Piaget et le constructivisme

            Jean  Piaget est né le 9 août 1896 à Neuchâtel (Suisse).  Son père, Arthur Piaget, professeur de littérature médiévale, un passionné d'histoire à l'esprit scrupuleux, qui lui apprend la valeur d'un travail systématique. Sa mère, une femme d'origine française, intelligente et énergique mais d'un caractère très complexe, le rend sensible à la psychanalyse et à la psychopathologie vers lesquelles il dirigera ses tout premiers intérêts à la psychologie.  A sa mort, en 1980  Son biographe, Jean-Jacques Ducret, le compare à Aristote (« Jean Piaget » Ed. Delachaux et Niestlé), tant sont nombreux les domaines que son œuvre, d'une durée et d'une ampleur extrêmes, a touchés : biologie, zoologie, pédagogie, psychologie, sociologie, philosophie, épistémologie …

             Enfant curieux à l'âge de 11 ans, en 1907, Piaget publia son premier article, consacré à un moineau albinos. L'enfant avait déjà entamé sa carrière scientifique, puisqu'il aida le conservateur du Musée neuchâtelois d'histoire naturelle à classer des coquilles de mollusques du monde entier. A 15 ans, il fut un spécialiste reconnu de ces mêmes mollusques. Il obtint sa licence en sciences naturelles à 21 ans et ensuite son doctorat à l'Université de Neuchâtel.

            Jean Piaget ne s'était pas contenté d'être naturaliste, zoologue, botaniste. Il suivit en 1918 une formation de psychologie expérimentale à Zurich, où exerçaient Jung et Bleuler. Puis, il partit à Paris où, à l'automne 1919, il mena des recherches au laboratoire de psychologie de l’enfant créé par le professeur Alfred Binet.

        A son retour, Piaget devint, en 1921, chef de travaux à l'Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève que dirige Edouard Claparède. 

        Nommé à l'Université de Neuchâtel sa ville d'origine en 1923, pour enseigner la psychologie, la philosophie des sciences et la sociologie, Piaget revint de nouveau à Genève en 1929, nommé à la chaire d'histoire de la pensée scientifique à la Faculté des Sciences, tout en devenant codirecteur de l'Institut Jean-Jacques-Rousseau ( ou l’Institut des Sciences de l’Education ) chargé du cours de Psychologie de l’enfant. Il assuma dans la même année la direction du Bureau International de l'Education, qu'il dirigea pendant 39 ans ( 1929 à 1968 ). 

        Ce fut à cet Institut genevois, devenu après Faculté de Psychologie, que Piaget perfectionna sa méthode de recherches dites cliniques ( entretiens directs avec participation active de l’enfant ) différente de celle des tests où l’enfant ne joue qu’un rôle passif. 

          Piaget démontra que l’enfant construit lui-même sa pensée, sa représentation du monde, sa notion de temps et d’espace, sa logique, son sens de la justice, son jugement moral, en interaction avec le monde ambiant, suivant les processus  d’accommodation ( déterminée par l’objet ) et d’assimilation ( déterminée par le sujet ).

          Piaget renvoie dos à dos ceux qui pensent uniquement que le développement de l'intelligence, de la connaissance se fait sous l'influence du milieu, de la société, de l'environnement, et ceux qui pensent le contraire, que l'esprit possède en lui, préétablies, les facultés d'intelligence et de compréhension.

          Pour Piaget, c'est l'interaction du monde et de l'esprit, lui-même organisme dans le monde, qui permet et enrichit la connaissance. Chez l'enfant, il montre l'importance de l'action sur les objets comme source de connaissance de ces objets.

          A partir de la façon dont un enfant manipule ses jouets, Jean Piaget bâtit donc une véritable philosophie de la connaissance (épistémologie), qui cherche à déterminer comment s'accroît l'objectivité scientifique.

          Après 5 ans de recherches assidues, Piaget créa en 1955  à Genève le "Centre International d'Epistémologie Génétique", avec la colaboration des spécialistes de disciplines  diverses : biologie, psychologie, logique, mathématique, physique, cybernétique, ... A la fin de chaque année de travail, un symposium réunissant les chercheurs de l'année et de nombreuves invités du monde entier, permet de faire le point sur les travaux en cours. Piaget les dirigea jusqu'à la fin de sa vie.

          Il resta à dans cette ville jusqu’à sa mort ( 16 septembre 1980 ).

          Soixante-neuf ans plus tard, le même homme, trois mois avant sa mort, organisait encore un congrès. Titulaire d’une trentaine de doctorats honoris causa recueillis aux quatre coins de la planète, professeur aux Universités de Genève, de Lausanne et à la Sorbonne, Piaget fut sans nul doute le savant suisse le plus influent et le plus célébré du siècle. 

            Légende :  Petits photos de haut en bas : Piaget à 9 ans,  Piaget adolescent,  Piaget à 24 ans ( déjà avec sa pipe ).  

             A voir : Piaget, le mal compris  et  Piaget et la dialectique

         "L'humain est non seulement un "être pensant" mais aussi un "être agissant", qui peut aller en avant pour parvenir à son accomplissement personnel dans le monde. Il est responsable d'une destinée "qu'il construit" et non pas d'un destin qu'il subit". 
                                                                                                   ( Jean Piaget )


         Il existe un contrustivisme immanent comme il existe une dialectique immanente.
         Après Héraclite ( 540 - 480 av. J. - C. ), Lao-Tseu ( 570 - 490 av. J.- C. ) et Gautama Bouddha( 624 - 544  av. J. - C. ),  les 3 premiers hommes qui ont approché le contructivisme furent Léonard de Vinci ( 1452 - 1519 ), Giambattista Vico ( 1668 - 1744 ) et Paul Valéry ( 1871 - 1945 ).

         Jean Piaget ( 1896 - 1980 ) suivit leurs pas, et son mérite fut de l'avoir révélé par l'expérimentation, en le développant sous la dénomination d'épistémologie génétique.

          La résurgence du constructivisme dans la deuxième moitié du XXème siècle, intitulé "le constructivisme radical" s’est opérée en parallèle au développement de la 2ème cybernétique ( Maturana, Varela –  Mead – Segal – von Foerster – von Glaserfeld – Watzlawick ). Cette vision du monde remet en question le monde cartésien et affirme que la réalité objective extérieure n’est pas connaissable. Dans le constructivisme radical, la réalité – donc le savoir – sont considérés comme construits individuellement et de manière interprétative ; le monde dans lequel nous vivons est inventé et non découvert : "Toute communication et tout entendement, sont des interprétations construites par le sujet de l’expérience" et ne sont "qu’une manière d’organiser et de classer le monde selon notre vécu" ( von Glaserfeld ). 

         Dans un texte bouddhiste, on a trouvé ce passage : "Il fut enseigné par Bouddha, ô moines, que le passé, l'avenir, l'espace physique et les individus ne sont rien que des mots, formes de la pensée, termes du sens commun, seulement des réalités superficielles". Cf. : L'Espace-Temps.

         Deux découvertes importantes sous-tendent le constructivisme radical ( en Occident )
         Deux grands scientifiques ont bouleversé notre pensée :
Einstein avec la théorie de la relativité : les observations ne sont pas absolues mais relatives au point de vue de l'observateur.
         Et Heisenberg avec le principe d’incertitude : les observations influent sur ce qui est observé de telle façon que l'observateur ne peut plus espérer faire de prédictions, son incertitude est absolue.

         Comprendre que l'observateur, le phénomène observé et le processus d'observation lui-même forment un tout - et que l'on ne peut les décomposer en éléments qu'au prix de réifications absurdes - a des implications considérables pour la connaissance de l'homme et de ses problèmes. Et plus particulièrement des façons dont "il construit" littéralement sa réalité pour ensuite y réagir comme si elle existait "là-bas", indépendamment de lui, et finalement arriver à la surprenante idée que ces réactions sont à la fois la cause et l'effet de sa construction de la réalité.

         La logique du monde est celle de la description du monde 
         D’après les constructivistes, du fait de la raison, nous souhaitons que notre volonté, que nous appelons "réalité" ait une certaine allure, une certaine forme. D'abord, nous voulons que la réalité existe "indépendamment de nous qui observons". Ensuite, nous voulons que la réalité puisse être découverte, qu'elle se "révèle" à nous. Et nous voulons donc connaître ses secrets, c'est à dire savoir comment elle fonctionne. Nous voulons que ces secrets obéissent à des lois afin que nous puissions prédire et finalement contrôler la réalité. Enfin, nous voulons des certitudes : nous voulons que ce que nous avons découvert de la réalité soit vrai.

         Le constructivisme radical met en question cette volonté au sens où il se charge de la tâche impopulaire de détruire la croyance en l'existence d'une réalité objective.
         Pour le constructiviste, il n'y a pas d'observations - c'est-à-dire ni données, ni lois de la nature, ni objets extérieurs - indépendantes des observateurs qui les font. La scientificité et la vérité de tous les phénomènes naturels sont la propriété de celui qui les décrit, non pas de ce qui est décrit. La logique du monde est celle de la description du monde.

         Les constructivistes affirment que, pour connaître le monde, nous devons commencer par nous connaître nous-mêmes, les observateurs. C'est à dire d'être capable de connaître sa propre faculté de perception. Ils prennent en compte la réflexivité et la récurrence. Et, puisque tout discours scientifique est langage, le constructivisme a aussi pour but de formuler une épistémologie qui rende compte de la façon dont nous créons le langage.

         Plus de choix 
          Le constructivisme rejette la croyance en une seule réponse à l'exclusion de toute autre. La multiplicité des choix garantit qu'un système est adaptable, et pour ce qui concerne les êtres humains, qu'il est sain.
         L'impératif de Heinz von Foerster est "Agis toujours de manière à augmenter le nombre de choix possibles" et son impératif moral : "A va mieux quand B va mieux".
         Il croit que la vie est un jeu à somme non-nulle. La condition sine qua non de toute vie sociale n'est pas la compétition mais la coopération. Le prix à payer est qu'il faut remplacer la notion d'objectivité par la notion de responsabilité.

         Nous construisons ou inventons la réalité plutôt que nous ne la découvrons. Nous nous trompons en commençant par diviser le monde en deux réalités séparées - le monde subjectif de notre expérience, et le monde prétendument objectif de la réalité - et en fondant ensuite notre compréhension sur la correspondance de notre expérience avec un monde que nous supposons exister indépendamment de nous.

            Extrait en partie de l'article d' Isabelle Laplante, Nicolas De Beer ( site "orientation solutions" ).

            Notes :

           Héraclite d'Éphèse philosophe grec de la fin du VIe siècle av. J.-C., naquit à Éphèse dans la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C., vers 544-541 av. J.-C. Il serait mort à l'âge de 60 ans, donc vers 480 av. J.-C .
           Leonardo da Vinci, né à Vinci le 15 avril 1452 et mort à Amboise le 2 mai 1519, est un peintre florentin et un homme d'esprit universel, à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poète, philosophe et écrivain.
           Paul Valéry, né à Sète (Hérault) le 30 octobre 1871, mort à Paris le 20 juillet 1945, est un écrivain, poète, philosophe et épistémologue français.

             A voir :Yin-Yang et Notion de Complémentarité