Le sens d'une religion

            « Si un homme atteint le cœur de sa propre religion, il atteint également le coeur des autres religions » (Gandhi).

            La religion est une affaire très personnelle. Toutefois dans le monde actuel de communication intensive, tant sur la Toile que dans les rapports quotidiens, il est intéressant et même indispensable de chercher à comprendre d'abord le sens d'une religion avant de risquer un  jugement.

            Selon la définition des dictionnaires françaises, la religion c’est « l’ensemble des doctrines et de pratiques qui constituent le rapport de l’homme avec la puissance divine » ( Littré ) ou  « l’ensemble des croyances et des dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré, et l’ensemble des rites et pratiques propres à chacune de ces croyances. » ( Le Petit Larousse ).  ( Est-ce par hasard ou intentionnel que ces deux  dictionnaires évitent le mot Dieu et mettre divin et sacré à sa place ? ).
Il y a donc deux parties dans chaque religion : la doctrine, les dogmes qui constituent le domaine ésotérique, et les rites, les pratiques propres à chaque croyance qui relèvent du domaine exotérique.  Cf. : Rencontre des religions.

            En général, le premier sentiment des croyants d’une religion à l’égard d’une autre que la leur est souvent la méfiance, une forme d’autodéfense. N’étant pas sûrs d’eux-mêmes, certains ont peur de perdre leur foi. Puis pour certains d’autres, vient le doute ou le rejet. Peu de gens l'acceptent d'emblée. Un grand nombre, à l’esprit ouvert, se tournent vers la tolérance, pour des raisons humanitaires. Mais c’est loin d’être suffisant. Tolérer une autre religion suppose qu’on la croit fausse, mais qu’on accepte sa présence. D'autre part, dans le domaine politique, certains acteurs, prêts à  « manipuler » les gens pour servir leur cause, profitent de la réticence, de la peur des électeurs pour les croyances étrangères.  Ils sèment la haine, le trouble pour pouvoir agir à leur guise, pour faire progresser leur parti. De même sur le plan international, certains dirigeants agressifs utilisent les mêmes procédés pour justifier leurs entreprises intrépides et malveillantes, en camouflant leur intention derrière des concepts usés comme « choc des civilisations, guerre des religions … ». Les médias et même les gens non politisés se laissent induire en erreurs sans réagir.

            En septembre dernier, ( 25-28.09.2008 ) à Genève, en pleine crise financière mondiale, il y eut un Festival francophones des philosophes qui s’étaient réunis pour parler de « La civilisation de la peur » ( ? ). Je n’ai pas pu me retenir d’envoyer une notre critique à l’ « Hebdo » qui informait les lecteurs de ce que je considérais comme un sujet faux et malvenu. ( Cf. note annexe en fin de page ).
            Ce sont en général les mentalités qui s’affrontent et non les peuples.

            Enfin, si on comprend le sens d’une religion et sa raison d’être, alors la discrimination peut être tombée. Et le fait d’étudier une ou plusieurs autres religions peut aider à renforcer sa foi comme le répète le Dalai Lama ( Cf. /1.-le-bouddhisme-en-occident)
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            Le hasard, ou la nécessité, m’avait mis en contact en 1954 avec feu Jean Herbert, un adepte de Shrî Aurobindo, et traducteur de ses oeuvres. Quand j’étais à l’université de Genève, un ami étudiant belge m’avait emmené dans le chalet du disciple pour l’entendre parler de son Maître hindou. 

            En relisant dernièrement les extraits des oeuvres du Maître, j’ai pu trouver ces quelques pensées, traduites par Jean Herbert ( « Métaphysique et Psychologie », Shri Aurobindo. Ed.Albin Michel, Paris 1988 ) :

            1.- La religion joue son rôle le plus utile comme intercesseur entre l'esprit et la nature. (VD 1306). 
            2.- Le but de la religion - et ce n'est malheureusement pas celui des Eglises et des credos - est de seconder la Nature dans sa grande œuvre en poussant l’homme dans son évolution. (HG 34) 
            3.- Chaque religion a aidé l'humanité. Le Paganisme a augmenté dans l'homme la lumière de la beauté, la largeur et la hauteur de la vie, la tendance vers une perfection uniforme. Le Christianisme lui a donné une vision de charité et d'amour divins. Le Bouddhisme lui a montré un noble moyen d'être plus sage, plus doux, plus pur ; le Judaïsme et l'Islam comment être religieusement fidèle en action et zélé dans sa dévotion pour Dieu. L'Hindouisme lui a ouvert les plus vastes et les plus profondes possibilités spirituelles. (AP 52 sq.) 
            4.- Chez les hommes, la disposition des qualités humaines varie tellement, le principal ressort et le tempérament particulier diffèrent si considérablement ou si subtilement selon les individus qu'il ne saurait jamais y avoir trop de sectes, de disciplines ou de religions. L'idéal en matière de religion serait que chaque individu humain ait une religion à lui, dictée par sa propre nature et ses propres besoins spirituels. (HG 35) 
            5.- Il ne peut pas y avoir de système religieux universel doté d'un unique credo mental et d'une unique forme vitale. Certes, l'esprit intérieur est unique, mais, plus que toute autre, la vie spirituelle exige la liberté, la variété d’expression et des moyens de développement (HU452).
            6.- On peut et on doit suivre son propre chemin et y croire sans condamner ni mépriser ceux qui ont des croyances différentes de celles que nous pensons ou voyons être les meilleures ou les plus vastes en vérité. Le domaine spirituel a beaucoup de facettes; il est plein de complexités et il y a place pour une immense variété d'expériences. (LA 287). 
            7.- Les religions …  ne peuvent avoir du Divin que des aperçus (LB45).

            QUELQUES COMMENTAIRES :

            1 - 2.-  Même point de vue que chez Spinoza, Teilhard de Chardin, Jean Piaget … Cf. /1.-une-vie-d-c3-a9thique, /piaget-le-mal-compris,  /7.-religions-et-evolution
             4.- Goethe avait eu la même conception d’une religion adaptée à chaque individu. Cf.:  /2.-le-conformisme-le-sacr-c3-a9-et-l-eveil.  
             6.- L’Occident possède une pensée dominante tendant à l’exclusion, au dualisme. L’Orient habitué  au Yin, au Yang et à la notion de complémentarité, accepte plus facilement la pluralité. Une personne peut pratiquer plusieurs religions à la fois ou suivant chaque époque de son évolution. Cf. : /2.-penss-c3-a9e-chinoise-et-civilisation-vietnamienne (Pensée chinoise et Civilisation vietnamienne.)

             L’Orient voit les manifestations du divin partout. L’Occident les accepte, plus ou moins implicitement d’un côté, tout en les traitant de superstition de l’autre, avec parfois un certain mépris. Pourtant, en tout temps, même chez les pays du régime communiste, les manifestations du divin perdurent. C’est que le sacré, pour employer un autre terme, coexiste heureusement avec le petit moi ( ego). Cf. : /logique-de-l-interpr-c3-a9tation (Logique de l'interprétation et suites).

            Le monde scientifique avec ses progrès fulgurants ne peuvent jamais se débarrasser de ce cortège de sorciers, chamans, fakirs, marabouts africains, derviches tourneurs, devins, guérisseurs, rebouteurs, etc., etc., … Car c’est aussi en eux que le divin, ou le sacré se manifeste.  Evidemment, il faut se méfier des charlatans, mais dans notre univers ici-bas, on les trouve partout, pas seulement dans le monde politique, médicale et scientifique, mais aussi parmi les philosophes et les théologiens !

            Chaque individu suit un chemin différent, avec des moyens multiples, pour continuer sa longue quête. Le divin, omniprésent. se manifeste tantôt par la forme, tantôt par l'esprit, tantôt au dedans, tantôt au dehors, tantôt présent, tantôt absent ... Cf. : /Page d'accueil

            Bibliographie ( des extraits ci-dessus )
            AP          Aperçus et Pensées. Traduction par La Mère. (Paris, Adyar, 6e éd., 1950)    
            HG         The hour of God (Pondichéry, Sri Aurobindo Ashram, 1959)
            HU         L'idéal de l'unité humaine. Traduction faite à Pondichéry (Sri Aurobindo  Ashram Trust, 1971)
            LA, LB, LC    Lettres Vol. l, II et III (Paris, Adyar, 1950-1958)
            VD         La vie divine. Traduction par Jean Herbert, Camille Rao et Suzanne Forgues      (Paris, Albin Michel, éd. de poche, 1955-1959).

            Sri Aurobindo a été philosophe, yogi et instructeur spirituel indien de la première moitié du 20ème siècle.
            Aurobindo est la prononciation bengali du sanskrit aravinda, "lotus".

            Sri Aurobindo est né à Calcutta le 15 Août 1872. A l'âge de sept ans, ses parents le conduisent en Angleterre. En 1889, obtenant une bourse d'étude de lettres classiques, décernée par la St Paul's School de Londres, il entre à l'Université de Cambridge.
Il y réussit brillamment ses études, ce qui lui donne la possibilité d'entrer dans l'administration civile de l'Inde. Il refuse alors de se présenter au concours d'équitation, ce qui lui vaut d'être éliminé.

            En 1893, il retourne néanmoins en Inde, et entre dans les services administratifs de la principauté de Barodâ, poste qui lui avait été proposé par le Gaëkwar, prince de Barodâ, lors d'une rencontre en Angleterre.

            Tout en conservant ce poste, il devient professeur au Collège de Barodâ (de français puis d'anglais). ll prend ensuite la direction par intérim de l'établissement. Durant cette période, il se perfectionne en sancrit et apprend d'autres langues indiennes.
            1905 : Partition du Bengale: il quitte l'année suivante Barodâ pour rejoindre Calcutta en tant que directeur du National College du Bengale.
            Il s'engage activement dans la politique et se fait connaître dans l'Inde entière par ses éditoriaux dans le journal Bande Mâtaram en tant que porte-parole du parti nationaliste.
            Il prime alors une propagande révolutionnaire visant à convertir le peuple à l'indépendance en sapant les fondements du gouvernement britannique. Non-coopération et résistance passive sont ses armes principales.
            En 1908 soupçonné d'être mêlé à une affaire de fabrication de bombes il est incarcéré à la prison d'Alipore. Ce séjour en prison durera un an, mais sera le tournant de sa vie.
            Il se plonge dans la méditation et le yoga. De sa vie intérieure et de ses préoccupations spirituelles déboucheront une philosophie plus large que ses objectifs initiaux. De la libération de l'Inde, il passe à une philosophie axée sur l'avenir de l'homme, l'âge nouveau de l'Esprit et l'apparition d'une espèce nouvelle.
            Recherché par la police, il se cache deux mois au comptoir français de Chandernagor, près de Calcutta avant de s'embarquer pour Pondichery à bord du Dupleix.
            Il y arrive le 4 Avril 1910 pour rompre avec sa vie passée et s'absorber dans la pratique du Yoga.
            En Août 1920, il décline l'offre à présider le Congrès National Indien, et refuse de revenir à la vie politique. Il sort toutefois à deux reprises de cette retraite en 1940 et en 1942, date à laquelle il conseille aux dirigeants du pays d'accepter l 'offre d'indépendance de Sir Stafford Cripps.

Son oeuvre

            L'enseignement de Sri Aurobindo reprend celui des textes sacrés hindous ( Véda, Upanisad, Bhagavad Gita ), avec une présentation et un langage de son temps.
            Derrière les apparences se trouve la Réalité d'un Etre, d'une Conscience, appelé par d'autres Esprit ou Etincelle Divine ou Dieu.
            Tous les hommes en sont issus et donc pourraient être unis ; en fait, ils sont divisés parce qu'ils s'identifient à leur corps, à leurs émotions et leurs désirs, et à leur mental.
            Le mental peut permettre à l'homme une approche de cette conscience, donnant la possibilité d'évoluer par un acte volontaire ; mais le plus souvent il fait "tourner en rond".
            Seul un mental élargi, ce que Aurobindo appelle le Supramental, permet d'avancer. L'homme avant que la descente supramentale soit possible.
            Par une démarche volontaire d'évolution, devant franchir bien des étapes, chaque homme peut devenir conscient de son Etre profond, ou Moi supérieur, ou Soi, ou âme, ou Dieu intérieur, qui est le reflet de la Conscience universelle. Pour y arriver, la pratique du yoga est la voie conseillée, comme beaucoup d'autres instructeurs, par Sri Aurobindo.

            Ouvrages principaux : La Synthèse des yogas, La Vie divine, Commentaires sur la Bhagavad Gita. 
            - Le guide du yoga de Shri Aurobindo, éditions Albin Michel
            - La Bhagavad-Gita de Shri Aurobindo, éditions Albin Michel
            - Spiritualité hindoue de Jean Herbert, éditions Albin Michel
            - Métaphysique et Psychologie. Textes groupés de Shri Aurobindo, traduits avec Préface de Jean Herbert.

Sri Aurobindo disparaît le 5 décembre 1950 à Pondichery après avoir, à partir de 1926 interrompu tout contact direct avec ses disciples et n'être plus apparu en public que trois ou quatre fois par an.

Ces années passées à Pondichery ont été consacrées à la rédaction de l'Ayra, revue de synthèse philosophique, à une abondante correspondance avec ses disciples, et à la composition d'un grand poème épique : "Savitri".


            Se retirant en 1926, Sri Aurobindo confia la responsabilité de l'Ashram à la Mère : une française, Mirra Alfassa née à Paris, le 21 Février 1878 et arrivée à Pondichery en mars 1914. Après la disparition de Sri Aurobindo, la Mère poursuivit l'oeuvre commune jusqu'au 17 novembre 1973.
            La Mère - Mirra Alfassa 1878 - 1973
            (Photo à gauche)
 



            L'Ashram de Sri Aurobindo a réellement vu le jour en 1926. Composé à l'origine de quelques bâtiments, il s'est étendu peu à peu dans de multiples directions. Le point central de la communauté reste la maison où la Mère et Sri Aurobindo ont résidé, Rue de la Marine.

            L'Ashram compte actuellement plus de 2.000 membres, venus de toutes les parties de l'Inde et de l'étranger. Ces membres travaillent à dispenser la pensée de Sri Aurobindo et de la Mère.

            En 1953 la Mère a créé le Centre International d'éducation Sri Aurobindo à Pondichery une expérience nouvelle et audacieuse dans le domaine de l'éducation. Le français est l'une des principales langues étudiées.

            Le 28 février 1968, la Mère fonde la communauté d'Auroville située à quelques kilomètres de Pondichery. Elle réalise ainsi son rêve de voir un endroit dans le monde où tous les êtres de bonne volonté, sincères dans leurs aspirations pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la vérité Suprême, un lieu de paix, de concorde et d'harmonie.


            Le Matrimandir, Oratoire de la Mère

"Auroville sera un espace de recherches matérieles et spirituelles visant à l'incarnation d'une véritable unité humaine"

Auroville est le prolongement du travail effectué à l'Ashram et au centre d'éducation. A Auroville se développent de nouveaux concepts urbains, une architecture novatrice, un plan de reboisement et d'extension des espaces verts, et à une éducation différente. Le plateau aride dont a hérité Auroville a été transformé en une oasis verdoyante. Soutenue par l'Unesco, Auroville représente certainement une expérience unique au monde.

            Source : www.pondichery.com/french/aurobindo

            A voir : Diversité des religions

           A propos du FESTIVAL FRANCOPHONE DE PHILOSOPHIE 
                            Genève les 25-28 Septembre 2008


                La civilisation de la peur ( Thème de discussion )

            Le mot "civilisation" est impropre.
            Ce n'est pas Sean Penn qui le dit qu’on doit le suivre à la lettre.
            Le titre "La culture de la peur" serait plus approprié. Car une civilisation englobe plusieurs cultures. Il y a ainsi, culture des religions, culture de la sagesse, et même culture de la sexualité ! ...
            Le concept choc de la civilisation doit être remplacé par celui de choc des cultures, autrement dit choc des mentalités.
            Ce sont les mentalités qui s'affrontent et non pas les peuples.
            La paix ou la guerre est dans la main des gens ayant une mentalité agressive qui suscite la haine, que ce soit dans une famille, dans une société, ou entre les nations.
           A notre époque, c'est la culture de la haine  - comme la culture du sexe  - qui est un problème d'actualité, et non pas la peur, qui est un concept médiéval. L’être humain a peur depuis sa naissance jusqu’à la mort et cela depuis des siècles.
            La peur fait moins de dégâts et tue moins que la haine.
            En parcourant le programme des conférences du Festival, j'ai vu des sujets comme la peur de la philosophie, la peur de l'écrivain, la peur du nucléaire, la peur de l'islam, la peur de la peur, mais pas de  sujets sur la peur des autres, la peur de l'autre sexe, la peur du changement, la peur du qu'en-dirait-on, qui sont aussi d’ordre philosophique.
            D'ailleurs, il n'y a pas la peur de l'islam, mais la haine de l'Islam, la peur de l’Occident, mais la haine de l'Occident.
            Enfin, il y a aussi la peur "d'entrer dans le vif du sujet" du Festival de Genève qui rate un thème  intéressant : "La culture de la haine", qui est plus éducatif, voire pédagogique, car il aide les gens à mieux se connaître.
            Mais on a toujours peur d’aborder un sujet qui gêne.
            Bref, pour conclure, une constatation : "On peut vivre avec la peur mais non pas avec la haine» ! 

            Un vieux lecteur,
            Tuê LE-DINH 
             Lausanne, 29.09.08