, de son niveau d’évolution. Ainsi, il y a des gens actifs et d’autres passifs, des optimistes et des pessimistes, des introvertis et des extravertis.
          - Comment résister aux influences néfastes du monde extérieur si on est trop sensible ?, redemanda Thérèse.
          - La sensibilité est indispensable à la réceptivité, répondis-je. Certains patients me disaient : « Je suis trop sensible, comment diminuer cela ? ». Je leur disais souvent : « Chacun de nous a besoin d’une bonne sensibilité pour mieux sentir la vie, comme une radio pour pouvoir capter d’autres émetteurs. Ce qui est important ce n’est pas de diminuer mais de bien gérer notre sensibilité. ».
          - Comment la gérer ? demanda Thérèse.
          - Par le pouvoir de notre pensée, répondis-je, autrement dit, par la force de notre énergie vitale en communion avec l’énergie cosmique.
          - C’est le « chi » chinois ? demanda Thérèse.
          - Exactement, répondit Jacques. Chaque être humain a son « souffle » qui le quitte au moment de sa mort. Le but de sa vie est de chercher à intégrer sa vitalité dans cette énergie universelle, ce qui le rend plus fort au point de vue psychique et physique. Les mystiques, les chamans, les guérisseurs puisent leurs forces dans cette même énergie en mouvement perpétuel. La pensée constitue l’expression de cette force de vibration continue.
          - Donc, il faut avoir des pensées positives et chasser les pensées négatives, observa Thérèse.
          - Il ne suffit pas d’avoir les pensées positives, continua Jacques, si on n’est pas de nature optimiste. C’est quand on est optimiste qu’on a naturellement des pensées positives. On ne peut pas se forcer.
          - Toutefois la méthode Coué peut donner des résultats, répliqua Thérèse.
          - Surtout pour ceux qui croient qu’il y a une force qui peut guérir, dis-je.
          - Donc, ce sont des optimistes ! dit Thérèse.
          - Cela ne suffit pas d’être optimistes, il faut qu’ils croient que le corps humain a lui même une capacité d’auto-guérison, De plus, ils doivent naturellement aimer la vie, dis-je. Ceux qui fuient ou détestent la vie, ont souvent des problèmes psychologiques ou somatiques, ou psychosomatiques.
          - Est-il vrai que les pessimistes sont dépressifs ?, demanda Thérèse.
          - En tout cas, ils sont plutôt enclins à la dépression, répondis-je. Et la dépression diminue la capacité immunitaire de leur corps, ce qui les rend plus exposés aux maladies (infectieuses, auto-immunes, cancers...). Quand certains tombent malades, ils déclarent : « Je ne serais jamais guéris ! ».
          - On dirait que ces gens préfèrent être malades que d’avoir à affronter les problèmes, observa Thérèse.
          - En effet, c’est une des hypothèses de la médecine psychosomatique, répondis-je. La somatisation se définit comme la conversion de troubles psychiques en symptômes fonctionnels corporels. Des émotions réprimées ont une action physiologique qui, si elle est durable et suffisamment intense, peut amener des perturbations de la fonction, voire une lésion de l’organe.
          - La médecine chinoise est évidemment psychosomatique, dit Thérèse.
          - En Europe, la médecine classique s’occupe avant tout le symptôme, dit Jacques. Ce n’est que dans la seconde moitié du XIXè siècle que le terme psychosomatique est né. En reconnaissant le lien « cerveau-corps », ce courant tient compte de la personnalité du malade dans son environnement.
          - Pour Groddeck, un disciple de Freud, toute maladie, et plus largement tout symptôme physique, provient d'un conflit psychique, ajoutais-je.
          - D’où la prolifération de nos jours, des psychanalystes, des psychologues, des psychothérapeutes de tout bord, interrompit Thérèse.
          - Et on abuse souvent des concepts, dit Jacques. Tout est « somatique » pour n’importe quelle maladie, comme avant tout était « psychopathie » pour chaque trouble mental, comme encore aujourd’hui tout est « schizophrène » !
          - C’est la médiatisation à outrance de ces termes « passe-partout », observa Thérèse.  Pour comprendre, il faut demander « Pourquoi la somatisation ? »
          - Ou bien : « Qu’est ce qui déclenche la somatisation ? », précisa Jacques. Qu’est ce qui fait qu’il y a des gens qui somatisent plus que d’autres.
          - Bonne question, dis-je. Celle-ci nous ramène à notre sujet principal : « Le pouvoir de la pensée ». Pierre Marty (1918-1993), un psychosomaticien français a eu l'intuition d'une hypothèse intéressante : Dans la relation cerveau-corps, le risque d’une somatisation est inversement proportionnel à la qualité de la mentalisation. Autrement dit, plus la mentalisation chez un individu est forte, plus la somatisation est faible. Si la mentalisation n’arrive pas à endiguer cette énergie pulsionnelle par l’action, ou par un « comportement auto-calmant », son trop plein se décharge dans le corps qui somatise.
          - Pourquoi y a-t-il cette différence de niveau de mentalisation chez les gens ? demanda Thérèse.
          - C’est qu’ils n’ont pas le même potentiel d’évolution, comme Jacques l’a dit en haut, répondis-je. Pierre Marty parlait d’une structure somatique (ou de personnalité somatique) chez ces personnes de mentalisation faible, du niveau opératoire (concrète) ayant des difficultés d'établir des connections entre les émotions et les représentations mentales. Ce qui les rend incapable de prendre en charge le conflit psychique, qui s'exprime alors dans le corps.
          - Y a-t-il d’autres causes, demanda Thérèse. Chez les hypocondriaques ou chez les « malades imaginaires » de Molière ?
          - C’est selon chaque école, car il v en a plusieurs approches différentes, répondis-je. Les unes privilégient les traumatismes dès l’enfance, les autres les gènes de l’hérédité, certaines attribuent au déséquilibre des mécanismes neuro-hormonaux et immunitaires. En tout cas, nous insistons avant tout sur le facteur mentalisation, qui est d’ordre intellectuel. Le symptôme psychosomatique a été déclaré en 1980 par Pierre Marty comme « un symptôme bête ». Winnicott, le psychiatre américain, parlait d’ «une gestion mauvaise et indigeste. »
          - C’est comme pour les mass-médias, tout est dans la tête ou dans le cerveau, remarqua Thérèse, telle la passion de l’amour, l’obsession du sexe, du jeu de casino ou ceux de l’internet…
          - Nous avons déjà dit en haut que c’est un problème de gestion et de contrôle, dont dépendent le cerveau et son potentiel d’intelligence, continuais-je.
          - Les anciens en Grèce et en Orient parlaient de la maîtrise de soi, dit Jacques. Le sage vit dans la sérénité en sachant maîtriser son esprit, ses émotions et son corps.
          - Cette maîtrise n’est possible que par la mentalisation, continuais-je, qui est une action de l’esprit, de la pensée-énergie dont la puissance est soutenue par un désir ou intention naturelle.
          - Elle est décrite dans les textes védiques anciens, les Upanishad, dit Jacques :
            « Vous êtes notre plus profond désir.
            Tel votre désir, telle votre intention.
            Telle votre intention, telle votre volonté.
            Telle votre volonté, telle votre action.
            Telle votre action, telle votre destinée. »
          - L’intention c’est le moteur de l’énergie, continuais-je. C’est autre chose que la simple « bonne intention » qu’on avance sans savoir quand on peut la mettre en route.
          - D’où ce dicton populaire : « L’enfer est pavé de bonnes intentions » !, interrompit Thérèse en riant.
          - Enfin, continuais-je, cette mentalisation intentionnelle est indispensable à la gestion, au contrôle des émotions qui influencent le corps comme dans les cas des somatisants. Pour être efficace, ce pouvoir de la pensée est censé venir d’une personne :
          a. - conscient qu’il est plongée dans un multiple environnement, cette "sauce d’énergie" que nous mentionnons plus haut, qu’il fait un avec.
          b. - conscient de ce pouvoir de l’esprit sur le corps.
          c. - en même temps, comprendre le pouvoir d’autodéfense du corps : avoir confiance à cette capacité d’autoguérison de l’organisme humain. Jacques, peux-tu me rappeler de ce principe d’auto-organisation dont parlaient Ilya Prigogine et Erich Jantsch ?
          - D'après ces auteurs, les organismes vivants qui sont auto-organisateurs n'ont pas seulement tendance à se maintenir dans un état d'équilibre dynamique, mais montrent aussi une tendance, opposée et cependant complémentaire, à se transcender, à sortir de leurs frontières pour créer,  générer des structures et des formes d'organisation neuves.
          L'application de cette conception au phénomène de la guérison, a montré que les forces de guérison inhérentes à tout organisme vivant peuvent opérer dans deux directions différentes. A la suite d'une perturbation, l'organisme peut revenir, plus ou moins, à son état antérieur, à travers divers processus d'auto-maintenance ; c'est ce qui se passe par exemple avec les petites maladies qui font partie de la vie quotidienne et qui se guérissent habituellement toutes seules. D'un autre côté, l'organisme peut aussi subir un processus d'auto-transformation et d'autotranscendance, qui met en jeu des phases de crise et de transition et débouche sur un état d'équilibre entièrement neuf.
          - En effet, continuais-je. En termes de dynamique d'auto-organisation, autrement dit, selon Bateson, c'est l'activité mentale qui réagit en commun avec l'activité d'organisation chez le système vivant et toutes ses interactions avec l'environnement sont des interactions mentales. L'esprit et la vie sont désormais liés de manière inséparable, l'esprit - ou plus exactement le processus mental se trouvant à l'état immanent dans la matière, à tous les niveaux de la vie.
          C'est une évidence que la maladie et la guérison sont l'une et l'autre parties intégrantes de l'auto-organisation de l'organisme, et que, toute activité d'auto-organisation étant une activité mentale : le processus de la maladie et celui de la guérison sont par essence des processus mentaux.

            Lausanne été 2010.

 

                       ANNEXES :

            D'après Prigogine et Jantsch les organismes vivants qui sont auto-organisateurs n'ont pas seulement tendance à se maintenir dans un état d'équilibre dynamique, mais montrent aussi une tendance, opposée et cependant complémentaire, à se transcender, à sortir de leurs frontières pour créer, à générer des structures et des formes d'organisation neuves. L'application de cette conception au phénomène de la guérison a montré que les forces de guérison inhérentes à tout organisme vivant peuvent opérer dans deux directions différentes. A la suite d'une perturbation, l'organisme peut revenir, plus ou moins, à son état antérieur, au travers de divers processus d'auto-maintenance ; c'est ce qui se passe par exemple avec les petites maladies qui font partie de la vie quotidienne et qui se guérissent d'habitude toutes seules. D'un autre côté, l'organisme peut aussi subir un processus d'auto-transformation et d'autotranscendance, qui met en jeu des phases de crise et de transition et débouche sur un état d'équilibre entièrement neuf.

            En termes de dynamique d'auto-organisation, autrement dit, selon Bateson, c'est l'activité mentale qui correspond à l'activité d'organisation chez le système vivant et toutes ses interactions avec l'environnement sont des interactions mentales. L'esprit et la vie étaient désormais liés de manière inséparable, l'esprit - ou plus exactement le processus mental se trouvant à l'état immanent dans la matière, à tous les niveaux de la vie.

            C'est une évidence que la maladie et la guérison sont l'une et l'autre parties intégrantes de l'auto-organisation de l'organisme, et que, toute activité d'auto-organisation étant une activité mentale : le processus de la maladie et celui de la guérison sont par essence des processus mentaux. L'activité mentale étant un schéma de processus à niveaux multiples, ces processus se produisant pour la plupart au niveau de l'inconscient, nous n'avons pas toujours conscience de la façon dont nous tombons malades et dont nous guérissons ; mais cela ne change rien au fait que la maladie est par essence un phénomène mental. Il devenait clair que tout désordre est de nature psychosomatique, en ce sens qu'il met en jeu, dans son origine, dans son développement et dans sa correction, l'interaction constante de l'esprit et du corps (Fritjof CAPRA, "Le Temps du Changement", Editions du Rocher Monaco, 1983).

            Longtemps, les scientifiques ont cru que le cerveau, une fois mature, se caractérisait par la stabilité de ses connexions, jugées immuables. Depuis une quarantaine d'années, cette vision de la structure et du fonctionnement cérébral a volé en éclats.            

            C’est avec Santiago Ràmon y Cajal, prix Nobel de médecine en 1906, que cette idée de plasticité est théorisée et utilisée sommairement.
             C’est Geoffrey Raisman qui est considéré par la communauté scientifique comme le père de la plasticité neuronale à travers son article de 1969. En effet, il permet "d’établir pour la première fois et de manière définitive", la capacité qu’a le cerveau à constituer de nouvelles synapses à la suite d’une lésion chez l’adulte.
            Nous savons désormais que cet organe évolue tout au long de la vie et que même lorsque des dommages lui sont faits, il est capable de compenser les effets négatifs engendrés par ces derniers - dans certains cas - et comporte par nécessité une réorganisation des interactions neuronales afin de préserver au mieux les capacités fonctionnelles du système.

            Encore plus troublant, il semblerait que le simple fait de penser modifie notre cerveau. C'est en tout cas la conclusion à laquelle sont arrivés certains chercheurs qui ont constaté que les mêmes zones cérébrales étaient activées lorsqu'un sujet faisait une action de façon concrète ou par la pensée.

           Ainsi, en suivant ce constat, le cerveau changerait à chaque pensée que nous émettrions !  Grâce à la plasticité cérébrale,
chaque seconde, notre cerveau se modifie en fonction des expériences affectives, psychique, cognitives que nous vivons. C’est un processus physiologique (et psychologique) d’adaptation du système soumis à l'influence de facteurs environnementaux, génétiques ou épigénétiques.   

           Le cerveau est donc en perpétuel remaniement, et la plasticité suggère un grand jeu de construction et de démolition. Gerald Edelman, prix Nobel de médecine en 1972, parle de darwinisme neuronal. En effet, parmi tous les chemins neuronaux possibles entre deux aires cérébrales, le plus efficace sera sélectionné et consolidé en vue d'une réutilisation ultérieure.

             Ce processus, que le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux qualifie d'épigenèse par stabilisation sélective des neurones et des synapses, connaît son apogée durant la petite enfance. Dès la dix-huitième semaine de la grossesse, la plupart de nos 100 milliards de neurones, dont une fraction importante va mourir, principalement durant la période fœtale, sont constitués et ont trouvé leur destination.

             Traits d'union entre ceux-ci, les connexions synaptiques, elles, prolifèrent alors de façon exubérante. Sous l'influence des expériences vécues par l'enfant in utero et pendant ses premières années de vie, nombre d'entre elles, redondantes ou « non pertinentes », vont être éliminées, tandis que d'autres vont se consolider.

             La fin des périodes critiques du développement ne sonne évidemment pas le glas de la plasticité cérébrale, mais elle réduit l'intensité de ses manifestations. L'enfant doit tout apprendre (marcher, parler...), il est vrai, alors que l'adulte jouit déjà de nombreux acquis.

            Tel qu'il se dévoile à chaque instant, notre cerveau est le produit de nos gènes et des modifications permanentes que lui impose notre histoire individuelle. Les premiers en déterminent le patron général et président à son précâblage. En réglant son organisation fine au gré des expériences vécues par l'organisme, la plasticité, elle, est le gage de notre adaptabilité et de notre individuation. Jamais il n'existera de clones ni de jumeaux vrais identiques aux niveaux cortical et comportemental. La plasticité synaptique implique cependant une balance entre stabilité et remodelage, sinon, faute d'invariants, le cerveau serait sans cesse déstructuré et la mémoire, par exemple, d'une extrême labilité. En un sens, le siège de nos pensées suggère le bateau de Thésée qui, perpétuellement réparé, était toujours différent tout en restant à peu près le même.